INTRODUCTION
Le sujet de cette étude est du domaine de la physiologie. On verra qu'après nos efforts pour l’étendre à la clinique nous n'avons pu qu’entrevoir une utilisation pratique de la coagulabilité mesurée chez l’homme.
Les médecins ont cependant maintes fois songé que la coagulabilité du sang devait être influencée par certains états pathologiques ; mais l'insuffisance des moyens d’évaluation a trop souvent déçu. On ne voit pas nettement les variations de la coagulabilité. Le sang phlegmasique, que l’on tient pour particulier au rhumatisme aigu et surtout à la pneumonie, n’est pas forcément de ceux qui coagulent le plus lentement; car ce n'est pas la coagulation qui retarde sur la sédimentation globulaire, mais au contraire celle-ci que la richesse du plasma en fibrinogène avance d’une façon anormale, parfois sans qu'un ralentissement quelconque soit à remarquer dans la coagulation. Ainsi nous avons noté pour un sang de typhique qui coagulait vite, en 5 à 7 minutes, une sédimentation des plus accusées; et pour un sang de pneumonique qui coagulait en moins de 10 minutes une sédimentation nette, encore qu'elle fût moins prononcée. Il n'y a donc entre les deux phénomènes d'autre rapport qu'une très fréquente coïncidence, la coagulation plas-
matique n'est pas l'effet d’un trouble de coagulabilité.
Une seule maladie, l’hémophilie, montre à l'évidence l'’anomalie de coagulabilité; et il n'est pas besoin de méthode spéciale pour la révéler. On discute seulement sur sa cause, sur l'excès d’un facteur ou le défaut de l’autre.
Lorsque M. le docteur Sicard nous engagea à doser le fibrinferment dans le sang des malades, l'imperfection des réactifs nous parut être le principal obstacle au résultat de cette recherche. Nous ne le pensons plus maintenant. Le plasma salé est un réactif précis et fidèle, il donne vraiment une mesure du pouvoir du fibrinferment. L'erreur est de prendre le plasma pour réactif du sérum humain, car le sérum a chez tous une valeur égale; il faudrait au contraire prendre le sérum — un sérum de valeur absolument fixe — pour réactif des plasmas humains qu'on veut étudier : on constate alors” qu'ils sont très inégaux; et l’on connaît ainsi dans chaque plasma l’importance des facteurs qui génent l’action du fibrinferment.
Pour évaluer la coagulabilité de plusieurs sangs, le procédé parfait serait celui qui sans rien apporter d’étranger et sans fausser l'équilibre des éléments naturels, retarderait simplement la coagulation, élargirait les différences trop douteuses dans les sangs purs. Le sang salé et centrifugé qui nous donne le plasma salé ne réalise pas cet idéal, parce que l’exces de NaCI rompt l'équilibre salin et abaisse, surtout, la proportion relative du calcium. Il en résulte peut-être une faiblesse de cet élément qui est tout artificielle (car le calcium dans le sang suffit toujours aux besoins de la coagulation). C’est un reproche qu'on adressera sans doute au plasma salé. Mais il nous parait
avoir un avantage suffisant pour le moment : les plasmas
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salés montrent des différences très nettes dans leur coapulabilité. La graduation peut être forcée, elle est tout de même une graduation.
Nous tenons à exprimer notre profonde reconnaissance à M. Delezenne pour l'accueil que nous avons toujours trouvé à son laboratoire de l'institut Pasteur et pour les conseils précieux qu'il nous a prodigués.
Les expériences et les examens cliniques ont été faits à Bicêtre et à Cochin dans les services de nos maîtres, le professeur P. Marie et le professeur Widal. Mais nous ne saurions les remercier ici de tout ce que nous leur devons.
Ce travail est divisé en deux parties :
Dans la première est résumée la théorie de la coagulation (c’est-à-dire les faits principaux qui lui servent de base), introduction nécessaire aux expériences qui suivent.
Dans la seconde sont exposées ces expériences, avec la technique employée, et enfin les résultats cliniques auxquels elle aboutit.