M. L'ABBÉ MOIGNO A L'ÉDITEUR
Vous saviez qu'à la suite de mon illustre maître et ami, François Arago, j'aipris un rang honorable parmi les écrivains vulgarisateurs; que, forcé par devoir de suivre le progrès sous toutes ses formes, je dois être parfaitement au courant des découvertes et des théories modernes ; et vous ave : eu la pensée de me confier la révision de la Clef de la Science^ de M. le docteur Brewer.
Sans vous en douter, vous alliez au-devant d'un de mes plus ardents désirs. J'avais voulu posséder un des premiers exemplaires de cet ouvrage, je l'avais lu avec avidité; j'y avais trouvé d'excellentes choses, mais aussi des imperfections et des lacunes qu'il importait d'autant plus de faire disparaître que le nouveau livre, par son tilre attrayant, par son caractère éminemment pratique, par l'auguste patronage sous lequel il était placé, devait se vendre, et
vin AYEUTISSEBIENT.
s'est vendu par milliers d'exemplaires. Admirable d'intention, la Clef de la Science atteignait incomplètement son but; elle froissait quelque peu ceux qui savent, et n'éclairait pas assez ceux qui ne savent pas.
J'ai accepté votre proposition avec une joie vive ; Je me suis mis à l'œuvre, et aussi à l'étude, avec ardeur et persévérance. Je dis à Vétude, parce que l'auteur anglais, et c'est pour lui un véritable titre de gloire, a si bien choisi, tant varié et tant multiplié les questions, qu'une science acquise par une longue vie de travail ne suffisait pas pour opposer à tous ces Pourquoi des Parce que nets et satisfaisants.
J'ai la conviction qu'au pointoù je Tai amenée, sans sortir du cadre tracé par M. le docteur Brewer, la Clef de la Science est un bon, j'oserais presque dire, un très-bon livre. Je me suis appliqué, en le révisant, à populariser un grand nombre de faits, de théories, d'explications, que l'habitude ou la routine tiendront longtemps encore à la porte des ouvrages classiques, et même des traités spéciaux ; de telle sorte que cette quatrième édition d'un livre moins qu'élémentaire sera presque tout à fait au niveau de la science moderne. On remarquera, j'en suis sûr, que l'introduction des conquêtes récentes a grandement facilité les réponses aux questions proposées. Il ne pouvait pas en être autrement, puisque le progrès n'est en réalité qu'un pas fait vers la simplicité , puisque toute explication plus vraie est essentiellement une explication plus facile ; puisque le dernier mot de la science est I'Intdition.
Ce livre s'adresse surtout à l'enfance. Est-ce à dire que l'enfant, à la première lecture, devra comprendre les ré-
AVERTISSEMENT. ix
ponses aux Deux mille Pourquoi dressés devant lui ?Noii , bien certainement ; et, en rédigeant les Detix mille Parce que^ nous n'avons nullement eu, M. Breweretmoi,la prétention de les rendresaisissables à Tesprit de l'enfant.
La science, comme la foi, ne peut pénétrer dans une jeune àme que par une oreille docile, fiies ex auditu : c'est uniquement des lèvres d'un père, d'une mère, d'un instituteur, d'une institutrice, que tout enseignement efficace doit découler pour elle. Formuler des réponses vraies et parfaitement intelligibles pour le maître ; lui faire comprendre si bien ce dont il s'agit, le mettre à même de le si bien expliquer, que l'élève, en relisant plus tard le texte des réponses, retrouve sans peine, et grave dans sa mémoire ce qu'il a saisi en écoutant; telle était au fond notre tâche, et nous croyons l'avoii* à peu près remplie.
L'abbé F. MOIGNO.
Paris, 12 juin IR.VS.