Saint Jean, 1x
« travail ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, « ni ton serviteur, ni ta servante, ni ta bête de « somme, ni l'étranger qui sera chez toi. Car Dieu « a fait en six jours le ciel et la terre et la mer et « tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le « septième jour. C’est Pan Dieu a béni et « consacré le jour du Sabbat!. ÿ
Les motifs qui linspirent di l'institution Bou Moïse les donne hautement. C'est d'abord un motif d'humanité. L'homme qui tra-
vaille et qui se fatigue a besoin de se reposer. | Dans une société tant soit peu nombreuse, on doit. se préoccuper du sort du grand nombre. Or le grand nombre a une vie pénible. L'homme des champs se courbe sur un sillon, tous les jours,
depuis l’aurore jusqu au soir, avec une monotonie désespérante et une persévérance tyrannique.
L'ouvrier des cités bat le fer, tisse les toiles, déchire le bois, avec non moins de monotonie et non moins d'obstination. Pourr aient-ils faire autrement? Non. Les nécessités de la vie matérielle, le besoin du pain quotidien fouettent l'homme, etil marche. Il marche forcément, comme marchent les esclaves, comme marchent les animaux, cs peine, le soir venu, de n'avoir rien à manger et. ‘1 de mourir de faim. |
$C Exode, chap. xx.
vu
Moïse, prenant en pitié la partie indigente et laborieuse de sa nation, exigea un jour de repos sur six Jours de travail, et il étendit le bénéfice de cette loi aux esclaves et même aux animaux.
L'abstention du travail servile ne fut pasl’unique motif de l'institution du Sabbat, il fallait encore, ce jour-là, s'occuper de choses saintes. Honorer Dieu par les louanges, les prières, les actions de grâces, les bonnes œuvres, prendre part aux cérémonies du culte, méditer les préceptes divins, étudier la loi, repasser en sa mémoire les grands événements de l’histoire d'Israël, telles étaient les prescriptions mosaïques. L'homme ne vit pas seulement par le corps et pour le corps, il vit encore par l’âme et pour l’âme; et le prolétaire, l'homme absorbé par le travail matériel, à plus besoin que les autres de donner un peu d'activité et un peu d'aliments à son intelligence et à son cœur. Par l’observance du Sabbat, non seulement le peuple pouvait accorder du repos à son corps, mais encore il devait pourvoir à ses besoins spirituels, travailler à son relèvement moral, songer un peu au côté idéal de la vie, et mettre en activité les facultés supérieures de l’âme.
Enfin, ce jour de loisir était en même temps un jour de fête qui rappelait aux Israélites un grand dogme et un grand fait : le dogme et le fait de la création de l’homme par Dieu. Il est surprenant
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de voir Moïse émettre, plus de quatorze siècles
avant Jésus-Christ, l'idée si profonde de la création, et émettre en même temps l'idée de la création successive et progressive, en six époques ; Car la science moderne, fouillant dans les entrailles du sol, constate tous les jours la vérité de l'affirmation mosaïque. Mais Moïse ne se contente point de raconter à son peuple le fait de la création du monde, il voulut graver profondément cette vérité capitale dans la mémoire d'une nation oublieuse ; et, par l'institution du repos sabbatique, il consaera et assura à jamais la perpétuité de ce souvenir. Le retour fréquent et périodique du Sabbat réveillait la mémoire et la reconnaissance du peuple hébreu. Chose digne de remarque! Les deux fêtes célébrées le plus souvent par les Juifs étaient des fètes consacrées non pas au souvenir d'événements particuliers et nationaux, mais au souvenir d'événements communs à tout le genre humain.
Le Sabbat, qui revenait tous les sept jours, rappelait la création du monde; les néoménies, qui revenaient tous les mois, rappelaient le gouvernement du monde par Dieu.
On peut mesurer, d'après ces données, l’importance capitale de la loi du Sabbat. Cette loi soulaveait les classes laboricuses, éduquait et moralisait
le peuple, affirmait et enseignait la doctrine du
” Dieu créateur.
. Descendons maintenant le fleuve du temps; et, nous laissant porter par ces flots rapides, qui entraînent les hommes et les choses, franchissons les quatorze siècles qui séparent Moïse de Jésus- Christ. Que voyons-nous ? Qu'est devenue l’institution du Sabbat? Quelle empreinte a subie la loi mosaique, en traversant le cerveau étroit des Pharisiens? Hélas! par leurs interprétations mesquines, les Pharisiens dénaturent le sens de cette loi et en ruinent l'efficacité. Au lieu d'élever l’âme du peuple vers la grande idée de la création, vers les grands devoirs de l’amour de Dieu, du dévouement au prochain, de la régénération morale, ils se disputent entre eux pour savoir combien il y a d'œuvres serviles prohibées. Les uns en comptent trente-sept, d’autres un peu plus, d’autres un peu moins. Qu'est-ce que le Sabbat pour eux ? C’est le jour où il est défendu de : labourer, semer, moissonner, botteler, battre le grain, cribler, moudre, bluter, pétrir, cuire, tondre, blanchir, carder, filer, retordre, ourdir, teindre, lier, délier, coudre, déchirer, bâtir, détruire, frapper avec un marteau, chasser, pêcher, écorcher, égorger, ràcler, tanner, couper, écrire, raturer, régler pour écrire, allumer, éteindre, emporter quelque chose d’un point à un autre, mettre en vente, peler ou cuire une pomme, tuer un insecte, chanter, jouer d’un instrument au point d'éveiller un enfant, allumer du feu et
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même une lampe, parler d’affaires, voyager, aller
à cheval ou en bateau, faire plus de 2.000 coudées
de chemin, etc., etc.!.
{ En présence d’une pareille casuistique, que fait Jésus? Par ses paroles et surtout par ses actes, il flétrit les arguties pharisaïques. Les Pharisiens avaient doublement tort; d’abord, parce qu'ils ridiculisaient le grand commandement divin, en interdisant, le jour du Sabbat, les actions légitimes et naturelles; ensuite, parce qu'ils mettaient le précepte solennel de l’observance du Sabbat en
opposition avec d'autres préceptes plus solennels
encore, et prétextaient cette collision de droits ou de devoirs pour enfreindre le devoir suprême de la charité.
Jésus remet chaque chose à sa place. Il dépouille Ja loi sabbatique des scories impures dont la souillaient les Pharisiens; il exalte par dessus tout l'amour de Dieu et du prochain; et quand on lui reproche de violer dans sa conduite le jour consacré au Seigneur, il justifie ses actes par une foule d'excellentes raisons, et prouve qu'ilétait dans l'esprit de la loi mieux que ses détracteurs. « Est-ce « que Dieu, leur dit-il, interromptle gouvernement « du monde, le jour du Sabbat? Est-ce que vos « prêtres n’exercent pas leur ministère, ce jour-là, À
pa. C'est le Talmud qui parle ainsi.
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« comme les autres jours? Est-ce qu'il n’est pas « permis ou plutôt est-ce qu'il n'est pas obliga- « toire de faire du bien aux hommes, tous les « Jours sans exception? Le Sabbat est fait pour
« l’homme, et non l’homme pour le Sabbat.. En
qualité d’envoyé de Dieu, je suis seigneur et « maître du Sabbat. »
En réalité, Jésus n'a jamais violé le Sabbat; et
loin de détruire cette loi sabbatique, il en a affermi
les fondements, il a ajouté aux bases anciennes.
des assises nouvelles.
A cette question : devons-nous consacrer un.
jour spécial au culte de Dieu? l'Evangile répond :.
Dieu doit être adoré, prié, aimé {oujours comme | partout. Il faut Zoujours prier et ne s'arrêler
jamais, dit saint Luct.
Dieu est immuable dans sa grandeur et dans sa.
gloire; jamais une ombre ne passe sur sa perfection ; jamais un nuage n'empêche son rayonnement; jamais il ne perd une parcelle de sa beauté ou de son éclat. Soleil des corps et des esprits, il est trop haut pour que nos brouillards s'élèvent Jusqu'à lui. Il ne croît ni ne diminue. Il ne peut pas
croître, car il a possédé de toute éternité le plein:
développement de l'être; il ne peut pas diminuer,
il y a incompatibilité essentielle entre lui et la,
1, Saint:Lue, xvinx, 1:
dait aux droits de Dieu : nos louanges, nos prières, nos expiations, nos actions de grâces devraient être immuables et perpétuelles. Nous devrions L fatiguer nos lèvres et briser notre voix à chanter les gloires, les générosités, les beautés de l'Étre suprême. Nous le devons, le pouvons-nous?
. Bien plus. Non seulement Dieu est éternellement grand et glorieux, il est aussi éternellement créateur, providence, rédempteur de l'humanité. Comme une source trop abondante qui répand ses flots de toutes parts; Comme un océan trop riche quiinonde toutesses plages, Dieu déverse incessamment le trop plein de son être; et, librement généreux, il fait naître, à chaque instant de la durée, des milliers d’existences et des milliers de vies. Puis il nourrit ce qu'il a fait naître. Les yeux de toutes les créatures sont tournés vers lui et il pourvoit à toutes. La terre s'appuie sur l’axe que Dieu lui a donné et ne dévie pas. Les étoiles marchent dans l’espace et ne se heurtent pas. Le soleil accomplit son œuvre de lumière et ne s’épuise pas. Les insectes imperceptibles, comme les monstres r arins, sont rassasiés ; les petites fleurs des champs comme les cèdres du Liban sont désaltérés. Dieu donne, les créatures reçoivent : Dieu ouvre la main, les créatures sont comblées de biens. Quoi encore?
Dieu redresse ce qui tombe et ranime ce qui meurt. | 18
moindre imperfection. Si donc notre culte répon-
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Il souffle, et son souffle régénérateur renouvelle la face de la terref.
Comment répondre à cette présence de Dieu, éternellement active, éternellement bienfaisante? Comment répondre à la perpétuité de la Providence divine? Nous devrions y répondre par la perpétuité de l'adoration, de la prière, de l’expiation, de l’action de grâces. Nous le devons, le pouvonsnous ?
Nous ne le pouvons pas. L'infirmité de notre nature nous oblige à vaquer successivement aux différents devoirs qui nous incombent. La vie matérielle, la vie intellectuelle, la vie morale réclament tour à tour nos préoccupations et se disputentnos moments. Commentpartagerons-nous
notre temps? N'y aura-t-il point place dans notre
vie pour nos besoins religieux? Les biens de la
terre absorberont-ils tous nos soucis, et ne nous.
laisseront-ils pas un instant pour songer à Dieu?
Quoi! tout sera en nous pour les vulgarités de la. vie terrestre, et rien pour la vie divine? tout pour | les instincts égoistes et sensuels, rien pour les.
instincts supérieurs et désintéressés? Cela n'est pas possible. La religion est une nécessité pour nous aussi bien que le pain matériel. Il n'est personne ici-bas à qui la terre puisse suffire et qui