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La colectomie dans le cancers du gros intestin

Par ses caractères anatomiques et son évolution clinique, le cancer du côlon se présente dans les meilleures conditions de curabilité opératoire : longtemps encapsulé, ayant peu de tendance à la généralisation ni à la récidive, il envahit tardivement le système lymphatique; son ablation est facilitée par la possibilité d’opérer en dehors de l’abdomen, à cause de la mobilité du côlon, normale dans certaines régions, obtenue à peu de frais dans d autres, par le procédé du décollement. Malgré cela, la colectomie systématique n’est pas encore élevée au rang de notion classique. Et si 1 anathème jeté contre la première tentative de Reybard, en 1840, n’est plus de mise aujourd’hui, beaucoup de chirurgiens, dans leur pratique, se contentent d’opérations palliatives.

Les plus rétrogrades défendent encore l’anus contre nature comme opération définitive et montrent avec orgueil des cas ainsi traités qui ont survécu quelques mois, certains même quelques années. D’autres, plus modernes, rejettent actuellement l’anus comme opération définitive et s adressent à la série complexe des anastomoses et des exclusions, qui ont au moins le mérite de ne pas affliger le malade d’une infirmité dégoûtante.

Mais toutes ces opérations palliatives ont le grave inconvénient de laisser subsister la tumeur, exposant ainsi à tous les accidents

REVUE DE CHIRURGIE

consécutifs. Même isolé par une exclusion, ou le cours des matières détourné par un anus sus-jacent, le néoplasme continue à évoluer localement et peut devenir le point de départ de complications inflammatoires. D’ailleurs, les anastomoses simples et l’exclusion unilatérale réalisent incomplètement l’isolement de la tumeur. Seule, l’exclusion bilatérale, opération trop complexe, détourne d’une façon absolue le cours des matières. Nous avons eu l’occasion d’observer un malade porteur d’un cancer de l’S iliaque, opéré par une anastomose iléo-sigmoïdienne et qui est venu mourir dans le service de notre maître, M. le Dr Bérard, d’un phlegmon de la fosse iliaque gauche, consécutif à l’ulcération de son néoplasme.

Non seulement le malade reste exposé aux complications infectieuses de sa tumeur; mais encore on peut voir continuer à évoluer, après l’établissement d’un anus, les lésions ulcéreuses du segment sus-jacent. M. Jaboulay a rapporté, dans la thèse de Leclerc, un cas dans lequel un intestin s’était perforé en aval du point où avait été établi l’anus. Il s’agit alors de lésions gangréneuses par oblitération artérielle, que ne peut en aucun cas faire régresser l’isolement du néoplasme.

Il y a plus encore, le cancer reste là, envoyant des colonies cancéreuses à distances, dans le système lymphatique, et exposant à toutes les généralisations viscérales.

Sans doute, après les opérations palliatives, on peut voir régresser partiellement la tumeur : mais il ne s’agit en aucun cas de guérison définitive. Seules cèdent ainsi les lésions inflammatoires de la tumeur infectée par le passage incessant des matières. A l’abri de celles-ci, les ulcérations banales se cicatrisent, la congestion et Fœdème des parois intestinales rétrocèdent; les gâteaux péritonéaux se résorbent en partie. Mais le néoplasme demeure, avec sa tendance ulcérative, qui peut amener la perforation du conduit intestinal.

Quant aux cas de prétendues guérisons, consécutives à des anus ou a des exclusions, on peut sans hésitation en contester l’authenticité. Aucun d’eux ne porte avec lui l’examen histologique probatoire de la malignité de la tumeur : et l’on doit tenir aujourd’hui ces néoplasmes guéris ainsi, pour des tumeurs inflammatoires, tuberculeuses ou banales, mais on ne doit en aucun cas les considérer comme cancéreuses.

CAVAILLON et PERRIN. — la colectomie

Seule l’exérèse large de la tumeur et de son territoire lymphatique peut amener la guérison radicale du cancer. On peut regarder comme guérison radicale celle qui persiste sans récidive trois ans après l’intervention. Ces faits ne sont pas aujourd’hui des raretés. Et l’on peut assurer que la colectomie large, systématiquement appliquée, est capable de guérir le néoplasme.

Il n’y a aucune banalité à affirmer ces faits; car beaucoup objectent encore au traitement radical de ne pas assurer une survie plus considérable que les opérations palliatives et d’exposer en tous cas à une lourde mortalité les malades soumis à cette thérapeutique. Il importe d’étudier d’abord les résultats obtenus par la colectomie, au point de vue des survies et de l’absence de récidives. Les faits montreront sans effort que la comparaison entre les deux types d’opérations n’est pas en faveur des palliatives.

Quant à la mortalité opératoire des colectomies, il ne sera pas difficile de prouver qu’elle est plus apparente que réelle. En tous cas, il est possible, à condition de se soumettre à certaines règles thérapeuthiques, de l’abaisser à un taux que peuvent lui envier beaucoup d’opérations palliatives.

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