CHAPITRE VIII
LES FÊTES
genre fut le triomphe d'Auguste après sa victoire sur Cléopâtre1 ; elle eut lieu sous Paul II. Outre les personnages comiques et mythologiques (qui ne manquaient pas non plus dans les triomphes de l'antiquité), on y retrouvait tous les éléments consacrés par la tradition : des rois enchaîné*, des bannières de soie portant des textes de plébiscites et de sénatus-cousultes, un sénat costumé à l'aotique avec des édiles, des questeurs, des préteurs, etc.; quatre voitures pleines de masques chantants, et sans doute aussi des chars ornés de trophées. D'autres exhibitions représentaient d'une manière plus générale l'antique puissance de Rome maîtresse du monde, et, eo présence des dangers réels dont les Turcs menaçaient l'Occident, on aimait sans doute aussi à faire défiler une troupe de Turcs prisonniers, montés sur des chameaux Plus lard, pendant le carnaval de 1600, César Borgia, par une al'usion hardie à sa personne, fit célébrer le triomphe de Jules César, où figurèrent onze chars magnifiques8; il voulait certainement faire pièce aux pèlerins qui se rendaient au jubilé. (T. I, p. 1 47.) — L'exaltation de Léon X donna lieu à deux triomphes remarquables par la magnificence et par le bon goût qu'y déployèrent deux sociétés rivales de Florence (1513)» : l'un représentait les trois âges de la vie humaine, l'autre les âges du monde, ingénieusement figurés par cinq tableaux empruntés à l'histoire romaine et par deux allégories, qui rappelaient l'âge d'or de Saturne et son retour. La richesse de la décoration des chars, due quelquefois à l'imagination féconde des grands artistes florentins, fai-
cortéges solennels à Florence, comp. Reumont, Laurent, H, 433 ss. 1 Mich. Cannesius Viia Pauli 11, dans Mdrat., m, II, col. 118 ss. 4 TOMMASSi, l'ita di Cesare Borgia, p. 251.
3 Vasari, xi, p. 34 ss. Vita di Puntormo. c'est un passage important dans son genre.
sait une telle impression sur les esprits qu'on aurait voulu voir se renouveler périodiquement d'aussi merveilleux spectacles. Jusqu'alors les villes sujettes s'étaient contentées de remettre purement et simplement les présents symboliques qu'elles devaient à titre d'hommage annuel (des étoffes précieuses et des cierges); mais, à partir de ce moment 1 , la corporation des marchands fit construire dix chars (qui plus tard devaient être suivis de beaucoup d'autres), moins pour porter les tributs que pour les symboliser; André del Sarto, qui décora quelques-uns de ces chars, en fit sans doute des merveilles. Ces chars portant des tributs et des trophées étaient l'accessoire obligé de toutes les fêtes, même les moins pompeuses. En 1477, les Siennois fêlèrent l'alliance conclue entre Ferrante et Sixte IV par l'exhibition d'un char qui portait un individu vêtu en déesse de la paix, le pied posé sur une cuirasse et sur des armes diverses*.
Dans les fêtes vénitiennes les embarcations remplaçaient les chars; l'étrange, le fantastique venaient ainsi se joindre à la magnificence. Une sortie du Bucentaure allant au-devant des princesses Léonore et Béatrice de Ferrare, en 1491 (p. 170), est décrite par les auteurs du temps comme un spectacle vraiment féerique * : le navire était précédé d'innombrables embarcations ornées de tentures et de guirlandes, et montées par des jeunes gens admirablement costumés ; soutenus par d'ingénieux appareils, des génies volaient autour de la flottille, por^
1 VASAM, VIII, p. 264, VitadiA. del Sarto.
» Allegretto, dans Murât., XXIU, col. 783. Le fait d'une roue qui se brisait était considéré comme un mauvais présage-
» M. Anton Sabellici Epist., I. III. Lettre à M. Ant. Barbavarus, qui dit : l élus est mos civitatis in illuttrium hospitum adventu cam navim aura et purpura insternere.