La dernière vertu cardinale est la Tempérance
On constate son caractère comme vertu spéciale et comme vertii générale (q. 141), et Ton signale les deux contraires qui Toffensent : l'insensibilité et l'intempérance (q. 142).
Les vertus qui se rattachent à la tempérance sont nombreuses (q. 143).
* La pudeur (q. 144) et l'honnêteté (q. 145) lui appartiennent comme parties intégrantes.
Sous elle se rangent encore, comme des espèces d'un même genre, toutes les vertus qui modèrent les plaisirs du corps :
Dans l'ordre de la nourriture , l'abstinence ( q. 146) et le jeûne (q. 147), qui règlent l'action périlleuse du manger et défendent de la gourmandise (q. 148);
La sobriété dans le boire (q. 149), qui protège contre les excès de l'ivresse (q. 150);
Dans l'ordre de la génération, la chasteté (q. 151), qui a pour fleur la virginité (q. 152), et pour vice contraire la luxure (q. 153) avec ses espèces multiples (q. 154).
LA SOMME THÉOLOGÎQUE
Plusieurs autres vertus dépendent de la tempérance comme des parties potentielles, c'est-à-dire comme des vertus secondaires qui observent sur certains points particuliers ce que la vertu principale prescrit en général.
Ce sont : la continence (q. 155), ruinée par son contraire, l'incontinence (q. 156);
La clémence (q. 157), qui a pour ennemie la cruauté (q. 159 ) ;
La mansuétude (q. 157), opposée à la colère (q.l58);
Enfin la modestie en général (q. 160) et ses espèces.
La première fille de la modestie est l'humilité (q. 161). Elle a pour vice contraire l'orgueil (q. 162), qui fut le péché du premier homme (q. 163) : prévarication justement punie par la mort et les autres peines (q. 164) dont nos premiers parents furent frappés après qu'ils eurent cédé aux suggestions de Satan (q. 165).
Les autres espèces de modestie sont : l'amour réglé de l'étude, stvdiositas (q. 166), qui a pour excès contraire la curiosité (q. 167); la décence dans la tenue et les mouvements extérieurs (q. 168), et la convenance dans les ajustements du corps (q. 169).
L'énoncé des préceptes qui regardent la tempérance et ses annexes complètent cette analyse logique des vertus (q. 170).
Telle est l'admirable généalogie des vertus chré-
tiennes décrite par saint Thomas. Cette œuvre est tellement achevée que depuis son apparition la théologie n'a pas fait un pas sur ce point, et, en la parcourant, en la méditant, on sent que les siècles n'y ajouteront rien. Toutes les formes de la vertu humaine s'y coordonnent dans un enchaînement toujours logique et une méthode constamment lucide : la plénitude de la doctrine, de la raison et de la lumière en fait un chef-d'œuvre incomparable.
IL — Après avoir disserté sur les vertus et les vices communs à tous les hommes, le Docteur angélique^ traite des conditions et des états qui ne conviennent qu'à quelques-uns, et ramène ces particularités aux trois suivantes :
Les grâces gratuitement données, gratiœ gratis datse;
La vie contemplative et la vie active;
Les devoirs et les états divers parmi les hommes.
l* Les grâces gratuitement données ont pour objet une connaissance surnaturelle, sa manifestation et sa confirmation par le miracle.
* Sum. î. 2, q. 171, Prolog. : Postquam dictum est de singulis yirtutibus et vitiis, quœ pertinent ad omnium hominum conditiones et status , nunc considerandum est de bis quae specialiter ad aliquos homines pertinent. Invenitur autem difîerentia inter homines secundum ea quse ad habitus et actus animœ rationaiis pertinent, tripliciter : uno quidem modo secundum diyersas gratias gratis datas... Alia vero differentia est secundum di versas vitas, activam scilicet et contemplativam , quse accipiuntur secundum di versa operationum studia... Tertio modo, secundum diversitatem offîciorum et statuum.
A la connaissance répondent : en premier lieu la prophétie, qui est examinée successivement en ellemême (q. 171), dans sa cause (q. 172), son mode (q. 173), ses espèces (q. 174); en second lieu, le ravissement qui tient de la prophétie (q. 175).
Le don des langues (q. 176) et la grâce des discours (q. 177) ont rapport à la proposition de la vérité.
La grâce des miracles fait la preuve en apportant le témoignage divin (q. 178).
2*» Relativement au second point de vue, saint Thomas établit d'abord la distinction entre la vie active et la vie contemplative (q. 179); il les considère ensuite séparément (q. 180, 181), puis, les comparant Tune avec l'autre, il donne la préférence à celle-ci sur celle-là (q. 182).
3» Enfin le saint Docteur pose les principes généraux concernant la diversité des conditions et des devoirs dans la société humaine (q. 183), et traite de la perfection chrétienne au point de vue commun et comme état particulier (q. 184). Dans l'état proprement dit de perfection, il range en première ligne l'épiscopat (q. 185), et, au second plan, la profession religieuse, dont il formule la notion essentielle (q. 186), les attributions et les droits (q. 187), les variétés (q. 188) , les règles d'admission (q. 189).
Telle est la seconde partie de la Somme, qui décrit le retour de la créature vers Dieu. Il est im-
possible de n'être point frappé de l'ampleur de cette conception. Elle forme une synthèse majestueuse des devoirs de l'homme envers Dieu, envers ses semblables, envers lui-même. C'est un code complet de morale et de sainteté, se déroulant dans une exposition simple, logique et toujours lumineuse, depuis les principes générateurs et les aspects généraux de la loi morale jusqu'aux dernières ramifications de la vie pratique et aux plus fines nuances de la perfection. Le philosophe y trouve formulées et démontrées les exigences de la raison par rapport au bien et à l'ordre moral; le légiste, les principes fondamentaux et les applications minutieuses du droit public et privé; le chrétien, les prescriptions sévères de la loi divine et les suaves insinuations du conseil évangélique. Pour tout dire en un mot, cette partie de la Somme est un monument achevé auquel les âges postérieurs n'ont rien ajouté, et qui suffirait seul à la gloire de saint Thomas.
ARTICLE III Analyse de la troisième partie.
Nous ne comprenons, dans cette partie de la Somme, que les 90 questions rédigées par saint Thomas lui-même, et subdivisées en 547 articles.
ïl y est traité de Jésus-Christ, le médiateur qui ramène la créature vers Dieu, et des moyens par
LA SOMME THEOLOGIQUE
lesquels s'opère ce retour, c'est-à-dire des sacrements, jusqu'à celui delà pénitence, dont une partie seulement fut rédigée par saint Thomas.
En Jésus -Christ, le Docteur angélique étudie les mystères successifs de son incarnation, de sa vie, de sa mort et de sa gloire.
I. — Touchant le mystère de l'Incarnation, il discute la convenance (q. 1) et la nature de cette union (q. 2); son mode par rapport à la personne divine (q. 3), à la nature humaine (q. 4) et à ses diverses parties (q. 5 et 6); les conditions de grâce (q. 7-12) et de nature (q. 13-15) de l'âme unie an Verbe; la dualité de nature (q. 16) et l'unité de personne (q. d7); les deux volontés (q. 18) et les deux opérations (q. 19) qui résultent de la dualité de nature.
Comparant ensuite Jésus-Christ à son Père , il traite successivement de la sujétion qu'il lui doit (q. 20), de sa prière (q. 21), de son sacerdoce (q. 22), de l'adoption divine qui ne saurait lui convenir comme à nous (q. 23), de sa prédestination (q. 24).
Puis , le considérant par rapport à nous , il établit le culte que nous devons à sa personne et à tout ce qui en relève (q. 25), et sa qualité de médiateur à notre égard (q. 26).
II. — Après avoir défini ce que Jésus-Christ est en. lui-même, ce qu'il est par rapport à son Père et relativement aux créatures, le saint Docteur expose les mystères de sa vie passible et glorieuse.
C'est d'abord l'entrée dans le monde, et là apparaît la très sainte Vierge Marie avec ses prérogatives de sanctification anticipée, sinon d'exemption de la tache originelle < (q. 27), et de perpétuelle virginité (q. 28), son mariage véritable avec saint Joseph (q. 29), le glorieux mystère de l'annonciation (q. 30).
La conception virginale dans le sein de Marie, où il prend la chair d'Adam, rend le Verbe véritablement homme (q. 31).
L'auteur de la Somme étudie le mode de cette conception au double point de vue du principe qui l'opère (q. 32) et du corps qui en est le fruit (q. 33 et 34).
Il déroule ensuite la série des mystères de la vie et de la mort du Sauveur : sa nativité (q. 35), son épiphanie (q. 36), sa circoncision et sa présentation au temple (q. 37), le baptême qu'il reçoit des mains de saint Jean (q. 38 et 39), sa manière de vivre parmi les hommes (q. 40), sa tentation au désert (q. 41 ), sa prédication et sa doctrine (q. 42), ses miracles (q. 43 et 44), sa transfiguration (q. 45), sa passion (q. 46), dont il assigne la cause (q. 47), le mode (q. 48) et les effets (q. 49); sa mort
' < Cf. A. Lambruschini , Polemica DUsert. De immciculalo Virginia Conceplu. Rome, 1842.
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(q. 50), sa sépulture (q. 51), sa descente aux enfers (q. 52).
Ce magnifique traité du Christ, où FAnge de l'École révèle l'ampleur et la sublimité de sa foi, les complaisances et les tendresses de son amour, se termine par l'exposé des mystères glorieux du Sauveur : sa résurrection (q. 53-56), son ascension (q. 57) à la droite du Père (q. 58), sa qualité de juge suprême (q. 59).
III. — Quand on a lu, médité, approfondi l'enseignement de saint Thomas sur le Verbe incarné , on connaît, on comprend, on adore, on aime Jésus- Christ Notre-Seigneur ; on sait comment est constituée cette individualité complexe, à la fois divine et humaine; on y voit clairement le Dieu et l'homme, et tout ce que cette alliance ineffable appelle de perfection, de grâce et de gloire; le plan divin de la sagesse et de la miséricorde se déroule avec une clarté qui ravit; l'unité du monde par l'homme et par le Christ apparaît dans son évidence et sa beauté, et l'on comprend la parole du Sauveur résumant la foi et le salut dans la connaissance de Dieu son Père et de lui-même : Hsec est autem vita œlerna ut œgnoscant te solum Deum verum, et quem misisti Jesum Chrisium (Joann. xvii, 3); on comprend enfin le glorieux éloge adressé par le divin Crucifié au Docteur angélique : Bene scripsisii de me, Thoma (Brev. Rom. 7 Mart. Ofî. s. Thomse).
La TROISIÈME se continue par l'étude des Sacrements, qui nous communiquent la grâce méritée par Jésus-Christ , et par cette grâce nous incorporent à Jésus-Christ.
C'est d'abord la doctrine générale sur la nature (q. 60), la nécessité (q. 61), les effets (q. 62 et 63), la cause (q. 64), le nombre et les relations des sacrements (q. 65),
Les divers sacrements viennent ensuite, savoir : le baptême (q. 66-71), la confirmation (q. 72), l'Eucharistie (q. 73-83), la pénitence (q. 84-90), dont le saint Docteur, surpris par la mort , ne put exposer que la partie générale.
Relativement à ces divers sacrements, on examine régulièrement les questions de l'existence et de l'institution, de la matière et de la forme, du ministre, des effets de grâce, et l'on ajoute les points de vue spéciaux particuliers à chaque sacrement. On se conformera à cette marche dans le supplément, dont il nous reste à parler.
ARTICLE IV Analyse du Supplément.
I. — La Somme théologique, laissée inachevée par le Maître, est complétée, ainsi que nous l'avons
dit, dans un supplément emprunté à ses propres commentaires sur le Livre des Sentences.
Le Supplément comprenait d'abord 99 questions partagées en 441 articles. Le P. Nicolaï (1594rl693), dominicain français, qui pendant vingt ans professa la théologie à l'Université de Paris, ajouta dans sa célèbre édition des œuvres de saint Thomas d'Aquin^ deux questions, prises aussi des commentaires sur les Sentences, et divisées : la première , en deux articles; la seconde, en six ou plutôt en huit par une nouvelle adjonction de deux articles. Elles concernent la condition dé ceux qui meurent avec la seule tache du péché originel et l'état des âmes du purgatoire. Elles forment, dans l'édition de Nicolaï, les questions 71 et 72 du Supplément.
En y comprenant ces adjonctions , le Supplément de la Somme donne 101 questions et 451 articles.
IL — Son objet est de compléter la doctrine sur les sacrements et d'exposer les conditions de la vie future.
Dans les premières questions on poursuit l'étude de la Pénitence en la considérant tour à tour dans ses trois éléments' Sacramentels : la contrition (q. 1-5), la confession (q. 6-11) et la satisfaction (q. 12-15);
Dans le sujet qui reçoit ce sacrement (q. 16);
1 La 1" édition des Œuvres complètes, donnée par le P. Nicolaï, comprend 19 in -fol., imprimés et publiés à Lyon, 1660. — En 1663, parut à Paris une nouvelle édition de la Somme , en un vol. in -fol. C*est la plus estimée.
Dans les ministres qui le confèrent, ce qui conduit à traiter du pouvoir des clefs (q. 17-20), de Texcomniunication (q. 21-24) et des indulgences (q. 25-27);
Enfin dans la pratique de la pénitence publique (q.28).
Viennent ensuite les autres sacrements : Textrême-onction (q. 29-33), Tordre et les irrégularités (q. 34-40), le mariage et ses empêchements ( q. 41-68).
La marche de Texposition reproduit celle inaugurée par le saint Docteur et dont nous avons parlé. Les grands théologiens, comme les auteurs élémentaires, s'y conformeront désormais, et s'ils s'en écartent, ce sera presque toujours au détriment de la méthode et de la clarté.
IIL — La fin du Supplément et de la Somme est consacrée à la question de la vie future.
Il s'agit d'abord du lieu où vont les âmes après la mort (q. 69) et du feu de l'expiation dont elles peuvent subir les atteintes (q. 70), des suffrages pour les morts (q. 71) et de l'invocation des saints (q. 72).
Puis, généralisant le point de vue, on traite de la fin du monde (q. 73 et 74), de la résurrection (q. 75-78), des propriétés communes aux corps ressuscites (q. 79-81), des qualités particulières des corps glorieux (q. 82-85) et des corps des réprouvés (q. 86).
Le jugement dernier suitlarésurrection ( q. 87-90), après quoi il ne reste plus qu'à décrire l'état du
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monde à la fin des temps (q. 91) et à considérer les deux aspects définitifs de réternité : le ciel (q. 92-96) et l'enfer (q. 97-99).
Les deux questions intercalées par Nicolaï à la suite de la question 70®, et que d'autres éditeurs renvoient sous forme d'appendice à la fin de la Somme, complètent le nombre de 101 questions.