‹ La cocarde de Mimi-PinsonChapitre 9 sur 77 · I.ILI · texte numérisé non relu

I.ILI

Nous compterons et vous acquitterez les droits en bloc !

(Les ouvrières rient. Lili regagne sa place.)

LA MAZETTE

Merci ! Petite Zoé, si vous saviez combien vous êtes différente des femmes qui, jusqu'à ce jour, ont parfumé mon existence.

zoé, riant.

Oui, pochetée !

la mazette, ahuri.

Pochetée ! Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais c'est affolant. J'ai passé ma vie à être adoré des élégantes du noble faubourg.

les ouvrières, riant.

Pas possible !

LA MAZETTE

Mais oui ! Ces femmes d'une distinction exquise, d'un langage délicat, ont été toute ma joie, tout mon idéal. Or un soir, au moment où sortant de chez moi, j'ouvrais mon parapluie, je vous vis...

ZOÉ

Ça prouve que vous avez de bonnes mirettes.

la mazette, rie comprenant pas.

Oui... j'ai... de bonnes...

ZOÉ

De bons calos, quoi ! . . .

LA MAZETTE

Oui, des calos mirettes, comme vous dites ! Je constatai qu'il pleuvait. Je me précipitai. Je vous offris mon bras avec mon parapluie au bout, et vous vous écriâtes...

ZOÉ, se levant et allant à lui.

Eteins ton champignon, tu vois bien qu'il ne lansquin' plus.

LA MAZETTE

Vous avez la mémoire du cœur, merci. (// lui tend la main qu'elle ne prend pas.) Ah ! ces paroles, ce langage que je n'avais jamais entendus... même en rêve... quelle révolution ils opérèrent en moi... j'en restais médusé.

ZOÉ

Moi, pendant ce temps-là, je m' faisais la paire ! Ah ! ce que vous aviez l'air gourde !

LA MAZETTE, à part.

Gourde ! Elle m'affole de plus en plus ! (Haut.) A partir de ce jour, je montai la garde à h porte de votre atelier, et huit jouis après notre première rencontre, j'avais la joie d'être traité par vous comme. . .

zoé, f interrompant.

Du poisson pourri. Et après?

la mazette, se met à genoux.

Après ? J'étais à vous !... je vous idolâtrais !

toutes, sur un signe de Lili, à voix basse.

Un !

LA MAZETTE

Vous aviez conquis mon cœur.

toutes, bas.

Deux !

LA MAZETTE

Mon amour enflammé.

toutes, bas.

Trois.

(Lili lui met la tirelire sous le nez.)

la mazette, se levant furieux.

Ah ! non, je ne puis pas faire ma déclaration dans ces conditions-là. Voilà dix francs et fichez-moi la paix.

LILI et LES OUVRIÈRES

Merci, m'sieu 1

(Elles se tordent.)

LA MAZETTE

Je reprends. . .

ZOÉ

Ah ! non, la barbe ! assez de boniments ! A votre place je m'engagerais, j'irais au front... ça vaudrait mieux que de venir ici faire le zigoto.

LA MAZETTE

J'irai sans doute prochainement au front ! j'ai fait mes otfres de service à la Croix-Rouge pour être gestionnaire civil, sans appointements, avec un bel uniforme !

zoé, passant devant lui.

Ce que vous serez bath ! vous n'avez donc jamais reluqué votre cafetière ?

Malmenez-moi î J'adore ça, ça me change ! Allons ! puisque vous vous refusez à m'aimer je me retire l

ZOÉ

C'est ça ! Adieu ! Bonsoir à vos poules !

LA MAZETTE

Zoé, ne me laissez pas sortir sur ces mots volontairement quelconques. Dites-moi quelque chose qui parte du cœur.

zoé, sans le regarder.

Ah 1 la jambe !

LA MAZETTE

Merci ! j'en rêverai !

zoé, se retournant.

De quoi ?

LA MAZETTE

De la jambe, de votre jambe.

zoé, aux autres.

Quelle gourde !

LA MAZETTE

Gourde !... Merci ! mais laissez-moi vous embrasser !

zoé, dégageant Ah ! non, alors ! je n' marche pas !

toutes, se levant et sur place.

Si, si... pour les blessés 1

LA MAZETTE

Pour les blessés, vous ne pouvez pas refuser.

zoé y tendant la joue.

Allez ! ça colle ! (La Mazette s'avance.) Pardon, c'est dix balles !

(Li7i tend la tirelire.)

la mazette, tirant un louis de sa poche.

J'ai précisément un louis que j'allais porter à la Banque de France, je'vous le donne et j'embrasse sur les deux joues !

(Il met le louis dans la tirelire et embrasse Zoé. Au moment où il l'embrasse pour la seconde fois, Robichon et Madame Frivolet paraissent au fond.)

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