‹ La civilisation musulmaneChapitre 2 sur 4 · I. Aujourd'hui publié en partie par M. H. Derenbourg · texte numérisé non relu

I. Aujourd'hui publié en partie par M. H. Derenbourg

aî-Ioghah, ouvrage spécialement consacré aux synonymes. Et je ne parle ici que des ouvrages les plus anciens ; car vous n'ignorez pas de quelle utilité sont pour nos études les grands dictionnaires plus modernes connus sous le nom de Oâmoûs et de Tâdj al-Aroiis.

Les branches accessoires de la philologie donnèrent lieu à des travaux importants. Les poésies anciennes , les proverbes, les traditions locales furent recueillis et commentés. C'est ainsi qu'Abou Tamâm forma sa belle anthologie appelée Hamâsah, et Meïdânî son fameux recueil de proverbes intitulé Kitâhamthâlal-Arah.

L'étude des poésies au point de vue du rythme conduisit le grammairien et lexicographe déjà cité, Khalîl, à la conception de la prosodie. C'est lui qui en écrivit le premier traité, traité qui servit de modèle à tous les métriciens postérieurs, et dont les principes ne trouvèrent de contradicteur qu'en la personne d'un certain Nâshî, auteur du x^ siècle, malheureusement perdu aujourd'hui.

Les belles-lettres se confinèrent dans la poésie. Ce n'est pas que les Arabes n'aient eu la conception des contes et du roman. Les aventures d'Antar, celles de Dhou '1-Himmah et de Seïf al-Yazan, les Mille et une nuits et différents recueils d'historiettes et de nouvelles comme le Faradj hada sh-Shiddah et la compilation d'Al-Biqâï nous montrent bien que les Arabes n'étaient point dépourvus d'imagination, si tant est que ces contes et romans ne soient pas simplement traduits ou imités du persan. Mais il faut reconnaître que ces rares productions, non plus que les Maqâmât de Hamadhânî, de Harîrî et de Nâsîf al-Yâzidjî, recueils d'anecdotes racontées en style pompeux, ne sauraient constituer un ensemble littéraire bien imposant. Le drame, l'épopée, la comédie, le roman de caractère font absolument défaut aux Arabes. La poésie, au contraire, apanage des anciens nomades, est restée vivace et prospère pendant toute la durée du khalifat d'Orient, et c'est par centaines que l'on compte

les poètes éminents dans tous les genres, poésie descriptive, poésie erotique, poésie guerrière, poésie philosophique, odes, satires, concetti, etc. La grande anthologie connue sous le nom de Kitâb al-Aghânî renferme un choix des plus beaux morceaux accompagnés de notices fort instructives sur leurs auteurs. Mais, en outre, beaucoup de Dhuâns ou œuvres complètes de ces poètes sont parvenus jusqu'à nous. Ils portent les noms fameux de Nâbighah, d'Antarah, de Tarafah, de Zoheïr, d'Alqamah, d'Imrolqéïs , de Shanfarah, de Labîd , pour la période antéislamique ; ceux de Djarîr, d'Akhtal et de Farazdaq, pour la période des Omeyyades ; enfin ceux d'Abou Nowâs, d'Abou '1-Atahiya, de MosHm, d'Abou'1-Alâ et de Motenabbî pour la période desAbbâsides.Et nous ne citons ici que les noms les plus illustres. Avec l'arrivée au pouvoir des Abbâsides, la culture musulmane entra dans une voie nouvelle. Le second khalife de cette dynastie, Mansoûr, entouré de Syriens chrétiens fort instruits et qui possé-

daient également bien les langues grecque, syriaque et arabe, profita de ces talents pour faire passer en arabe un certain nombre de productions étrangères. C'est grâce à lui que les écrits d'Aristote, de Ptolémée et d'Euclide répandirent chez des Musulmans le goût des sciences. Le khalife Mamoûn fut un de ceux qui encouragèrent le plus les traductions du grec. Les œuvres de l'école néo-platonicienne, celles d'Hippocrate , de Dioscorides et de GaUen étaient familières aux docteurs musulmans. Par les Persans, plusieurs écrits indiens leur devinrent accessibles, comme les fables de Bidpaï et des traités d'astronomie et d'algèbre. La philosophie dans toutes ses branches était à l'ordre du jour, et pour rappeler avec quel succès les Musulmans la cultivèrent, il suffira d'évoquer les grands noms d'Al-Kindî, d'Al-Fârâbi, d'Avicenne (Ibn Sînâ), d'Avempace (Ibn Bâdjâ) et d'Averroès (Ibn Roshd).

En histoire et en géographie, les Musulmans nous ont légué de vrais trésors.

Le goût de l'histoire se développa chez eux par le besoin de rassembler et de compléter les traditions relatives au Prophète ou consignés dans le Qorân, et par la nécessité de conserver leurs généalogies. La géographie naquit de leurs conquêtes. Une des plus anciennes productions historiques est la biographie de Mahomet composée par Mohammed ben Içhâq, sous le khalifat de Mansour. Al-Wâqidî, vers la même époque, rédigea une histoire des premières conquêtes musulmanes. Plus tard, Belâdhorî écrivit sur le même sujet son Kilâh Fotoûh al-BoIdân. L'histoire générale entra bientôt dans le cercle des études, et au ix*" siècle de notre ère, Ibn Qptéïbah rédigea son Kitâb al- Maârif, résumé d'histoire universelle. Au x*" siècle fleurirent trois grands historiens, Yaqoûbî, Tabarî et Maçoûdî, dont nous possédons aujourd'hui les textes imprimés et en partie traduits (i). Après eux l'on

I. Par MM. Houtsma, De Goeje et ses collaborateurs, Barbier de Meynard et Pavet de Courteille. ^

peut citer une foule de chroniqueurs dont les plus connus sont Belâdhorî, Hamzah d'Ispahan, Ibn Tiqtaqa^ Nowéïrî, Maqrîzî, Ibn al-Athîr, Aboulféda , Soyoûtî et le grand Ibn Khaldoun, auteur des Prolégomènes, véritable miroir de la civilisation des Musulmans, sans parler de tant d'autres qui ont rédigé des chroniques locales, comme celles de la Mecque et de Médine, de Damas, d'Alep et de Bagdad.

Les biographes Nawawî, Ibn Hadjar et Ibn Khallikân sont non moins célèbres.

L'Histoire des médecins d'Ibn Abî Oséïbiah mérite d'être citée au premier rang, à côté des travaux d'Al-Qiftî, de Mâwerdî, de Shahrestânî et d'Ibn Hazm sur l'histoire des philosophes, des institutions politiques, et enfin des religions et des sectes orthodoxes et hétérodoxes.

En géographie, l'activité des Musulmans ne fut pas moindre. Au ix« sièclej Yaqoûbî composa son livre des contrées, dans lequel il décrit les villes principales de l'empire musulman. Ibn Khordâdbeh rédigea plus tard son livre des routes et

des provinces (i) où il s'attache à indiquer les itinéraires et à faire connaître le produit des impôts de chaque province.

Qpdâma, son contemporain, publia ensuite son traité de Fart du commis de chancellerie, dans lequel, à la suite d'une notice sur les bureaux de l'administration, vient une description des provinces avec l'indication des relais, des distances et des produits de chaque pays. Plusieurs ouvrages de l'historien Maçoûdî oflrent aussi de précieux renseignements sur la géographie. L'on doit à Yâqoût un grand dictionnaire de géographie a3^ant pour titre Modjam al-Boldân. Enfin, Zamakhsharî, Istakhrî, Ibn Hauqal, Moqaddasî, Al-Bêroûnî, Al-Bekrî, Edrîsî, Aboulféda nous ont laissé de nombreux traités de géographie, des relations de voyages et des dictionnaires des noms de lieu. Il faut citer encore, dans la littérature des voyages, les relations si atta-

I . Traduit en français dans le Journal asiatique par M. Barbier de Meynard.

chantes du marchand Solcïmân, dcNâsiri Khosrou ( I ) ,d'Ibn Djobéïr, d'Ibn Batoiitah , ainsi que ce curieux ouvrage intitulé Merveilles de l'Inde (2) qui a permis d'identifier enfin les pays légendaires de Qanbalou,de Zàbcdj et de Wâq-Wâq.

Les sciences qui se rapportaient à la géographie, comme l'astronomie et la cosmographie, étaient passionnément étudiées chez les Musulmans. Sous le khalife Mamoùn, deux observatoires furent fondés à Bagdad et à Damas. Le bibliothécaire de ce prince, Al-Khârizmî, composa son Kasin al-Ard ou Configuration de la terre, ouvrage dans lequel chaque nom de lieu était accompagné de sa longitude et de sa latitude. Des tables astronomiques furent dressées par Yahya, par Habash, par Abou Mashar (Abumazar) et par Al-Battânî (Albategni). Ce dernier est aussi l'auteur

1 . Voir la traduction qu'en a donnée M. Schefer, tome I^"" de la seconde série des PuhUcaiions de Vicok des langues orientales. Paris, E. Leroux.

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