‹ La closerie des genets: drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 23 sur 91 · LUCILE, LOUISE · texte numérisé non relu

LUCILE, LOUISE

LOUISE

Eh bien 1 Lucilç... Tas-tu vu?.m

LUCILE

Oui... je l'ai vu...

LOUISE

Et il n'est pas malade?... il ne souffre pa.*»?...

LUCILE

Non... Louise... non... il se porte à ravir... il est rose et frais.

LOUISE

N'est-ce pas?

LUGILE.

Il est charmant I

Oui... oui!...

LUCILE

Et je l'ai bien embrassé pour toi.

LOLISE.

Oh! embrosse*-moi donc alors I embrasSe-moî ! (Elle l'embrasse.) ttCILE.

Mais qu'as-lu donc aujourd'hui? Pourquoi ce trouWe, celte agitation?

LOUISE

C'est qu'il vient de se passer Jà quelque chose d'affreux... Une pauvre fille... coupable aussi... Mais elle... elle n'a pas eu peur... elle a avoué sa faute... elle a gardé son enfant I

LUCILE

Pout-ôlre n'a-t-elle plus son père...

LOUISE

Qui l'eût tuée, n'est-ce pas?

LUCILE

Qui en fût mort, peut-êlre I

LOUISE

Et voilîi ce qui fait ma faute si affreuse!

LUCiLE.

Et voilà ce qui fait que lu dois la racheter en silence... jusqu'au jour où Dieu ramènera près de loi celui qui le doit son nom on échange de ton amour d'abord... et de ta douleur mainlenant.

Hélas ! Lucile... je n'ose plus l'espérer... Si lu savais.. <

LUCILE

-Te ne veux savoir de ton malheur que ce que j'en puis secourir. S'il était vrai, fouise, que celui que lu as aimé fût assez lâche pom- l'abandonner, oh 1 c'est alors surtout qu'il faudrait cacher la faute I...

LOUISE

Mais mon enfant!...

LUCILE

Ne me l'as-lu pas donné?... nesorais-je pas là? Mais qui serait près de ton père? Ne sommesnous pas sœurs, Louise? SiDitu t'avait envoyé le bonheur, lu m'en aurais ofïïrt la moilir... Laisse-moi donc prendre la moitié de tes peines ; je serai pour ion enfant la mère qui lui manquera... et tu resteras pour ton père la fille sans laquelle il ne saurait vivre.

LOUISE

O Lucile! Lucile! cœur d'ange! merci!

merci à toi qui as pris ma misère en pitié !...

LUCILE

T'ai-je jamais remerciée de ra'aimer? Et où serait donc l'amitié, si elle n'allait qu'aux heureux?... Allons, calme-loi... du courage! je le veux!

LOUISE

Eh bien!... soit... je me tairai... je boirai mes larmes... je ne verrai pas mon enfant... il l'appartient... IJ sera heureux...

LUCILE

Tu sais bien que je ne suis pas seule à veiller sur lui.

LOUISE

Oh ! oui, c'est un noble cœur aussi que M. de Monléclain!... Sans vous connaître, vous vous êtes devinés pour une bonne action. C'est que Dieu a donné aux ûmes généreuses un langage qui les fait se comprendre, sans qu'il soit besoin d'une parole entre elles... Ôh! que je le voudrais heureux, lui qui mérite si bien d'être aimé... Lucile!

LUCILE, tristement.

Mon père le hait toujours...

LOUISE, à part.

Pauvre Lucile... aussi!...

LUCILE, vivement.

Mais laissons cela... et songe que je n'ai devancé ton père que de quelques pas.

LOUISE

El le tien, vient-il à la fêle?

LU ci LE.

Non , mais il a voulu me conduire jusqu'à la

ferme... et nous serions ici depuis long-lemps...

si nous n'avions vainement attendu mon frère...

tOUISE, troublée.

Quoi! Georges... M. Georges ne vient pas?

Il va venir nous rejoindre ici , sans doute... c'est lui qui doit m'accompagner à la fêle. LOUISE, ajîTt'rement.

A la fètel... là où est le plaisir !

LUCILE, doucement.

Non, ma pauvre Louise, on ne peut pas dire cela de Georges... Hélas! lui si gffi, si fier, si charmant autrefois, semble succomber sous le poids d'une douleur sans espoir./.

LOUISE

El lu ne sais pas... lu ne soupçonnes pas?...

LUCILE

Non, Louise... mai?, crois-moi, chaque famille a SCS mystères douloureux. Mais sois calme ; voici ton père et le mien.

LOUISE

Ah ! leur approche ne le fait pas peur..» tu e» iieurciise 1

Page 1