‹ La Cochinchine religieuseChapitre 54 sur 79 · ŒUVRES · texte numérisé non relu

ŒUVRES

COCHINCHINE SEPTENTRIONALE

2 séminaires : l grand, 30 élèves; 1 petit, 50 élèves. Total : 80 élèves ecclésiastiques.

7 communautés de femmes, 420 sœurs annamites. 2 orphelinats de la SaintCrEnfance, 200 enfants. 2 orphelinats-fermes, 100 enfants.

2 pharmacies.

COCHINCHINE ORIENTALE

2 séminaires, 120 élèves ecclésiastiques.

20 orphelinats, 894 enfants.

2 pharmacies.

12 communautés de femmes, 440 sœurs indigènes.

COCHINCHINE OCCIDENTALE

2 séminaires, 214 élèves ecclésiastiques.

Ecole Taberd (pour les jeunes métis), 65 élèves.

84 écoles primaires des chrétientés fréquentées par 3,952 enfants.

1 communauté de carmélites à Saigon : 2 professes françaises, 19 professes annamites, 6 novices ou poi^tulantes. Total : 27 religieuses.

4 communautés de sœurs annamites, 295 sœurs.

Sœurs de Saint-Paul de Chartres : J2 établissements, 66 sœurs françaises, 64 sœurs et novices annamites. Total : 130 religieuses.

1 pensionnat européen, 86 élèves.

5 orphelinats, 620 enfants.

5 écoles de paroisses, 819 élèves.

1 refuge, 82 femmes.

2 hôpitaux militaires : moyenne, 370 malades. 5 hôpitaux annamites : moyenne, 400 malades.

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CAMBODGE

1 séminaire, 85 élèves.

Sœurs de la Providence : sœurs françaises, 17; novices el postulantes annamites, 25 ; 3 établissements. 4 orphelinats, ? enfants.

2 hôpitaux indigènes.

29 écoles de paroisses, fréquentées par 1,132 élèves.

3 maisons de sœurs annamites, 45 sœurs.

Il est impossible' d'établir ici la statistique comparée des œuvres, les documents me faisant à peu près défaut. Notons seulement quelques chiffres.

Pour Tœuvre si importante de la formation du clergé indigène, nous trouvons :

En 1800 : 2 séminaires, 1 dans la basse Cochinchine avec une vingtaine d'élèves, 1 dans la haute Cochinchine avec 12 élèves.

En 1830 : Même situation. Le nombre des élèves ecclésiastiques dans les 2 maisons se maintenait à 30.

En 1855 : Les 3 missions de Cochinchine ont chacune 10, 15 à 20 élèves au séminaire de Pinang. Déplus, elles ont sur leur territoire 5 petits collèges qui comptent 195 élèves. On peut donc porter à 250 au moins le chiffre des élèves ecclésiastiques de nos trois missions de Cochinchine.

Dans la mission de fondation toute récente du Cambodge, il n'y a encore rien.

En 1884 : Les 4 missions réunies possèdent 7 séminaires dans lesquelles on enseigné le latin et la théologie à 199 élèves.

Même progrès à constater dans le développement des sœurs indigènes. Ainsi nous trouvons :

En 1800 : 7 couvents, 1 au Cambodge, 6 en haute Cochinchine, avec un personnel d'environ 300 religieuses indigènes. Les anciens monastères de la basse et de la moyenne Cochin-

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chine avaient tous été ruinés par la persécution et par la guerre civile.

En 1830.: 18 couvents, environ 780 religieuses.

En 18SS : 20 couvents, environ 5S0 religieuses.

En 1884: 26 couvents,, environ 1,200 religieuses.

Mais ce n'est pas tout : les carmélites, les sœurs de Saint- Paul, les sœurs de la Providence, sont venues d'Europe apporter à nos jeunes Églises le concours de leur zèle éprouvé et former nos Annamites aux antiques, vertus du cloître et aux différentes œuvres du dévouement et de la charité catholique. Ces trois familles religieuses ont su grouper et retenir autour d'elles de nombreuses recrues annamites. A Theure actuelle, il y a dans la colonie quatre-vingt-cinq religieuses françaises, qui ont cent quatorze sœurs ou novices indigènes. Ce qui porte à mille trois cent quatre vingt-dix-neuf, le nombre total des religieuses dans nos quatre missions.

Tout cela est fort bien, dira un lecteur plus exigeant; je vois par ces chiffres que le personnel apostolique s'est multiplié, mais montrez-moi vos œuvres; le bien réalisé a-t-il grandi dans la même proportion? C'est là ce qu'il importe de constater avant tout.

Pour répondre à cette question et faire connaître la situation morale de nos chrétientés, je vais donner maintenant les chiffres de la fréquentation des sacrements dans le courant de Tannée 1883.

Baptêmes d'adultes.

Cochinchine septentrionale 93

Cochinchine orientale 2,180

Cochinchine occidentale 1,457

Cambodge 1,639

Total 5,369

Depuis plusieurs années, le chiffre des baptêmes d'adultes

pour nos quatre missions réunies se maintient dans une moyenne de cinq à six mille. Je ne crois pas qu'à aucune époque, sauf peut-être lors des premiers débuts de Taposlolat dans ce pays, du temps du P. de Rhodes, TÉglise de Cochinchine ait atteint un pareil chiffre dans le passé. De 1800 à 1830, la moyenne annuelle des conversions de païens se maintint entre deux à trois cents. En 1858, elle a déjà atteint deux mille cinq cents, et depuis la fin de la grande ;persécution, ces chiffres consolants n'ont fait que croître chaque année. Si pourtant on trouvait encore que ce chiffre annuel de cinq à six mille convertis, c'est peu, eu égard au nombre des ouvriers apostoliques et à cette immense multitude de païens qui nous entourent, je prierais le lecteur de bien vouloir faire attention aux difficultés que rencontre notre ministère : dans la colonie, l'hostilité ou au moins l'indifférence des agents de l'administration, les mauvais exemples de la grande majorité de nos compatriotes, l'action perverse et toute-puissante aujourd'hui de la franc-maçonnerie; au dehors de la colonie, le manque de sécurité et la persécution toujours suspendue sur la tête des disciples du Christ. Cette année encore, à l'occasion et comme représailles des victoires de la France au Tong-king, un de nos confrères a été emprisonné au Binh-dinh, plusieurs chrétientés détruites et près de deux cents chrétiens massacrés auprès de Hué, la mission naissante du Laos, dans le Tongking occidental, a été entièrement perdue: sept missionnaires français massacrés ; trente catéchistes et beaucoup de fidèles mis à mort. A l'heure actuelle, cette mission, qui donnait na. guères de si belles espérances à l'apostolat, est anéantie. On comprend que, dans de telles circonstances, il faut à nos néophytes une forte dose de foi et de courage pour oser se présenter au baptême.

Si la sécurité était enfin rendue aux fidèles de l'Annam, si surtout, dans la colonie, la progression croissante des catéchumènes n'était à chaque instant contrariée par les mauvaises

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dispositions, malheureusement trop connues, d'un grand nombre d'agents de Tadministration, si les Annamites n'étaient intimement persuadés que le gouvernement colonial voit de mauvais œil les conversions, un grand nombre se feraient aussitôt chrétiens.

Que demandez- vous au gouvernement dira-t-on? De vous aider par force à faire des chrétiens? A Dieu ne plaise. Tout ce que nous désirons, c'est que l'administration veuille bien ne pas être hostile. Serait-ce pourtant aller trop loin que de souhaiter qu'elle fût sympathique à notre œuvre? Je ne le pense pas. Après tout, la France catholique a bien le droit de faire savoir à tous que, sans violenter la conscience de personne, elle voit avec plaisir les Annamites se faire chrétiens, et du même coup Français. Qu'on n'achète pas les âmes, qu^on se garde soigneusement de faire appel à l'hypocrisie, en favorisant avec partialité les catholiques au préjudice des païens, rien de mieux. Mais qu'on s'interdise, dans l'occasion, de témoigner une préférence parfaitement justifiée, au point de vue politique, cela me paraît exagéré.

Au surplus, cette hypothèse d'un pouvoir franchement chrétien et favorisant là propagande catholique ne se pose même pas en ce moment et nous n'en demandons pas tant. Que l'administration, dans la personne de ses agents, cesse de se montrer malveillante, que l'impiété sectaire ne multiplie pas, comme elle le fait chaque jour, sa propagande satanique pour nous arracher l'âme des générations futures, que nos compatriotes ne nous forcent plus à rougir par l'étalage cynique de leur immoralité et de leur nihilisme religieux, nous nous regarderons comme trop heureux, et ce sera déjà pour la propagande catholique un immense bienfait. Le reste est l'affaire de la grâce d'cn-haut et du zèle des ouvriers évangéliques; ni l'un ni l'autre ne feront défaut à l'œuvre apostolique.

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Baptêmes d enfants (t infidèles ^

Cochinchine septentrionale 3,700

Cochinchine orientale 9,330

Cochinchine occidentale 2,790

Cambodge 1^70S

Total. . . 17,525

Telle est pour 1883 la gerbe de la Sainte-Enfance en Cochinchine. Cette œuvre n'a jamais pris qn Annam les développements qu'elle a en Chine, par exemple au Sut-chuen, où Ton a baptisé Tan dernier 118,348 enfants d'infidèles. Une population beaucoup moins dense ; l'absence de ces famines périodiques qui répandent au loin la misère et la mort ; la supériorité morale de l'Annamite, qui aime véritablement ses enfants et ne se décharge sur autrui du soin de les nourrir que lorsqu'il ne peut faire autrement; enfin, dans la colonie, la présence du gouvernement français, telles sont les causes qui, en Cochinchine et au Cambodge, restreignent l'action de la Sainte-Enfance. Tel quel, ce chiffre de 17,525 enfants rachetés du paganisme et de la mort éternelle ne laisse pas que d'être éloquent.

Ici encore nous avons à constater une progression croissante. En 1800, en 1830, rion n'est encore organisé dans la mission pour le rachat des enfants de païens. Cette œuvre de salut était pourtant déjà connue et pratiquée par nos chrétiens, mais les chiffres nous font défaut; je ne pense pas, du reste, qu^ils soient fort élevés. Cinquante à soixante orphelins de familles pguennes recueillis et adoptés par la charité des fidèles, tel était probablement l'état de l'œuvre en ce temps-là.

On a vu dans ce livre comment Mgr Cuenot, dès sa rentrée en Cochinchine, s'occupa d'organiser l'œuvre du baptême des enfants d'infidèles. Dès la première année, 1835, on adopte 133 enfants. Vingt ans plus tard, en 1855, la grâce de la régé-

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nération spirituelle a été procurée à 13,581 enfants de païens. Enfin le chiffre de 17,S2S enfants baptisés en 1883 montre que ce progrès se soutient, bien que d'une manière un peu lente.

Communions.

Cochinchine septentrionale 17,000

Cochin chine orientale 47,795

Cochinchine occidentale > 137,286

Cambodge 11,045

Total. . . 213,126

Il faut remarquer que, pour Ja Cochinchine septentrionale et le Cambodge, ces chiffres représentent seulement le nombre des communions spéciales ; pour les deux autres missions, ils donnent le total des communions de Tannée.

Je ne crois pas m'avancer trop en affirmant que la grande majorité de nos adultes accomplissent les devoirs de leur religion. En dehors de la colonie, le nombre de ceux qui ne font pas annuellement leurs pâques forme la très petite exception ; nous sommes malheureusement beaucoup plus avancés ici, à Saïgon: un quart environ de nos chrétiens sont négligents et traînent quelquefois pendant plusieurs années de suite dans le péché; mais vienne un jubilé, une retraite paroissiale, une épidémie de choléra, alors la foi, qui n'est qu'assoupie au fond du cœur, se réveille et Ton voit accourir au saint tribunal les enfants prodigues et les vieux retardataires.

Ceux qui résistent à ces appels extraordinaires de la grâce sont le petit nombre : de malheureuses filles qui^ vivant dans la débauche , ne peuvent plus , ou n'osent pas , bien souvent, briser les chaînes qui les retiennent dans le vice, des domes- 4iques au service des Européens, qui ont perdu, au contact de leurs maîtres, leur foi et leurs mœurs, et que nous regardons comme de véritables apostats, de vieux fumeurs d*opium, des usuriers, des joueurs, des voleurs, qui ont la conscience char-

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gée de gains illicites et ne veulent pas restituer: voilà la part de Satan dans la mission, et encore, même parmi ces malheureux, la grâce a encore ses élus. Il est bien rare qu'un Annamite, à moins qu'il n'ait formellement apostasie, ne fasse appeler le prêtre, dès qu'il se sent gravement malade, il est inouï qu'il refuse les derniers sacrements. C'est un cas que je n'ai pas vu une seule fois, en douze années de ministère.

Mais enfin, définitivement, que valent ces chrétiens ? Voilà un point bien controversé parmi nos compatriotes habitant la Cochinchine. Plus d'une fois, j'ai entendu juger sévèrement nos néophytes. « Ce ne sont pas des chrétiens sérieux, dit-on. »

Ceux qui parlent ainsi ne connaissent pas les Annamites et, se plaçant exclusivement à leur point de vue européen, ils se donnent le tort de mépriser des populations dont ils méconnaissent complètement le caractère et les mœurs. Il faut encore ajouter qu'ils jugent des chrétiens de ce pays par les rares spécimens qu'ils trouvent dans leur domesticité ou dans leur voisinage. Or c'est un fait trop souvent constaté que l'Annamite chrétien, aussi bien que païen, perd ses meilleures qualités, au contact de l'Européen.

Le lecteur qui aura simplement parcouru quelques pages de ce livre sera mieux en état de prononcer sur nos'néophytes. Eh I quoi, ce ne sont pas des chrétiens sérieux, ces hommes dont vous venez de lire Théroïque histoire, ces fidèles, qui ont vaincu et usé toutes les persécutions à force de constance, ces confesseurs de la foi, qui ont tout sacrifié pour elle, ces martyrs, qui ont soufiert, je ne dis pas la mort, c'est peu ici, mais l'atrocité des tortures raffinées et l'extermination en masse? Qu'auraient fait de mieux leurs ceuseurs, si on les eut mis à de pareilles épreuves? Hélas! vous n'avez pas le courage de vous imposer la moindre gêne, de braver l'impopularité et le respect humain pour observer la loi de Dieu, et vous vous permettez Âe mépriser des chrétiens qui valent

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mieux que vous, parce qu'ils vont pieds nus et manquent d'élégance ! Quelle pitié !

D'autres vont plus loin et, par esprit sectaire, mettent carrément nos néophytes au-dessous même des païens. J*ai quelquefois entendu dire : « Vos chrétiens ne valent pas les païens ; nous aimons mieux nous faire servir par ces derniers. » A ceux-là je répondrai très franchement: Qu'à cela ne tienne. Votre appréciation comparée des païens et des chrétiens me paraît légèrement entachée d'esprit sectaire, mais peu importe. Si vous préférez des domestiques païens, nous, missionnaires, nous préférons, et de beaucoup^ ne pas voir nos chrétiens employés au service des Européens. En effet, la facilité de gagner, presque sans travail, de gros gages, le défaut absolu de surveillance^ Timpossibilité où sont mis le plupart des domestiques de remplir leurs devoirs religieux, les excitations et les tentations auxquelles ils sont exposés, les détestables exemples et, quelquefois même, les mauvais conseils qu'ils reçoivent^ toutes ces causes réunies font de la population servile de Saïgon une population suigenerisy qui a perdu les qualités naturelles de l'Annamite, sans prendre autre chose que les vices de la civilisation. Plût à Dieu que nous puissions toujours écarter nos chrétiens de ces gains faciles et démoralisateurs.

Voici donc quelle est, à mon avis, la situation vraie du christianisme en Cochinchine : Nos chrétiens ne sont pas des saints ; trop souvent ils se trouvent faibles devant une tentation et surtout devant le scandale que leur apportent chaque jour les vieux chrétiens d'Europe, devenues renégats de leur baptême «t de leur première communion ; mais s'ils tombent facilement, ils se relèvent de même. J^ai exercé pendant dix ans le saint ministère en France ; voici douze ans que je suis ici ; j'ai donc pu comparer et me prononcer en connaissance de cause. Eh bien ! je déclare en conscience que j^ai trouvé beaucoup plus de consolations avec ces pauvres Annamites

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que l'oa est si porté à juger sévèrement et à mépriser. Ce peuple est faible, mais bon; quand il a été bien instruit des vérités saintes, il a généralement une foi très vive ; il est naturellemeut docile et respectueux de Fautorité ; il peut faire des fautes, s'éloigner même de la religion, parce qu'il la trouve trop difficile à pratiquer ; mais on ne trouve pas chez lui, hormis peut-être exceptionnellement chez quelques-uns de ceux qui fréquentent les Européens, cette haine de Dieu et de son Église, cette impiété brutale et bête qui fait de nous, à cette heure, la risée de l'Europe et Tobjet de la réprobation de tous les honnêtes gens.

Telle est la situation présente ; maintenant, quel sera Tavenir? La France, nous l'espérons pour elle, est en train d'asseoir sa domination sur tout TAnnam. A la fin de ce sîîïcle, à moins de revers et de fautes que notre patriotisme se refuse à prévoir, ce pays tout entier sera soumis à notre influence. Les chrétiens y gagneront la sécurité et la fin de ces longues persécutions, qui ont failli plusieurs fois étouffer dans le sang TÉglise annamite, mais ils se trouverout en présence des difficultés dont nous avons fait, depuis vingtcinq ansj dans la colonie Tamère expérience. Quel sera pour la propagande catholique le résultat final de la nouvelle situation dans laquelle elle se trouve désormais placée en ce pays?

Jcî le dis avec douleur, mais c'est ma conviction intime, dans Tétat actuel des esprits, la propagation de la foi ne peut que perdre^ au contact de la France voltairienne et maçonnique. Conquis par nous, deux siècles plus tôt, TAnnam fut promptement devenue chrétienne, et TÉglise eut trouvé, dans cette population de vingt millions devenue chrétienne, une magnifique base d'opérations pour assurer le développement des autres missions de l'Extrême-Orient.

Il est bien à craindre désormais que ces espérances ne se réalisent que dans un temps très éloigné, et peut-être jamais.

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Aujourd'hui, si le sang des fidèles ne doit plus couler dans les prétoires des mandarins, les mauvais exemples, Timpiété, la luxure couleront à pleins bords, au milieu de ces populations encore faibles, et c'est là un genre d'épreuves plus redoutables pour nos néophytes que les tortures du bourreau.

Trois forces sont ici en présence : le christianisme, le bouddhisme et la franc-maçonnerie. Le bouddhisme, en tant que religion positive, n'a jamais exercé aucune influence sérieuse en Annam, pas plus qu'en Chine. Bien différent de ce qu'il est à Ceylan, aux bords de l'Iraouaddy et siu* les hauts plateaux du Thibet, où il compte des millions de sectateurs convaincus et fervents, le bouddhisme s'est amalgamé ici avec les mille superstitions locales, et surtout avec le culte des ancêtres^ qui constitue, au fond, la seule religion de l'Annamite. Les gens du peuple ont gardé quelques usages idolâtriques, qui ne reposent sur aucun dogme, et auxquels ils tiennent par cette raison, décisive en Orient, qu'on a toujours fait ainsi. Pour eux, le paganisme est avant tout affaire d'habitude, et aussi de nationalité. Quant à la classe intelligente, elle est généralement matérialiste et athée, bien qu'elle ait la prétention de suivre la doctrine de Confucius. Au contact de notre civilisation, le bouddhisme et le confucianisme ces systèmes religieux qui ne reposent sur aucun fondement dogmatique, ne peuvent que s'effondrer misérablement, car ils ne supportent pas l'examen de la discussion philosophique. Une seule chose pouvait les sauver, l'isolement. Aujourd'hui que toutes les antiques barrières sont tombées, que tous les sanctuaires sont fouillés d^un œil irrespectueux par TEurope, le paganisme oriental est fini. Je ne crois pas me tromper beaucoup en pronostiquant que d'ici un demi-siècle, il n'y aura plus, en Cochinchine. au moins dans les centres européens, de païens convaincus A notre contact, ils seront tous devenus voltairiens ou chrétiens.

Terrible alternative! Laquelle triomphera de ces deu^

influences rivales ? Et qui doit remporter finalement, chez ce peuple intéressant de la mort ou de la vie?

Si les efforts de la franc-maçonnerie sont couronnés de succès, r Annamite qui, surtout dans la classe intelligente, a une fatale propension au positivisme et à Findififérence religieuse, en viendra vite à mépriser également toute croyance dogmatique, il mettra le Christ au même rang que le Bouddha et passera, sans transition, du paganisme à la libre pensée. Cela fera un peuple matérialiste et sensuel, qui ne connaîtra d'autre idéal que le plaisir et Targent, et qui deviendra bien vite ingouvernable, car il aura perdu les qualités distinctives de sa race, le sens du respect, la soumission à l'autorité, sans prendre les fortes qualités des races occidentales, qualités qu'elles doivent à leur formation chrétienne, et dont elles conservent de beaux restes jusque dans leur apostasie. .

La franc-maçonnerie a pour elle, au moins dans le présent, Fappui du pouvoir civil, le budget^ les places, les honneurs; FÉglise de Jésus-Christ n'a pour elle que la vçrité ; elle impose à ses fidèles le sacrifice de toutes les passions ; elle prêche la chasteté à un peuple passionné pour le plaisir, l'humilité à une race orgueilleuse qui, dans son ignorance superbe, a longtemps méprisé l'Europe avec sa civilisation, le détachement à des hommes que l'on habitue de plus en plus à considérer la piastre comme la fin dernière de toutes choses. Humainement parlant, il semble que la lutte est impossible dans de pareilles conditions et que le christianisme, en Annam, n'a plus désormais qu'à se creuser une fosse à l'écart, auprès des ossements des vieux martyrs du passé !

Et cependant, au milieu des tristesses 6t des angoisses de l'heure présente, j'ai peine à désespérer entièrement de cette noble église de Cochinchine, qui a donné, on a pu le voir dans ce livré, de si héroïques preuves d'une indomptable vitalité. Nous autres, enfants du Christ, nous sommes une race de fer, dont on n'a pas raison si facilement qu'on veut bien

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le dire. L'histoire du passé, cette histoire glorieuse dont je viens de dérouler les anûales, doit nous rassurer, en nous montrant ce que sera Tavenir. Les fils des martyrs sauront tenir tête, il faut l'espérer, à la persécution hypocrite et légale de notre époque. Ils garderont leurs convictions et sauront protéger la foi de leurs enfants contre les tentatives de la libre pensée. Non, l'Église d'Annam, fondée dans le sang de dix générations de martys, ne périra pas. Il y aura, c'est à craindre, des défections; on trouvera parmi nos néophytes des ambitieux et des lâches, qui vendront leur conscience aux séductions du pouvoir et de la fortune; faute de ressources suffisantes, le progrès jcontinu de cette Église pourra être arrêté, au moins pour quelque temps, le développement de ses œuvres entravé dans une certaine mesure ; mais es chrétiens de Cochinchine en ont vu d'autres, et leur foi, jamais vaincue, triomphera finalement des efforts coalisés du bouddhisme et de la franc-maçonnerie : Hœc est Victoria quœ vincit miindunij fides vestra\ « 1. « La victoire qui vaincra le monde, c'est celle de la foi. » (Sairtt Jean.)

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