‹ La closerie des genets: drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 27 sur 91 · ACTE I, SCÈiNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈiNE VI

A moi?

KÉROUAN, Oui, à loi.

LuciLE, à part.

Ah ! mon Dieu I j'ai oublié de lui en parler.

LOUISE, àqulLucile a fait un signe.

De quoi s'agit-il donc ? =» • uj^m?

KÉROUAN. ' ^''.•'"' •'*''

D'un mariage.

TOUS

D'un mariage !

DOMINIQUE, à part.

Gare la bombe !

LOUISE, à part.

O Dieudu ciel, si c'était lui!

GEORGES, à part.

Oh ! la malheureuse... que va-t-elle dire?

LE GÉNÉRAL, à Georges qui s'agite.

Tenez-vous donc tranquille, Georges.

KÉROUAN

C'est un futur qui m'est recommandé par un vieux ami qui te servirait de père, si jamais je venais à te manquer.

LOUISE

Vous, général, n'est-ce pas?

LE GÉNÉRAL

Oui, ma fille, oui... et je voudrais avoir à l'offrir un mari plus digne de toi...

DOMINIQUE, à part.

Je ne vois pas ce qui lui manque,

GEORGES, à part.

Où veut-il en venir 1 je frémis...

LOUISE, à part.

Georges se détourne et se lait... (Haut et vivement au général.) Mais de qui voulez-vous donc parler?

LE GÉNÉRAL

Eh bien!... de... de...

DOMINIQUE

Que diable 1 général... il y a quarante ans que vous connaissez mon nom... je m'appelle Dominique Coussu.

LOUISE, baissant la tête et humiliée.

Dominique... lui!... Ah! général...

DOMINIQUE

Hein?...

KÉROUAN

Quand je vous le disais!... vous lui avez fait peur... (A Dominique.) Et te voilà ben avancé, loi... avec ta figure ébaubie...

(Il prend sa ÛUe dans ses bras et la calme.) DOMINIQUE.

Ah ça! est-ce qu'elle refuse?

MADELINE

Est-ce que vous ne voyez pas que le père Kérouan a voulu rire?

DOMINIQUE

A voulu rire!...

Faey.

Allons, vieux vainqueur, puisque nous ne lirons pas à la même cible, je vous souhaite une autre fois une victoire d'Auslcrlilz.

DOMINIQUE

Bon... bon!,..

LE GÉNÉRAL

Tu l'as voulu... tant pis pour loi !

DOMINIQUE

Bon... très bon...

PORNIC

Vous ne feriez qu'un mari relapé , mon ancien.

DOMINIQUE

Vlan !... (Il lui donne un soufilet.)

Sapristi!... sapristi!... sapristi !...

DOMINIQUE

J'avais besoin de déposer mon humeur sur quelqu'un...

LE GÉNÉRAL

Seulement, une autre fois, lape moins fort... (En ce moment , on entend le sou lointain des musettes.) KÉROUAN.

J'enleuds les musettes qui approchent... n'ayons

pas l'air fâchés .. Et loi, Louise, voyons, remels-

toi... oublie celte plaisanterie... Voilà les gars!...

(Il range tout le monde sur une ligne.)

LE GÉNÉRAL

Georges ! (Georges va près de son père.)

LOUISE, à Lucile.

Mais une aulra proposition peut venir, qui ne

sera pas uneplaisanlerie... Que dirai-je alors?...

LE GÉNÉRAL

Lucile... (Elle va se ranger près du général.)

LOUISE, à part.

Oh I ilfautque Georges s'explique... il le faut... c'est assez souffrir !...

(Le son des musettes se rapproche. — Entrent des valets de ferme , qui apporicnt un siège orné de feuillages et qui melteul tout en ordre. — Pornic est allé au devant du coriége.) RÉROUAN.

Allons , nous autres, à nos places ! (Allant à sa fille à qui il montre le siège orné de feuillage.) Toi, la reine ici... Général, près d'elle.

LE GBNÉRAL.

Volontiers... quoique je ne sois pas uucavaliet bien ingambe.

KÉROUAN

Vous, là, mamsellG Lucile... et vous, ici, monsieur Georges... Vous autres, ià-bas. (Il leur indique le côté droit de la scèiic) F.l, loi , Aly , fsrme l'échalier... (Aly ferme la bariièic dt! fond.) Ah! sapristi, Siinon, est-ce que ça ne le rappiJ!* p'<s noire Lou vieux tein^is?

LE GENERAL

M? foi si |... II y a long-temps que je n'ai enteDdu cctair^là... et ça me raiiime le cœur... Te souviens-tu que nous l'avons elianlé ensemble à la porte de ta pauvre Marianne?

KÉnouAN.

Pauvre sainte femme , comme elle serait heureuse, si elle voyait ses deuj enfans comme ça.... ALY, redescendant la scène, avec Madeliue, Domininique , etc.

Les voilà! les voilà!...

OOOOOOOOOCOOOOOOOOCOOOOOOOOOOOOOCOOOOOCOOOOOOOOOOOO

SCÈxNE VII.

Les mêmes, Paysans, Paysannes, à la tête desquels est PORNIC, puis MONTÉCLAIN. (Pornic jouant de la inusettc, un bouquet de pimprenclle à sa boutoniiRre, conduit le cortège, qui s'arrête au delà de l'échalier.)

AIR nouveau de M. Artus.

PORNIC, chantant.

Ouvrez vite la porte,

Lon, lan, là I Nouvelle on vpus apporte , Lon lan là !

(Le chœur répète le refrain.) MADELINE.

Voyons, va donc répondre, François.

ALY

Laisse donc?... Est-ce que tu crois que j'ai oublié nos vieilles chansons? (Chantant.) Quest-ce donc qu'on nous apporte ?

Lon lan là 1 Pour qu'on ouvre la porte 7 Lon lan là !

PORNIC, montrant son bouquet.

Un bouquet de pimprenelle,

Lon lan là !

Il est pour la plus belle, Lon lan là !

LE GÉNÉRAL, à Kérouan qui s*avance, Ouvre donc, sentinelle,

Lon lan là !

Car voici la plus belle, (Il indique Lonise ) Lon lan là !

(Aly ouvre l'échalier; le coriége entre, et Pornic remet le bouquet à Madeline. )

MADELINE, à Louise.

Dites-nous, châtelaine,

Lon lan là !

Quel est le roi de la reine, Lon lan là !

(Elle lui donne le bouquet.) LOUISE, à part, parlé.

Oh! c'est un sûr moyen d'être à lui!... MONTÉCLAIN, qui s'est glissé jusque auprès d'elle, à voix basse; parlé.

Imprudente... qu'allei-vous faire?...

(Chantant.^

Celui que ton i^BUt préfère,

Lon, lan, là !

C'est l'ami de ton père, Lon, lan, là !

(Louise lui remet le bouquet.) tous.

Le marquis I...

KÉRODAN.

Ah! merci... merci, monsieur le marquis...

merci ! Ah ! vous êtes le digne fils de votre brave

père... (Montrant le général.) AU! il ne les a pas

oubliées non plus, lui, les vieilles coutumes I...

LOUISE, bas, à Moniéclain.

Ahl vous êtes noble et bon!

MONTÉCLAIN, bas.

Soyez prudente, Louise I il le faut plus que jamais.

(On apporte à Montéclain la couronne et le voile,

qu'il place sur la tète de Louise. — Pendant cete

petite cérémonie, le dialogue suivant a lieu à

l'avant-scène.)

LE GÉNÉRAL, avec colère.

Adieu, Kérouan, adieu!...

KÉROUAN

Comment, général!... comment, Simon... mon ami... tu l'eu vas?...

LE GÉNKRAL.

Je cède la place à M. de Montéclain. J'emmène ma fille.

KÉROUAN

Pauvre Lucile ! Ah ! se n'est pas bien ce que tu fais là.... elle devait aller avec ma fille... et tu m'humilies, toi, en la remmenant... tu as l'air de nous mépriser..

LE GÉNÉRAL

T'humilier, toil... Kérouan ?... nqu, uou.m si c'est comme ça, qu'elle reste... m9ismoi,je rentre...

KÉROUAN

Eh bien ! à la bonne heure... Et comme je ne veux pas que tu restes seul, je t'accompagnerai, moi... et nous causerons d'autrefois...

LE GÉNÉRAL

C'est dit...

TOUS, au fond.

Vive la reine !...

Allons, les enfans, en route, en roule !... (La musique reprend. — Montéclain donne le bras à Louise.) LE GÉNÉRAL.

Aly, donne le bras à ma fille.

ALY

Avec honneur et fierté, général...

PORNIC, à part, avec humeur.

Je vois là-bas le signal... Il faut que je reste.

KÉROUAN, à tous.

Je vous rejoindrai tout à l'heure... Allez! allez! "^(Sortie générale. — Georges va suivre la sortie ; le général l'arrête. — Au môme instant, Pornic se glisse sous le hangar, à droite.)

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