‹ La clé de ma caisse comédie en un acteChapitre 9 sur 30 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

la défends... On y trouve de tout... des dentelles, du velours, des perles, des diamants! et quelle végétation!

MOREL, à part.

Je vois poindre un nuage à l’horizon. (Haut, avec humeur.) Avec toi, on ne peut jamais parler sérieusement.

HORTENSE

C’est de la médisance, monsieur mon mari, et la preuve, c’est que je viens précisémeut causer avec vous d’une affaire grave.

MOREL, & part.

Le nuage se développe. (Il prend discrètement son chapeau et fait raine de sortir.) Si je pouvais?

HORTENSE

Que faites- vous donc?

MOREL, mettant son chapeau.

Rien... j’ai froid à la tête... (a part.) La fuite est impossible, il faut combattre...

HORTENSE

Avez-vous oublié que c’est demain que mademoiselle Fleury se marie à la Madeleine?

MOREL

Non, et il faut y aller... je t’accompagnerai même... ce sera une promenade charmante...

Charmante... nous irons à pied... (Prenante bras de Morel.) bras dessus, bras dessous...

Ils se promènent.

MOREL

Comme deux bons bourgeois...

HORTENSE, riant.

Mais il y a un détail auquel vous ne semblez pas penser du tout...

MOREL

Un détail? tu sais .. je ne suis pas l’homme des détails.

HORTENSE

Songez donc, mon bon petit Gustave...

MOREL, à part.

Mon bon petit Gustave m’a toujours été fatal.

HORTENSE

Songez donc que les femmes les plus élégantes de Paris assisteront à ce mariage...

MOREL, à part.

Le nuage va crever.

HORTENSE, continuant.

Et, si je suis heureuse et fière de m’y montrer ainsi, à votre

bras, je vous avoue que je ne serais pas fâchée de m’y faire voir dans une brillante toilette...

MOREL, à part.

Patatras ! Il crève.

HORTENSE, de même.

Enfin, monsieur, disons le mot...

MOREL

Disons le mot... (à part.) j’y suis préparé...

HORTENSE

Avec un cachemire tout neuf sur mes épaules.

MOREL, se dégageant*.

Un cachemire !... (a part.) Eh ! bien, non, je ne m’attendais pas à celui-là... (Haut.) Y penses-tu? je t’en ai donné un l’année dernière !

HORTENSE

Vous m’en avez donné un, qui était long et rouge... Ohf charmant! aujourd’hui, j’en voudrais un, carré et vert...'

MOREL

Eh bien ? Est-ce que tu ne pourrais pas faire couper ton cachemire long, pour le rendre carré, et le faire teindre en vert?

HORTENSE

Ah! mon ami... où avez-vous puisé ces déplorables notions sur laquestion des cachemires ?... Rassurez-vous, d’ailleurs... je ne vous demande qu’une bagatelle... Qu’est-ce que cent louis pour vous ? - *

Mais... c’est deux mille francs!

HORTENSE

Pour vous, qui gagnez des sommes folles, avec votre ami Chamblain... car, on dit que vous êtes, tous les deux, sur le chemin de la fortune.

MOREL, qui a donné des signe* d’une grande contrariété.

Ah ! on dit cela ?

HORTENSE

Partout.

MOREL, confidentiellement.

Eh! bien, il ne faut pas détromper ceux qui le disent... cela pourrait nuire à notre crédit... mais, entre un mari et une femme qui s’aiment bien, et nous nous aimons bien, n’estce pas, Hortense!... on ne doit rien se cacher...

HORTENSE, à part.

U va me refuser...

* M«rel Hortense.

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