EJit. Vives, XI
Mil
Rien na été fait et probablement rien ne se fera de 2^cireil à r œuvre scientifique de saint Thomas. Edifice gigantesque, et dont les sommets semblent sHlluminer des splendeurs de la vision béatifique des deux. Toutes les vérités divines et humaines y sont mises à leur place et reliées entre elles de manière à former un tout harmonieux et plein de vie. « En même temps, dit V immortel Léon XIII, le panégyriste sans égal du saint Docteur, que Thomas distingue parfaitement, ainsi qu'il convient, la raison d'avec la foi, il les unit toutes deux par les liens d'une mutuelle amitié : il conserv3 ainsi à chacune ses droits, il sauvegarde sa dignité, de telle sorte que la raison, portée sur les ailes de Thomas jusqu'au faite de la nature humaine, ne peut guère monter plus haut, et que la foi peut à peine espérer de la raison des secours plus nombreux ou plus puissants que ceux que Thomas lui fournit i. » L accord de la raison et de la foi, voilà bien, en effet, le caractère propre de l'œuvre de saint Thomas d'Aquin. Au lieu de séparer la science divine et la science humaine, ce qui est contre nature et nuisible à toutes les deux, il les unit, les harmonise et fond leurs rayons dans un m.ême faisceau de lumière totale et complète. De cette sorte, la foi éclaire et perfectionne la raison, et la raison à son tour prépare à la foi et la défend contre les sophismes de l'hérésie et de l'impiété.
i. Encyclique Œterni Patris, 4 août 1879.
Il est donc manifeste que, dans l'Ange de V École, on ne saurait opposer le théologien au philosophe, ni même les séparer. Jamais ils ne vont l'un sans l'autre ; partout ils se supposent, s'entr'aident et se complètent. Mais, sHl en est ainsi, de quelle importance n'estH pas de connaître sur quel fondement, du côté de Tordre naturel, le saint Docteur a appuyé son immense synthèse? Quelle est la hase rationnelle de son œuvre, et par conséquent la clef de toute sa philosophie ? Cette hase, dit le savant cardinal Pecci, n'est pas autre que le système de la constitution substantielle des corps ou la théorie de la Matière et de la Forme ^, et quiconque est quelque peu familiarisé avec les ouvrages de saint Thomas, sera de l'avis de l'illustre philosophe. Cela étant, supposons que ce système ne soit qu'une simple opinion et non pas une vérité incontestable, qu'en suivra-t-il? Il en suivra, continue le même auteur, que saint Thomas, le docteur des docteurs, la lumière de V Église, le prince des théologiens et des philosophes, le Maître que les Vicaires de Jésus-Christ n'ont pas cessé d'exalter et de recommander au monde catholique comme le Maître sûr entre tous les maîtres, aurait, dans l'ordre naturel, appuyé presque toutes ses déductions sur une pure opinion. Qui pourrait admettre une pareille conséquence, et n'y a-t-il pas, dans ce fait, en
i. Revue de rAcadémie romaine de Saint-Thomas d'Aquin, P* vol., page m.
dehors de tout examen, la plus puissante présomption possible en faveur de la vérité de la théorie de la Matière et de la Forme? Une opinion peut être vraie sans doute, mais aussi elle peut être fausse ; et un Docteur qui n'aurait emprunté qu'à une opinion, même très probable, la confirmation des vérités les plus certaines qui soient possibles, ne "^nériterait assurément pas l'immense crédit que lui ont accordé les Souverains Pontifes, les Conciles œcuméniques et tout ce qu'il y a eu de théologiens et de philosophes éminents dans l'Église depuis six siècles.
Puisque donc le système de la Matière et de la Forme est la clef de la philosophie de saint Thomas, il n'est pas étonnant que ceux qui ignorent cette doctrine soient à chaque pas arrêtés dans la lecture des Œuvres du saint Docteur. Nous osons le dire, sans crainte d'être démenti par aucun de ceux qui en ont fait la doidoureuse expérience , sans la connaissance de cette théorie et de celle de l'origine des idées, qui n'en est qu'une conséquence, la sagesse d'or du Docteur aîigélique, comme l'appelle magnifiquement le Pape Léon XIII ^, est un trésor à peu près fo^mé. Or, ce t7^ésor est le trésor riche entre tous, le trésor où est renfermée la doctrine vraie et catholique, selon le mot du B. Urbain V, le trésor auquel le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre nous fait un devoir de puiser . Il faut donc