CHAPITRE VII. - LA VIE D'INTÉRIEUR
mais il faut l'entendre lui-même, a Tandis que tous les aulres biens condamnent au labeur, exposent à des dangers, font naître la crainte et les regrets, la villa présente de grands, de nobles avantages-, la villa vous est toujours fidèle, elle est toujours riante -, pourvu que vous l'habitiez en temps opportun et que vous vous y plaisiez, non-seulement elle vous suffira, mais encore elle vous récompensera par des biens sans nombre. Au printemps, elle vous remplit de joie et d espérance par la verdure des arbres et par le chant des oiseaux; en automne, elle vous offre pour une modique somme de travail les fruits les plus abondants et les plus variés; grâce à elle, vous passez toute l'année sans connaître la mélancolie. Elle est le rendez-vous des gens honnêtes et bons : ici point de mystère, rien qui trompe; tous vivent comme dans une maison de verre; il ne faut ici ni juges ni témoins, car cette villa est l'asile de la paix et de la concorde. Accourez ici pour fuir l'orgueil des riches et la perversité des méchants-, venez chercher dans la villa une vie de délices, un bonheur inconnu. » Le côlé économique de la chose, c'est que la même propriété doit, autant que possible, produire de tout: du blé, du vin, de l'huile, du fourrage et du bois, et que l'on consent à payer cher des propriétés de ce genre parce qu'ensuite on n'a plus besoin de rien acheter au marché. C'est dans l'introduction de son petit livre que l'auteur trahit sa passion pour les plaisirs champêtres, a Florence est entourée de villas sans nombre, où l'air est pur comme le cristal, le paysage riant, la vue admirable ; là, peu de brouillards, point de vents pernicieux; tout y est bon, l'eau elle-même y est pure et saine, et, parmi ces innombrables constructions, il y en a beaucoup qui sont comme des châteaux, comme des palais, tant elles sont riches et somptueuses. » Il veut parler de ces mai-
sons de campagne, véritables modèles du genre, dont la plupart ont été sacrifiées en 1529 par les Florentins eux- mêmes, qui essayèrent vainement de préserver ainsi la ville '.
Dans ces villas comme dans celles de la Brenta, des collines de la Lombardie, du Pausilippe et du Vomero, la société prenait un caractère plus simple et plus libre que dans les palais et dans les salons de la ville. On trouve çà et là des descriptions gracieuses de la vie des invités réunis sous le même toit, de leurs chasses et de leur existence en plein air Quelquefois les travaux intellectuels les plus sérieux et les plus belles œuvres poétiques sont le fruit de ces séjours à la campague.
1 Trattalo ciel g or er no délia famiglia (Torino, 1829), p. 84, 88.
5 Comp. plus haut 4« part., 2» chap. Déjà Pétrarque' déteste la ville et aime la campagne, ce qui lui fait donner le nom de Silvanus, Efip./am.. ed Frac, vol. II, p. 87 ss — Voir la description d'une villa, par Guarino, adressée à Giambatista Candrata, dans Bosmini, H. p. 13 ss., 157 ss. — Le Pogge, dans une lettre à Facius (voir De tir. M., p. 106, de cet auteur), dit : Suai enim deditior seneciutis gralia rei ruslicce quam antea. Voir d'autres exclamations et descriptions de ce genre dans le Pogge {Opp., 1513, p. 112 ss.) et dans Shepherd-Tonelli, I, 255 et 261. — Maffeo Ve;ïio (De lib. educ, VI. 4) et B. Plaiina, au commencement de son dalogue, De vera nobUitate, s'expriment de même. — Description d'une maison de campagne, d'un festin rustique et d'une chnsse dans la Venatio du cardinal Adrien (Strasb., 1512). Aa. 5 ss. — Voir les descriptions de villas appartenant aux Médicis, par Politien, dans Reu- MONT, Laurent, II, p. 73 et 87. — La Famesina, Gregorovius, VIII,