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cessités de son Fils et de saint Joseph, elle ne voulait point avoir recours aux miracles; et en cela elle se conduisait selon l'ordre naturel et commun, autant que ses forces le lui permettaient. Elle fit quelques œuvres merveilleuses pendant les deux jours qu'ils demeurèrent à Gaza, pour n'en pas partir sans y avoir communique de grands biens. Elle rendit la santé à deux malades qui étaient en danger de mort, et guérit entièrement une autre femme paralytique. Elle opéra des effets divins, touchant la connaissance de Dieu et le changement de la vie, dans les âmes de plusieurs qui la virent et lui parlèrent; et tous ressentaient de grands motifs de louer le Créateur. Ils ne découvrirent pourtant à personne leur pays, ni le dessein qu'ils avaient de passer en Egypte, parce que cette indication, jointe au bruit que faisaient ces œuvres admirables, aurait permis facilement aux émissaires d'Hérode de découvrir le chemin qu'ils suivaient, et de les atteindre.
62K. Je ne trouve point de termes assez expressifs pour rapporter ce qui m'a été manifesté des œuvres que l'Enfant Jésus et sa Mère Vierge faisaient le long de la route ; je n'ai pas non plus cette dévotion ni cette ferveur que des mystères si ineffables demandent. Les bras de la très-pure Marie servaient toujours de lit au nouveau et véritable roi Salomon (!). Quand elle sondait les secrets de cette humanité et de cette âme très-sainte, il arrivait parfois que le Fils et la Mère se livraient à de doux entretiens, que le divin Enfant entamait, et qu'ils chantaient des hymnes de louange, par lesquelles ils glorifiaient tout d'abord l'être infini de Dieu, tous ses attributs et toutes ses perfections. A cet effet, le Très-Haut communiquait à notre auguste Reine une nouvelle lumière, et des visions intellectuelles, qui
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lui faisaient connaître le très-haut mystère de l'unité de l'essence en la trinitédes personnes, les opérations au dedans de la génération du Verbe et de la procession du Saint-Esprit; comment le Verbe est toujours engendré par l'opération de l'entendement, et le Saint-Esprit inspiré par celle de la volonté : non qu'il y ait aucune succession de priorité et postériorité (car tout est actuel en l'éternité), mais parce que nous percevons le mystère d'après les données de la durée successive du temps. Notre grande Souveraine pénétrait aussi comment les trois personnes se comprennent mutuellement par un même acte d'entendement, et comment elles connaissent celle du Verbe unie à l'humanité, ainsi que les effets qui résultent en elle de son union avec la Divinité.
626. Par cette sublime science elle descendait de la divinité à l'humanité, et composait de nouveaux cantiques de louange et de reconnaissance, bénissant le Seigneur d'avoir créé cette humanité très-sainte et très-parfaite, tant pour l'âme que pour le corps : l'àme remplie de sagesse, de grâce et des dons du Saint-Esprit avec toute la plénitude possible; le corps très-pur et très-accompli au degré le plus éminent. Ensuite elle observait tous les actes si héroïques et si excellents de ses puissances; et après les avoir tous imités avec la proportion possible, elle bénissait et remerciait le Très-Haut par mille actions de grâces de l'avoir choisie entre toutes pour ôh-e sa Mère, et pour être conçue sans péché, et élevée à une gloire enrichie de toutes les faveurs de sa puissante droite, dont une simple créature pût être capable. Tour exalter et glorifier ces mystères, et tant d'autres qui s'y trouvaient renfermés, l'Enfant disait, et la Mère répondait ce que les hommes ni môme les anges ne sauraient exprimer. Au milieu do ces saints exercices, la bienheureuse Marie ne manquait pas de prendre
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le plus grand soin de son adorable Fils, de l'allaiter trois fois par jour, et de le caresser avec plus d'amour, d'attention et de tendresse, que toutes les autres mères ensemble n'ont jamais caressé les leurs.
627. Elle lui disait quelquefois : « Mon Fils, mon trèsce doux amour, permettez-moi de vous interroger et de « vous découvrir mon désir, quoiqu'il ne vous soit pas a inconnu, mais pour avoir la consolation d'entendre vos « aimables réponses. Dites-moi , chère vie de mon âme , « lumière de mes yeux, si le chemin vous fatigue, si les « injures du temps vous incommodent, et ce que je puis « faire pour votre service et pour adoucir vos peines. » A quoi l'Enfant-Dieu répondait : « Ma mère, toutes les M fatigues que j'endure pour l'amour de mon Père éter- « nel et pour celui des hommes que je viens enseigner et « racheter, me paraissent très-légères et très-douces, sur- « tout en votre compagnie. » L'Enfant pleurait en certaines occasions avec une sereine gravité, comme l'homme d'un âge miir; et l'amoureuse Mère en étant affligée tâchait d'en pénétrer la cause, la cherchant dans son intérieur, qu'elle connaissait. Et là elle découvrait que c'étaient des larmes d'amour et de compassion pour le salut des hommes, que causaient leurs ingratitudes. Alors elle gémissait avec lui comme une plaintive tourterelle; elle le caressait et le baisait avec un respect incomparable comme une mère tout attendrie. L'heureux Joseph était souvent témoin de ces mystères divins, et il en recevait quelque lumière qui lui adoucissait les peines du voyage. De temps on temps il demandait à son épouse comment elle se trouvait, et si elle avait besoin de quelque chose pour elle ou pour l'Enfant; et il s'en approchait et l'adorait, lui baisant les pieds et lui demandant sa bénédiction; et quelquefois il le prenait entre ses bras. De sorte que par
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ces consolations notre grand patriarclic supportait aisément toutes les fatigues de la route ; ei sa divine épouse l'encourageait, prévoyant toutes choses avec un cœur magnanime, sans que son recueillement intérieur l'empêchât de veiller aux besoins extérieurs, et sans que ceuxci pussent la faire descendre de la hauteur de ses sublimes pensées et de ses fréquentes oraisons jaculatoires; car elle conservait toujours et partout la même perfection.
Instniction que me donna notre divine Maîtresse.
628. Ma très-chère fille, pour arriver à comprendre et à imiter comme je le demande de vous ce que vous venez d'écrire , il faut que vous preniez pour modèle l'admiration et les affections que faisait naître en mon âme la lumière divine, au moyen de laquelle je savais que mon très-saint Fils s'assujettissait volontairement à la fureur barbare des hommes les plus méchants, ainsi qu'il le fit à l'égard d'Hérode dans cette occasion, où nous fûmes obligés de fuir sa colère, et qu'il le fit dans la suite à l'égard des mauvais ministres, des pontifes et des magistrats. Le Très-Haut fait éclater sa grandeur , sa bonté et sa sagesse infinie dans toutes ses œuvres. Mais ce qui excitait le plus mon admiration, c'était de voir par une trèssublime lumière que l'Être de Dieu se trouvait en la personne du Verbe unie à l'humanité; que mon très-saint Fils était lui -môme le Dieu éternel, puissant, infini, créateur et conservateur de toutes choses, et que la vie et l'être de cet inique roi dépendaient de ses bienfaits; do. voir en môme temps que rilumaiiilé très-sainte priait en-
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core le Père éternel de lui donner de bonnes pensées, de lui accorder son secours et de nouvelles faveurs; et que, bien qu'il lui fût si facile de le punir, il s'en abstint, ef, tout au contraire, obtint par ses prières qu'il ne fût point puni effectivement autant que sa malice le méritait. Car quoique , par son impénitence , il ait fini par se perdre et se damner, il n'en est pas moins vrai que son châtiment n'est pas aussi rigoureux que si mon très-saint Fils n'eût pas prié pour lui. Je tâchai d'imiter cette conduite et tout ce qu'elle renferme de sa miséricorde et de sa mansuétude incomparable; car, en agissant de la sorte, mon divin Fils et mon Maître me montrait déjà ce qu'il devait enseigner dans la suite par ses exemples, par ses paroles, et par une pratique plus éclatante de l'amour des ennemis (1). Mais, lorsque je savais si bien qu'il cachait son pouvoir infini, et qu'étant un Lion invincible (2), il s'abandonnait comme le plus doux des agneaux à la fureur des loups ravissants (3), mon cœur se brisait et les forces me manquaient (4); tant je désirais de l'aimer et de l'imiter en son amour, en sa charité, en sa patience et en sa douceur. 629. Je vous propose cet exemplaire, afin que vous l'ayez toujours présent et que vous sachiez comment et jusqu'où vous devez souffrir, pardonner et aimer ceux qui vous offensent, puisque ni vous ni les autres créatures n'êtes innocentes, ni exemptes de péché, et qu'il y en a tant, au contraire, qui méritent par leurs crimes réitérés les injures qu'on leur fait. Oi si les persécutions vous peuvent procurer le grand bien de cette imitation , quel sujet aurez-vous de ne les pas estimer et recevoir comme un très- grand bonheur; de ne pas aimer ceux qui vous donnent les moyens de pratiquer ce qui est le plus sublime
(l)Matth., v, 44; Luc.,xxiii,34. — (2)Isa.,v, 29. — (3)Jerem., XI, 19. — (4) Ps. LXXII, 26.
de la perfection , et de ne point reconnaître ce bienfait en ne regardant pas comme ennemi, mais comme bienfaiteur, celui qui vous met dans roccasion d'acquérir une chose qui vous est si avantageuse? Après l'objet qui vous a été proposé, vous n'aurez aucune excuse si vous manquez en cela; car la lumière divine et ce que vous en savez vous le rendent, pour ainsi dire, présent.