‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 82 sur 153 · CHAPITRE VIII- — LES FÊTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII- — LES FÊTES

mates Léonard construisit dans la suite pour embellir les réceptions faites aux rois de France comme seigneurs de Milan. Même des villes moins considérables se distinguaient parfois par l'éclat de leurs fêtes. Lorsque le duc Borso (t. I, p. 62) vint à Reggio 1 pour recevoir l'hommage de cette ville (1453), il trouva aux portes une grande machine au-dessus de laquelle semblait planer saint Prosper, le patron de la cité; le saiut était abrité par un baldaquin tenu par des anges ; à ses pieds se trouvait une plaque tournante portant huit anges ; deux de ces d rniers montèrent vers le saint pour lui demander les c'efs de la ville et le sceptre, qu'ils remirent ensuite au (lac, et, pendant que cela se passait, les anges et le saiut prononcèrent des discours où ils louaient l'illustre visiteur. Ensuite venait un échafaudage mis en mouvement par des chevaux invisibles, qui portait un trône vide; derrière ce siège se tenait la Justice avec un génie destiné à la servir ; aux quatre coins de l'échafaudage on voyait quatre vieux législateurs, entourés de six anges portant des drapeaux ; sur les deux côtés figuraient des cavaliers revêtus d'armures complètes, ayant aussi des drapeaux à la main. Il est inutile de dire que le génie et la déesse ne laissèrent point passer le duc sans lui adresser leurs harangues. Une deuxième voiture, qui semblait traînée par une licorne, portait une Charité qui tenait un flambeau allumé ; on n'avait pas voulu se refuser l'anti que plaisir de faire figurer entre ces deux allégories une voiture en forme de vaisseau, qui était mise eu mouvement par des hommes cachés. Ces trois machines prirent la tête du cortège ; mais devant l'église de Saint-Pierre il

' Annal. Estent., dans Murât., XX, col. 468 ss. La description n'est pas claire; de plus, elle a été imprimée d'après une copie incorrecte.

fallut s'arrêter de nouveau : un saint Pierre escorté de deux anges, qui planait au-dessus de la façade de l'église, descendit vers le duc, lui posa une couronne de lauriers sur la tête et remonta dans les airs Le clergé avait veillé à ce qu'il y eût encore une autre allégorie, toute religieuse celle-là : au sommet de deux hautes colonnes se dressaient V* Idolâtrie » et la « Foi »; après que cette dernière, qui était figurée par une belle jeune fille, eut débité son compliment au duc , on vit l'autre colonne s'écrouler avec l'image qu'elle portait. Plus loin le corlcge rencontra o un César » avec sept belles femmes que l'illustre Romain présenta au duc comme les sept vertus qu'il devait s'efforcer d'acquérir. Enfin l'on arriva à la cathédrale ; mais, après le service divin, Borso dutprendre place sur un trône d'or, du haut duquel il entendit encore une fois les compliments des masques énumérés plus haut. Pour la clôture, trois anges descendirent d'un édifice voisin pour lui présenter, au milieu de chants harmonieux, des palmes en guise de symbole de paix.

Examinons maintenant les fêtes où le cortège luimême est l'élément principal.

Il est certain que dès le commencement du moyen âge les processions religieuses furent des prétextes à mascarades, soit qu'on fit escorter le Saint Sacrement, les images des saints et les reliques par des enfants vêtus en anges, soit que des personnages de la Passion fissent partie du cortège et qu'on y introduisit le Christ avec la croix, les mauvais larrons, les licteurs ou les saintes femmes. Mais on voit de bonne heure figurer dans les grandes fêtes religieuses des cortèges ayant un caractère local, qui, suivant l'esprit naïf du moyen âge, contien-

1 On apprend que les cordes à l'aide desquelles ces machines fonctionnaient, étaient masquées par des guirlandes.

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