‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 16 sur 153 · CHAPITRE IV.- DÉCOUVERTE DE L'HOMME, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV.- DÉCOUVERTE DE L'HOMME, ETC

Si nous ne nous trompons, Fiammelta est un pendant féminin à la Vita nuova de Dante, ou du moins elle a été inspirée par cet ouvrage.

Les poètes antiques, surtout les poètes élégiaques et le quatrième livre de l'Éoéide, n'ont pas été sans influence' sur les Italiens de cette époque et sur ceux des âges suivants, cela va sans dire; mais c'est surtout en eux-mêmes qu'ils trouvent la source de l'émotion. Si on les compare sous ce rapport à leurs contemporains étrangers, on reconnaîtra qu'ils ont les premiers exprimé d'une manière complète le sentiment moderne en général. Il s'agit ici de savoir, non pas si des hommes distingués d'autres nations n'ont pas connu des émotions aussi profondes, aussi poétiques, mais qui a le premier prouvé par des faits qu'il avait la sérieuse et pleine connaissance des mouvements de l'âme.

Mais pourquoi les Italiens de la Renaissance sont-ils restés médiocres dans la tragédie? Chez eux on pouvait représenter sous mille formes la fortune, l'esprit, le caractère, la passion grandissant, luttant, succombant tour à tour. En d'autres termes, pourquoi l'Italie n'at-elle pas produit de Shakespeare? — Car les Italiens étaient bien capables de porter leur scène à la hauteur de celle des peuples du Nord; d'ailleurs ils ne pouvaient pas concourir avec le théâtre espagnol, parce qu'ils ne connaissaient pas le fanatisme religieux, qu'ils n'admettaient le point d'honneur abstrait que pro forma, et qu'ils étaient

1 Le célèbre Léonard Arétin, en sa qualité de chef de l'humanisme au commencement du quinzième siècle, estime che gli antichi Greci d'umanilà e di gentilezza di cuore abbino avanzato di gran lunga i nostri haliani, mais il le dit au début d'une nouvelle qui raconte l'histoire langoureuse du prince Antiochus malade et de sa belle-mère Stratonice, et qui, par conséquent, renferme une preuve équivoque et, de plus, à moitié asiatique. (Imprimé entre •autres comme appendice des Gtnto Xovel'e antiehe )

trop intelligents et trop fiers pour adorer, pour déifier un pouvoir illégitime et tyrannique ». Il ne s'agit donc que de la courte période où fleurit le théâtre anglais.

On pourrait répondre que tout le reste de l'Europe n'a produit qu'un Shakespeare, et qu'un génie de celte taille est généralement un rare présent du ciel. D'autre part, le théâtre italien était peut-être sur le point de jeter un vif éclat lorsque le contre-coup de la Réforme se fit sentir et que, arrivant en même temps que la domination espagnole (qui s'étendait sur Naples, sur Milan et indirectement sur presque toute l'Italie), la réaction brisa ou dessécha les plus belles fleurs de l'esprit italien. Qu'on se figure Shakespeare lui-même sous un vice-roi espagnol ou dans le voisinage du saint-office qui fonctionne à Rome, ou même qu'on se le représente un certain nombre d'années plus tard dans son propre pays, à l'époque de la révolution anglaise. Le drame, qui dans sa perfection est un fruit tardif de toute culture, veut avoir son heure particulière.

Nous devons toutefois rappeler à ce propos quelques circonstances qui étaient certainement de nature à rendre plus difficile ou à retarder le développement de l'art dramatique en Italie jusqu'au moment où cette révolution n'était plus possible.

La plus importante de ces circonstances est incontestablement celle-ci : le besoin de spectacles, naturel aux peuples, trouvait à se satisfaire ailleurs qu'au théâtre : les mystères et d'autres scènes religieuses suffisaient aux Italiens. Dans tout l'Occident ce sont précisément les représentations d'épisodes de l'histoire sainte dramatisés, de légendes mises en action, qui sont l'origine du drame

1 Les poètes dramatiques de circonstance flattaient suffisamment les différentes cours ou les différents princes.

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