‹ La cité mystique de DieuChapitre 90 sur 122 · FAUT. II, UV. IV, CHAP. XXIV · texte numérisé non relu

FAUT. II, UV. IV, CHAP. XXIV

644. Les Égyptiens s'ëtoniiaienl d'une nouveauté si surprenante, quoiqu'il circulât parmi les plus savants d'entre eux une tradition, transmise par les anciens depuis l'époque où Jérémie avait été en Egypte, et portant qu'un roi des Juifs viendrait dans le pays, et que les temples des idoles égyptiennes seraient détruits^!). Mais et le peuple et les savants ignoraient comment la chose devait arriver; ainsi la crainte leur fut commune; car ils se troublèrent tous, selon la prophétie d'Isaïe (2). Dans ce trouble, ils s'interrogeaient les uns les autres, et il y en eut qui, poussés paj- un certain esprit de curiosité à voir des étrangers, se présentèrent à notre grande Reine et à saint Joseph, et s'entretinrent avec eux de la ruine de leurs temples, et de la chute des dieux qu'ils adoraient. La Mère de la Sagesse, prenant de là occasion de les instruire, se mit à les détromper en leur faisant connaître le véritable Dieu, et en leur faisant voir qu'il était le seul Créateur du ciel et de la terre (3), et que lui seul devait être adoré et reconnu pour Dieu (4); que les autres étaient faux, qu'ils ne se distinguaient point du bois, de la terre, ou des métaux dont ils étaient formés; qu'ils n'avaient ni yeux, ni oreilles, ni aucun pouvoir; que les mêmes ai'tisans qui les avaient faits, ou tout autre homme que ce fût, pouvaient les détruire (o), parce qu'ils étaient eux-mêmes et plus nobles et plus puissants que ces ouvrages de leurs mains; que les réponses qu'ils en obtenaient venaient des démons qui habitaient dans ces idoles pour les tromper, et que toutes ces fausses divinités ne sauraient avoir une vertu véritable, parce que Dieu seul était vérité.

64 5. Les pai'oles de la bienheureuse Vierge étaient si

(1) Itefert sanclus Dorotheus, in Vit, Proplietarum, in Jerom. — (2) Isa., IX, 1. —(3) Kccles., i, 8. — (4) Isa., xxxvii, 16; Deut, VI , 13. — (5) Barucli, vi, 47, etc.; Ps. cxiii , 4.

douces, si éloquentes el si efficaces, ses manières si aimables, et les effets de ses entretiens si salutaires, que le bruit de l'arrivée de nos saints voyageurs se répandait, et faisait qu'on s'empressait de les venir voir. Or, comme la prière du Verbe incarné opérait en faveur des Égyptiens, et qu'elle leur obtenait de très-grandes grâces, cela joint à la ruine des idoles, produisait en eux une émotion incroyable, et réformait les cœurs, au point qu'on voyait beaucoup de gens se convertir à la connaissance du vrai Dieu, et faire pénitence de leurs péchés, sans savoir d'où leur venait un changement si avantageux. Jésus et Marie passèrent par plusieurs bourgs de l'Egypte, et ils faisaient partout des merveilles, chassant les démons non -seulement des idoles, mais aussi de plusieurs corps, guérissant un grand nombre de malades, éclairant les cœurs de diverses personnes, en même temps que notre auguste Souveraine et saint Joseph enseignaient le chemin de la vérité et de la vie éternelle. Par ces bienfaits temporels, qui touchent ordinairement le peuple ignorantetgrossier, plusieurs étaient attirés à aller entendre les instructions de saint.

646. Ils arrivèrent à la ville d'Hermopolis, située vers la Thébaïde, et appelée par plusieurs ville de Mercure. On y adorait beaucoup d'idoles, où se trouvaient des démons fort puissants, et en particulier un, qui résidait dans un arbre à l'entrée de la ville : car les habitants l'ayant révéré à cause de sa grandeur et de sa beauté , le démon prit de lt\ occasion de s'approprier ce culte et d'y établir son siège. Mais lorsque le Verbe fait homme y parut , le démon l'ab'andonna et fut précipité au fond de l'abîme, et l'arbre lui-même se baissa jusqu'à terre, connue pour recomuiitrt! le bonheur de son sort : les créatures insensibles nous apprenant coinbien l'empire de cet ennemi est lyrannique. Ce miraculeux respect

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des arbres se manifesla diverses fois sur les chemins par où leur Créateur passait; et quoiqu'on n'ait pas fait mention de tous ces prodiges, on a pourtant conservé longtemps la mémoire de celui-ci, parce qu'à la suite de ce miracle les feuilles et les fruits de ce même arbre guérissaient plusieurs maladies. Quelques auteurs ont fait mention de celte merveille (t), ainsi que de plusieurs autres dont furent témoins les villes que le Verbe incarné et sa très- sainte Mère traversaient pour se rendre au lieu de leur séjour, et notamment d'une fontaine voisine du Caire, où notre grande Reine alla puiser de l'eau, qu'elle et le divin Enfant burent et dont elle se servit pour laver ses langes. Tout cela est réellement arrivé, puisque la tradition et la vénération de ces merveilles se sont perpétuées jusqu'à présent non-seulement parmi les fidèles qui visitent les saints lieux , mais même parmi les infidèles, qui obtiennent quelquefois en y allant des faveurs temporelles de la main du Sauveur, soit pour mieux justifier sa cause envers eux , soit afin qu'on en conserve la mémoire. On sait qu'il y a encore d'autres endroits où les divins voyageurs se sont arrêtés et où ils ont opéré de grands miracles ; mais il n'est pas nécessaire de les raconter ici, parce que le séjour le plus long qu'ils firent en Egypte fut à Héliopolis, qui n'a pas été appelée ville du Soleil sans mystère, et qu'on nomme aujourd'hui le grand Caire.

G47. En écrivant ces merveilles, je demandai avec admiration à notre auguste Souveraine comment elle avait pu passer avec l' Enfant-Dieu par tant d'endroits inconnus, parce qu'il me semblait que tous ces détours avaient dû augmenter ses peines et ses fatigues. Sur quoi elle me

(l) Niccphor., lib. x, c. 31 ; Sozomen., lib., v, c. 20; Brocard., in Descripi. Terrœ Sanctœ, part, ii, c. 4.

répondit : « Vous ne devez pas vous étonner de ce que mon « très-saint Fils et moi nous ayons traversé tant de pays « étrangers pour gagner un si grand nombre d'âmes , a puisque pour une seule nous eussions parcouru toute « la terre, s'il n'y eût pas eu d'autre remède. » Mais si ce que ces saints voyageurs ont fait pour le salut du genre humain nous paraît considérable , c'est parce que nous ignorons la force de l'amour immense qu'ils nous ont porté , et que nous ne savons pas non plus assez aimer pour reconnaître un tel bienfait.

648. Lucifer fut fort troublé de voir précipiter tant de démons dans l'enfer par une nouvelle vertu à leur égard; et, enflammé de fureur, il vint sur la terre pour y découvrir la cause de cette nouveauté. Il passa par tous les endroits de l'Egypte où les temples, les autels et les idoles avaient été renversés; et étant arrivé à Héliopolis, qui était une plus grande ville, et où par conséquent la ruine de son empire avait été plus notable, il se mit à examiner avec beaucoup d'attention toutes les personnes qui l'habitaient. 11 n'y remarqua iMen dont il pût se préoccuper, sinon que la très-pure Marie y était arrivée : car il ne fit aucun cas de l'Enfant Jésus, le regardant comme les autres enfants sans nulle différence, parce qu'il ne le connaissait point. Mais il avait été si souvent vaincu par les vertus et par la sainteté de la prudente Mère et Vierge , que sa vue lui inspira de nouvelles craintes; et, quoiqu'il ne la crût pas assez puissante pour lui avoir causé un si grand dommage, il résolut de recommencera la persécuter, el desc^servir à cet effet de ses ministres d'iniquité.

649. II retourna aussitôt dans l'enfer, et y ayant convoqué un conciliabule de princes des ténèbres, il leur apprit la ruine des idoles et des temples d'Egypte; car quand les démons en sortirent, ils furent précipités par

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le pouvoir divin d'une manière si subite, si ignominieuse et si pénible, qu'ils ne s'aperçurent pas de ce qui arrivait aux idoles et aux autres lieux qu'ils abandonnaient. Mais après les avoir informe's de tout ce qui se passait, et que son empire allait être détruit dans toute l'Egypte, Lucifer leur dit qu'il ne comprenait point la cause de sa ruine , parce qu'il n'avait trouvé dans tout ce pays que la femme son ennemie (c'est ainsi que le dragon appelait l'auguste Marie), et qu'il ne croyait point que sa vertu, quoiqu'il la connût extraordinaire, fût assez puisssante pour produire des effets tels qu'ils venaient d'éprouverdans cette occasion ; qu'il jurait néanmoins de lui faire une nouvelle guerre, et qu'ils devaient tous s'y préparer. Les ministi'es de Lucifer répondirent qu'ils étaient prêts à lui obéir, et voulant le consoler dans son furieux désespoir, ils lui promirent la victoire, comme si leurs forces eussent pu s'égaler à leur présomption (1).

630. Plusieurs légions sortirent ensemble de l'enfer, et se rendirent en Egypte , oîi se trouvait la Reine du ciel , se persuadant que, s'ils la vainquaient, ils répareraient leurs pertes par ce seul triomphe, et recouvreraient tout ce que le pouvoir de Dieu leur avait ôté dans ce malheureux royaume, parce qu'ils soupçonnaient qu'elle était l'instrument dont Dieu se servait pour opérer ces merveilles. Or, lorsqu'ils voulurent s'en approcher pour la tenter selon leurs intentions diaboliques, ils furent bien surpris de s'en voir incapables, et forcés de s'arrêter à une distance de plus de deux mille pas, parce qu'une vertu divine les empêchait secrètement de s'avancer, et leur faisait en même temps sentir qu'elle venait de l'endroit qu'occupait notre auguste Souveraine. Lucifer et les autres ennemis avaient

(1) Isa., XVI, 6.

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beau s'obstiner à poursuivre leur dessein, ils étaient toujours plus afiaiblis et comme arrêtés par de très - fortes chaînes, dans lesquelles ils se démenaient sans pouvoir aller où était l'invincible Marie , qui voyait tout cela par la puissance du même Dieu qu'elle portail dans ses bras. Mais tandis que le dragon s'opiniâtrait à cette lutte inégale, il fut soudainement précipité celte fois encore , avec tous ses ministres d'iniquité, dans les profondeurs de l'abîme. Cette nouvelle défaite, si humiliante, toui'menta et inquiéta vivement l'ennemi. Or comme cela lui était arrivé plusieurs fois depuis l'incarnation , ainsi que nous l'avons dit, il se demanda si le Messie n'était pas venu au monde. Mais comme le mystère lui était caché, et qu'il supposait que le Messie apparaîtrait avec éclat, il restait dans sa perplexité; et celte incertitude le remplissait de fureur : de sorte que plus il s'acharnait à découvrir la cause de sa douleur, plus elle lui échappait , et moins il la trouvait.

Instruction que je reçus de l'auguste Reine du ciel.

651. Ma fîUe, les âmes fidèles et amies de mon trèssaint Fils reçoivent une grande consolation et un bien au-de.ssus de tout autre bien, lorsqu'elles considèrent avec une vive foi qu'elles servent un Seigneur qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, Celui qui règne seul avec un empire absolu sur tout ce qui est créé , et qui triomphe de ses ennemis (i). L'entendement se plaît en cette vérité, la mémoire s'y récrée, la volonté y puise mille délices, et toutes les facultés de ruine dévote

(1) I Tim., VI, 15 et 16,

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s'abandonnenl sans crainte à lo douceur qu'elles ressentent dans de si nobles opérations, et ne cessent de contempler cet objet de bonté , de sainteté et d'un pouvoir infini, qui n'a besoin de personne (1), et de la volonté duquel tout l'univers dépend (2). Oh ! de combien de trésors se privent les créatures lorsque, oubliant leur propre félicité, elles emploient tout le temps de la vie et toutes leurs puissances à rechercher les choses visibles, passagères, apparentes et trompeuses! Je voudrais, ma fille, que vous évitiez ce danger à l'aide de la lumière qui vous éclaire , et que votre entendement et votre mémoire fussent toujours occupés de la vérité de l'Être de Dieu. Abîmez-vous dans cette mer immense , en redisant sans cesse : Qui est semblable nu Seigneur notre Dieu, qui habite les lieux les plus élevés, et qui regarde les humbles dans le ciel et sur la terre (3)? Qui est semblable à Celui qui est tout-puissant et qui ne dépend de.personne, qui humilie les superbes, et qui renverse ceux que le monde aveugle appelle puissants; qui triomphe du démon , et qui le précipite jusque dans le plus profond des enfers ?

6.H2. Or, afin que vous puissiez mieux faire entrer ces vérités dans votre cœur, et vous assurer par leur moyen un plus grand avantage sur les ennemis du Très- Haut, qui .sont aussi les vôtres, je veux que vous m'imitiez, autant qu'il vous sera possible , en vous glorifiant dans les victoires de son puissant bras, et en tâchant de prendre quelque part à celles qu'il veut toujours remporter sur ce cruel dragon. Les hommes ni même les anges ne sauraient exprimer ce que mon àme ressentait quand je voyais mon très -saint Fils opérer entre mes bras tant de merveilles contre ses ennemis et en faveur de ces âmes aveuglées et

(1) Mach., XIV, 35. — (2) Apor., iv, 11. — (3) Ps. r.iii 5.

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tyrannisées par leurs citcuis, et que le nom du Très- Haut était ainsi proclamé et de plus en plus exalté par son Verbe fait chair. Dans cette joie mon âme magnifiait le Seigneur, et je faisais avec mon adorable Fils de nouveaux cantiques de louange, en tant que sa Mère et en tant qu'Épouse du Saint-Esprit. Vous êtes flUe de la sainte Église, épouse de mon très-béni Fils, et enrichie de sa grâce ; il est juste que vous travailliez avec ardeur, avec zèle, à lui procurer cette gloire en combattant vaillamment contre ses ennemis, afin que votre Époux obtienne de nouveaux triomphes.

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