‹ La collection de Lorraine à la Bibliothèque nationale; noticeChapitre 2 sur 2 · A. CRÉPI N-LEBLOND, 1MPRIMEUR-KD1TRUR, RUE SA1NT-DIZ1EB · texte numérisé non relu

A. CRÉPI N-LEBLOND, 1MPRIMEUR-KD1TRUR, RUE SA1NT-DIZ1EB

(Passage du Casino)

Le beau fonds conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale sous le nom de Collection de Lorraine peut, dit M. Léopold Delisle, € se diviser en trois séries. La c première (n 08 1 à 725) se compose de mémoires et de titres « originaux tirés pour la plupart du Trésor des chartes de Lor- « raine.... La deuxième série (n° 8 726 à 970) comprend les € papiers du prince de Vaudémont, fils de Charles IV, dont la « plupart sont tout à fait étrangers à l'histoire de la Lorraine... « Dans la troisième série (n 08 971 à 984) sont réunies des chartes « originales acquises à diverses époques et venant presque « toutes des établissements religieux de la Lorraine > (1).

Dans la présente publication (2), nous n'avons compris que la première de ces trois séries, la plus considérable en étendue et la plus intéressante au point de vue de l'histoire lorraine.

A quelles circonstances la Bibliothèque doit-elle ces documents ? A quels travaux ont-ils donné lieu ? Quelle est la nature des renseignements qu'ils peuvent fournir ? Telles 6ont les questions que nous allons examiner.

(4) Bibl. de VÊc. des chartes, XXXII (1871), 259.

(2) Il s'agit du Catalogue des mss. conservés à la Bibl. nat. sous les n*» 4 à 125 de la Coll. de Lorr. (Nancy, 1896, iu-8"), publié par la Société à' Archéologie lorraine, et auquel la notice ici reproduite sert d'introduction.

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Au début de Tannée 1737, en conséquence du traité devienne, qui donnait au roi Stanislas, en dédommagement de la Pologne, les duchés de Lorraine et de Bar, et grâce à une convention secrète intervenue entre ce prince et Louis XV (1), la réunion de ces deux duchés à la France était un fait accompli.

Le gouvernement français considérait comme un objet important l'exacte connaissance des titres des archives ducales, qui pouvaient lui être de quelque secours pour les questions de frontières qu'il y avait encore lieu de régler avec l'Empire.

D'autre part, un des articles de la convention du 28 août 1736, jointe au traité de Vienne, tout en garantissant à Stanislas la propriété de ces titres, réservait « ceux proprement dits de « famille, comme contrats de mariage, testamens ou autres, » au prince à qui la souveraineté de la Lorraine cessait d'appartenir (2). Or François III n'avait pas attendu que cette convention fût signée pour faire retirer du Trésor des chartes de Nancy bon nombre de pièces. De celles-ci il n'avait été dressé qu'un état très sommaire (3), à l'insuffisance duquel pouvait seul suppléer l'examen attentif de ceux laissés à Nancy : une commission fut nommée à cet effet.

(4) Aux termes de cette convention, Stanislas ne devait jouir < que des honneurs extérieurs de la souveraineté, sans pouvoir se mêler en aucune manière de l'administration politique ni de celle des finances, moïennant sa pension de 2 millions, mais seulement de la justice ordinaire, lettres de grâce, etc. » Noto de Jamet, secrétaire de M. de la Galaisière, intendant de Soissons, puis chancelier de Lorraine, dans le ms. intitulé : Dénombrement de la Lorraine et du Barrois fait en 4139 (Bibl. nat., ms. fr. 44808, p. 4225).

(2) Table des traités entre la France et les puissances étrangères..., par Chr. Koch (Bàle, 4802, 2 vol. in-8<>), 1, 323.

(3) Une copie de cet état figure dans le ms. Lorraine 496, fol. 268.

Le Trésor des chartes de Lorraine, transporté à Metz en 1670, n'avait été restitué, dix-huit ans plus tard, au duc Léopold, qu'après avoir fait l'objet d'un inventaire très détaillé. La minute de ce beau travail, œuvre d'Honoré Caille Dufourny, était déposée à la Bibliothèque du Roi. Les ordres nécessaires furent donnés pour qu'elle fût mise à la disposition des commissaires (1 ) ; il semblait qu'aidé d'un instrument si parfait, le travail de ces derniers se bornerait à un simple récolement. € Mais * quoique l'inventaire fait par M. duFourny remplît six volumes « in-folio d'une grosseur énorme, sans compter celui des tables, « il ne contenoit pas, à beaucoup près, tous les titres de l'Etat. « Les Lorrains en avoient soustrait le plus qu'ils avoient pu, et « quarante années d'intervalle y en avoient ajouté un plus grand « nombre encore. D'ailleurs, les ministres du duc Léopold avoient « eu d'autant moins d'égard à cet inventaire, qu'on ne leur en « avoit point laissé de copie, et que probablement ils n'en « avoient point de connoissance > (2).

Les commissaires constatèrent-ils dès le principe cet état de choses ? Nous ne savons. Quoiqu'il en soit, le gouvernement décida de leur prêter le très précieux concours d'Antoine Lancelot (3).

La réputation de cet érudit n'était plus à faire. Sa mission en Lorraine va nous montrer en lui un archiviste modèle, s'intéressant aux documents qui lui sont confiés, curieux de tous les renseignements propres à les faire bien comprendre, sans cepen-

(4) Lettres de cachet adressées à l'abbé Bignon. Versailles, 1 er avril 4737. (Beg.) du secrétariat de la maison du roi. Arch. nat., 1 * 84, p. 445).

(2) Éloge de M. Lancelot, par M. de Boze, dans VHist. de VAcad. roy. des inscr. et b.-l., XVI (4751), 264-265.

(3) Amelot, ministre des affaires étrangères, à La Galaisièro. Versailles, 40 mai 4737. Cette lettre est transcrite dans le ms. do Jamet intitulé Miscellanea Bibl. nat., ms. fr. 45363, p. 4954).

dant négliger le bien du service, même dans ce qu'il a de pratique, et par là, du moins à première vue, de quelque peu terre à terre.

Les rapports, conservés au dépôt des affaires étrangères, qu'il adressa au ministre Amelot, sont intéressants à cet égard.

Le premier de ces documents, daté du 12 avril 1738 (1), nous fait connaître à quel travail ingrat, mais combien utile 1 Lancelot, aidé de quatre commis, a consacré le temps qui s'est écoulé députe son départ de Paris, soit environ onze mois (2).

Il a trouvé le Trésor des chartes de Lorraine on sait dans quel désordre (3). Après quelques tâtonnements, il s'est décidé à en conformer le classement à l'inventaire de Dufourny.

Bien des raisons, dit-il, nous ont fait prendre ce parti. Cet inventaire est tout dressé et est exact, â très peu de chose près. La minute que j* ay iey étoit déposée à la Bibliothèque du Roy . Eq remettant les titres dans le même arrangement qu'ils sont dans cet inventaire, il continue de subsister. On aura en France un estât bien détaillé des titres qui sont en Lorraine, et on épargne le tems et la dépense d'une copie qu'il faudroit faire, si on entreprenoit d'en composer un nouveau. On sait que cet inventaire contient douze volumes in-folio d'une écriture menue et serrée (4). D'ailleurs le même M r du Fourny a dressé des tables de tous les noms de lieux, de familles et de matières qui sont dans cet inventaire. Ces tables (5)

(1) Arch. des aff. étr., Correspondance, Lorraine, 433, fol. 255-257 et Bibl. nat, ms. Joly de Fleury 1361, fol. 74-75.

(2) Parti de Paris le 44 mai 4737, il était arrivé à Nancy le samedi 48 (Bibl. nat., ms. Loir. 725*, p. 4).

(3) Cf. Delisle, Le Cabinet des mss., I, 445.

(4) Ces volumes sont reliés deux par deux (ils portent les n<" 4880 à 4885 du fonds français). Voilà pourquoi, dans le passage de Boze cité plus haut, il n'est question que de six volumes.

(5) Elles constituent le ms. fr. 4886.

sont d'an secours in fi ai et d'an travail immense» qui a demandé plusieurs années. C'a u roi t esté perdre trop d'avantage que de les rendre inutiles en donnant un autre ordre.

Sait-on quel jeu de patience, si Ton peut ainsi appeler un travail de cette aridité, Lancelot a entrepris là ? Dans Inventaire de Du fourny, les pièces apparaissent réparties entre plus de deux cent soixante layettes ; celles que comprend une quelconque de ces layettes ont une numérotation propre, commençant à l'unité. Or Dufourny n'ayant inscrit au dos des pièces que des numéros, sans indication de layette, Lancelot doit, pour chaque pièce, rétablir cette indication qu'il lui faut, par conséquent, rechercher entre plus de deux cent soixante (1) !

Ce travail est avancé, assez du moins pour permettre de constater que, si Tordre consacré par l'inventaire de Dufourny peut être rétabli, bien des pièces manqueront à l'appel. Lancelot s'exprime à ce sujet en des termes qui ne dissimulent pas son dépit :

Tout titre qui n'alloit pas directement â appuyer les droits et les prétentions actuelles des ducs de Lorraine a esté mis au rebut. Ceux qui ont eu le malheur d'estre regardez comme purement historiques ont esté rejettez, déclarez pièces inutiles, même dangereuses, et par conséquent ou déchirez ou tellement abandonnez dans des endroits exposez aux injures du tems, qu'ils ont péri ou mis (sic) hors d'estat de servir.

On en a emporté à Vienne une grande quantité. On en peut voir Testât qu'on a bien voulu en donner... Cet estât même prouveroit le peu d'envie qu'on a eu que Ton fust exactement informé de ce qu'on enlevoit, puisqu'on s'est contenté de dire qu'on emportoit 8 liasses, 15 liasses, 20 liasses, etc., un s»c, deux sacs, etc., sans entrer

(i) Cf. à ce sujet le rapport récapitulatif de Lancelot sur l'ensemble de sa mission (Arçb, des aff. étr., Çorre&p., Lorraine, 438, fol, 293-298).

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dans aucun détail ; on sait qu'il y a même un article qu'on s'est contenté d'exprimer par 8 liasses de différente matière.

Il y a eu d'autres titres délivrez aux personnes à qui les ducs Léopold et François avoient fait don ou échange de certaines terres (1).

Enfin presque toutes les pièces et titres qui n'estoient qu'en papier, ont péri. On les a déchirez pour en faire des enveloppes ou pour tels autres usages qu'on a voulu (2).

Lancelot continue en fournissant quelques explications sur ses procédés de travail, puis il expose les trop nombreuses améliorations qu'il faudrait apporter à l'aménagement du Trésor des chartes.

Il seroit bon que les layettes fussent enfermées dans des armoires pour garentir les titres de la plus grosse poussière, etc. Il y en a déjà quelques unes, mais elles ne suffisent pas. Beaucoup de layettes sont par terre, ou sur le haut des armoires, exposées a toute sorte de malpropretez. Il faut aussi de nouvelles layettes. Cette dépense ne sera pas fort considérable et est absolument nécessaire. J'ai déjà fait faire des échelles à gradins et appuis pour atteindre au haut des armoires. On ne pou voit s'en passer.

La tour, dans laquelle est à présent le Trésor des chartes, n'estoit autrefois destinée qu'à un gardemeuble. Elle est voûtée dans les souterrains, mais il y a deux planchers au-dessus qui forment deux emplacemens. C'est dans lo second ou le supérieur que le Trésor est déposé. Ce lieu n'est pas même carrelé. Il est d'une malpropreté infinie, et il est impossible que cela soit autrement, le piastre s'en allant tout en poussière. Les fenestres n'ont point de châssis ni de vitres. Tout cela rend cet endroit impratiquable : on ne peut y rester deux heures dans les plus beaux jours ; à peine y peut on entrer les trois quarts de l'année. C'est cet état délabré qui sert d'ex-

(i) Le ms. Lorr. 496 contient un grand nombre d'états de titres ainsi remis à diverses personnes.

(2) On rencontra effectivement ça et là, dans la Collection de Lorraino, des documents sur papier portant au dos les analyses d'nutres pièces auxquelles ils ont servi d'enveloppes.

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euse aux archivistes lorrains du peu de soin qu'ils ont eu et du peu de séjour qu'ils y ont fait. On ne peut apporter trop tost de remède à ces inconvéniens. Le danger de pourriture pour les titre m et registres est sensible, celuy d'incendie est encore plus affreux. Cette tour est environnée de logemens qui y sont adossez et où demeurent quelques ménages de particuliers. Les salles que j'occupe, et qui m'ont esté indispensablement nécessaires pour y descendre les layettes sur lesquelles j'ai travaillé tout l'hyver, et sans lesquelles il auroit fallu interrompre l'ouvrage, y sont aussi joignantes. J'ai esté obligé d'y faire grand feu et d'avoir une attention continuelle et des plus exactes pour prévenir les malheurs. Ceux qui pourroient les occuper après moyen sentiront peut estre pas tant le péril qu'il y a à faire du feu si près du Trésor.

Toutes ces raisons semblent demander qu'on ne diffère pas d'y remédier. Si on no juge pas à propos de faire actuellement des voûtes au lieu de planchers, il faut du moins faire carreler le lieu ou est le Trésor. Mais ce ne doit estre toujours qu'en attendant. Il faudra se déterminer un jour à faire ces voûtes et même à abatre les logemens qui sont autour de cette tour. On a de tristes exemples de la nécessité qu'il y a que les déposts publics soient isolez et voûtez.

Ces derniers mots font allusion à un désastre qui datait alors de moins de six mois : le 27 octobre 1737, un incendie avait détruit partiellement les archives de la Chambre des comptes de Paris.

Qu'on nous pardonne ces longues citations. Ne permettentelles pas de dire que si Lancelot ne fut ni le premier, ni le seul avant ce siècle qui se soit adonné à des études que l'École des chartes a tant perfectionnées depuis, du moins il eut sur ses devanciers, sur ses contemporains, l'avantage de concevoir des idées nettes sur l'organisation de ce qu'on appelait déjà, on vient de le voir, les dépôts publics. Bref, pour nous servir d'expressions dont le rapprochement dans une même phrase sonne à l'oreille comme un anachronisme, s'il y eut au siècle

dernier d'autres paléographes que Lancelot, seul il fut aussi archiviste. A ce titre, son nom n'aurait-il pas mérité de figurer parmi ceux qu'on lit, gravés en lettres d'or, sur les murs du palais des Archives nationales, le long de l'ancienne rue du Chaume?

Terminant le rapport auquel nous venons de faire de si larges emprunts, Lancelot offrait d'aller rechercher à Metz s'il y restait encore des documents qui manquassent au Trésor lorrain.

Amelot fit agréer cette proposition par le cardinal de Fleury et invita M. de Montholon, premier président du Parlement de Metz, qui était alors de passage à Versailles, à faciliter à Lancelot l'accès des archives de cette cour et des autres dépôts du ressort (1).

Lancelot partit pour Metz dans la seconde quinzaine de juin (2).

Le Parlement de Metz, bien qu'il comptât à peine plus d'un siècle d'existence, possédait, par suite des événements politiques du dernier règne, des archives dont un volumineux inventaire rédigé, comme celui des titres de Lorraine, par Dufourny (3), atteste l'importance, et dont Lancelot, dans un nouveau rapport (4), expose ainsi la nature et l'intérêt :

(4) A m dot à Lancelot. Versailles, 46 avril 4738 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 433, fol. 262). — Amelot à Montholon. 47 avril 4738 (Id., ibid., fol. 263.

(2) Lancelot à Jamet. Nancy, 45 juin 4738 (Bibl. nat., ms fr. 15363, p. 4908).

(3) Il en existe deux exemplaires conservés, l'un aux archives départementales à Metz (B. 25-28), l'autre aux archives des affaires étrangères (France, 4944-4944).

(4) En date du 26 juillet 4738 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 434, fol. 46-47 et Bibl. nat., ms. Joly de Fleury 4364, fol. 440-414).

Ce dépost consiste : 1° en layettes et liasses de titres concernant la Lorraine, etc. ; 2° en papiers et titres ayant rapport à la Chambre royale établie à Metz en 1679. etc.

Ceux qui concernent la Lorraine avoient esté inventoriez et numérotez par M r du Fourny. Ils font partie de son ouvrage déposé au Trésor des chartes et à la Bibliothèque da Roy (1) et sur lequel j'arrange le mien. Ils nous avoient donné beaucoup de peine à chercher icy, rien ne nous indiquant qu'ils estoient à Metz. Ils regardent les terres dont la France estoit en possession en 1698, comme Gorze, Longwy, Marville, Phaltzbourg et Sarbourg, Sierck et Siertzperg, la chartreuse de Rettel, etc. Il fut convenu alors entre les commissaires que ces titres resteroient à la France. Il y en a plus de 550, sans quelques registres et cartulaires touchant les mêmes lieux (2).

Los commissaires du roy jugèrent à propos de retenir d'autres pièces dont peut estre ils ne firent point de confidence aux Lorrains. Elles concernent St-Hippolyte et l'Alsace, Metz, Toul et Verdun et leurs abbayes, Nomeny, les régales de Barrois, la France et ses droits de souveraineté sur le duché de Bar, le Bassigny, etc. Ces titres retenus contiennent depuis la 83 e liasse jusqu'à la 134 e (3) et forment plus de 1100 numéros, qui avoient aussi esté inventoriez par M r du Fourny dans l'inventaire dont j'ai parlé cy dessus (4) .

L'autre partie du dépost est celle de la Chambre royale. Elle comprend 82 liasses, dont une grande partie sont des arrests et procédures de cette chambre, des copies de titres, des mémoires, et, ce qui me paroistplus utile, des inventaires et extraits des titres qui estoient dans les archives des églisez et communautez des trois Evêchez, Lor-

(4) Cela n'est pas tout à fait exact. Si l'exemplaire de la Bibliothèque comprend les layettes qui furent laissées à la France, il n'en est pas de même de celui du Trésor des chartes (nunc Arch. nat., KK. 1416-H27). Cf. sur ce point notre travail intitulé Dufourny et Lancelot, dans les Mémoires de la Soc. d'arch. lorr. pour 4894, pp. 25, 26, 27,30, 34.

(S; Cf. Arch. dép. à Metz, B. 28.

(3) Cf. Arcb. dép. à Metz, B. 27.

(4) Cette observation, comme celle faite plus haut, n'est vraie qu'en ce qui concerne le Dufourny do la Bibliothèque nationale.

raine et pais voisins (1). Outre ces 82 liasses, il y a 58 sacs de titres produits par le procureur général de la Chambre contre les vassaux et seigneurs qu'il attaquoit. La pluspart sont originaux et passent 1200 pièces. Dix autres petits sacs sont des productions faites par les parties contre le procureur général, qui ne leur ont pas esté rendues (2).

En somme, comme Lancelot l'avait prévu, il existait à Metz une quantité considérable de titres ayant jadis fait partie du Trésor des chartes de Lorraine ; mais aucun ne semblait devoir être restitué à ce dépôt : les uns avaient été gardés par la France du consentement des commissaires lorrains ; tous étaient dépourvus d'actualité touchant les affaires courantes des duchés.

S'ensuivra-t-il que le voyage de Lancelot à Metz soit sans résultat ? Laissons-le nous répondre à ce sujet.

Avec ce que je viens de déduire, il y a encore des titres détachez, entr'autres plus de 200 originaux concernant Verdun, tirez de Févêché, et qui n'ont pas esté inventoriez, des cartes et plans de forêts, entr'autres de celles de la gruerie de Sierck, de Monderen et de Kallenhoffen, où se trouve la chartreuse de Rettel, quelques registres ou cartulaires pour Aspremont, Verdun, etc. Il y en a un pour Févêché de Metz, fait en 1461, un pour l'évêché de Strasbourg, depuis 1614 jusqu'en 1629. Un autre contient des recueils d'un curieux qui vivoit vers 1573, 1578 ; je ne sais si ce n'est point l'ouvrage de Nicolas Bousmard, évèque de Verdun (3) : il y a une infinité d'extraits de titres et de manuscrits, beaucoup de recherches et de remarques, une

(4) CL Arch. dép. à Metz, B. 26.

(2) Cf. Arch. dép. à Metz, B. 25.

(3) Dom Cal met, à qui Lancelot communiqua ce manuscrit, — qui porte le no 613 de la Collection de Lorraine, — estime, pour des raisons qu'il ne dit pas, qu'il est l'œuvre de Nicolas Bousmard, chanoine de la cathédrale de Verdun et archidiacre d'Argonnc, plutôt que de l'évèque son oncle et homonyme {Bibliothèque lorraine, col. 464-165).

histoire des ducs de Lorraine (1) finissant vers 1553, etc. H me semble que ce manuscrit méritoroit mieux d'estre placé a la Bibliothèque du Roy que dans le galetas où il est très inutile. On a bien voulu me permettre de l'emporter à Nancy pour le parcourir.

Entre les liasses de la Chambre royale, il y a des pièces qui m'y paroissent bien estrangères, entr'autres dans la 29 e il y a 79 lettres originales de Louis XIII à l'Empereur et au Grand Seigneur pendant l'ambassade de M r de Gournay de Marcheville auprès de ces princes, es années 1627, 1628, 1629, 1630, 1631, etc., avec trois autres lettres en parchemin des mois de mars ec novembre 1631, pour la commission dudit sieur de Marcheville, et des lettres de 1645, confirmant les articles convenus pour un establissement de colonies en Canada et isles du Nord. Ces lettres conviendroient mieux au dépost des affaires estrangères. Je prendrais la liberté d'y présenter aussi un manuscrit que j'ai acheté à Metz, qui est le Procès-verbal fait en 1633 par les commissaires du roy et du duc de Savoye pour les limites des dépendances de Pignerol et l'évaluation des revenus des mêmes dépendances et du marquisat de Saluées, expédition signée par le greffier de la commission pour M r de la Balme Servien, l'un des commissaires, si je croyois qu'il y pust convenir (2).

Dans la 80 e liasse de la même Chambre royale, il y a des chroniques de Flandre en 1525, des annales et chroniques de Liège en 1575, etc. Ces manuscrits ne seroient-ils point mieux à la Bibliothèque du Roy, de même que quelques cartulaires d'églises, d'abbayes, etc., quiestoient inconnus ou du moins oubliez à Metz, avant que mon voyage eust donné occasion d'examiner ce dépost 1

Le ministre répondit à Lancelot

M. le cardinal de Fleury a fort approuvé vostre façon de penser sur la partie des pièces ou manuscrits trouvez à Metz que vous estimez qui seroient plus convenablement placez tant à la Bibliotèque

(4) C'est Y Epi tome de Jean Daucy,qui occupe les pages 359 à 476 du ms. Lorr. 613. {St) Cette pièce fat comprise dans l'envoi fait par Lancelot au dépôt des affaires étrangères en janvier l78tf. V. ci-après, p. xvm.

du Roy qu'au dépost des affaires estrangères. Exposez moy les mesures que vous croyez propres a prendre pour le transport (1).

Sur quoi Lancelot dressa, d'après les notes qu'il avait prises à Metz, un état des documents en question (2). Cet état fut approuvé par le Roi le 1 er octobre 1738, et des lettres de cachet furent expédiées en conséquence, le lendemain, à l'adresse du procureur général près le Parlement de Metz (3).

Voici la lettre par laquelle Lancelot rend compte du nouveau voyage qu'il fit à Metz :

A Nancy, ce 22 novembre 1738.

Monseigneur,

En exécution des ordres de V. G., je me suis rendu à Metz le mardi 11 de ce mois et ai remis la lettre de cachet dont j'avois l'honneur d'estre porteur à M r Lançon, conseiller au Parlement, M r le procureur général estant encore à Paris. Mondit s r Lançon se mit aussitost en devoir d'obéir à ce qu'elle contenoit. Nous montâmes au dépost, et j'y fis en trois ou quatre séances le choix des inventaires, registres et papiers portez dans Testât.

Cet estât n'estoit pas fort exact. On y avoit obmis quelques articles que j'avois indiquez. On en avoit designé quelques uns sous le nom de numéros, au lieu que ce sont des liasses contenant plusieurs numéros. On n' avoit point exprimé le nombre des pièces qui formoient ces liassas (4), etc.

(1) Amelot à Lancelot. Versailles, 9 septembre 4738 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 434, fol. 407).

(2) Lancelot à Ameiot. Nancy, 24 septembre 4738 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorr., 434, fol. 440-442).

(3) Elles sont conservées aux arch. dép., à Metz, dans le carton B. 59.

(4) Ces impropriétés de termes et autres inexactitudes tiennent à ce que l'inventaire dont nous avons parlé plus haut, étant déposé dans le cabinet du procureur général, ne put être communiqué à Lancelot, en l'absence de ce magistrat. Cf. Lettre de Lancelot à Joly de Fleury? procureur général au Parlement de Paris. Nancy, 26 juillet 4738 (Bibl. nat., ms. Joly de Fleury 4364, fol. 404 vo).

. M r Lançon me représenta que cet estât, en la forme qu'il estoit, ne suffi soit pas pour servir de décharge valable, M r le procureur général estant chargé par un inventaire détaillé de toutes les pièces que Ton demandoit. Mais pour ne pas différer de se conformer aux ordres du Roi, il proposa de me remettre les pièces que je croyois devoir emporter, sur mon simple récépissé, en me chargeant cependant de prier V. G. de renvoyer un autre estât plus circonstancié. J'acceptai ce parti, qui me parut estre presque le seul qu'il y eust à prendre. J'ai fait un nouvel estât des pièces, liasses et registres qui ont esté tirez du dépost, au bas duquel j'ai donné mon récépissé, et me suis chargé, sous le bon plaisir de V. G., de procurer un autre estât signé du roy, conforme à ce nouveau. Moyennant cet arrangement, j'ai emporté avec moi ces pièces, liasses et registres à Nancy, où je suis revenu avant hier.

J'ai l'honneur d'envoyer à V. G. le premier estât, signé du Roy, qui par cette opération est devenu inutile, avec le nouvel estât tel que je l'ai laissé à M r Lançon, et tel que j'espère qu'Elle voudra bien le faire signer par Sa Majesté. Il semble qu'il devroit estre datte du mesme jour que le précédent, c'est-à-dire du 1 er octobre, afûn qu'il puisse correspondre à la date de la lettre de cachet, qui est du 2 du même mois.

J'ose me flatter que V. G. voudra bien avoir la bonté de faire faire cette expédition incessamment, pour que je puisse retirer mon récépissé, que je n'ai donné que pour accélérer l'exécution de la commission et revenir plus promptement à mon principal ouvrage (i).

L' « état plus circonstancié » que réclamait le conseiller Lançon fut envoyé à Lancelot (2), qui le fit parvenir à Metz,

(4) Lancelot à Amelot (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 434, fol. 271).

(2) Amelot à Baiiyn d'Angervilliers, ministro de la guerre. 27 novembre 4738 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 434, fol. 273). — D'Angervilliers à Amelot. Versailles, 30 novembre 4738 (Id., ibid., fol. 274). — Lancelot à Amelot. Nancy, 27 décembre 4737 (Id., ibid., fol. 365).

revêtu de son propre reçu. C'est cette pièce qui est déposée aux archives de l'ancien département de la Moselle (1).

Au début du mois de janvier suivant, Lancelot, ne conservant par devers lui que les documents concernant la Lorraine et les Evêchés, fît des autres un ballot qu'il remit au carosse de Strasbourg à Paris, à destination du dépôt des affaires étrangères (2).

Lancelot espérait alors que Tannée qui commençait verrait la fin de son travail. Une circonstance qu'il ne prévoyait pas vint empêcher qu'il en fût ainsi. On versa au Trésor des chartes de Lorraine un grand nombre de papiers jusque-là déposés au greffe du bailliage d'Allemagne. D'autre part, les officiers lorrains furent invités à remettre les papiers dont ils pouvaient être dépositaires, et le Trésor s'accrut ainsi d'autres titres dont la plupart se trouvaient avoir rapport au même bailliage. LMntérêt que présentaient ces documents pour les négociations en cours entre les gouvernements français et impérial obligea Lancelot à n'en pas différer l'examen (3). Aussi, malgré le secours de ses commis, dont le nombre fut porté jusqu'à huit, dut-ilprolonger son séjour à Nancy jusqu'au milieu de l'été de

(4) Dans le carton B. 59. Nous reproduisons cotte pièce ci-après, en appendice.

(2) Lancelot à Amelot. Nancy, 40 janvier 4739 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 436, fol. 21).

(3) Lancelot à Ârnelot. Nancy, 28 novembre 4739 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 4a7, fol. 492-496;.

Sa mission avait duré trois ans passés, consacrés à un labeut 1 assidu qu'interrompirent seulement les deux voyages à Metz dont nous venons de parler, une visite aux archives de l'abbaye de Saint-Mihiel (1), une à celles de l'église deGorze (2), et quelques démarches obligées à Lunéville auprès de M. de la Galaisière, qui, sous le titre de chancelier de Lorraine, était comme l'intendant de la nouvelle province. Court délai que ces trois années, si l'on songe au résultat acquis. Sur des tablettes neuves s'alignaient quatre cent soixante-cinq layettes remplies de pièces soigneusement numérotées, et cinq cent soixante-neuf volumes, registres, portefeuilles ou liasses (3). Un inventaire, dont les cahiers remplissaient trente-trois portefeuilles (4), faisait connaître, pièce par pièce pour les layettes, le détail de cette masse énorme. Lancelot avait joint à cet inventaire une copie des tables qui accompagnent celui de Dufourny (5) ; il se proposait d'en dresser de semblables pour les layettes ou portions de layettes que Dufourny n'avait pas connues.

Lancelot voulut qu'après lui son travail fût « à jamais stable et

(4) «Mercredi, 4 octobre [4738], à Nancy, diné <;hez Madame Gallois. M. Lancelot est à S'-Mihiel avec M. Gallois » Miscellanea de Jamet (Bibl. nat., ms. fr. 45363, p. 4970).

(2) « Copié sur l'original en parchemin que j'ai vou dans les archives de la collégiale de Gorzo. May 4739 ». Note de Lancelot sur une copie de la bulle d'Honorius III en faveur de l'abbaye de Gorzc (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, i, fol. 58).

(3) Ces chiffres sont donnés par Lancelot dans le rapport récapitulatif cité plus haut.

(4) Dont 20 pour les layettes inventoriées par Dufourny et 43 pour les additions de Lancelot. Cet inventaire a été depuis relié en volumes dont le nombre est également de 33 (Arch. de M.-ot-M., B. 436-468), mais dans lesquelles layettes anciennes et additions sont fondues en une seule série alphabétique par noms de layettes.

(5) Lancelot, dans son rapport du 42 avril 4738, avait exprimé l'intention de faire faire cette copie. La réponse d'Amelôt, du 46. approuva ce projet. Cette copie remplit trois volumes conservés aux arch. de M. -et- M. sous les cotes B. 472-474.

« utile. Sur ses représentations, M. le chancelier de Lorraine, « le procureur général de la Cour souveraine de Nancy et celui « de la Chambre des comptes, accompagnés de l'ancien garde « du Trésor des chartes et d'un greffier, se rendirent en grand « cortège à la tour du dépôt : M. Lancelot leur fit voir l'état où « il Tavoit mis; il leur délivra copie de l'inventaire qu'il enavoit « fait, et en requit acte pour sa décharge. Ces magistrats dres- « sèrent un ample procès-verbal : ils remirent ensuite les clefs à « l'ancien garde, et l'engagèrent par serment à conserver tou- « jours l'arrangement établi par M. Lancelot » (1).

Gela se passait le 1 er août 1740 (2). Quelques jours auparavant, La Galaisière, à qui Lancelot avait réussi à faire partager ses préoccupations pour la conservation future du Trésor des chartes, avait écrit à Amelot :

Il y a eu de tout tems un garde des archives. Celui que nous y avons trouvé se nomme Maillard (3) ; il sait parfaitement l'allemand (4), article essentiel par le nombre considérable de pièces en cette langue qui sont au dépôt. Il a d'ailleurs assés d'intelligence et de conduitte, outre qu'il a suivi M. Lancelot et aidé même dans toute son opération, pour croire que nous ne pourrions trouver de sujet plus propre â cette place, dont les apointemens sont de 1200 livres de Lorraine. Je pense donc qu'il convient de la lui laisser ; mais comme il est extrêmement vieux, il n'est plus en état de se

(4) Éloge de M. Lancelot, cité plus haut, p. 265.

(2) Lancelot à Amelot. Nancy, 4 août 1740 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 438, fol. 265 vo).

(3) François-Louis Maillard de Trcslo, nommé par lettres du ducLéopold, en date du 46 avril 4747 (Cf. Lepage, Le Trésor des chartes de Lorraine , dans les Bulletins de la Soc. d } arch. lorr. pour 4857, pp. 474-472). Maillard avait entrepris un inventaire du dépôt confié à sa garde : des fragments de ce travail se trouvent dans divers volumes de la Collection de Lorraine.

(4) Les analyses détaillée» qui accompagnent la plupart des pièces allemandes de la Collection de Lorraine sont de la main do Maillard.

donner les mouvemens nécessaires pour remplir exactement ce service, qui en demande considérablement, et je crois indispensable de lui donner un commis à 4 ou 500 livres d'apointemens, qui ait assés de connoissance de l'arrangement que Ton vient de faire pour lui aider à le maintenir. Celui dont M. Lancelot s'est servi à cet usage jusqu'à présent m'y paroît tout à fait propre, et je crois qu'on peut lui confier ce soin.

Mais attendu l'âge du sieur Maillard, je pense qu'il seroit à propos de pousser encor la prévoïance plus loin, en lui désignant dès à présent un successeur, par simple brevet, sans apointemens : il profiteroit du tems qui reste à vivre au garde actuel pour s'instruire de ce qu'il faut savoir pour bien remplir cette place, et lui seroit même fort util et au public jusqu'à sa mort.

Nous avons à Nancy un gentilhomme, nommé de Montigny, qui s'est étudié toute sa vie à rechercher les antiquitez de cette province; il y est fort versé et nous a donné de grands éclaircissemens et de sûreB indications qui nous ont beaucoup servi dans le travail de M. Lancelot. 11 sait parfaitement l'allemand. Outre que ce seroit récompenser son zèle désintéressé en lui assurant cette place, c'est que nous ne pourrions la remettre en de meilleures mains (1).

Le cardinal de Fleury ne voulut prendre aucune décision sur ce dernier point, mais il reconnut qu'il convenait « de donner « un commis, avec 400 livres d'appointemens, au garde des « archives, pour le soulager, et de confier cet employ à celuy « dont M. Lancelot s'est servi jusqu'à présent, comme ayant « plus de connaissance qu'un autre du travail qui a été « fait » (2J.

Il s'agissait d'un « domestique, . . . que M. Lancelot avoit « amené de Paris, et qui, ne s'étant d'abord mêlé que de porter

(4) I.a Galaisière à Amelot. Lunéville, 14 juillet 4740 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 438, fol. 229v<>-234).

(2) Amelot à La Galaisière. Compiègne, 48 juillet 4740 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 438, fol. 233).

« et rapporter des liasses et des cartons, avoit insensiblement « pris goût au travail et s'étoit tellement mis au fait de l'arran- « gement des registres et de la disposition des layettes, qu'il « alloit à point nommé mettre la main sur quelque pièce qu'on « lui demandât, relativement à l'inventaire. On en fît plusieurs « fois l'essai; et sur le compte qu'on en rendit au roi de Pologne, « duc de Lorraine, Sa Majesté l'honora d'un brevet de sous- « garde » (1) : il se nommait Nicolas Boudot; le brevet en question porte la date du 6 août 1740 (2).

Lancelot venait alors de quitter Nancy, se rendant à Lunéville, où il prit congé de La Galaisière. Il voulut, avant de regagner Paris, visiter les abbayes des Vosges, Etival, Moyenmoutier, Senones, où peut-être il revit Dom Galmet, qu'il connaissait, Saint-Dié, et la Chambre des comptes de Bar-le- Duc (3).

La mise en ordre du Trésor des ehartes de Lorraine fut le principal résultat de la mission de Lancelot, mais non le seul, ni le plus intéressant à signaler ici.

Dès le début de son séjour à Nancy, Lancelot, dans une lettre à M. de Maurepas, ministre de la maison du Roi, avait assuré qu'il ne perdrait pas de vue ce qui pourrait contribuer à enrichir la Bibliothèque du Roi. Cette lettre ne nous étant connue

(1) Éloge de M. Lancelot, pp. 265-266.

(2) Registres des lettres de patentes de Stanislas. Arch. nat., £. 3209, fol. 46. — Cf. Durival, Description de la Lorraine et du Barrois, l, 325, et Lepage, Bull, cités, p. 172.

(3) Lettre du 4 août 1740, citée plus haut. — Cf. l'état de la dépense ordinaire faite par Lancelot (Areh. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 139, fol. 63).

que par la réponse qu'y fit Maurepas (1). nous ignorons quelles étaient, alors du moins, les intentions de Lancelot. Il est probable qu'il consacrait ses rares loisirs à visiter les boutiques des libraires, les collections des amateurs. Mais peu à peu il acquit la conviction que, dans le dépôt qu'il était chargé de mettre en ordre, se trouvaient bien des pièces devenues inutiles à la Lorraine.

Il s'exprime en ce sens, mais sans insister, dans une lettre au procureur général Joly de Fleury :

J'ai recouvré déjà plusieurs titres et papiers, entr'autres j'ai parcouru tout ce qui estoit dans un vieux coffre, qui estoit abandonné dans un grenier depuis près de 100 ans. Ces titres estoient dans un estât qui n'estoit point propre à guérir la gratelle ou les fluxions. Je n'ai point esté mécontent de la peine qu'il y a eu à les tirer de la pourriture ou ils estoient. Il s'y est trouvé des pièces assez intéressantes pour l'histoire; histoire à la vérité depuis 1570 jusqu'en 1620, mais lettres originales de souverains, de généraux, etc. Gela ne doit point rester en Lorraine. Mais il ne s'agit pas encore de ces arrange mens (2).

Une nouvelle lettre, adressée au même personnage, est plus catégorique :

Il y aura bien des choses qui seront inutiles icy et qui se trouve roient bien mieux placées à Paris. Vous sentirez, mieux que personne, la vérité de ce que j'avance, au sujet de ces anciens acquits qui ne sont curieux que par leurs sceaux et que personne ne regardera icy, de ces terres et seigneuries devenues, comme on parle icy, estrangères, parce qu'elles sont à la France, et tant d'autres semblables,

(i) Maurepas à Lancelot. Versailles, 45 juillet 4737 (Arch. nat., 1 * 382, 2- partie, p. 284).

(2) Lancelot à Joly de Fleury. Nancy, 21 octobre 4737 (Bibl. nat., ms. Joly de Fleury, 4364, fol. 96).

que l'incurie des archivistes lorrains me fait craindre qu'ils ne soient abandonnez aux rats, vers, poussière, etc. (1).

Dans une de ses dernières lettres à Amelot, revenant sur cette question, qu'il avait soumise aussi à ce ministre, Lancelot fournit quelques détails sur la nature des documents qu'il propose d'envoyer à Paris.

Je n'ai point porté dans ces dépenses celle de plus de mille portefeuilles, que j'ay fait faire pour mettre les titres et papiers qui concernent des matières qui m'ont paru ne plus convenir à ce Trésor, ou qui, par l'inutilité dont ils y seroient, ne manqueroient pas d'estre négligez et se perdroient. J'ai déjà eu l'honneur de marquer à V. G. qu'on peut mettre de ce nombre :

1° Ceux qui peuvent concerner les terres qui appartenoient à la France avant 1737, comme Longwy, Phaltzbourg, les Evêchez, etc.

2° Ceux qui ont rapport aux régales du Barrois, aux différends touchant les frontières de Champagne, de Bourgogne, Franche-Comté, Bassigny, etc. Enfin tout ce qui avoit esté recueilli pour servir aux discussions qui ont esté réglées par le traité de Paris en 1718.

3° Les titres de famille de la maison de Lorraine et ceux qui peuvent servir uniquement à l'histoire de ses ducs, que les officiers du grand duc n'ont pas eu le tems d'emporter ou qu'ils n'ont pas connus. Il reste entr'aùtres un assez grand nombre de lettres du duc Charles V, du prince de Vaudemont et autres, entre lesquelles il y en a beaucoup qui pourroient servir à l'histoire de leur tems,

4° Une asses grande quantité d'autres titres concernant des maisons esteintes, ou qui ne sont qu'acquits, promesses de garanties de dettes, payemens de ces dettes, de rançons, etc., des XIII, XIV, XV e siècles, qui n'ont à présent d'autre utilité que pour l'histoire et pour les généalogies.

Toutes ces pièces, qui ne regardent pas précisément les Estats de Lorraine et Barrois, ni les lieux qui les composent, et qui n'ont point

(4) Le même au même. Nancy, 42 avril 4738 (Id., ibid., fol. 99).

eBté inventoriées par M r du Fonrny, pourraient estre envoyées à Paris.

Affia que les envois s'en fissent avec moins d'éclat et plus commodément, on pou r roi t, si V. G. le jugeoit à propos, commencer dès à présent à en faire quelques uns, et je les adresserais où Elle m'ordonnerait. Je prens cependant la liberté de Luy représenter que, comme il sera peut-estre nécessaire que je les revoye à mon retour à Paris, estant presque impossible qu'il n'y ait quelque dérangement, soit lors de la première répartition que j'en ai faite, soit lorsqu'on les emballera, V. G. pourrait permettre que je les envoyasse, ou dans l'appartement qu'on a bien voulu m'accorder à la Bibliothèque du Roy, ou au Collège royal, qui est ma résidence ordinaire. Ils y resteront sans estre déballez jusqu'à mon retour, affin qu'avant d'avoir l'honneur de les Luy présenter, je pusse les mettre dans le meilleur ordre qu'il me serait possible.

À ces envois on pourrait joindre ceux de quelques layettes anciennes, qui concernent des terres et des affaires qui appartiennent à la France, ou qui regardent la maison de Lorraine. Quoiqu'elles se trouvent comprises dans l'inventaire da M. du Fourny, il paroist que ce n'est que par hazard que les unes y sont (1), et qu'elles seraient bien plus convenablement en France, et qu'il y a quelque intérest que les autres soient réunies a ce que l'on a déjà sur les mêmes matières dans le royaume.

Ces layettes sont cottées : Bagues unies à la couronne de Lorraine, Bourgogne, Chiny, Duc des Monts ou de Berg, Empire, Flandres et Arschot, France, Gueldres, Harbonnieres (près Gorbie en Picardie), Luxembourg, Mariages (le peu qui en reste), Partages, ce qui en reste, Pays Bas, Pereuse et Puisoye, dans le Nivernois, Rançon du roi René, Sicile, Naples et Provence, Testamens (le peu qui en reste), Verdun.

Les titres, dont ces layettes sont composées, concernent les terres ou

(i) Cette opinion de Lancelot n'est pas tout à fait juste : les documents en question, et notamment ceux qui concernent les relations extérieures des ducs, étaient bien à leur place en Lorraine, tant que dura l'indépendance de ce pays.

affaires dont elles portent le do m. Si le hazard y a fait insérer d'autres qui regardassent le pays de Lorraine, on pourroit les en oster (1).

Amelot s'empressa de répondre à cette lettre :

Son Eminence,... approuve fort que vous commenciez dès à présent, pour les continuer jusqu'au bout, les envoys à Paris des papiers qui ne regardent pas précisément les Etats de Lorraine et Barrois, et Elle pense qu'il conviendroit que ces papiers fussent remis à la Bibliotèque du Roy, où vous avez un appartement.

M. le Cardinal .estime qu'il n'y a point d'inconvénient de joindre aussy à ces envoys ceux de quelques layettes anciennes dont vous raportez les cottes à la fin de votre lettre (2).

Telle fut la décision à laquelle la Bibliothèque nationale doit la Collection de Lorraine, ou du moins la partie de cette collection qui fait l'objet du catalogué que nous publions.

11 convient de rappeler ici l'opinion, formulée pour la première fois, si nous ne nous trompons, voilà quarante ans, qui rapporte l'origine de la Collection de Lorraine à des événements antérieurs de tout un siècle à la mission de Lancelot.

Le 26 juillet 1634, le maréchal de la Force recevait la soumission de la garnison lorraine de la Mothe. C'est dans cette place que, peu de mois auparavant, le duc Charles IV, privé

(1) Lancelot à Amelot. Nancy, 28 novembre 1739 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 137, fol. 492-195).

(2) Amelot à Lancelot, 8 décembre 1739 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 137, fol. 200).

de sa capitale, avait fait transporter, dans six; grands coffres, les titres du Trésor des chartes de Lorraine qu'il jugeait les plus importants pour les litiges qu'il avait eus ou pouvait avoir avec la France. Ces précieux documents furent aussitôt reportés à Nancy, d'où ils devaient être, l'année suivante, envoyés à Paris (1). Le savant Théodore Godefroy fut désigné par le Roi pour en faire l'inventaire (2).

Dans une des notes qui accompagnent le texte des mémoires de Mathieu Mole dans l'édition publiée pour la Société de l'histoire de France par Aimé Ghampollion-Figeac (3), on lit que « c'est à cette mission de Godefroy que la Bibliothèque « impériale a dû de posséder, plus tard, les plus importants « documents du Trésor des chartes de Lorraine, qui forment « aujourd'hui une collection de plus de sept cents volumes de «pièces presque toutes originales».

Henri Lepage s'est exprimé dans le même sens, d'abord en des termes quelque peu dubitatifs, dans son intéressante étude sur le Trésor des chartes de Lorraine (4), puis très affirmativement, en tête de l'édition . qu'il a donnée de l'Inventaire des titres enlevés de la Mothe (5), c'est-à-dire du travail de Godefroy.

Ghampollion-Figeac et Lepage se sont trompés. M. Léopold Delisle, relevant l'assertion de celui-là, déclare que « les pièces

(-1) Dom Calmet, Hist. de Lorr., *»*• édit., III, 281-282.

(2) Par lettres données à Chantilly, le 17 août 1634 (Bibl. nat., ms. Lorr. 16, fol. 150). — - Cf. Dom Calmet, loc. cit.

(3) II, 348, note 1.

(4) Bulletins cités, p. 175.

(5) En 1857, dans le Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine publié par la Société d'archéologie lorraine. C'est aux pages de cette édition que nous renvoyons toutes les fois que, dans la présente publication, nous citons ledit inventaire.

« du Trésor des chartes de Lorraine que Godefroy rapporta à « Paris ne furent pas déposées à la Bibliothèque du roi » (1).

En effet, ainsi que Lepage lui-même, après d'autres, Ta dit, elles furent mises à la Saiute-Chapeile, c'est-à-dire incorporées au Trésor des chartes de France, qui était, comme on sait, conservé dans cet édifice. De fait aujourd'hui, aux Archives nationales, dans la partie du Trésor des chartes qu'on désigne sous le nom de supplément, il existe bon nombre de pièces lorraines sur la plupart desquelles on voit marqués les numéros qui leur sont attribués dans l'inventaire rédigé par Godefroy (2).

Ajoutons en passant que la collection, formée par cet érudit et son fils Denis, qui est actuellement conservée à la Bibliothèque de l'Institut de France, contient en notable proportion des documents lorrains, dont un au moins figure dans l'inventaire des titres enlevés de la Mothe : nous voulons parler du testament du duc René II (3).

Cela dit à l'appui de l'assertion de M. Léopold Delisle, on nous demandera le moyen de la concilier avec la présence, dans la Collection de Lorraine, de pièces analysées dans l'inventaire de Godefroy (4).

Nous lisons, dans la Description de la Lorraine, publiée en 1778, par Durival (5), que les titres enlevés de la Mothe « furent « transportés en France et ensuite rendus ».

Ces deux derniers mots contiennent une affirmation dont

(1) Le Cabinet des mss., 1, 416, note 3.

(2) Ces piècos, dont nous donnerions volontiers le détail, si nous ne craignions d'accorder trop de place à un objet qui n'est ici que secondaire, sont réparties entre les articles J. 913, 932, 981 à 986, 988, 989 », 989 b.

(3) Bibl. de l'Institut, ms. Godefroy 308, fol. 18.

(4) Nous avons reconnu un certain nombre de ces pièces dans les volumes 50, 67 bis, 184,185,199, 202, 241, 245, 246, 261, 262, 263, 283, 330, 330 bis, 400 de la Collection.

Henri Lepage, — obéissant, semble-t-il, à des préoccupations qu'il serait peut-être sévère de lui reprocher, mais qu'à notre avis il laisse trop souvent paraître, — n'a pas plus tenu compte que si elle lui avait été inconnue (1). Assurément, comme on vient de le voir, il n'est pas vrai que tous les titres enlevés en 1634 aient été rendus à la Lorraine ; mais que la Lorraine ait recouvré une partie de ces titres, la chose nous paraît certaine, et bien que nous n'en possédions pas là preuve directe, nous croyons pouvoir l'établir.

Dans l'inventaire de Dufourny, on retrouve les analyses de pièces que mentionnait déjà l'inventaire de 1634. Ces analyses se reconnaissent & un signe matériel : Dufourny a fait suivre chacune d'elles des lettres T. G., initiales du nom de Théodore Godefroy, et d'un numéro, celui même que portait, dans l'une des divisions de cet ancien inventaire, la pièce analysée (2) .

Donc, en 1697, c'est-à-dire lorsque Dufourny travaillait, un certain nombre des pièces qui avaient été enlevées de la Mothe en 1634. étaient déposées à Metz. Venaient-elles de Paris directement, ou bien de Nancj;, où elles auraient été précédemment réintégrées ?

Dans la première de ces deux hypothèses, elles auraient été envoyées à Metz, ou bien sans que le gouvernement royal eût l'intention de s'en dessaisir, ou bien pour être restituées au duc de Lorraine.

(4) Ce que nous avons grand'poine à supposer, attendu que Lepage mentionne (Bull, cités, pp. 172 et 473) des faits énoncés par Durival a la page môme qu'indique la note qui précède.

(2) Voir notamment, dans l'inventaire do Dufourny, — nous parlons des exemplaires originaux, conservés à Paris, — les layettes Âlbe, Bar mélanges, Bar mouvant, Bar ville, Bourgogne, Château-Salins, Chàtel-sur -Moselle, Conflans, Épinah France, Gondrecourt, Gorze, Hattonchâtel, Hombourg, La Mothe, Monthureux, Neufchâteau, Passavant, Remiremont, Bosières x Saint- Nicolas, Testaments, Traités, Verdun.

Àu premier cas, elles n'auraient séjourné à Metz que tempo* rairement, et on ne les verrait pas figurer dans l'inventaire des titres de Lorraine. Les pièces du Trésor des chartes de France qui furent produites devant la Chambre royale de Metz, ne furent pas comprises dans l'inventaire des titres de cette chambre, et ne restèrent pas à Metz, puisqu'on les retrouve aux Archives nationales (1).

Admettons qu'au contraire une partie des titres déposés à la Sainte-Chapelle en 1635 aient été envoyés à Metz pour être rendus à la Lorraine : aurait-on manqué, lors de la restitution qui eut effectivement lieu, d'appeler sur ces titres l'attention des commissaires lorrains ? Or il n'en fut rien. Nous avons eu sous les yeux un mémoire rédigé en 1714 pour le duc Léopold, sous ce titre : « Instruction pour justiffier qu'il y a dans le « Trésor de la Sainte Chapelle à Paris six grands coffres rem- « plis de titres originaux qui ont esté tirez en Tan 1635 des « archives des ducs de Lorraine à Nancy » (2). On peut le résumer ainsi : Après le traité de Ryswyk, on n'a rendu au duc de Lorraine que les titres portés à Metz en 1670; il n'a pas été question de ceux déposés à Paris depuis 1635.

Ces deux cas examinés, nous nous croyons autorisé à penser que les pièces, jadis inventoriées par Godefroy, qui figurent dans le travail de Dufourny, avaient été restituées à la Lorraine, peut-être après le traité de 1661, qui rendit pour un ins-

(i) Sous les cotes J. 978 à 989. Le titre de pièces produites devant la Chambre royale, sous lequel ces articles sont désignés, rappelle donc, non pas comme nous l'avons cru (Cf. Mém. de la Soc. d'arch. lorr. pour 1894, p. 9, note 2), leur origine, — plusieurs des pièces dont ils se composent, figurant dans l'inventaire des titres enlevés de la Mothe, appartenaient au Trésor des chartes de France bien avant ^a création de la Chambre royale, — mais simplement une communication au dehors.

(2) Bibl. nat.,ms. Lorr. 642, fol 4.

tant l'indépendance à ce pays, certainement avant 16"?(), date du transport à Metz du Trésor des chartes de Lorraine.

Répandues dans les diverses parties de ce fonds d'archives, elles en subirent les vicissitudes. Si donc on voulait, dans une nouvelle édition de l'Inventaire des titres enlevés de la Mothe, faire connaître, dans la mesure du possible, ce que sont devenues les pièces qui y sont mentionnées, on devrait les rechercher, non seulement aux Archives nationales et à la Bibliothèque de l'Institut, mais encore aux Archives départementales de Metz (1) et de Nancy (2), aux Archives impériales de Vienne (3), enfin à Paris, à la Bibliothèque nationale, et, ajoutons-le dès maintenant, au dépôt du quai d'Orsay (4).

En résumé, la présence, dans la collection de Lorraine, de pièces mentionnées dans l'Inventaire des titres enlevés de la

(1) Dans les volumes, conservés à Metz sous les cotes B. 27 et 28, qui reproduisent, ainsi qu'on Ta vu plus haut, diverses parties de la minute de l'inventaire de Dufourny, on trouve, à la fin d'un certain nombre d'analyses, les initiales T. G. suivies d'un no. Que subsiste-t-il actuellement à Metz des pièces môme correspondant à ces analyses ? Voilà une question que permettra seul de résoudre l'examen très attentif de ce qui reste des papiers de la Chambre royale. Très attontif, disonsnous, car au classement par layettes ou par liasses quo Dufourny avait donné à ces papiers, on a substitué un classement soi-disant chronologique dont la rigueur laisse beaucoup à désirer.

(2) La plupart des layettes énumérées dans une précédente note sont actuellement aux arch. do M.-et-M. Bornons-nous à citer un exemple dont la vérification sera très aisée. On trouve, dans l'Inventaire des titres enlevés de la Mothe, pp. 224 et 226, l'analyse de deux pièces, l'une de 4331, l'autre de 4520, qui, conservées actuellement dans la layette Saint- Nicolas, ont été publiées par H. Lepage {Les communes de la Meurthe, II, 479 et 482).

(3) M. le comte de Pange mentionne (Mém. de la Soc. d'arch. lorr. pour 4892, p. 75, note 2) une pièce, aujourd'hui conservéo à Vienne, qui était à la Motho ou

(4) Ce dépôt possède notamment (Corresp., Lorraine t 4, fol. 232-238), revêtu du paraphe de Th. Godefroy, l'exemplaire original des coutumes de Bar, qui est mentionné p. 87 de V Inventaire des titres enlevés de la Mothe.

Mothe, s'explique par le fait que la Lorraine ayant, au cours . du XVII e siècle, recouvré une partie de ces titres, plusieurs de ceux-ci se trouvèrent compris, comme par hasard; parmi les documents dont Lancelot fit décider l'envoi à Paris.

S'il est vrai que le transport à Paris, en 1635, des titres que le duc Charles IV avait fait déposer à la Mothe, ne puisse être considéré comme l'origine de la Collection de Lorraine, faut-il du moins voir dans cette collection les « nouveaux trophées de « la politique inflexible inaugurée par Louis XIII et Riche- « lieu > (1)?

Nous ne le croyons pas. On nous permettra de ne point partager l'opinion de Lepage, qui déclare que le démembrement opéré par Lancelot fut la « violation flagrante et sans excuse » (2) de la convention du 28 août 1736. En effet, dans cette convention passée, ne l'oublions pas, entre la France et l'Empire, et rien qu'entre ces deux puissances, la clause ainsi conçue : « Les titres et papiers concernant les duchés de Lorraine et de « Bar seront remis au roi, beau-père de S. M. T. C. », n'obligeait que l'empereur, et ne l'obligeait qu'envers le roi de France. Quant aux conditions* auxquelles Stanislas devait jouir des titres de Lorraine, c'était affaire à débattre entre ce prince et le Roi, supposé que ce dernier n'ait pas été l'unique maître de la situation. Car la Lorraine était en fait une province fran-

(1) Lepage, Bull, cités, p. 175.

<2) Bull, cités, p. -173.

çaise, et ses archives étaient, pour la France, des archives d'État.

, Si de nos jours, en vertu de son droit de propriété sur les fonds anciens de nos archives départementales, l'Etat décidait le transfert à Paris ou ailleurs de tel ou tel de ces fonds, la mesure, pour être parfaitement légale, serait néanmoins, la plupart du temps, fort à regretter, alors que ces archives sont confiées à la garde de fonctionnaires instruits, qui en assurent Tordre et la conservation, alors aussi que, déposées dans les pays mêmes dont elles aident à reconstituer l'histoire, elles sont à la portée des personnes les plus désignées pour entreprendre cette reconstitution.

Mais le démembrement du Trésor des chartes de Lorraine, en 1740, ne saurait inspirer de pareils regrets, fondés sur des considérations qui ne valent que par l'état actuel des choses et des esprits.

Alors, au contraire, les études d'histoire locale n'étaient guère en honneur. Dom Calmet vivait encore, il est vrai, et ne devait mourir que dix-sept ans plus tard ; mais ensuite combien de temps dut-on attendre avant que d'autres ne songeassent à remettre en valeur le champ si fertile qu'il avait défriché ?

D'autre part, on a vu, par les longs extraits de la correspondance de Laucelot que nous avons reproduits, le peu de soin qu'avaient eu les archivistes lorrains de tout ce qui n'intéressait pas les affaires courantes ou le domaine ducal, tel qu'il consistait alors. Il est clair que, dans ces conditions, les documents qui composent la Collection de Lorraine auraient disparu en grande partie, sinon en totalité.

On nous répondra peut-être que, grâce aux dispositions prises par Lancelot à l'effet d'assurer pour l'avenir le maintien du classement qu'il avait établi, dispositions qui réussirent à souhait, il

est à supposer que, s'il avait compris dans ce classement les

documents qu'il préféra envoyer à Paris, ceux-ci eussent été conservés à Nancy aussi bien que le reste. Présentée àLancelot, cette objection aurait été sans réplique. Pourtant gardons-nous de regretter qu'il ne Tait pas entendue. S'il avait consenti à laisser à la Lorraine ces documents, plusieurs années peut-être lui eussent été nécessaires pour en mener à bonne fin l'inventaire détaillé, et il aurait dû retarder d'autant les dispositions que nous venons de rappeler. En réalité, il ne les aurait jamais prises : la mort l'aurait prévenu. La Bibliothèque nationale ne posséderait pas la Collection de Lorraine, mais que resterait-il à Nancy des documents qui composent cette collection ? Nul ne peut se flatter de le dire.

Dans un travail encore récent, destiné à compléter et à rectifier sur certains points celui d'Henri Lepage sur le Trésor des chartes de Lorraine, nous n'avons pas osé, sur une question que nous ne faisions qu effleurer en passant, contredire cet érudit. Nous plaçant au point de vue de ce qu'on appelle, en matière d'archives, le principe du respect des fonds, mais oubliant qu'en certaines occurrences la prudence s'oppose à la rigoureuse application de ce principe, nous avons accordé que le démembrement du Trésor des chartes de Lorraine était une mesure maladroite (1). Concession qu'aujourd'hui, mieux instruit et partant moins timide, nous nous empressons de retirer. Puisse ce que nous venons d'écrire communiquer notre sentiment : nous applaudissons sans réserve à cette mesure qui, en abrégeant lé séjour de Lancelot en Lorraine, lui permit de prendre, les précautions indispensables au maintien de l'ordre dans les archives de ce pays, et qui assura aux documents dont à la vérité elle priva ce dépôt, la seule destination qui pût alors les sauver.

\i) Mém. de la Soc, d'arch. lorr. pour 1894, p. 7.

On sait qu'une partie des documents envoyés ainsi de Lorraine à la Bibliothèque du Roi furent portés au dépôt des affaires étrangères. Ce fait, à l'appui duquel on n'a cité jusqu'ici, à notre connaissance, que des témoignages indirects (1), est surabondamment attesté par la présence, dans ce dépôt, de quelques chartes lorraines originales et de copies écrites ou annotées de la main de Lancelot.

Quant aux pièces, — de beaucoup plus nombreuses, est-il besoin de le dire ? — qui restèrent à la Bibliothèque, Lancelot n'eut pas la satisfaction de les examiner de nouveau, d'en perfectionner le classement, d'en dresser l'inventaire : une attaque d'apoplexie l'enleva subitement, le 8 novembre 1740. au retour de Fontainebleau, où il était allé rendre compte à la Cour de sa mission (2).

Lors de son départ pour la Lorraine, trois années et demie plus tôt, il avait fait choix d'un commis nommé Michel Ghappotin, qui reçut un jour de lui le témoignage qu'il était, de tous ceux qui avaient été sous ses ordres, le mieux instruit du travail fait à Nancy (3).

Chappotin se trouvait ainsi tout désigné, sinon, comme il y prétendit, pour remplacer Lancelot en ses fonctions de commis

(1) M. Léopold Delisle (Le cab. des m&$., I, 416, note 2), renvoie à une lettre de l'abbé Sallier, du 3 février 1741 et au Trésor des chartes de Lepage. Celui-ci (Bull, cités, p. 175), s'appuie sur une note que lui avait communiquée M. Aug. Prost. Il est probable que M. Prost, lui aussi, avait puisé ce renseignement dans la lettre de l'abbé Sallier, qui est conservée dans le ms. Lorr. 725s, p. 89.

(2) Éloge de M. Lancelot , p. 266.

(3) Bibl. nat., ms. Lorr. 725 8 , fol. 7.

du Trésor des chartes et môme d'inspecteur du Collège de France (1), du moins pour continuer le travail que la mort de cet érudit laissait en suspens.

Du reste, quand survint cette mort, il était, depuis quelques semaines, grâce peut-être à la protection de Lancelot, pourvu d'un petit emploi à la Bibliothèque du Roi (2). Il le conserva toute sa vie, c'est-à-dire jusqu'en 1775 (3). Durant ce long séjour, il rendit des services qu'il est juste de signaler.

On a vu que Lancelot avait laissé au garde du Trésor des chartes de Lorraine un inventaire, fidèle image de l'état dans lequel venait d'être mis ce dépôt. Les deux tiers de ce travail n'étaient que la refonte de celui de Dufourny. et Lancelot avait pris soin d'y joindre une copie des tables qu'avait dressées cet archiviste. L'autre tiers était l'œuvre propre de Lancelot qui, dans son désir de « pouvoir faire la table de son inventaire, « comme M. Dufourny avoit fait la table du sien,... regardoit « son travail de Lorraine comme imparfait, et ne le comptoit « pour rien, tant que cette table y manqueroit » (4). Entreprise en Lorraine par Lancelot, la table en question fut achevée par Chappotin à Paris, où la Bibliothèque nationale conserve encore les deux copies qui en furent faites (5). Lancelot, indiquant l'utilité de ce travail, avait dit qu'il fallait « en envoyer une copie « à Nancy, affin qu'on puisse trouver aisément ce qui y est com- « pris * (6) : qu'il nous soit permis de demander, à ce propos, si

(4) Mémoire pour Michel Chappotin (Arch. desaff. étr., Gorresp., Lorraine, 439, fol. 95).

(2) f L'époque de son attachement à la Bibliothèque du Roy étant du 4° r octobre 4740 » (Bibl. na t., ms. Lorr. 725*, p. 97).

(3) Chappotin mourut avant le 3 octobre 4775 (Cf. Ârch. nat., Oi* 417, p. 578).

(4) Bibl. nat., ms. Lorr. 725*, p. 95.

(5) Mss. fr. 4887 et 4888 et Loir. 680 et 680 bis.

(6) Rapport récapitulatif cité plus haut.

ce n'est pas par suite d'un malentendu, peu à peu oublié, que la clientèle des archives de Meurthe-et-Moselle demeure privée d'un si utile instrument de travail, alors que la Bibliothèque nationale le possède en double?

Ghappotin rédigea des bulletins analytiques destinés à être mis en tête des divers portefeuilles, manuscrits ou registres de la Collection. Pour ceux de ces portefeuilles qui correspondent à d'anciennes layettes du Trésor des chartes de Lorraine, il alla jusqu'à relever sur fiches, une à une, les pièces qu'ils renferment ; peut-être se proposait-il de faire de même pour les autres articles de la Collection (1).

Ces bulletins et ces fiches ont été depuis rassemblés en sept volumes, de manière à servir d'inventaire à la Collection de Lorraine. On les a tout récemment rattachés à celle-ci (2).

Enfin on doit à Chappotiii un état sommaire des documents apportés de Lorraine en 1740. Ce travail, bien qu'il soit de peu d'étendue (3), est néanmoins très instructif, car il permet de constater, d'abord que ces documents étaient, au siècle dernier, classés autrement, et d'une manière plus logique qu'ils ne le sont aujourd'hui ; ensuite qu'ils formaient un ensemble un peu plus considérable que celui que constituent les volumes 1 à 725 de la Collection.

En effet, on remarquait, parmi ces documents, divers registres,

(4) Le volume 483, qui représente la layette Bagues, porte au dos l'ancienne indication P. 4 (c'est-à-dire portefeuille 4), qui est reproduite sur toutes les pièces qu'il renferme ; de même les volumes 484 et 485, correspondant à la layette Bourgogne, sont cotés P. 2, et ainsi de suite jusqu'aux volumes 266 et 266 bis, représentant la layette Verdun fiefs, qui sont cotés P. 48. Ne faut- il pas voir là le commencement d'une numérotation, établie par Chappotin au fur et à mesure de la confection du relevé sur fiches, et qui devait embrasser la collection tout entière ?

(2)Bibl. nat., mss. Lorr. 7251-7257.

(3)Bibl. nat., ms. Lorr. 725s, pp. 9 66.

cartulaires et manuscrits, qui sont actuellement compris dans les fonds français et latin, et soixante -douze portefeuilles alors réunis sous la rubrique Mémoires généalogiques, dont la plupart ont été aussi distraits de la Collection. Les dossiers qui les composaient ont sans doute contribué à grossir le fonds, connu à la Biblothèque nationale sous le nom de Cabinet des titres, que l'abbé de la Cour enrichit, on le sait, « en puisant « dans presque toutes les collections du département des ma- « nuscrits avec une telle liberté qu'il put dépecer des centaines « de volumes » (1).

Disons en quelques mots à quels travaux a donné lieu la collection de Lorraine depuis la mort de Chappotin (2).

Négligée en quelque sorte pendant environ trois quarts de siècle, c'est à la fin du règne de Louis-Philippe qu'elle fut mise à la disposition du public. Vers le même temps, semble-t-il, furent commencés les travaux de reliure grâce auxquels la Collection, aujourd'hui placée dans la salie de travail du département des manuscrits, offre à l'œil l'aspect le plus satisfaisant; grâce auxquels aussi la communication simultanée d'un certain nombre de chaïtes ne présente pas les dangers qu'on pourrait craindre, si ces chartes étaient, par exemple, simplement déposées dans des cartons. Seulement il faut regretter, croyons-nous, qu'exécutée à la hâte, cette reliure ait consacré à tout jamais

(4) Delisle, Le Cab. des mss., I, 554.

(2) Dar.s son Essai historique sur la Bibliothèque du roi (réédition de Louis Paris, p. 170), Lo Prince, à propos de la Collection de Lorraine, qu'il appelle fonds de Dufourny, accole au nom de Lancelot celui de Dusuel. Jean-Cosmo Dusuel avait rejoint Lancelot six mois après l'arrivée de ce dernier en Lorraine ; après Chappotin, il avait été son meilleur auxiliaire ; de retour à Paris, il paratt avoir été attaché à la Bibliothèque du roi. — Cf. Lettre de Dusuel et de Chappotin à Àmelot, du 24 décembre 4740 (Arch. des aff. étr., Corresp., Lorraine, 439, fol. 90- 91) ; lettre de l'abbé Sa Hier, du 3 février 4 744, et Mémoire pour Michel Chappotin, cités plus haut

lin classement extrêmement défectueux et que, pour réaliser l'unité de format, on ait imaginé de séparer et de coller sur onglets les feuillets des manuscrits in-4°, in-8° ou plus petits, ce qui a donné lieu parfois à des interversions. D'autre part, certaines chartes de grande dimension sont incommodes à consulter. Enfin les sceaux, soumis à une compression constante, sont menacés de disparaître dans un avenir très prochain. Il est vrai qu'on n'a jusqu'ici trouvé aucun bon moyen de conserver les sceaux, et il est fort à craindre que si cette découverte se fait jamais, ce ne soit trop tard. ;

Louis Paris entreprit en 1856 la publication, dans le Cabinet historique, d'un Inventaire des titres, cartulaires et pièces diverses du cabinet dit Collection de Lorraine. Cette publication, qui reproduisait purement et simplement les bulletins de Michel Chappotin, fut menée avec peu d'activité : en 1869, elle ne comprenait que les volumes 1 à 181 ; suspendue alors, elle ne fut jamais reprise.

En 1857, Henri Lepage, dans son étude sur le Trésor des chartes de Lorraine, a publié un état sommaire des volumes 1 à 724 de la Collection (1). Un travail analogue, mais plus exact et comprenant toute la Collection, a été donné par M. Léopold Delisle en 1871 (2).

On doit à Natalis de Wailly la publication des chartes en langue vulgaire de la Collection, antérieures au XIV* siècle (3). ' '

Enfin tout récemment, en conséquence d'une entente intervenue entre les deux établissements, on a entrepris, à l'atelier de moulage des Archives nationales, de recueillir les empreintes

(4) Bull, cités, pp. 239 à 247.

(2) Bibl. de l'Êc. des chartes, "XXXII (1871), 259-270.

(3) Notices et extraits des mss., XXVIII, 2 ê partie, pp. 4-288.

des sceaux que possède la Bibliothèque. La Collection de Lorraine est un des premiers fonds qui furent examinés à cet effet.

Un des nombreux passages que nous avons empruntés à la correspondance de Lancelot a fait connaître, autant qu'il est possible en quelques lignes, la nature des documents dont la Bibliothèque du Roi s'enrichit en 1740. II ne serait pas sans intérêt d'aller jusqu'à défiuir d'une manière précise et complète les groupes entre lesquels ces documents pourraient être logiquement répartis. Mais cette tentative ne sera possible que quand il existera de la Collection de Lorraine un inventaire très détaillé : la faible étendue de la présente publication nous dispense d'ajouter que ce jour n'est pas encore venu. En attendant, ne convient-il pas d'indiquer ici les principaux de ces groupes et de ces documents?

On a vu que la collection de Lorraine comprend plusieurs des layettes, inventoriées par Dufourny, qui faisaient partie du Trésor des chartes de Lorraine. L'énonciation des intitulés de ces layettes (1) suffit à montrer qu'elles réunissent, à bien peu de chose près, ce que possédait ce dépôt sur les relations politiques et féodales des ducs avec leurs voisins.

Les éléments dont se composent les volumes de la Collection relatifs à Commercy et à Ligny ont indubitablement la même origine que ceux dont Lancelot a formé, à Nancy, plusieurs

(4) La nomenclature donnée par Lancelot de ces intitulés, dans un des passages cités plus haut, n'est pas tout à fait complète. Cf. à ce sujet l'appendice I de notre travail intitulé Dufourny et Lancelot.

layettes désignées par les noms de ces localités. Les plus anciennes des pièces qui concernent la seigneurie et les seigneurs de Gommercy paraissent avoir fait partie' jadis des archives de la maison de Sarrebruck : elles conservent les traces d'un classement établi, croyons-nous, vers l'an 1500, qu'il serait peut-être curieux de reconstituer (1).

Si des titres originaux tirés du Trésor des chartes de Lorraine nous passons aux cartulaires de même provenance, nous ne pouvons omettre de mentionner ceux du comté de Bar (2) — le plus considérable renferme la transcription dé 1687 pièces comprises entre les années 1133 et 1363 — et un recueil de moindre étendue (3) qui atteste le fait, très intéressant pour l'histoire du Trésor des chartes de Lorraine, qu'un siècle avant le patient et laborieux Thierry Alix, un secrétaire du duc René II, Johannes Lud, avait entrepris la transcription des titres de ce dépôt, dont il fut, dit on (4), un des premiers gardiens.

Un certain nombre des volumes de la Collection de Lorraine se rapportent aux négociations entamées à la suite du traité de Ryswyk pour la fixation des limites de France et de Lorraine, et que termina le traité conclu à Paris, le 21 janvier 1718 (5). Les commissaires lorrains rédigèrent sur les différents points litigieux bon nombre de mémoires ; ils recherchèrent de tous côtés les titres propres à appuyer leurs allégations. A la chambre des comptes de Bar-Ie-Duc, ils trouvèrent les renseignements nécessaires à l'évaluation des revenus de la prévôté deLongwy. Et les titres des abbayes de Saint-Epvre et de Saint-Mansuy leur

(4) V. entre autres les mss. Lorr. 5 bis (fol. 434), 270 (fol. 112) et 291 à 293.

(2) Mss. fr. 44853 et Lorr. 718-749.

(3) Ms. fr. 44823.

(4) Durival, Description de la Lorraine, I, 29. Cf. Lepage, Bull, cités, p. 403.

(5) Nous désignons la plupart do ces volumes par la rubrique : Négociations avec la France.

fournirent des arguments contre les prétentions du gouvernement français, qui considérait comme dépendances de l'évêché de Toul les bourgs qui portaient les noms de ces deux monastères. La Bibliothèque nationale doit à ces circonstances de posséder des comptes et des cartulaires de Longwy qui manquent aux collections des archives de la Meuse, et des titres propres à compléter les fonds si pauvres des abbayes de Saint- Epvre et de Saint-Mansuy conservés aux archives de Meurtheet-Moselle.

Ou a vu que Lancelot, ayant découvert dans un grenier un coffre plein de papiers intéressant l'histoire lorraine de 1570 à 1620, estimait que ces papiers ne devaient pas rester à Nancy. Effectivement les documents appartenant à cette période sont très nombreux dans la Collection de Lorraine. Tels soat les papiers de Jean Voillot, secrétaire d'Etat des ducs Charles III, Henri II et Charles IV, et ceux de Dorothée de Lorraine, sœur de Charles III. Cette princesse fut mariée à Eric, duc de Bruns- , wick, qui posséda le comté de Clermont, et en secondes noces à Marc de Rye, marquis de Varambon, qui fut gouverneur du pays de Gueldres, puis de l'Artois. Voilà pourquoi Ton trouve dans la Collection quelques documents relatifs au Beauvaisis, et d'autres, en plus grand nombre, qui apportent une contribution non sans importance à l'histoire des Pays-Bas espagnols sous Philippe II.

Les papiers de la princesse Dorothée étaient, à Nancy, des papiers de famille. La même qualification convient à ceux du prince de Vaudémont, fils de Charles IV, qui appartiennent à la seconde moitié du XVII e siècle et au premier quart du XVIII e ; ils complètent ceux acquis depuis par la Bibliothèque, qui forment la seconde partie de la Collection de Lorraine (1).

(i) On sait que l'inventaire de cette partie de la Collection est compris dans le Catalogue des manuscrits espagnols.., de la Bibliothèque nationale de M. A. Morel-Fatio (Paris, 1892, in-4o), pp. 94 et suiv.

A ces groupes qui constituent, ainsi que d'autres moins importants, comme autant de petits fonds, il convient d'opposer les séries factices de dossiers classés par ordre alphabétique de noms de familles, de localités et d'établissements religieux.

Amateur curieux non moins que soigneux archiviste, Lancelot recherchait toutes les occasions d'enrichir la Bibliothèque du Roi. Il se faisait remettre par l'abbé de Mahuet une copie de la chronique de Moyenmoutier de Jean de Bayon ; il empruntait à l'avocat Fallois le manuscrit d'une histoire du duc Charles IV écrite par le sieur Guillemin, et en faisait prendre copie ; il achetait au libraire Ghapuis un lot de pièces originales provenant de minutiers messins. Les manuscrits qu'on trouve dans la collection de Lorraine — nous employons ici ce mot manuscrits par opposition aux documents d'archives, — ont sans doute été cédés de même par des libraires ou des particuliers.

Les documents retirés des archives du Parlement de Metz, que Lancelot n'envoya pas au dépôt des affaires étrangères, entrèrent, nous n'avons pas besoin de le dire, à la Bibliothèque du Roi. La plupart sont des inventaires, rédigés vers 1680, de divers fonds d'archives tant civils qu'ecclésiastiques, inventaires d'autant plus précieux qu'un grand nombre de ces fonds sont aujourd'hui, ou bien perdus à tout jamais, ou bien ensevelis dans des collections privées.

Enfin la collection de Lorraine renferme une quantité considérable de notes laissées par Lancelot, principalement la copie des additions qu'il fît à l'inventaire de Dufourny. Le Trésor des chartes de Lorraine est ainsi peut-être, de tous les fonds de nos archives départementales, celui qu'on peut le mieux connaître sans être obligé de se transporter sur place.

Moins de quatre cents pages pour plus de sept cents volumes : telle est la faible étendue du travail que nous publions. Notre pensée, en l'entreprenant, était de ne donner qu'un catalogue très sommaire. Nous y aurions réussi davantage et mieux, réalisant plus de concision et d'exactitude, si la Collection de Lorraine avait été, dès le principe, soumise à un classement rigoureux. Malheureusement il n'en est pas ainsi, et bien rares ont été les cas où nous avons pu définir en peu de mots le contenu d'un volume. Maintes fois, pour arriver à la brièveté à laquelle nous astreignait le peu de temps dont nous avons disposé, nous n'avons eu d'autre ressource que de faire un choix parmi les documents contenus dans le volume qui passait sous nos yeux.

Si cette publication, malgré ses défauts, rend quelques services et reçoit à ce titre un bon accueil, nous en serons redevable à nos maîtres MM. Léopold Delisle et Paul Meyer, -dont les bienveillants encouragements nous ont décidé à entreprendre ce travail. Au département des manuscrits, MM. Deprez, conservateur, et Charles de la Roncière ont employé toute leur complaisance à faciliter notre tâche. La nécessité qu'il y avait pour nous de puiser sans cesse des renseignements à la bibliothèque de Nancy et aux archives de Meurthe-et-Moselle atteste combien nous a été précieux le concours de MM. Favier et Duvernoy. Enfin nous devons à la grande obligeance d'un autre de nos confrères de la Société d'archéologie lorraine, M. le comte de Bacourt, plusieurs indications très utiles pour la rédaction des pages qu'on vient de lire.

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