SCÈNE QUINZIÈME
CONTRAN.
Je n'en connais aucun.
LUCIEN
Tu n'en perdras que mieux... tout en jouant tu pourras causer à voix basse ou à voix haute... et mèaie crier si cela t'amuse... l'uiiportantes! que tu glisses rapidement sur les idées qui sont indifférentes à Métella, et que tu arrives au plus vite à quelques-unes de ces phrases qui lui feront comprendre que tu as quatre-vingl mille livres de rente...
JACQUELINE, se retournant vivement vers Contran.
Vraiment, monsieur?
Tu vois l'efTet! ces phrases-là, on s'y arrête, on les dit avec onction... et pour rendre l'allusion plus sensible... on saisit...
CONTRAN, prenant la main de Jacqueline.
La main...
LUCIEN
La main... si tu veux. La femme vous la laisse en disant...
JAQUELINE
Le carrossier est venu.
LUCIEN
C'est cela, pardieu !
Quelles dispositions !
CONTRAN.
LUCIEN
Cette fois, Jacqueline, vous n'avez pas entendu...
JACQUELINE
J'ai deviné, monsieur.
LUCIEN
Je pense que toi tu devines le reste. On répond : Je ne veux pas que ce carrossier vous tourmente, et, comme, à ce moment, la partie
est terminée et qu'on a perdu... on paye ses dettes de jeu! (il
se lève el jette sa bourse dans le tablier Je Jacqueline.] J.\CQUELIN E.
Merci, monsieur.
CONTRAN, se levant.
C'est très-facile!... dites-moi la plu-ase, Jacqueline.
JACQUELINE
Le bijoutier est venu.
CONTRAN, lui donnant de l'argent.
Voici pour le bijoutier!...
JACQUELINE
Et la lingère...
GONTR.\N, même jeu.
Voici pour la lingère.
JACQUELINE, avec volubilité.
Et le propriétaire, et le tapissier, et la fleuriste, et le marchand de gants, et le marchand de fourrures, et le marchand.,.
CONTRAN, qui n'a cessé de donner et qui cherche dans ses poches.
Ma foi, je n'ai plus rien,..
LUCIEN
Bravo, Gontran, c'est comme cela qu'il faut donner.
JACQUELINE
Est-ce comme cela qu'il faut prendre, monsieur?
Oui, Jacqueline, et vous ferez bien de garder ma bourse, puisqu'avec moi vous jouez le rôle de iMétella; mais il faut lui rendre son argent, avec lui vous êtes femme du monde.
JACQUELINE, avec une révérence.
Pardonnez-moi! monsieur, c'est pour les pauvres!