ACTE I
MAÎTRE JEAN
0 ciel! Et paa un fauteuil à offrir à madame la comtcsso 1
Calmez-vous, maître Jean ! — Un escabeau suffira,
MAÎTRE JEAN
Un escabeaul — est-il possible?
SYLVIE, s’asseyant.
Vous voyez!
MAÎTRE JEAN
J’admire et je me tais.
SYLVIE
Vous feriez mieux de me dire si vous avez réussi dans la négociation dont je vous ai chargé.
MAÎTRE JEAN
Hélas! madame, le seigneur tlorace ne veut pas entendre parler de vendre sa colombe.
SYLVIE
Comment 1 — il refuse I
Maître jean.
Un jeune paysan, qui se dit son filleul et lui sert de valet, lui a transmis, tandis que j’étais caché derrière celte porte, les propositions du prétendu comte Lélio, et elles ont été rcT poussées avec un désintéressement qui m’a frappé de surprise. Interrogé sur le motif de ses refus, le seigneiu’ Horace ii’a pas dissimulé qu’un baiser, douné par madame la comtesse à sa colombe, la lui avait rendue préférable à tous les trésors de la terre.
SYLVIE
Le seigneur Horace a de la mémoire.
MAÎTRE JEAN
Je dois ajouter qu'il a donné à cet oiseau le nom de madame la comtesse!
SYLVIE
Vraiment?
MAÎTRE JEAN
Une si grande liberté m’avait d’abord indigné; mais je n’ai pas tardé à y voir l'indice d'un sentiment d’où la tendresse iTexclut pas le respect, et j’en ai conclu que le seigneur Ho. race osait encore aimer madame la comtesse.
SYLVIE
J'avoue que je ne m’attendais pas à tant de constance.
maItre jean.
Madame la comtesse est la seule qui puisse en être étonnée.'
SYLVIE
Allons! je vois qu’il faut renoncer à l’espoir de posséder cette colombe.
maItre jean.
J’avais pensé, au contraire, que le seigneur Horace ne refuseraitpas à madame la comtesse ce qu'il refuse à un étranger.
SYLVIE, (G levant.
Perdez-vous la tête?— J’aurais été heureuse, en lui achetant sa colombe, de réparer, autant qu’il m’était possible, un désastre dont j’ai été la cause involontaire; mais le seigneur Horace est, par cela même, la dernière personne dont je puisse accepter un présent. '
maItrb jean.
Que madame la comtesse daigne m’excuser!.,. ‘
SYLVIE
Je suis désespérée, maître Jean : le triomphe d’Amjmte fait le (uurment de ma vie, et son perroquet me fera mourir de chagrin.
maItrejean.
Se peut-il que madame la comtesse attache tant d’importance à un misérable perroquet?
SYLVIE
Vous n’y comprenez rien ! — C’est entre Amynte et moi une lutte où je suis vaincue, si je lui laisse prendre le moindre avantage. Je n’ai pas eu un adorateur qu’elle n’ait voulu me l’enlever, pas un bijou, pas une litière, pas un palais qu’elle ne me les ait disputés. — Jusqu’ici, grâce à Dieu, j’avais écrasé ma rivale, et je voyais déjà le moment où elle allait échapper par la fuite à une honteuse défaite, quand elle a trouvé ce maudit perroquet, qui parle, qui chante, qui étourdit tout Florence du bruit de son caquet, et à qui je ne pouvais opposer que celte colombe qu’on ne veut pas me vendre ! — N’est-ce pas une dérision de la destinée, et n’y a-t-il pas de quoi se désespérer?
maItre jean.
11 est vrai que la colombe du seigneur Horace n’aurait pas eu de peine à l’emporter sur le perroquet de madame Amynte. — Il n’est merveilles que ce jeune paysan ne m’en ait contées.