‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 14 sur 153 · CHAPITRE IV.— DÉCOUVERTE DE L'HOMME, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV.— DÉCOUVERTE DE L'HOMME, ETC

Iciîse que les vers eux-mêmes, et forme avec eux uo tout animé, dans toutes ses parties également, de la chaleur la plus communicative. Il se déprend de l'âme elle-même pour constater toutes les nuances de ses joies et de ses douleurs, et il les condense dans le moule étroit que l'art lai fournit. Quand on lit attentivement ces sonnets et ces canzoni avec les admirables fragments du journal de sa jeunesse, on est tenté de croire que, pendant tout le moyen âge, les poètes se sont, pour ainsi dire, évités eux-mêmes, et qu'il est le premier qui ait pénétré dans les profondeurs de son être. Mille autres avant lui ont construit des strophes savantes; mais il est le premier qui soit artiste dans toute l'acception du mot, parce qu'il unit sciemment la beauté de la forme à la beauté du fond. Quoique subjective, sa poésie lyrique est d'une vérité et d'une grandeur tout objectives : ce sont la plupart du temps des œuvres si achevées que tous les peuples et tous les siècles peuvent en ressentir le charme '. Mais quand sa poésie est tout objective, quand il ne laisse deviner la profondeur de son émotion que par un fait intérieur, comme dans les magnifiques sonnets Tanto gentile, etc., et Vede perfetlamente, etc., il croit devoir s'excuser 2. Au fond, le plus beau de ces poëmes, le sonnet Deh perecjrini che pensosi andate, etc., a aussi sa place marquée ici.

Même sans la Divine Comédie, Dante, par cette simple histoire de jeunesse, établit une ligne de démarcation entre le moyen âge et les temps modernes. Chez lui

i Ce sont ces canzoni et ces sonnets que chantaient et défiguraient le forgeron et l'ânier qui ont tant fâché Dante. (Comp Franco Sacchetti, nov. 114, 115.) Ce fait prouve que cette poésie devint rapidement populaire.

9 Vita nuoea, éd. Witte, p. 81, 82 SS. — Deh peregrini, ibid., p. 116 ss.

l'esprit et l'âme font tout à coup un pas immense vers la connaissance de leur vie la plus intime.

Mais ce que la Divine Comédie renferme en fait de révélations de ce genre est absolument incommensurable ; H faudrait parcourir tout ce grand poëme, chant par chant, pour bien montrer tout ce qu'il vaut à cet égard. Heureusement cela est inutile, puisque depuis longtemps la Divine Comédie est devenue le pain quotidien de tous les peuples occidentaux. Le plan du poëme et l'idée qui lui sert de base appartiennent au moyen âge et n'ont pour nous qu'un intérêt historique ; mais par la richesse et la grande puissance plastique avec laquelle le poëte décrit la vie intérieure à tous ses degrés et avec tous ses phénomènes, son œuvre inaugure la poésie moderne '.

Que cette poésie ait ses vicissitudes, qu'elle ait parfois des éclipses d'un demi-siècle, qu'importe? Son principe vital est immortel, et chaque fois qu'au quatorzième, au quinzième et au commencement du seizième siècle un esprit profond et original s'inspire d'elle en Italie, il représente une bien plus haute puissance intellectuelle que tout autre poëte étranger, même en admettant l'égalité de talent.

En Italie, la culture (dont la poésie est une manifestation essentielle) précède toujours l'art plastique et contribue à le faire naître et à le développer; le même fait se reproduit ici. Il faut plus d'un siècle pour que les phénomènes intérieurs, pour que la vie de l'âme arrive dans la sculpture et dans la peinture à une expression comparable à celle que Dante a su lui donner. Peu nous importe

1 Au point de vue de la psychologie théorique de Dante, le commencement du chant IV du Purgat est un des passages les plus importants. Comp. en outre les parties du Connilo qui ont trait à cette question.

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