X. Être persévérant dans la pratique des bonnes œuvres
(C'est encore un emprunt fait au christianisme. On remarquera que dans tout ce décalogue, il n'est pas fait une seule fois mention de Dieu et de nos devoirs envers lui. C'est une morale purement athée, qui conviendrait fort bien à nos nouvelles écoles sans Dieu.)
LETTRES DES CONSEILS DE l'cEUVRE DE LA PROPAGATION DE LA FOI
A nosseigneurs les évêques, vicaires apostoliques et coadjuteurSy aux prêtres, missionnaires et fidèles du Tong-king et de la Cochinchine, exilés ou persécutés pour la foi et le nom chrétien.
Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous donne en tous lieux des sujets de triomphe, et qui manifeste par vous la bonne odeur de la connaissance de son nom, auprès de ceux même de qui vous avez reçu l'Évangile.
Les paroles nous manquent pour vous exprimer tout ce que nous avons ressenti, en apprenant les maux que vous souffrez : nos âmes se sont trouvées inondées d'amertume, nos yeux
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se sont remplis de larmes, à la vue de yos églises détruites, 4e vos maisons de Dieu renversées, de vos vierges dispersées, de vos prêtres, de vos missionnaires emprisonnés et mis à mort. Oh ! que ne pouvons-nous franchir Fétendue des mers qui nous séparent, vous visiter au milieu de vos épreuves ! Peut-être nous fléchirions vos persécuteurs, nous tenterions du moins de racheter votre vie, ou nous vous aiderions à porter vos chaînes, demandant pour vous au Seigneur quelqu'une de ces consolations, queTapôtre, dans sa captivité, recevait de la visite des fidèles.
Mais la charité ne connaît pas de distances, la foi nous rend présents parmi vous, il nous semble que nous assistons à vos combats, nous partageons vos retraites et vos exils, vos angoisses sont les nôtres ; car nous sommes vos frères, membres d'un même corps, n'ayant tous ensemble, sous le même divin Chef, qu'une même vie et une commune espérance. C'est pourquoi, chaque jour, nous élevons les yeux vers les saintes montagnes d'où viendra le secours; fléchissant le genou devant notre Père céleste, nous le conjurons d'abréger vos épreuves, de proportionner la tribulation à vos forces, ou de vous faire trouver dans vos afflictions mêmes et de nouveaux mérites et une gloire éternelle.
Toutefois le désir de vous voir glorifier dans votre chair Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est pas moins vif en nous que la douleur causée par la connaissance de vos maux. Que ne pouvons-nous vous dire tout ce que ce sentiment npus inspire à votre égard ! Mais lorsque, regardant en vous ce titre de confesseur qui vous honore, nous voulons continuer de vous adresser la parole, nous avons besoin, pour nous rassurer, de nous souvenir que, dans les premiers combats de l'Église, quand d'intrépides chrétiens défiaient la rage des bourreaux, des fidèles obscurs se glissaient dans la foule, et, non contents de prier pour les martyrs, quelquefois de la voix et du geste, se hasardaient à Içs encourager.
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Timides commes ces chrétiens des premiers âges, et pénétrés aussi du sentiment de nos misères, comme eux, nous prions pour nos frères que le Seigneur appelle aux combats de la foi, nous offrons des aumônes, afin de soulager les saints, et puis, malgré notre indignité, nous osons leur .dire :
Courage, généreux soldats de Jésus-Christ vous êtes choisis entre tous pour avoir cet honneur insigne, non seulement de croire en son nom, mais encore de souffrir pour lui : quel bonheur d'être appelés, comme vous Têtes, adonner votre vie pour celui qui est mort pour vous ! Oh ! que vos lourdes cangues doivent être allégées par la vue de l'auréole de gloire qui bientôt les remplacera ! Vos cachots ne vous semblent-ils pas des palais, quand vous pensez qu'ils sont vraiment pour vous les vestibules de la céleste Jérusalem ?
Songez que le nom du divin Maître est glorifié en vous, que vous Têtes en lui ; déjà le bruit de vos triomphes est allé au delà des mers, pour réveiller les cœurs assoupis par Tindifférence, et rendre croyable aux incrédules les merveilles des anciens jours ; combattez courageusement jusqu'à la fin ; vous aussi, vous êtes en spectacle à Dieu^ aux anges et aux hommes.
Déjà vos glorieux martyrs vous ont montré conmient on mourait pour la foi, et, maintenant, ils vous représentent auprès du grand monarque du ciel. Non, ils ne sont point perdus ceux que vous révériez comme vos pères, leurs exemples vous restent, et, tandis que vous travaillez à accomplir saintement votre course, eux, ils intercèdent pour vous auprès de celui de qui vient tout don parfait et toute grâce excellente. Vos églises ne seront pas abandonnées, le sang de vos saints confesseurs deviendra, comme aux premiers âges, la semence féconde des chrétiens, il vous obtiendra de nouveaux apôtres. Rappelez-vous quels furent leurs dernières paroles et leurs derniers vœux. Pour nous, nous ne pouvons nous en souvenir sans ime émotion profonde : au jour de leur combat et de
leur triomphe, Tun d'eux *, tournant ses yeux mourants vers ses frères de la Propagation de la foi, leur promit dans le ciel un éternel souvenir. Non, elle ne sera pas stérile cette sainte bénédiction d'un martyr ; elle ranimera notre zèle, elle inspirera à tant de chrétiens qui en sont dignes, par leur foi et leur charité, le désir de joindre leurs offrandes aux nôtres, pour alléger le poids de vos tribulations. Quel honneur pour nous de penser qu'une part si légère de nos biens périssables se transforme en vos mains en richesses incorruptibles ! Nous vous donnons un or vil et terrestre, et vous, vous nous rendez des martyrs et des protecteurs dans le ciel.
Mais pouvons-nous oublier ceux de vos frères- qui sont devenus pour vous un juste sujet de larmes? Faibles, hélas! nous-mêmes, si la conscience de nos misères né nous a point portés à excuser leur apostasie, du moins elle nous a bien fait sentir leur déchirante position. Combien nous avons regretté de n'avoir pu placer dans leurs mains ce denier avec lequel ils auraient racheté de l'avarice de leurs juges et la vie de leurs corps, et la vie bien plus précieuse de leurs âmes! Puissions-nous bientôt apprendre que tous ont suivi l'exemple que plusieurs dVntre vous leur ont déjà donné, et que, si la crainte des tourments a pu lès rendre infidèles, cédant enfin à la voix de leur conscience, aux exhortations de leurs prêtres, aux prières des saints confesseurs, ils se sont glorieusement relevés, et que leur pénitence a consolé TÉglise, plus encore que leur chute ne Pavait d'abord affligée !
Nous vous prions de recevoir ces paroles en témoignage de notre foi commune, en gage de votre charité pour nous. Si nous apprenons qu*après une tempête si horrible, vous
1. Quand vous écrirez' en Europe, je vous prie de faire connaître ma mort à la Propagation de la foi, qui a jusqu'ici témoigné tant de zèle pour les missions étrangères ; je n*oublierai pas devant Dieu les membres de l'œuvre, si j'ai le bonheur d'aller au ciel, comme je l'espère. » (Lettre du V. Gagelin au V. Jaccard,* 15 octobre i833.)
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m& PIECES JUSTIFICATIVES
jouissez enfin du repos, nous bénirons le Dieu des consolalîonSj qui console comme il éprouve, qui guérit comme il frappe ; mais s'il entre dans ses desseins impénétrables de prolonger vos tribulations, n^oubliez pas que la tribulation opère la patience, la patience Tépreuve, Tépreuve Tespérance, et que Tespérance n'est jamais confondue* Donnez cette gloire à vos chaînes^ de les porter jusqu'à la fin en vrais disciples de Jésus-Christ. Que le nom de ce divin sauveur devienne par votre résig-nation respectable à vos persécuteurs ; car c'est de lui que vous avez appris comme nous à bénir ceux qui vous maudissent, à prier pour ceui qui vous persécutent; voilà la guerre des chrétiens ; leurs ai^mes sont les larmes et la prière, leurs conquêtes les souffrances^ leur victoire, c'est la mort.
Nous saluons d'une manière particulière ceux d'entre vous qui seraient encore dans Texil et dans les prisons ; nous baisons avec respect leurs cicatrices et ces lourdes cangues qui sont, autour de leur cou, comme des ornements de gloire; nous nous recommandons avec simplicité à leurs prières, leur demandant quelque part à leurs mérites, afin qu'ils obtiennent de Dieu, qu'unis par la foi sur la terre, nous le soyons dans le ciel par le lien de la charité*
Nous vous saluons tous affectueusement dans le Seigneur.
Que la paix de Notre-Seigneur Jésus-Cbrist et les consolations de sa grâce, que Tesprit de conseil et de force demeurent toujours avec vous,
{Suivent les signatures. ]
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