JEANNE, LUCIEN
LUCIEN, sur le seuil de la porte.
Vous avez à me parler, Jeanne?
JEANNE
Vous alliez sortir ?...
LUCIEN, descendant en scèue.
Oui. Le soir, à cette heure-ci... j'ai l'habitude...
JEANNE
Est-ce fort important ce qui vous fait sortir?
LUCIEN
Non! J'allais à l'Opéra, et j'ai tout le temps de vous écouter.
JEANNE
Il n'y a rien à écouter... j'ai, moi, l'intention de ne pas sortir, et si vous aviez voulu passer la soirée près de moi... LUCIEN, très-ctonné.
Vous dites ?
JEANNE
Est-ce que vous n'avez pas compris?
LUCIEN
Redites encore une fois!...
JEANNE
Je vous demande si vous pouvez passer la soirée près de moi... c'est bien simple...
LUCIEN
Bien simple ! Bien simple !
JEANNE
Vous refusez?
* Jeanne j Lucien.
Je ne dis pas cela!...
JEANNE
Le jour OÙ nous avons reconnu que jamais nos deux façons d'être ne pourraient s'accorder, il a été convenu que vous restiez mon meilleur ami, n'est-ce pas?...
LUCIEN, lui tendant la main.
Sans doute, sans doute!..
JEANNE
Il me semble que je ne vous demande rien que l'on ne puisse demander à un ami. (Lucien rit.) Qu'avez-vous à rire?.., LUCIEN, prenant un air sérieux.
Je ne ris pas... Un peu de surprise peut-être...
JEANNE
Ah!
LUCIEN
Il faut bien avouer que, depuis quatre mois, il ne vous est pas arrivé souvent, malgré cette belle amitié... raison de plus, du reste, pour que je profite de cette bonne fortune.
JEANNE
Vous restez?
Je reste!
LUCIEN
JEANNE, vivement.
Ah ! que je suis heureuse. . .
LUCIEN, un peu ému.
Vraiment ?
JEANNE
Oui, car je suis habituée^ quand je passe la soirée ici, à avoir quelqu'un près de moi...