IV. LANGUE DE L' AUTEUR XLI
3. Nous relevons encore pour à les rimes suivantes: achaie : mate 1653 — vielleehe : meneche 2123 — père (parât) : réfère 2333 — lermes : termes 1097. Je ne relève pas d'exemple de la confusion de an et en.
4. é (lat. ë, ï) n'est pas passé à oL C'est ainsi que l'infinitif de la deuxième conjugaison {-ère) rime avec celui de la première {-are): trouver : mouver 193, 619, 1105, 3197, 3273 (A écrit une fois trouuoir : mouuoir) esmouver 2023, 2665; veer, voier (videre) : preer, proier 255, 703, conreer 2449, deleer 2977; deleer : asseer 1751; prouver : mouver 3359.1)
Nous trouvons aussi: fiëe (vicata) : envee (invitât) 1531, vee (via) 591, 1951 (B écrit une fois fioie : uoie). Cf. d'autre part: fiëe : espiëe 1713, lohee 1828, avisée 1882, aimée 2572 etc.
Dans les exemples qui précèdent, e paraît donc se prononcer comme e. Dans les suivants au contraire, il semble devoir se prononcer ç: crere : fere 233, 555, 585, 995, 1063, 3163, atrere 1203, retrere 1807. Crere rime aussi avec querre (quaerere) 667.
Nous relevons aussi les rimes: puceles : esteles 1801; deies (debeas) : aies (habeas) 385; veeni : cent 2707; tree : crée 1191, vee 2677; soustree : vee 3139; sey (sapio) : sey (se) 659, 980, 1289; soit, seit (sapit) : soit, seit (sit) 847, 1691, 1879; soivent : doivent 2911.
Pour ces dernières formes, les copistes ont presque toujours employé la graphie oi. Ainsi soit = sapit et sit. Ils ont dû céder à une analogie bien naturelle. De même que sit était devenu seit, puis soit\ de même sapit sous leur plume devient seit, soit. L'explication est la même pour sai et soi. Cette analogie a passé au pluriel, d'où la graphie soivent (sapiunt).-)
Des exemples qui précèdent, il résulte que, dans notre texte, comme en dialecte normand, é n'est point passé à o/.^)
') Nécessairement toutes les graphies en -oir qui se rencontrent dans notre texte représentent la prononciation normande: -eir. La graphie aver 2357 est sans doute causée par le voisinage immédiat de vergoigne.
'^) Les formes monosyllabiques non-terminées par une consonne sont généralement représentées par les scribes avec la diphthongue ay. fay, fey, say, sey, quelquefois fai, sai.
3) A donne ledengeit : mengeit 3249.
XLIl INTRODUCTION
5. e -f N = ein, ain: mainz (manus) : mamz (minus) 1051, 2519; paines : vilaines 177, 261; paine : certaine 1479, 1599, 3017, saine 1611, estraine 1543; fontaine 3189, vilaine : alaine 3243; atainte : crainte 951; craindre : enfraindre 1205; ataindre : taindre (tingere) 1197, faindre 1242; faindre : plaindre 3157, enpeindre 1903, 2933; estreiiidre : eomplaindre 1749; estraintes maintes 2234; mainte : creinte 3027.
e + N = engn, eign: tieagne : plengne 613; prmgnes : restraingnes 401; compaignes : enseignes 3133.
6. Mê = mi: ami (amicum) 2957, rime assez fréquente dans les textes du Nord.
7. La terminaison -rtia = ise. Servise : faintise 1658, guise 1780.
8. e 4- i : e. Desplee (desplica) : devee (deveto) 2461; plee : vee 2293; envoie : desploie 2817.
9. è + i = r dans les exemples suivants: pris (prëtium) : entrepris 109; prie (prëcat) : escondie 279, 581, envoisie 611, oblie 688, die 577, contralie 888, fie 1161, amie 1173, moquerie 2763; desdient : prient 263; guise : prise (prëtiet) 411, atise 1027, aquise 2211; amie : demie 3405.
D'un autre côté, nous trouvons é + i rimant avec -iére (lai arius), caractère phonétique propre au sud de la Normandie: manière : piere (*pejor) 1411; chambrière : piere 1891; lumière : enpiere 3093. i)
Dans l'intérieur des vers, nous retrouvons les mêmes graphies. Les manuscrits donnent presque invariablement lié (elle) : 53, 111, 432, 435, 462, etc.; parmié 3204; esliere 183, 1979, esliere : piere 1979; liere 758, 859; liet 765, 3096, liez 1887; deliete 1031, deliet : liet 1577, 3315, deliet 2029, 2047, 2049, 3324, delietera mil, delietemenz SSU] sof/iet 1728; pro-
') Voyez P. Schulzke: Betontes e -}- i und o -\- i in der normannischen Mundart. Il classe la Clef d'amour parmi les textes de la Touraine, p. 33. 11 considère à tort la forme enmie (Tross, p, 62 et 77) comme venant de in média. C'est la graphie habituelle du ms. C pour amie (amica). Il suffisait du reste, pour éviter l'erreur, de lire les deux vers. La rime manière : soffire, relevée par Schulzke (Tross, p. 1 8), est fautive. Cf. 465.