NÈGRES DEMANDÉS
Le soussigné, arrivé à Lynchburg, payera comptant, un très-bon prix, les nègres de dix à trente ans qui lui seront amenés. Les personnes qui ont des nègres à vendre sont invitées à venir le trouver à l'hôtel Washington, ou à lui écrire.
J. B. Mg-Lendon.
Nov. 5. dly.
M. Mac-Lendon n'achète donc ni les enfants au-dessous de dix ans, ni les hommes au-dessus de trente ans. Peut-il bien faire un pareil commerce sans rompre les liens de famille? Dans le môme journal, M. Seth Woodroof fait une annonce semblable à celle de M. Mac-Lendon ; lui aussi demande des nègres des deux sexes de dix à trente ans : seulement son choix est encore plus limité ; car il ne veut se charger que d'artisans, forgerons ou charpentiers; lui aussi, sans doute, il serait désolé de séparer le père du fds, mais que fera-t-il cependant si les charpentiers et les forgerons présentés ont des enfants au-dessous de dix ans? A coup sûr il exécutera les ordres de ses correspondants, et John et Sam seront obligés de dire un adieu éternel aux nourrissons qu'allaitent encore leurs épouses désolées, comme l'oncle Tom lorsque, — debout près de la couchette où reposaient ses derniers nés, — il jeta sur eux un dernier regard voilé de larmes inutiles. Eh bien, mes amis, ne maudissez pas ce pauvre j\L Seth Woodroof, si, pour vous procurer les ouvriers dont vous avez besoin, il a l'horrible cruauté de briser ces cœurs qu'il sépare. Son métier est parfois
très-désagréable, vous pouvez l'en croire, et si vous êtes obligés d'employer ses services dans votre intérêt, traitez-le avec civilité; — n'allez pas surtout vous croire meilleurs que lui. '*' ^
Mais voici une annonce encore plus caractéristique ; elle ' est signée A.-A. Mac-Lean, agent général, Cherry-Strcet, et se trouve dans la Nahsville Gazette (numéro du 23 novembre 1852). Ce M. Mac-Lean fait, à ce qu'il paraît, un commerce considérable. — 11 demande, dans le même numéro, vingt-cinq nègres de quinze à vingt-cinq ans , plus un charpentier, outre une nourrice qu'il lui faut sur le champ et dont il offre n'importe quel prix fany pricej, pourvu, bien entendu, qu'elle réunisse les conditions voulues. Mais s'il la trouve, cette nourrice si désirée, que deviendra le nourrisson? Peut-être, au moment où Mac-Lean porte celle annonce à la Nashville Gazette^ la pauvre femme berce dans ses bras son enfant qu'elle allaite, et, comme toutes les mères, le proclame la plus agréable créature qui ait été mise au jour. Les négresses elles-mêmes ont de ces faiblesses-là. — Ah! malheur à elle, si elle réunit les conditions exigées par M. Mac-Leanî... Demain, ce soir, tout à l'heure, son enfant adoré lui sera enlevé pour toujours.
Cet honnête trafic de maris et de femmes, de mères et d'enfants, prospère aussi dans l'Etat d'Alabama , — comme le prouve l'annonce suivante de YAdvertiser and Gazette de Montgomery.