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Phlegmons et adéno-phlegmons Corps étrangers

Encore, et une fois pour toutes, je résume les règles fondamentales des anesthésies, à la cocaïne : décubitus horizontal, cocaïne fraîchement préparée, solution à 1%, doses ne devant guère atteindre et presque jamais dépasser 15 centigrammes; jalonnement précis de la ligne d'opération dont il ne faudra pas s'écarter; injections '^traçantes" de façon à éviter une pénétration intra- veineuse abondante; enfin insensibilisation de chacun des plans qu'incisera le bistouri.

Nous voulons ouvrir un phlegmon. . . L'aiguille de Pravaz sera plantée à un demi-centimètre du point où la rougeur commence, en peau saine, pour éviter la vive douleur que provoquerait la piqûre du tissu enflammé; on pousse le piston peu à peu et l'on avance lentement de façon à ce que la traînée analgésique soit large et copieuse. Lorsque l'aiguille est arrivée à la fin de sa course, je la laisse dans la trame du derme; je dévisse la seringue vidée, je la remplis, je l'ajuste de nouveau à l'aiguille et je pousse le piston en retirant l'aiguille de façon à doubler ma première injection ^'antégrade" d'une injection rétrograde. Sous l'influence de la pénétration du liquide, les tissus rouges pâlissent tout à coup et

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deviennent d'un blanc livide. On attend cinq minutes, plutôt six que cinq, car la cocaïne '^ mord " mal sur les tissus enflammés. Puis on saisit le bistouri — ou le thermocautère — et oii le plonge au centre même de la ligne d'injection.

Pour peu que l'abcès soit vaste, cette simple ponction ne suffirait pas et la traînée analgésique doit être plus longue ; aussi après la course ''antégrade" et rétrograde de l'aiguille, on la retire et on la replonge dans les tissus, mais en amont du point où elle s'était arrêtée la première fois. Ce point, en effet, est anesthésié et la piqûre est indolore. Nouvelle poussée antégrade et rétrograde de l'alcaloïde. Et si cette deuxième série d'injection ne fait pas une traînée analgésique assez longue pour l'incision que l'on médite, on en fait une troisième, une quatrième, une cinquième, ce qui porte à huit ou dix le nombre de centigrammes de cocaïne injectée.

Dans les régions où la peau est épaisse,l'œdème abondant, la collection profonde, j'ajoute à l'injection superficielle intra- dermique, une injection sous-jacente qui anesthésié une couche inférieure. Puis je plonge perpendiculairement l'aiguille jusque dans le foyer purulent de façon à injecter, dans son intérieur, le contenu de une ou deux seringues de Pravaz : le lavage de la poche et le passage des drains ne provoquera plus la moindre douleur. N'oublions pas

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que, dans ces tissus vascularisés, l'absorption est rapide, et qu'il y a lieu de surveiller les doses. On ne dépassera guère 8 ou 10 centigrammes, et si l'on jugeait qu'il fallût dépasser 15 ou 16 centigrammes, on aurait recours à l'anesthésie générale.

Grâce à ce mode d'anesthésie, j'ouvre les rares furoncles que ne guérissent pas les pulvérisations phéniquées, les abcès du cuir chevelu et de la face, les gros adéno-phlegmons du cou, les abcès tubéreux de l'aisselle, et les adénites suppurées de la même région, les collections amassées sur la paroi thoracique, dans la mamelle, au ventre, à l'aine, partout en un mot où le pus se forme sous les téguments, par conséquent en un lieu peu profond et que le bistouri atteint sans avoir à traverser plusieurs couches distinctes.

Il m'est arrivé cependant d'ouvrir, sans l'analgésie cocaïnique, des abcès des viscères, en particulier des collections du foie, et le succès a été plein. Sur la portion la plus saillante de la tumeur, et parallèlement aux fausses côtes, j'analgésie la peau sur une étendue de 12 à 15 centimètres ; le contenu de six seringues y sufût; les téguments divisés, j'insensibilise, avec deux seringues,la couche musculaire et le péritoine; lorsqu'il y a des adhérences, je n'ai qu'à ponctionner une couche peu épaisse de tissu hépatique pour éva-

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cuer la poche. Si la surface du viscère glisse librement sur la séreuse, j'unis les deux lèvres de mon ouverture hépatique aux deux lèvres de la plaie cutanée pour éviter Peffusion du pus dans le péritoine.

J'ai ouvert; toujours à la cocaïne, des collections de la fosse iliaque et provoquées par une appendicite. Ici la peau est épaisse, les sangles musculaires multipliées, et grande la profondeur du foyer ; souvent l'opération est complexe, car il faut, tout en respectant les adhérences autour de l'abcès, chercher parfois et inciser l'appendice. Je n'ai donc recours à l'analgésie locale que dans des cas assez rares, lorsque certaines particularités me font croire à la circonscription du foyer et lorsque certaines susceptibilités du patient me font craindre l'emploi du chloroforme. Enfin, j'ai usé de l'analgésie locale pour inciser des phlegmons du périnée provoqués par une infiltration Wurine. Lorsque les décollements ne sont pas trop étendus et que les fusées purulentes ne gagnent pas trop haut, j'ai incisé au thermo-cautère, depuis la racine des bourses jusqu'à la région anale, les tissus soulevés par la collection et j'ai atteint ainsi la fissure urèthrale. Comme, dans nos hôpitaux, les malades arrivent souvent dans un état de faiblesse extrême, j'ai peur de recourir au chloroforme ', l'opération avec la cocaïne devient plus simple et, dans une

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dizaine d'opérations de ce genre, j'ai retiré de son emploi un bénéfice indiscutable.

A ce groupe d'interventions superficielles et qui n'exigent que l'insensibilisation de la peau, j'ajouterai l'anesthésie pour la reclierche des corps étrangers enfoncés sous le tégument externe, échardes, épines, aiguilles, pointes cassées d'instruments, fragments de verre ou de faïence, éclats de pierre, plomb de chasse. Nous n'insisterons pas sur la technique : au-dessus du foyer qui recèle le corps étranger, on injecte le contenu d'une seringue de Pravaz, on incise la peau selon les besoins et l'on s'ingénie à sentir le corps étranger. Comme le blessé ne souffre pas, il n'y a ni mouvements intempestifs, ni fausses manœuvres, ni agacement de l'opérateur, et les recherches sont faciles.

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