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PEINTURE DE L'HOMME EXTÉRIEUR

La découverte de l'homme ne s'arrête pas à la peinture des individus et des peuples considérés au point de vue intellectuel; même l'homme extérieur est étudié en Italie d'une tout autre façon que dans le Nord'

Nous ne nous aventurerons pas à parler du rapport de la science des grands médecins italiens avec les progrès de la physiologie ; du reste, l'étude savante et approfondie du corps humain forme une question étrangère à notre cadre et qui rentre dans le domaine de l'histoire de l'art. Toutefois, nous devons parler ici de l'éducation générale de la vue, qui rendait possible en Italie un jugement objectif, irrécusable, sur la beauté et la laideur physiques.

Tout d'abord on sera étonné, à la lecture attentive des auteurs italiens d'alors, de l'exactitude, de la précision avec laquelle ils reproduisent les traits extérieurs, et du caractère complet que présentent chez eux bien des portraits3. Encore aujourd'hui, les Romains ont l'heu-

1 Sans doute on voit souvent des littératures en décadence rechercher curieusement l'exactitude la plus parfaite dans les descriptions. Comp. p. ex. dans Sidoine Apollinaire le portrait d'un roi wisigoth (Epist., I, 2), celui d'un ennemi personnel (Epist., m, 13) ou, dans ses poëmes, les types des différentes peuplades germaniques.

3 Sur Philippe Villani, comp. p. 60 et note 1, même page.

reux don de savoir en trois mots peindre un homme. Ce talent de saisir d'un coup d'œil les traits caractéristiques d'un individu est une condition essentielle de la connaissance du beau et de la faculté de le décrire. Sans doute, chez les poètes l'abondance des détails dans une description peut être un défaut, attendu qu'un trait unique, inspiré par la passion, donnera au lecteur une idée bien plus nette et plus forte de l'objet à dépeindre. Nulle part Dante n'a fait un plus magnifique éloge de sa Béatrice, que lorsqu'il se contente de peindre le reflet qui s'échappe d'elle et qui rayonne, pour ainsi dire, sur tout ce qui l'entoure. Mais il s'agit ici moins de la poésie, qui poursuit son but particulier, que de la faculté de peindre par des mots la beauté matérielle aussi bien que la beauté idéale.

Ici Boccace se distingue entre tous, non pas dans le Décaméron, attendu que la nouvelle interdit les longues descriptions, mais dans ses romans, où le temps et l'espace ne lui manquent pas. Dans son Ameto, il décrit 1 une blonde et une brune à peu près comme un peintre les aurait peintes cent ans plus tard, — car ici encore la culture précède l'art de beaucoup. Chez la brune (ou plutôt la moins blonde), apparaissent déjà quelques traits que nous appellerions classiques : ses mots « la spaziosa testa e distesa » nous font deviner des formes qui dépassent ce que nous nommons mignon; les sourcils ne forment plus deux arcs comme dans l'idéal des Byzantins, mais une ligne presque continue; le nez est à peu près aquilin2; la poitrine large, les bras d'une

1 Parnasso teatrale, Lipsia, 1829, Introd., p. vil.

s Le texte est évidemment altéré. Le passage est ainsi conçu

{Ameto, Venezia, 1586, p. 54) : Delmezo de quali non camuso naso in linea dirilla discende, quanto ad aquilineo non esserc dimanda il dovere.

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