‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 40 sur 46 · LA CLEF DC COR.V.Y · texte numérisé non relu

LA CLEF DC COR.V.Y

la gloire du prophète; et, à mon grand désappointement, il n’a pas même fait l’énumération des versets qui, à la suite dos derniers cités, sont marqués du cachet de l’homme.

Secrétaire. Nous ne faisons pas un livre. Pour des esprits exercés, il doit suffire d’indiquer les points principaux, sans entrer dans tous les développements.

Dziri. Le cadi serait en droit de faire cette réponse. Lecadi parlait pour tous, et mon secrétaire devait travailler pour moi. Je conserve, comme un précieux héritage de mon père, l’habitude de tenir un registre des actes de la journée. Ces pièces, à quelques égards préférables à un livre, doiventrester comme un monument de famille, destinées peutêtre à perfectionner l’éducation de mes enfants et de mes neveux. Pour cette raison, je ne me contente point, tu lè sais bien, ô secrétaire! d’indiquer les propositions principales; mais je développe avec soin les questions qui s’y rattachent.

Pour ma satisfaction personnelle et pour la gloire du prophète, le secrétaire, sans se contenter de dire que Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! changeant de tactique suivant les circonstances, a remplacé un système de douceur par un système de violence, attrait dû indiquer, au moins en gros, les versets qui se rattachent à cette nouvelle organisation, c’est-à-dire qui constituent les bases de la guerre sainte.

Secrétaire. Mais, à mon maître! s’il m’est permis d’employer encore ce nom, ces versets sont répétés en mille endroits du Coran. C’eût été un

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travail énorme que de citer même les sourates. Quepouvais-je faire dans une simple conversation?

Dziri. Tu devais faire plus que cela: comme dans un plan, dans un système quelconque, le génie qui en est l’auteur ne se contente point de déterminer ce qu’il se propose, mais qu’il indique les moyens d’exécution; pour la gloire de Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! et pour ma satisfaction, tu aurais dû dire: Font partie intégrante du nouveau système, et sont conséquemment marqués au cachet de l’homme, non-seulement les versets qui commandent la violence en matière de religion, mais encore tous ceux qui imposent aux musulmans le devoir de combattre dans le sentier de Dieu, en sacrifiant leurs biens et leurs personnes.

Secrétaire. Pensez donc, ô mon maître, si je pouvais aller jusque-là.

Dzihi. Tu devais aller plus loin : comme Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! a rencontré des récalcitrants, surtout parmi les avares et insolents Mecquois, tu aurais dû, pour faire ressortir le génie du prophète et épargner de la peine à ton maître en signalant les versets marqués du cachet de l’homme, tu aurais dû dire : Doivent être rangées dans la même catégorie ces paroles foudroyantes : Oui, F homme devient rebelle en devenant riche; s'il ne cesse, nous le saisirons par les cheveux de su lete menteuse et criminelle ; paroles dirigées contre Abou-

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Djnhal (sourate Elalaq ); et ces autres : Ils seront ensevelis sous une voûte de. flammes, dirigées contre Walid (sourate le Territoire ); et ces autres : Périssent scs deux mains ! Qu'il périsse lui-méme ! Ses richesses et ses œuvres ne lui serviront de rien. Seront calcinés, au milieu d'un feu flamboyant, lui et sa femme ; paroles dirigées contre Abou-I^ahab dans la sourate qui porte son nom; et ces autres : Le désir d’augmenter vos richesses vous préoccupe jusqu’à ce que vous descendiez dans le tombeau ; mais, je vous vois dans ce moment solennel : vous craignez; ah ! vous craignez; ah! si vous le saviez de science certaine. Vous verrez é enjer, vous le verrez des y eu.c de. la certitude; alors vous serez interrogés sur les plaisirs de la terre (sourate El- Caçarat)-, paroles dirigées contre tous les récalcitrants qui refusaient de faire le sacrifice de leurs biens.

Secrétaire. Je savais que ces sourates et autres regardent certains personnages avares et puissants, ennemis de Mahomet, que la bénédiction du ciel soit sur lui! mais j’étais loin d’y soupçonner le cachet de l’homme. Comment pouvais-je, ô mon maître! répondre à votre désir?

Dziri. Si tu comprends ton Coran, lu ne peux t’einpèclier de voir que ces passages font partie du système.

Secrétaire. Mais encore!...

§ III

Dziri. Tu devais plus que cela : comme à l’observance de toute loi ou de tout règlement est at-

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tachée une récompense, à l’infraction un châtiment, tu devais, pour la gloire du prophète et pour ma satisfaction, indiquer les versets relatifs à cette sanction. Tu aurais dû te rappeler, si tu sais ton Coran, que, dans toutes les sourates où il est question de la guerre sainte, les exhortations se terminent par la promesse du paradis pour les fidèles qui sacrifient corps et biens, et par la menace de l’enfer contre les avares et les lâches.

Secrétaire. Mais, ô mon maître, sont-ce mes oreilles qui me trompent!... elles me transmettent comme scandaleuse la parole tombée de votre langue véuérée, de laquelle j’ai coutume de recevoir la vérité avec la même délectation que je suçais le lait du sein de ma mère. Quoi! le dogme du paradis et de l’enfer serait d’invention humaine!

Dziri. Je ne m’étonne plus de ton insuffisance: le dogme du paradis et de l’enfer est une vérité éternelle. Promulguée avec la création du premier homme, plutôt du premier génie, cette vérité ne disparaîtra de la terre qu’avec le dernier fils d’Adam , et ne cessera d’être enseignée dans le temps que pour être crue dans l’éternité. Impie et insensé serait celui qui oserait la révoquer en doute. Toute nue, cette vérité ne pouvait avoir d’empire sur le peuple auquel Séid Mahomet avait affaire; peuple ami des biens de la terre, auquel il s’agissait d’imposer le sacrifice de ces biens, le sacrifice même de la vie. Lui montrer pour récompense la vue intuitive de

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Dieu , ainsi que nos mystiques inspirés d’en haut, ou nourris d’une haute philosophie, ont coutume de le faire, c’eût été perdre son temps. Mais ce peuple est aussi atni des plaisirs sensuels; c’est par là que le prophète va le prendre : il parlera en même temps à son imagination et à ses sens. Sous le ciel brûlant de l’Arabie, le farouche et voluptueux Mecquoisne connaissait de plus doux plaisirs que de respirer l’odeur des parfums, de posséder des jardins arrosés de courants d’eau, de s’abandonner sans mesure à de libidineuses jmiissances.

Séid Mahomet lui met, pour ainsi parler, sous les yeux un paradis conforme à ses goûts : c’est un lieu enchanteur planté d’arbres fruitiers; à l’ombre de ces feuillages mollement caressés par l’haleine des zéphyrs, où l’odorat est flatté par l’odeur suave du musc, de la rose et du jasmin, l’oreille par le doux murmure d’eaux limpides, sont des couches moelleuses; sur ces couches, des vierges aux yeux de nacre, embellies de tous les charmes et avec lesquel les il lui sera donné de vivre éternellement, sans que jamais elles perdent la virginité. Puissant mobile dans la guerre sainte! Devant ce tableau, l’Arabe n’a pas balancé de faire le sacrifice de biens passagers pour des jouissances sensibles et éternelles. Il va jusqu’à mourir gaiement en saluant d’un soupir d’amour la houri qui lui tend les bras pour l’étreindre dans de voluptueux et éternels embrassements.

Ce côté de notre paradis, ô secrétaire, tu pouvais le voir, est, à lui seul, une preuve incontesta-

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ble du génie de Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! La fin qu’il se propose, c’est la guerre sainte ; l’appât des jouissances du paradis est le moyen. Dans l’esprit de l’Arabe, la guerre sainte n’est que le moyen; la fin, ce sont les délices du paradis. S’ëtre ainsi assuré pour élément de succès tout ce que , combinées ensemble, la foi et les passions peuvent déployer d’énergie, ouallah, c’est le comble du génie. Conviens-en, û secrétaire! tu ne t’es pas montré plus soucieux de la gloire du prophète que du bon plaisir de ton maître.

Secrétaire. Là où mon maître ne voit que le génie de l’homme, j’ai toujours cru voir la sagesse de Dieu, et rien .que la sagesse de Dieu.

Dzixi. C’e6t ce qui s’appelle outrager Dieu, et méconnaître la gloire du prophète. Séidna Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui, a cependant assez clairement signalé l’écueil, assez clairement prévenu l’équivoque, assez clairement, pour ceux qui savent comprendre. A la sourate la Vache, après avoir parlé de ce dévergtmdage du paradis proposé aux grossiers Mecquois: Dieu, dit-il , ne dédaigne pas de prendre pour parabole un moucheron ou quelque chose de plus élevé. Le peuple s’est arrêté au sens matériel : c’est que ceux dont l'esprit est voilé par T ignorance, et le cœur pesant tP iniquité, est-il dit dans le Coran, courent apres la métaphore. Il n'y a que les hom- . ■mes doués de sagesse et d! intelligence qui réfléchissent et comprennent. Puisque Abd-Errahaman est

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du nombre des ignorants, il ne devait pas s’offrir pour être mon secrétaire.

Secrétaire. Abd-Errahaman ne peut savoir que ce que ses maîtres lui ont enseigné. Tous ces passages seraient donc le langage de l’homme!

Dziri. Si tes préjugés d’enfance ne peuvent se dissiper devant la garantie que présente la sagesse de Séid Mahomet, et la précaution qu’il a prise à l’égard des intelligents par les versets que je viens de citer, consulte, ô secrétaire, consulte ta raison d’homme, mais d’homme libre et éclairé : sur la terre, à plus forte raison dans le ciel, le tout de l’homme, c’est Dieu. Dans le paradis présenté aux Mecquois, le tout de l’homme, ce sont les houris. Puissances du corps, puissances de l’âme, tout est absorbé dans ces perpétuels hyménées. Il faudrait dire alors qtiele prophète n’a reçu mission de détruire l’idolâtrie sur la terre que pour la transporter dans le ciel. Il faudrait dire plus : les Arabes, avant la mission du prophète, plaçaient au haut de l’Olympe Jupiter (El-Mouchtari); Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! serait venu renverser Jupiter de son trône, pour y placer Vénus (El-Zohara).

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