La Clef du mystère
Ce livre, quoique formant un tout complet, est la re'union de plusieurs opuscules qui ont été composés à différentes époques et qui, étant des docu. ments, doivent être conservés en la forme qu'ils avaient d'abord. Au reste, il a fallu laisser de côté bien des choses qui seront publiées à part.
En premier lieu, sous le titre de réforme de renseignement, vient un travail qui a été, en partie du moins, imprimé à Québec vers la fin de 1874, et^ en totalité, réimprimé à Lyon, dans les derniers mois de l'année suivante. Ce travail contient l'exposé du système tel qu'il a été fait par l'auteur, le 8 avril 1874, à Messieurs les professeurs du Séminaire de Québec. On y trouve aussi le compterendu de plusieurs examens et les appréciations des journalistes et hommes d'état les plus en renom du Canada. C'est comme la première partie de l'ouvrage.
La deuxième partie est de beaucoup la plus importante du livre parce qu'elle renferme, en substance, toutes' les questions qui y sont traitées et
■qu'elle indique, sans phrases inutiles, le but, la forme et la raison de l'œuvre qu'il s'agit de fonder. Cette partie est compose'e de trois opuscules dont l'un, Veîisembk du système, a paru à Que'bec au commencement de 1877, quelques mois seulement avant les articles dont il est fait mention plus loin et qui, faute d'argent, n'ont pu êtrere'unis en volume qu'en 1881. Quant au règlement, il n'a été imprimé qu'en 18S3. Le titre principal est celui-ci : œuvre des Raphaélistcs.
La troisième partie a pour but, sous forme dt lettres, de faire connaître le Canada aux étranger^ qui ne le connaissent pas et, plus encore, de mettre en relief certains personnages qui jouent un rôlf dans l'action providentielle. Bien que toutes cei, lettres, à l'exception d'une seule, aient été envoyée s à leur adresse, l'auteur savait trop bien à quoi s'eir tenir sur la bonne volonté des gen? pour croire qu't pût lui être possible, même avec les meilleures raisons, de convaincre des hommes, aveugles volonV taires, qui ont toujours systématiquement fermé les yeux à la lumière, et, en écrivant ces lettres, sor! but était seulement de les montrer au public sous', leur vrai jour. Car déjà la position prise par chacu'j d'eux dans le débat était nettement définie, et \ •eût été parfaitement inutile, par exemple, des'adres/ser à Sa Grâce Mgr Taschereau, archevêque de
Québec, qui n'admettra jamais qu'il ait pu se tromper ; mais, au-dessus de ce prélat, il y a le pape et c'est au pape, au nom de Dieu, que justice est demandée. Il faudrait désespérer de la justice en ce monde, si, dans le cas présent, la preuve étant faite, (car elle est faite, j on ne pouvait obtenir justice.
Dans la quatrièm'=î partie qui a pour titre : la clef du mystère, l'auteur, pour mieux établir la vérité, qu'il a déjà démontrée, quoique peut-être un peu succinctement, a dû se mettre lui-même en cause et montrer, par son expérience personnelle, quelle influence fatale l'éducation peut avoir sur la vie d'un homme quand elle est fausse. Grâce à ce travail qui a paru en 1877 sous le titre de " V Enfant et Vèducation " et, plus tard, sous un titre nouveau " V Enigme ", il est possible de comprendre que le nom d'Œdipe ait pu donner lieu à une coïncidence miraculeuse. Qu'on lise en effet la vie d'Œdipe, et, à la manière dont il a été éclairé sur son étrange destinée, le rapprochement deviendra facile à faire, sinon pour tout le monde, du moins pour tous les gens instruits. Au reste, en admettant >que certaines démonstrations soient trop philoso- /phiques pour être à la portée des intelligences ordinaires, il y a une chose que l'esprit le plus borné est en état de saisir aisément, c'est le rapport frap-
pant qui existe entre le sacre de Mgr Dominique Racine et la mort de Son Excellence Mgr Conroy. (Connerail).
La cinquième partie et les parties qui suivent, que l'on pourrait très bien intituler : la bêtise humaine en face de la vérité, est le re'sumé des efforts infructueux faits par l'auteur auprès d'hommes qui, étant hors de cause, avaient toui' intérêt à se conduire honnêtement et qui ont pré féré se mettre dans la position la plus ridicule et la plus fausse qu'il soit possible d'imaginer : les uns. pour n'avoir pas eu le courage de leur opinion ; les autres, pour avoir systématiquement refusé tou examen. Mais tout sert à la vérité, même et sur tout les obstacles qu'elle rencontre. La vérité 1 ell triomphe toujours, quand elle vient de Dieu.
1ère PARTIE
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RÉFORME DE L'ENSEIGIMENT
Séance littéraire donnée à Québec, le 30 avril 1874, dans une des salles de l'École Normale-Laval, par un professeur français, M . Leroy, devant les notabilités de la ville et en particulier Son Honneur le Mai;e, M. Garneau, sous la présidence de l'hon. Ouimet, ministre de l'Instruction Publique.
Messieui-5, — L'étude des langues mortes présente aux entants trois espèces de difficultés qu'il faut leur aplanir si l'on veut obtenir d'eux l'amour du travail et des progrès rapides. Ce sont les difficultés de grammaire, de construction et de dictionnaire.
Il m'a semblé qu'il y avait là quelque chose à faire et voilà pourquoi, depuis déjà bien des années, j'ai consacré tous mes instants à cette œuvre, qui, pour être trop généralement dédaignée des professeurs de quelque mérite, n'en est pas moins une œuvre utile.
J'ai donc composé tout un ensemble de travaux
qui sont le bruit d'observations directes, recueillies, au jour le jour, en faisant étudier les enfants devant moi; et je crois pouvoir, dès aujourd'hui, offrir à tous un nouveau système d'enseignement plus simple que celui qui est actuellement suivi dans les différentes maisons d'éducation.
Le seul reproche que l'on puisse adresser à ce système, c'est qu'il exige de l'espace ; mais ce défaut disparaît en grande partie avec un aménagement convenable, facile d'ailleurs à exécuter sans beaucoup de frais.
Il est vrai de dire cependant que pour avoir des classes nombreuses, (et par classes nombreuses j'entends au plus quarante élèves,) il faudrait changer toute l'économie des collèges : mais je n'admets pas que ce soit là une objection sérieuse. Si la méthode est bonne ; si elle rend l'étude agréable aux enfants ; si elle diminue de moitié le temps et la fatigue du travail, on ne doit pas s'arrêter à des obstacles matériels.
Considérer autre chose que le perfectionnement apporté dans l'instruction et refuser ce perfectionnement parcequ'il exige trop de changements dans la disposition du local, c'est être dans le faux et l'avenir le prouvera. Car il n'est pas possible que, dans le monde entier, il n'y ait pas, au moms un collège, pour faire l'essai d'un système reconnu bon.
A mon pays, d'abord, revenait, de droit, l'application en grand du système, et c'est à lui, tout le premier, que je devais offrir d'en faire l'essai. C'est au reste, ce que j'ai fait ; et voici la lettre, qu'à la
date du 2 février 1874 j'e'crivais à Son Excellence M. de Fourtou, ministre de l'instruction publique :
" Paris, le 2 février 1874.
" Excellence,
" Je ne sais quelles sont les formalités à remplir pour arriver jusqu'au ministre de l'instruction publique, et je prends le moyen qui me paraît être le plus simple, celui de lui écrire.
" J'ai pensé que dans un temps ou tout le monde est d'accord pour reconnaître que les méthodesemployées arrivent à des résultats relativement assez faibles, malgré la science et le dévouement des maîtres et la bonne volonté de beaucoup d'élèves, il y avait lieu pour moi de demander qu'on voulût bien examiner mes travaux.
" Sans me faire illusion sur les difficultés qu'ont de tout temps rencontrées les inventeurs, j'ai cruqu'il était de mon devoir, comme Français, d'offrir d'abord à mon pays l'application d'un nouveau système d'enseignement par suite duquel j'ose dire que le temps des études peut être réduit de moitié.
" J'en ai fait l'expérience, et, si vous daignez, monsieur le ministre, m'accorder une audience, j'espère vous convaincre. Si vous refusez de m'entendre, il ne me restera plus qu'à voir si, ailleurs qu'en France, on apprécie mieux ceux qui consacrent et leur vie et leur fortune à travailler pour les enfants, tâche souvent ingrate et rarement récompensée.
" J'ai l'honneur, monsieur le ministre, d'être, de votre Excellence, avec un profond respect, le trèshumble serviteur. " P. Leroy "
Je dois rendre à ]M. de Fourtou cette justice, c'est que, dès le lendemain soir, il m'envoyait une lettre d'audience. Il est donc à croire que mes paroles avaient fait quelqu'impression sur son esprit, et qu'il y attachait une certaine valeur. Mais pourquoi me faire venir, s'il n'avait pas l'intention de pousser la chose plus loin ? Je ne le comprends pas encore.
Quoi qu'il en soit, le 4 au matin, je me rendis au ministère de l'instruction publique. M. de Fourtou était sorti, et son chef de cabinet me pria d'exposer, en peu de mots, ce que je désirais. Il ne voulut même pas prendre connaissance de mes travaux. Je lui répondis que je demandais à appliquer moimême un nouveau système d'enseignement dont j'étais l'auteur. " Oh ! quant à cela, dit-il, n'y '' comptez pas. Si réellement il y a du bon dans '' vos travaux, ce que je veux admettre, eh bien ! '•' faites un rapport et vous verrez peut-être quel- " ques-unes de vos idées acceptées par la commis- •' sion charge'e de re'former l'enseignement. Ce '• sera pour vous un honneur." Bel avantage, ma foi:
Aussi dans la persuasion que mon rapport, si j'avais la fantaisie d'en faire un. dormirait éternellement dans les cartons des bureaux, (en France ce sont de vrais éteignoirs que ces bureaux,) je renonçai à me donner une peine inutile et qui p0urra»it fort bien profiter à d'autres qu'à moi. j\Ion départ pour le Canada, remis jusque-là de jour en jour, était décidé.
Cependant le 6, c'est-à-dire deux jours après, en me promenant dans Paris, j'aperçus à l'étalage d'un
libraire, attaché avec un liseret, (c'est le signe des livres qui viennent de paraître,) un ouvrage nouveau intitulé : Réforme de V ejiseignement secondaire par M. Jules Simon, ancieji ministre de V Instruction Publique en France.
Tout ce qui concerne l'instruction ayant le don de m'émouvoir au plus haut point, j'achetai immédiatement le volume et, en quelques heures, je l'avais lu en entier. C'était non pas ma méthode ; mais l'esprit de ma méthode, et, sous l'impression de cette lecture, j'écrivis la lettre suivante, à laquelle je regrette de n'avoir pas donné suite.
Voici cette lettre que je crois devoir reproduire^ ce qui me conduira, tout naturellement, à analyser une page remarquable de l'ouvrage en question.
" Paris, le 8 février 1874.
" Monsieur,
" Je viens de lire avec le plus vif intérêt votre livre intitulé : Réforme de renseignement seco?idaire; et je ne puis que redire ce que je disais déjà, quand parut votre circulaire si critiquée du 27 septembre 1872 : M. Jules Simon a raison.
" Et pourtant, je l'avoue en toute franchise, j'étais alors prévenu contre vous, ne connaissant pas bien vos idées sur, l'éducation ; mais, à la lecture de ce document, je dus forcément abonder dans votre sens, puisque, sans le savoir, j'avais exécuté, en partie du moins, le plan d'étude indiqué par vous.
" Aussi avais-je eu d'abord l'intention de vous demander une audience pour vous communiquer mais ils n'étaient pas entièrement
terminés, et, d'ailleurs, comme toute chose nouvelle, bonne en principe, il fallait auparavant les appliquer, pendant quelques années, avant d'appeler sur eux l'attention des hommes compétents. Car il y a mille détails dans l'instruction que l'expérience seule apprend à simplifier. Je m'en tins donc là.
" Depuis, j'ai continué ces travaux et ils sont maintenant assez complets pour que j'affronte la pubUcité, d'autant plus que je trouve dans votre livre l'esprit de ma méthode. Or, il est permis de penser que deux hommes qui se rencontrent sur le même point, sans s'être entendus, peuvent être dans le vrai.
" J'ai déjà écrit à J\I. le ministre de l'instruction publique pour lui demander une entrevue ; mais Son Excellence, trop occupée d'autres soins, n'a pu me recevoir elle-même et l'entretien que j'ai eu avec son chef de cabinet, n'a pas abouti. Dès lors, j'ai pris la résolution de m'adresser directement à l'Assemblée nationale pour obtenir d'exposer mon système devant une commission qui jugera s'il y a eu lieu d'en faire l'essai ; et j'ai pensé que vous voudriez bien être mon interprête auprès d'elle, ma manière de voir concordant à cet égard avec la vôtre et mes travaux venant à l'appui de vos affirmations.
^ " Je sais combien il est difficile d'aller à rencontre des idées reçues, et l'histoire des inventions, même les plus utiles, le prouve assez ; cependant on est tellement d'accord aujourd'hui, à quelque parti qu'on appartienne, pour reconnaître que les méthodes employées laissent beaucoup à désirer,
qu'on voudra bien entendre un homme qui, pièces en main, ofïre de montrer qu'on peut re'duire de moitié le temps des études sans rien changer au programme de l'enseignement.
" Recevez, Monsieur, avec mes sincères hommages pour votre beau talent, l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être votre très-humble serviteur.
" P. LtROY."
La page à laquelle je faisais allusion tout à l'heure et que je vais maintenant reproduire en l'abrégeant, mériterait d'être citée tout au long ; mais je suis obligé de me borner à des extraits qui suffiront, je pense, à montrer que je tends au même but que M. Jules Simon et que, grâce à mes travaux, la grande réforme dont il parle, est désormais un fait accompli.
I\I. Jules Simon exposant en effet de quelle manière défectueuse et irrationnelle se fait aujourd'hui une classe, et de quelle manière elle devrait logiquement se faire, s'exprime ainsi : " L'élève, " dit-il, verra ses camarades à l'oeuvre. Ces procé- " dés de l'intelligence qu'il n'est point capable " d'observer directement en lui-même, il n'aura " point de peine à les suivre sur son voisin cher- " chant tout haut devant lui. Dix bonnes copies, " lues en classe, ne valent pas la vue immédiate " d'un bon esprit qui travaille à découvert. L'ou- '' vrier n'apprend-il pas son métier en regardant " travailler son patron et ses compagnons ?
•• Ainsi l'activité, le mouvement, l'attrait se subs- '" tituent à la somnolence et à l'ennui. On attend " l'heure de la classe ; on ne s'y borne plus à écou- " ter, on parle ; et, quand on e'coute, c'est en se " préparant à payer soi-même de sa personne.
" Aujourd'hui, c'est à l'étude surtout que l'élève ^' travaille, puisque c'est là qu'il fait ses devoirs, et ^'■que, dans la classe, il n'a plus qu'à écouter. La '• classe est surtout consacrée à la dictée des " devoirs pour le lendemain et à la correction des " devoirs de la veille. L'élève y est purement passif. " C'est moins une classe qu'une inspection. Le " professeur s'assure qu'on a travaillé. La correc- " tion des devoirs n'intéresse jamais que celui qui " lit sa copie ; elle n'instruit pas les autres et '•' n'excite pas même leur attention. L'explication " des auteurs est étouffée par la récitation, la dictée, " la correction ; c'est à peine si elle dure quinze à " vingt minutes. Elle devrait être le fond même " de la classe ; c'est le seul moment oii l'élève tra- " vaille réellement sous les yeux de ses condisciples " et sous la direction de son maitre. Ce temps " d'activité qui est si peu de chose dans nos classes, " devrait être tout : ce serait la grande réforme. "
E4i bien ! cette grande réforme que demandeJM. Jules Simon, je crois l'avoir accomplie, et, dans quelques minutes, j'espère ie prouver : mais je tiens, dès maintenant, à vous faire sentir l'analogie qui existe entre mes idées et celles de eet homme SI remarquable comme professeur. Nous exprimons les mêmes pensées : lui. dans une magnifique amplification, moi, dans une seule phrase que voici : " La luHhode iiouvelle diffh'c du système acUielk7nent
suivi en ce que le professeur, au lieu de corriger des devoirs faits en dehors de lui, préside au travail de V enfant et peut ainsi résoudi e ses difficultés à mesure qu'elles se produisent. " Cette phrase est place'e à la fin d'un petit livre qui a e'té imprime' à Lyon, en 1S73 î ^'^"'^s premiers travaux datent de 1869. Car il y a déjà six ans que je travaille, (Dieu sait dans quelles conditions !) sans avoir jamais reçu que de froids compliments.
Sans doute, j'avais foi qu'un jour on me rendrait justice ; mais, si grande que soit cette conviction, il y a des moments où, fatigue' de la lutte, l'homme qui marche en avant sur une route inconnue, s'arrête désolé sur le bord du chemin. Il faut alors qu'une voix amie se fasse entendre et dise au pauvre voyageur : allons, courage, debout et marchons, l'avenir est à nous ! Cette voix amie a été pour moi celle de l'honorable M. Ouimet, ministre de rinstruGtion Publique de la province de Québec, et je dois le remercier publiquement devant vous, Messieurs, de n'avoir pas dédaigné l'étranger qui est venu s'asseoir au foyer du peuple canadien.
Si je n'avais trouvé auprès de lui un accueil bienveillant, c'en était fait. Je renonçais, et pour longtemps, à compléter l'ceuvre à laquelle j'ai pourtant consacré mes plus belles années. Mais il n'en sera pas ainsi, et j'ai l'espérance d'obtenir de lui la protection que je sollicite et qui m'est nécessaire pour continuer mes travaux avec fruit et les terminer en peu de temps. Non, il ne voudra pas enlever au Canada l'honneur d'une réforme incontestablement utile, d'une réforme qui intéresse l'humar^ité entière.
Il faudrait ici placer, si la chose était possible, la partie de la confe'rence qui a eu pour but de montrer aux personnes présentes, le 30 avril au soir, à l'Ecole Normale, comment procède le maître avec ses élèves ; mais on ne saurait, dans un livre, daguerréotyper convenablement la physionomie propre à une leçon de ce genre.
Je renvoie donc le lecteur à l'exposé de la méthode, tel qu'il a été fait, le 8 de ce mois, à MM. les professeurs du séminaire. On trouvera aussi, plus loin, les différentes appréciations des journalistes qui ont assisté à la séance. Elles sont toutes assez favorables.