‹ La civilisation et la croyance (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · LE LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

LE LIBRE ARBITRE

Un écrivain distingué, qui a appliqué la même méthode aux sujets les plus divers, me fit observer un jour, avec beaucoup d'aménité, que je ne procédais pas comme mes confrères en philosophie. « En général, me dit-il à peu près, nous nous faisons, à l'instar de Descartes, un abri provisoire, nous réservons l'honneur et la conscience; puis nous cherchons, sans autre préoccupation, l'idée qui nous semble expliquer le plus aisément la totalité des phénomènes. Vous, au contraire, vous vous demandez quelle est, parmi les con-

ih^ LA CIVILISATION ET LA GROY^AKCE

ceptions possibles du monde, la plus favorable au bien moral, et après l'avoir arrêtée, vous vous mettez à la

développer. i>

— Loin de prendre en mauvaise part cette interprétation de mon dessein, je n'en admets pourtant pas rentière exactitude. II faut s'entendre : je n'ai pas propose un système parce qu'il me semblait devoir être utile aux mœurs ; je ne suis pas sorti volontairement des conditions i^aisonnables de la science, j*ai poursuivi le vraij comme tous les penseurs sincères; et dès le début, j'ai cru comprendre qu'aucun système ne pouvait être vrai et n'était acceptable à la raison s'il ne faisait place aux réalités du monde moral sans les comprimer, sans les travestir, sans en altérer la nature. Il fallait donc justifier la suprématie du bien moral, que la conscience ne permet pas de mettre un instant en question; il fallait faire droit à la liberté, et par conséquent tout résoudre en liberté. Telle a été la marche réelle de mes réflexions.

Mais quand j'aurais nourri le propos que m'attribuait réminent critique^, je crois que j*en pourrais obtenir le pardon dans le monde à venir, et m^e icibas. Le vrai ne saurait être contraire au bien, pas plus que le bien au vrai. Par conséquent la recherche du bien serait un moyen et pourrait même se trouver le seul moyen d'arriver au vrai. Il faut toujours en revenir au même point , sur lequel passent sans Tapercevoir tous ceux qui ne se sont jamais demandé comment l'intelligence est possible : Si la complexité des

Pip^

phénomènes que nous appelons l'univers n'est pas régie par des lois , s'il n'y règne aucun ordre , nous ne saurions nous flatter d'obtenir la vérité sur aucun sujet quelconque. S'il existe un ordre, en revanche, il est clair que le bien moral , primant tout , contient les raisons de tout. Nul ne saurait contester cela sans se renier lui-même , car c'est se mentir à soi-même ou proclamer son ignominie que de mettre quelque chose en balance avec la probité. C'est pourquoi je ne croirais point déroger le moins du monde à la dignité de la science en appréciant les doctrines philosophiques d'après l'influence qu'elles doivent naturellement exercer sur la conduite, pour m'attacher à celle qui me semblerait propre à mieux servir la cause du bien. Il existe tout au moins une présomption de vérité en faveur de cette dernière ; tandis que les autres ne sauraient être que fausses. Cependant il ne sera pas inutile de la justifier par d'autres considérations, le critère moral n'étant pas toujours d'un emploi facile et la légitimité n'en étant pas admise par tout le monde.

La question capitale est la question du devoir. Je vois la civilisation périr d'une maladie dont les symptômes les plus opposés trouvent leur raison commune dans l'anémie morale ; je cherche un remède à cette anémie. Je crois que les hommes, je ne dis pas tous.

154 LA CIVILISATION ET Li^ CROYANCE

mais les civilisés qui m'entourent, sont assez d'accord sur la conduite qu'ils devraient suivre pour contribuer au bien général; je vois que ceux d'entre eux qui ré^ fléchissent en dehors des écoles philosophiques se re^ connaissent généralement obligés par devoir à la pratiquer, quoique en fait ils ne l'observent pas dans les circonstances où leur intérêt particulier et leurs passions les poussent fortement d'un autre côté — et dans cette situation je me demande s'il est plus conforme à l'intérêt social d'affermir la croyance à l'obligatioii morale ou de travailler à la détruire en l'expliquant comme une illusion incompatible avec une conception scientifique de l'univers et de l'humanité? Le problème ainsi posé n'est pas difficile à résoudre. Bien que la croyance commune à la réalité du devoir ne suffise pas à lui procurer obéissance dans la mesure nécessaire à la sécurité sociale, il est clair que tout ce qui tend à l'affaiblir nuit à cette cause. Pour en inférer la réalité objective de l'obligation, il faut partir d'une synthèse que tous les esprits n'ont pas effectuée. L'utilité de la croyance au devoir ne sera donc point une preuve de l'existence du devoir, ce ne sera pas même une présomption, à la bonne heure 1 Cependant une conséquence pratique nous semble ressortir des faits. Si la croyance à l'obligation est générale , et si, malgré sa manifeste et déplorable insuffisance, cette croyance est avantageuse à la communauté , ne s'ensuit-il pas tout au moins que l'idée de l'obligation morale devrait con^ server au débat la position de défenderesse , et que

c'est à ceux qui contestent ses titres qu'incombe le soin d'en démontrer la fausseté ; tandis qu'ils se croient permis d'en faire purement et simplement abstraction, ou que, lorsqu'ils consentent à la discuter , ils réclament d'elle des certificats incompatibles avec la nature des choses?

L'obligation est un fait interne, que chacun constat e j a. WrJt immédiatement en rentrant en lui-même. Et ce fait est ',^^^^r un trait caractéristique de l'humanité. Quoique les actes qu'on sait ou qu'on croit ordonnés ou interdits par le devoir diffèrent du tout au tout suivant les temps et les lieux, la croyance à l'obligation de faire ou d'éviter certains actes, la distinction du bien et du mal accompagne partout le développement des facultés intellectuelles qui élève l'homme au-dessus des autres animaux. Ceux qui n'éprouvent rien de pareil sont des monstres.

Ce fait s'impose par son évidence et n'est proprement pas contesté; mais on dit que la conscience ' morale est un phénomène complexe, produit d^u ne évolution , et l'on s'efforce de la décomposer en élé-

ments dépourvus du caractère moral. Nous respectons L ,,^

la critique et nous approuvons fort l'analyse. NûUS^ —

croypn§-nu'^fl\jLtiyemeut lat&nctîon morale se dé vg^,^ . lo pj^ et se ma nifeste graduellement, soit dans l'indi-* vidu^ soit dans l'e spèce, et que dès lors iJ appartient à la science de noter les phases et l es momenlTW : cette appariti on. Nou s ne voulons pas rechercher main- | tenant ce qu'il y a d'hypothétique, d'artificiel et de

gratuit dans les constructions proposées. Nous ne discuterons pas les maîtres qui, parlant au nom de la science, commencent par déclarer que la présente condition des tribus sauvages ne peut pas répondre à l'état de l'humanité primitive, et poursuivent en rassemblant les traits recueillis chez les sauvages pour expliquer la genèse des idées morales chez les peuples civilisés. Cette marche est contradictoire, tenons-la pour conséquente ; les conclusions en resteraient hypothétiques , acceptons-les comme établies ; aura-t-on prouvé par là qu'une obligation réelle ne correspond pas au sentiment de l'obligation et que l'impératif catégorique est une erreur? — Nous ne l'accordons d'aucune manière ; on aura prouvé simplement que l'humanité s'élabore, comme la planète et le soleil. Il est dans la nature du soleil d'émettre des planètes lorsque le temps en est venu ; il est dans la nature des planètes de servir de théâtre à la vie lorsque l'abaissement de la température y permet l'existence des organismes; il est dans la nature des êtres organisés d'arriver à la conscience ; il est dans la nature de certains primates d'arriver à l'humanité dans la vie morale. De quelque manière qu'il se soit produit, le sentiment de l'obligation est le fait central , le fait réel dont il faut partir. Le sentiment de l'obligation n'en établit pas irréfragablement la réalité, puisqu'en fait l'obhgation est contestée ; mais les théories proposées sur l'origine de ce sentiment ne l'infirment pas davantage.

Il y a beaucoup de vrai dans ces théories. Indubita-

=ïî^ï?:

blement nous avons besoin de sympathie, et nous approuvons naturellement en nous ce que les autres y approuvent ou ce que nos observations antérieures nous font présumer qu'ils approuveront. L'expérience des avantages ou des inconvénients de telle manière d'agir se formule en préceptes que chacun s'efforce de s'inculquer à soi-même et que se transmettent les générations, tellement que ce qui était conseil devient ordre. Il n'y a rien là qui soit contraire à l'autorité du devoir. En parlant d'impératifs catégoriques pour désigner des choses qu'on doit faire parce qu'on doit les faire , et non pas qu'on doit faire pour arriver à tel ou tel but qu'il est loisible de ne pas poursuivre , le célèbre philosophe Kant n'a pas introduit et n'a pas eu dessein d'introduire une idée nouvelle , il n'a fait que préciser dans une formule à l'abri de tout équivoque l'idée du devoir présente à la conscience humaine depuis qu'il existe véritablement une humanité. La nouveauté, l'artifice, l'erreur ne commencent chez lui qu'avec la prétention d'extraire de la pure forme obligatoire l'objet même de l'obligation. Lorsque nous demanderons quel est cet objet , nous trouverons ce qu'ont trouvé tous nos devanciers , quel qu'ait été le point de départ et la suite de leurs pensées ; nous trouverons le bien du grand nombre, et nous comprendrons la logique qui préside à l'histoire de la conscience. Mais c'est de la conscience adulte , c'est de notre conscience qu'il est question. Lorsqu'on aura doctement établi que vous né saviez rien du devoir en

naissant, lorsqu'on vous aura persuadé que vous procédez d'ancêtres qui n'en savaient pas davantage, vous sentirez-vous moins esclave de votre parole? S'il en est ainsi, dites-le nous, et souffrez que nous prenions nos précautions en conséquence. Si vous vous sentez toujours lié, convenez qu'après toute voire psychologie et toute votre physique, le devoir reste le devoir. Mais non ! les mêmes gens qui refusent une valeur positive quelconque aux notions de l'ordre moral et qui relèguent le devoir au galetas se tiendraient pour très offensés si l'on suspectait un instant leur fidélité, leur délicatesse, leur sincérité ! il leur semble que ce soit tout autre chose. Et le parterre trouve en effet que c'est réellement tout autre chose, parce qu'il ne prend pas au sérieux ce qui se débite sur la scène. L'argument lui parait du plus mauvais ton, il est direct, irréfutable, il passe à travers des conventions que chacun croit avoir intérêt à soutenir : c'est manifestement inad-^ missible !

Il faudrait s'entendre : si , d'une manière générale, vous ne considérez rien comme obligatoire, quel sujet auriez-vous de vous formaliser parce que j'imagine qu'à l'occasion vous pourriez préférer votre avantage à ce que les ignorants tiennent pour obUgatoire? Cette susceptibilité n'est pas logique. Mais peut-être ne vous convient-il pas d'être logique? Alors passons.

On voit dans la conscience morale une affection dérivée , comparable à l'avarice : l'or n'a de prix qu'en raison des jouissances contre lesquelles il s'échange ; mais à ce titre il devient l'objet d'une passion si forte

que ceux qui en sont atteints se refuseront jusqu'au dernier soupir toute espèce de jouissance dans le but d'amasser de Tor. « De même, nous dit-on, certaines actions sont approuvées ou désapprouvées en raison des avantages ou des inconvénients qu'elles présentent d'ordinaire à celui qui les commet ; mais l'habitude rend ces jugements si naturels et si puissants qu'on en vient à louer les actes réputés bons en raison de leur utilité, même dans les cas où ils deviennent nuisibles à leur auteur, et à condamner ceux qui, pour un motif pareil, sont jugés mauvais, même lorsqu'on y trouverait le plus grand profit. >

Ce rapprochement a dû faire un grand plaisir à son inventeur ; il se peut qu'il exprime bien la manière dont se forme la conscience, mais il laisse subsister dans son intégrité la question de savoir s'il y a réellement des actions bonnes ou mauvaises et si la conscience de l'obligation répond ou ne répond pas à l'ordre universel. L'avarice et la conscience morale sont des sentiments dérivés : voilà la ressemblance , que nous accordons. L'avarice est une passion anormale, un désordre, une folie; la conscience morale est un fait normal, le principe et le fondement de toute existence vraiment humaine : voilà la différence , que le fanatisme peut seul contester. Que l'esprit arrive à la connaissance du bien par la connaissance de l'utile, c'est tout ce que nous pourrions concéder à cette analyse. Comprise d'une autre manière, elle aboutit au néant.

Il est vrai que la distinction entre un développement

normal et un développement morbide peut être coj testée ; mais nous ne croyons pas qu'on réussisse à s'« passer longtemps, quoiqu'elle n'ait proprement pas i sens au point de vue de nos adversaires. En effet , circonstance que les iflées morales se sont formées î cours de Thistoire n'est pas leur argument principa Ils sentent bien que cette raison ne suffirait pas, L'exi tence d'un ordre moral spécifique repose sur roblig; tioUj et Tobligation, à son tour, implique la réalité d libre arl>itre. L'objet principal de l'attaque est le libi arbitre.

Le devoir, disent les assaillants, ne saurait s*étendr au-delà du pouvoir. Pour établir la roalité d'un devûi dont rillusion vient, suivant eux, d'être expliquée, i faudrait démontrer la possibilité de faire ce qu'il cora mande j il faudrait prouver la réalité du libre arbitre or, nous ne fournissons pas cette preuve j ainsi le de voir reste problématique.

Une telle argumentation peut sembler plausible; ei réalité, elle suppose que toute vérité peut être démoU' trée , en d'autres termes ^ que tout est enchaînemen nécessaire^ sans aucun point où s'attacher ; elle im plique ainsi Timpossibilité de Tordre moral, qui m précisément Tobjet de la controverse. Nous ne saurion admettre cette manière de poser la question, où non

trouvons deux sophismes : la régression à Tinfini et la pétition de principe. Le libre arbitre ne se prouve pas, et l'obligation pas davantage ; mais nous avons le sentiment que telle conduite est obligatoire, et que nous pourrions agir autrement. Le sentiment de l'obligation peut être illusoire, quoique le fait de prendre son origine apparente dans telle ou telle association d'idées ne démontrât point qu'il le soit ; le sentiment de la liberté de choix peut nous tromper également, et nous croyons qu'en effet les erreurs sur ce point sont assez fréquentes. Mais la croyance à la liberté de choix est inséparable de la croyance à l'obligation. Nous voulons croire à l'obligation; nous sommes moralement obligé de croire à l'obligation ; c'est pourquoi nous voulons croire et nous croyons à la liberté de choix. Cela nous suffit et nous estimons que cela doit suffire. Quiconque a compris que la liberté de choix, qu'il s'attribue naturellement et qu'il suppose nécessairement dès qu'il délibère, forme la condition de sa responsabitité et de sa dignité, puisqu'elle est indispensable à l'accomplissement de son devoir, se prononcera par un libre choix en faveur de la liberté.

Pour ébranler cette position, les adversaires devraient faire voir que le libre arbitre est impossible. Oénéralement ils acceptent cette obligation : l'idée d'exiger une preuve du libre arbitre indépendamment de sa place dans le système des idées morales n'est que routrecuidante exagération d'une polémique enivrée. Mais ils enseignent que le libre arbitre déroge-

rait aux lois de la nature. Autrefois on l'aurait dit incompatible avec la toute science de Dieu ; c*est je crois la même idée sous une autre forme^ que nous pouvons sans trop d'inconvénient négliger. Eh bien^ répond onsnous j alléguer Tincorapatibilité de notre arbitre avec les lois de la nature , et donner cet argument comme décisifj c'est une fois de plus résoudre la question par la question. Il s'agit précisément de savoir quel est le sens de ces lois et quelle en est la portée. Nous voulons bien que la liberté soit supérieure aux lois de la nature, ou plutôt nous Taffirmons positivement ; mais supposer que tout est compris dans Tordre de la nature, c^est en appeler au préjugé. Dût-on rester chacun de son avis, il faut s'expliquer: On n'a pourtant pas dessein de faire croire que la nécessité de tous les phénomènes, ou, comme on dit aujourd'hui, le déterminisme universel, soit une vérité d'expérience? Il ne suffirait pas, pour établir une thèse pareille, de connaître tous les faits et tous leurs enchaînements ^ il faudrait faire voir par rexpérience qu'une chose qui s'est passée n'aurait pas pu se passer autrement , tentative aussi absurde que celle de faire voir qu'une chose qui s'est passée aurait pu se passer autrement, ainsi qu'on le demande quelquefois aux partisans de la liberté* L'expérience ^ au sens propre du mot expérience, ne prouve absolument pas que la nature ait des lois. Lorsj^^2KXiww\ que les persomiËg^^qui ^avent cequ' elles d isent parlent 1^ pQjî^^ft*-^ / des loisjJfîJâJi^!:H££^5Hî^ pensent à certaines règles posées par l'esprit, peut-être en vertu des lois de Fes-

p^fsf;

prit, dans le but de trouver entre les phénomènes des rapports qui permettent de les analyser et de les prévoir. Les lois de la n ature sont donc pq^ prnprp^ hypothèses sur rordredejajialiirû, hypothèses suggérées par rôEsê rvation de certa ins faits ^t gni ^ ^ vpriûejiJ:

pro^essivement, s ans pouvoir j^maia atiPÎnHrP fl ï:i zr-

certitude absolue. Le principe de la raison suffisante ^J^^ ^ ou du déterminisme n'est qu'une hypothèse de ce ^^^^mlo v<aj genre. Ce n'est pas une loi de l'esprit, dont la con-^5^-^yu^^ science nous donnerait ce qu'on pourrait appeler ^^^^!^Cjh,.;^f^^^^*^

connaissance innée, puisque la tendance native de ^^^ ^^m^^ l'esprit, observable encore aujourd'hui chez les en- /'.C!:^^^ fants , est au contraire de rapporter tous les événements à des causes libres , tandis que la plupart des adultes, sinon tous, s'attribuent de fait une semblable causalité. C'est moins encore une vérité d'expérience, il serait absurde de l'imaginer ; mais c'est le fondement de la science expérimentale, c'est une supposition nécessaire à tous les calculs. Tels et tels phénomènes étant donnés, tel autre s'ensuivra nécessairement, sans quoi nous ne saurions le placer dans la science ; et si tous les faits y doivent entrer, si tout doit pouvoir être prévu, si l'édifice de la science universelle doit être mis sous toit quelque matin , le principe de la raison suffisante doit être absolument vrai. Cha'que heure dti jour apporte à ce principe d'innombrables vérifications partielles; la vérification totale en est à jamais impossible, non seulement parce qu'il est impossible de coanaître tous les faits, mais parce que, fussent-ils toua

connus^ encore ne serait-on jamais certain que d'autres faits n'auraient pas pu se produire à leur place. ' Quant à la croyance naturelle au libre arbitre, la question de savoir si Tim possibilité pratique de s'y soustraire et son importance souveraine pour l'ordre moral ne doivent pas la faire prévaloir sur Thypothèse du déterminisme univei^el dans un esprit bien équilibré revient à se demander sî l'esprit humain ne saurait se dispenser d'affirmer la possibilité de la science absolue et universelle.

Posée en ces termes, Tallernative ne laisse pas d'être embarrassante. On comprend TefTort désespéré de Kant pour s*y dérober, lorsqu'on songe que Tidéal de la science préside à toutes les recherches. S41 existe quelque part une réelle faculté de choisir, cet idéal d'une science où tout fait serait déterminé dans sa cause ne serait pas l'idéal véritable, puisqu'il ne correspondrait à rien dans la rmlité. Mais quoiqu'il en soit de cette science absolue, il est bien certain qu'en fait nous ne Tatteindrons jamais ; ensuite, il faut se demander, avec Kant, si la raison de notre existence consiste à savoir, ou si la connaissance prise en elle-môme ne serait peut-être qu'un moyen d'arriver à notre vrai but. En effet, si la connaissance prise dans son ensemble et dans son idée n'était après tout qu'un moyen de réaliser Têtre véritable, on entendrait aisément que le moyen fût limité par la fin et que l'achèvement de la science idéale n'appartînt pas à l'idéal de Thumanité. Ceux qui chercbent à se faire une conception du monde

sans s'être posé cette question n'ont pas pris les choses -par le commencement; ils ne sont pas orientés, ils naviguent sans boussole et courent grand risque de donner sur un écueil. Le nombre est petit néanmoins de ceux qui la posent clairement et distinctement ; la plupart semblent ne pas s'apercevoir qu'elle existe, ou l'abordent quand leur siège est fait. Kant et Fichte en avaient saisi l'importance et l'avaient mise à sa place. Ck)nsacrons-y quelques instants.

Jouir, savoir, agir, tels sont je crois les seuls buts assignables à l'existence. Pour ne pas nous éloigner trop de notre propos, nous n'examinerons pas ici les titres du premier ; il n'est question dans ce moment que du rapport entre la connaissance et l'activité pratique. Kant estime que notre véritable affaire est d'agir , et il en tire cette conséquence que nos facultés scientifiques sont bornées au théâtre de l'expérience, c'est-à-dire, en dernière analyse, à ce qu'il peut nous être utile de savoir. Il aurait pu déduire également de son principe la possibilité d'une limite au savoir expérimental lui-même et se soustraire de la sorte au déterminisme absolu de la raison suffisante , en s'épargnant la distinction scabreuse du monde phénoménal et du monde intelligible. Entrant à son tour avec conviction dans l'idée que la connaissance a pour fin l'ac-

tivité morale, et que raclivité morale est sa propre fin ; voyant d'ailleurs , avec Kant, que nous ne trouvons qu'en nous l'objet de la connaissance, Fiehte en a conclu que Tactivité morale est la raison d'être de tout. L'élan de cette logique hardie a paru difficile à suivre ; le point de départ en reste le plus vénérable des lieuxcommuns. Chacun sent, chacun sait, en dehors de tous les systèmes, que la seule chose essentielle est d'être honnête homme, et chacun sent que celte certitude est supérieure à tous les systèmes, La valeur réelle d'un homme est sa valeur morale. Supposer qu'il y a quelque chose de préférable à la probité, c'est supposer qu'il y a quelque chose qui peut dispenser de la probité. Nul ne l'admettra sérieusement qu'un être très corrompu, si toutefois le sérieux est compatible avec la corruption. Il est vrai qu'aujourd'hui de beaux esprits font grand étalage de la leur, maïs nous ne leur parlons pas, d'autres s'en chargent*

L'intérêt moral est donc le premier» Dès lors, comme) la croyance au libre arbitre est d'une importance sou^ vemine pour Tordre moral, comme le déterminisme 1 qui Texclut n'est fondé ni sur l'expérience, ni sur les lois nécessaires de la raison, mais n'est qu'une hypothèse, impliquée j il est vrai, dans la conception d'une science absolue qui permettrait de tout préciser, dt tout calculer et de tout comprendre; nous pouvons el: h nous devons affirmer la réalité du libre arbitre ^ tout / en restant fort sensible aux raisons qui poussent nom-\ ■ bre de savants à l'éliminer, "^

Les mêmes considérations valent et suffisent pour infirmer l'argument contre le libre arbitre tiré du principe de la conservation de l'énergie dans la nature, h i comme toujours, ceux qui nient la liberté nous semblent résoudre la question par la question. Il s'ayit tle savoir si de telles circonstances données, dont l'une est la détermination inconnue d'un agent volontaire, il ne pourra suivre qu'une seule série de phénomènes, ou si plusieurs sont également possibles. Dans l'hypothèse de la réalité du libre arbitre, où la direction du mouvement ne serait pas fixée à partir d'un certain point, on ne voit pas clairement qu'il soit néceasuire d'ajouter un nouvel élément au réservoir des forces naturelles pour déterminer suivant quelle ligne le mouvement se poursuivra. Si l'on part de l'idée (assez plausible quelquefois, il faut l'avouer) que la direction du mouvement est définie pour le cas où l'arbitre n'interviendrait pas, et que la décision de la volonté a pour effet d'engager le mouvement dans une autre voie, comme le bras de l'aiguilleur engage le train sui^ un nouveau rail ; alors sans d oute cette décision de la volonté serait u ne force ajo utée à l'ensemble préexistant ; m ais l'entendre ainsi c 'est introduire le déterminisme dan^l'in déterminismejbt donner son sentiment oo\nm^<^ (h3ch^.^', réfutation de Topinion combattue. Si l'on admet IVan- l^^t^^^^ ~., chemçnt, au contraire, que deux, trois ou quatre partis y * A kJ^. sont également possibles, il n'y aura pas besoin d'une *^ *^'^

force nouvelle pour rjpfprmînpr in yolofit é^^La décisiOTi ^P ^^ est sans doute un mouvement, suivant le naturalisrae^jjj^ a/ i

-5P^éAatt L i^ ^ V*«^ Sx^ O0tX

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psycholof^ique, et ce mouvement suppose une force, mais non pas une force de surcroît, puisque, par supposition, une décision quelconque doit être prise et par conséquent une force employée. Il y a pourtant une dîfTerencp, relative sans doute, mais réelle, entre le mouvement et le repos; il y a quelque chose comme im état statique, un équilibre, une tension, une éner* fçie virtuelle, une force accumulée ; cette réserve, ce trésor de la nature se dépense partiellement dans la décharge nerveuse, dans la décision quelle qu'elle soit. Et que [adoption d'un des partis en consomme vraisemblablement un peu plus que celle d'un autre, cela ne change rien à la solution, du moment où Ton admet qu'il faut qu'an choix intervienne et que l'acte de choisir est un emploi de force accumulée. Nous pensons bien qu'en eiTet la volonté est une force, pour ne pas dire qu'elle est la force. Nous comprenons mieux la personne comme une source, un foyer de force, que nous ne t^aurions y voir la succession des états d'un X = 0. Ainsi le libre arbitre ne nous semblerait point s'opposer nécessairement à la conservation de l'énergie.

Ensuite, bien que la volonté soit une force natu-

rellej en ce sens que l'exercice en est lié à des mouve*

ments moléculaires et qu'il détermine des déplacements^

rien ne prouve qu'elle soit elle-même un mouvement

moléculaire ; l'explication universelle par la mécani-

- ^^j^'^jft^p^ ' l^;^6 n ' existe qu'à l'état de programm e, il n'est pas cer-

A^v/LA^. tain qufe la loi de la conservation de l'énergie étende

r^"*^ J^ *^*^ ^*^ïi empire aux choses de Tàme, et nul n'est plus

éloigné de le penser que l es savants a uxquels la pliy- /4eu>i^ sique doit la vérification la plus considérable de celt^^ loi.

Pour importants que soient les phénomènes de sug* gestion, le déplacement des souvenirs, les changements d'humeur et de façons provoqués par des aj^^ents physiques dans certaines affections nerveuses, ces faits, sur lesquels on se jette avec une curiosité si fiévreuse depuis que la Science en a daigné reconnaître la leahté, ne tranchent point la question qui nous occupe ; car tous les actes de la vie consciente ne relèvent pas du libre arbitre, qui ne saurait être compris, s'il existe, que comme se superposant au mécanisme physiologique tout entier. C'est dans ce sens que nou s eonsentirions parfaitement à l'appeler surnat urel. L e dualisme del'esprit^ ^u corps se relèvera de sa déchéance lorsqu'il sera bien compris. Descartes semble Tavoir" - entendu mieux que ses disciples, mais il ne s'en est pas expliqué clairement. Une foule d'actes conscients appartiennent à la machine, et la plupart des actes conscients pourraient cesser de l'être lorsqu'ils s'accompliraient sans résistance. L'automate est Tidéal t ^Xj^ï^^Tj d'un pvoiiitinnisme conséquent*^ Nous admettons la' i> ^/j. possibilité de cette forme d'existence ; nous ne nions (,r-^ ^^^^ point que des millions de bipèdes proprement velus "l<v?^/. '

aient pu vivre et mourir sur cette terre sans jamais faire acte de liberté positive, et nous voulons bien que le perfectionnement de leur mécanisme en amène d'au*

* V. ^em£ philosophique, mai 1886. Article de M. LesbazeilleSj i>. 49J.

LA CJTtLtâOlTlOSI vr La CSOTASCIC

Ires à passer leurs joars sanà se rendre compte d rien, Mak noas u'en persbtoiis yias moias dans i'opi nion que la liberté donne seule uo prix à la vie i conslilue proprement rhuEoanité.

Enfin, loï-squ'il serait établi qae rintérét de 1 science réclame pour la loi discutée ane portée uni verselle incompatible avec un libre cboix^ encore res terait*il qu' une thèse Intiis pensable à la r&ilité de ] vie mor ale possède un titre à notre créance supérieu à ceux de toute ^énéralisaticn et de toute hypolhfe où la théorie des pbënomèttes tenterait d'asseoir se calculs. ^ ^

En somme donc ^ rimpossibilité d'un libre chois w pouvant étœ établie ni directement ni indirect emei garmicune expérience imaginable,'ït le déteiTûinisQ] universel n'étant point nécessaire à la penséCj quoi qu'il eut pour elle un intérêt vérilable^^la considéra . ^^ dans son emploi purement théorique pfious so mme ij^<.^v%4)e nus par devoir df^ inn^pi.^ni-'a d'afGrmer le l ibre ai ' ifitre comme la seule position qui nous permette d

im

comprendre robh*faiiun momie yaiiïî la faire évanoui en rexpliquant. KanFâ^^arfaitemenl posé la questioi bien qu'il ne Fait pas résolue : elle revient toute er tière à savoir si Ton accorde ou si Ton conteste la pr mauté qu'il attribue à la raison pratique ; en d autn termes si, dès le principej on reconnaît^ on ignore u Ton rejette la réalité de robligation, \ \ p*y a vénrahli ment qu^ 'un seul problème j le problème m oral, \ problème du devoir, qui domine absolument la vi

nÀ^ qn^nn ]a gn bordoiine qu'on lui reconnaît des pairs ou qu'on en fait abstraction, celui de la liberté s'évanouit. Lej ait de notre croyance instinctive ne suffirait pas seulement à le maintenir dans la discussion. En elle-même la croyance instinctive à la liberté ne

prouve rien de plus que la percepuoli qui nuus fait

voir le soleil- marchant dans les cieux , ou plutôt elle prouve moins, car l'immobilité du soleil relativement à la terre n'est pas non plus une vérité prouvée, au sens rigoureux du mot prouvée, et nous voyons toujours le mouvement du soleil, tandis qu'indépendamment des systèmes et des opinions qui en découlent? nous ne nous sentons pas toujours, nous ne nous croyons pas tous également libres; et qui sait s'il n'y a pas des gens qui n'ont jamais cru l'être * l Mais l'astronomie de Copernic et de Newton explique mieux une certaine classe de phénomènes que les hypothèses cosmologiques précédemment adoptées, et le dé terminisme universel nous permet d'espérer des explic ations ou d es méthodes beaucoup plus claires et beaucoup plus simples relativement à la totalité des

phénomènes qu'une doctrine de hberté n'en pourra

vraisemblablement jamais offrir. Simp lifier, unifier est la propre fonction de l'intelligence. Le naturaUsme nous présente un corps de doctrine qu'il donne comme la science unifiée , et la foule que nous coudoyons -^-^^ l'accepte avec empl'essement sur ce piêd-lâ. PeûPêtre

Um.'

* M. de Hartm ann prétend être de ceux-là. Cependant l'idée du libre arbitre ëXlaië. A-l-UU "répondu à M. Naville qui demande au déterminisme d'expliquer la provenance de cette idée conformément à sa donnée fondamentale ?

cette foule se contente-t-elle à bon marché ^ peut-être prend-elle Si Tcarton pour du marbre ; mais enfin elle trouve là ce qui lui plaît ; c'est à cette enseigne qu'elle veut loger.

La contre- partie de Tunité du naturalisme qui dissout le moral dans le physique serait un système de tînalité qui résoudrait le physique dans le moraL Un tel système n'existe pas, Tidée qui le suggère n'est sortie de Tabstraction des programmes que pour tom- ) l ber dans la puérilUé, Le dualisme subsiste avec des

illctions écrasantes et des harmonies incertaines.

On cherche à montrer entre les deux ordres des parallélismes ingénieux plutôt que solides et qui, fussentils scientifiquement établis, laisseraient subsister la question principale. Il semble même difficile de les poursuivre sérieusement sans retomber dans le naturalisme.

Et réellement, lorsqu'on y réfléchit quelque temps, on se persuade que le plus souvent la liHpr^,4 i\f^ r\fx^ décisions n'est qu'une apparence : nousvoulonSy mais pourquoi voulons-nous ? Il y a toujours un pourquoi^ bien que nous ne Taperce viens pas toujours. Nous ne connaissons pas le ressort qui nous fait agir; nous po- 8ons le pour et le contre des divers partis^ mjiii^otre, balance n'est pas assez délicate pour marquer le pfrain

oni a rompu Féquilibre. L'événemen t nous instruira.^ Le motif que notre nature et nos antécédents rende2fle plus fort entraînera la résolution. Peut-être aucun de ceux dont nous observons le confl it n'est-il la cause véritable de Tacte, cause que nous ne connaîtrons peut-être

jamais. Qui n'est son énigme à lui-m ême? Ainsi une' psychologie curieuse nous pousse à la même conclusion .que dictent de concert les analogies delà nature, l'idéal a priori de la science, le principe logique de l'induction et le suprême intérêt intellectuel de l'unité, à la simplicité du déterminisme universel. A ussi ne faut-il point être surpris d^ le voir professé par des

homm es du plus n oble cœur, lorsque, plongés dans "7^

rinvestigation théorique, ils ramènent tout à la science

et ne voient dans la science que la science. Ils se flattent que ce déterminisme es t sans danger pour la vie /t^^/ivjcw pratique. P leins de respect pour la conscience morale, qui parie en eux distinctement, mais persuadés que tout doit finalement se résoudre en^te, ils'^'efibrcent de construire le phénomène de l'obligation sentie au moyen de simples faits, ^ action du mi lieu, hérédité, s ympathie, bienveillance naturelle, calcul d'intérêt.

^ou tout autre élément q uelcon que,^ s ans prendre garde seulement qu'une définition semblable anéantit l'objet défini. Us croient conserv er une règle de la conduite .^ en supprimant la liberté. Qu 'ils se détromp ent. lîâ^/^

^goûteront la suprëme"^o iFde^ en rame-

nant tout à la même loi, tout, excepté la vie morale, qu'ils ont perdue en route^omme l'écrivain éminent

XT^:

dont nous avons cité l'opinion sur notre manière de philosopher au commencement de ce chapitre, ils ont mis à ptirt et conservent soigneusement pour leur propre compte la conscience, héritage du christianisme et r honneur, rejique de la chevalerie. C'est assez pour Ao^y^..--- leur personne. Mais le fatalisme qu'ils mêlent à ce Ijt^^ ^ miel le fera fermenter dans les esprits qui les écou- ^^-^w^J^i^ tera, suivant un déterminisme qu'eux mêmes, s'ils <- A^vK^v-s^ont conséquents, ne sauraient que déclarer infailUble. ^'**^**^— Ou plutôt, dans la littérature, dans la critique, dans la société, cette putréfaction se produit déjà et l'odeur nous eu suEfoque. Non, los simplifications du déterminisme se payent trop cher.

"^ Maïs il est une autre simpli cité que la simplicité logique, c'est lajimpli cité du cœur, l'entière bonne foi vis-à-vis de soi-même, le vrai sérieux, qui ne permet aucune abstraction et cherche à mettre la science a sa place dans l'ensemble des réalités. Lorqu'en face

d'un choix à faire entraJleux partis , nos intérêts^ n os

instincts, ups affections p oussent du même côté^ tandis que le devoir nous désigne l'autre, alor s la li berté sort du voile et par aît dan s sa nudité sévère. Nous la voyons triomphante, lorsque, nourla suivre, nous mar- ^ f cl ions sur nos plus chers tréfio/s; nou s y cr^^ons^» encore, lorsque, préférant nous obéir à nous-mêmes, j nous faisons à regret ce que la yoix intéri eure Jl0usJJj^ ' dit être mal. Il nous serait fort agréable de nous per- * '^^^i}^Mf''—^^^^^^ ^^'^ ^^^^ ^^ pouvons pas agir autrement que i^'^^w^ ïio^^ n'avons fait ; mais nous nous en trouvons inca-

^iJtj^V^-ife-3

pables.— Survient un sage qui nous rend raison de cette incapacité. « Ce qui vous manque, nous dit-il, pour comprendre la nécessité que vous avez subie, c'est la faculté de vous retrouver tels que vous étiez au moment de l'action dont vous vous accusez. » C'est fort

plausible, et comment prouver le contraire ? Nous ne saurions réfuter une telle sagesse, mais nous conseillons à noa amis de ne pas l'écouter, car elle achèverait de leséneryeret^^ corrompre. Pour nous, û^^^i^ cette réfutation-là suffit, mais nous convenons que ^^y^^T^^^^ d éterminisme est commode, et no us ne doutons V^^^^'*^^ ' que sa co mmodité ne soit pour beau coup dans la fa-^T^y^^L^^,^ veur qui l'accueille. Une semblable philosophie s'ac- ^S!^^^^ corde bien aux tendances d'un siècle où la population ^^-""^L» / baisse, où la criminalité monte avec le suicide et la c!^%^X^ir>

folie, où la patrie se dévore, où l'honneur s'en va.

le-o^

Quelques-uns essaient encore de concilier, non le-<au*^A; z^'*^ déterminisme et la liberté, mais le déterminisme er^^^'-a„^^ç-j

la morale p ar l'illusion de la liberté , qu'ils s'appliquent de leur mieux à dissiper à l'instant même où ils l'érigent en panacée. Ils nous demandent de travailler à un idéal, « afin d'y croire, » sans songer seulement, ni qu'il faudrait produire un titre quelconque à l'appui d'une suggestion pareille, ni que pour y pouvoir obtempérer nous aurions déjà besoin du Hbre

arbitre qu'ils nous refusent. Le siècle des inventions est le siècle des succédanés : on a les succédanés du vin et du cuir, du beurre et du marbre, il fallait avoir aussi les succédanés de la religion, du devoir et de

i76 LA CIVILISATION ET LA CROYANCE

la liberté. Mais il serait imprudent de vouloir en garantir Tusage. La morale sans obligation, la liberté dans le déterminisme sont des formules qui se détruisent elles-mêmes./

La liberté dans les actions indifférentes est ellemême indifférente. Nous serions disposé à ne pas] l'admettre, et à penser que le libre arbitre se révèle/ exclusivement dans les conflits entre le devoir et les passions, de sorte que le devoir serait proprement sa raison d'être et sa substance aussi bien qu'il constitue! notre raison de Uaffirmer. Nous devons nrnî rft à lîTj

, i/-/ liberté, parce qu'elle est inséparable du devoir et que |

Çf^ ^ nous sommes tenus moralement de croire au devoir^ JCj \ ral^o cognoscendi. Nous sommes libres par le fait du

' v**'*^'^^ " ^^^'pri'ncip e de l'obligation morale, qui se réa lise dans f I l'humanité comme une force nouvelle au milieu d'une

1 t ' " Ng».*" '^^"''^ affective et sensitive déjà donnée, et qui se ma - --r7 nifeste par la conscience, ratio essendi. V

Kvi. 'ï^ *A'e^,cv Lp^'-f^ Vête. LtA^uuH ûr«-cÂtt>

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