B. C. Pilot, 1905, pp
Vancouvérienne et continentale, les deux plaines littorales sont réunies par une écbarpe d'iles sédimentaires qui se prolongent jusqu^à la côte américaine et qui séparent le détroit de Géoi^ie du détroit de Fuca. Ces lies appartiennent aux États-Unis, la frontière passant contre Tîle Vancouver par le détroit de Louis de Haro.
Une véritable mer intérieure s'étend à Tabri de la grande île sur plus de 100 kilomètres du nord au sud. C'est le détroit de Géorgie qui communique avec le monde extérieur par le détroit de Louis de Haro entre Tarchipel San Juan et l'île Vancouver, puis par le détroit de Juan de Fuca lai^e de 16 à 20 kilomètres entre la même île et la presqu'île du mont Olympe dans l'État de Washington.
Le profil de ces deux passages forme une sorte de vallée avec une dépression centrale dont la profondeur augmente à mesure qu'on s'éloigne vers le large; elle atteint une centaine de mètres par le travers de Victoria, puis elle continue à s'abaisser jusqu'à près de 200 avec le plateau continental qui se poursuit pendant une cinquantaine de kilomètres après la sortie du détroit. Dans cette région de côtes rocheuses souvent cachées par les brumes, c'est un avantage qu'on puisse, à une telle distance, reconnaître en sondant l'approche de la terre, chercher et suivre le chenal central en se fiant aux indications du plomb ^
Gênants pour les voiliers, les courants n'imposent guère aux vapeurs que l'obligation de surveiller leur route et les dangers n'équivalent pas à ceux qu'on court dans les étroites passes du nord. Au large, le courant de Californie, dérivé du tiède Kouro-Chivo japonais, longe la côte occidentale de Vancouver, se dirigeant au sud-est; sur le rivage opposé naissent des courants locaux. Au flot, la marée se précipite du large dans la mer intérieure; au jusant, deux mouvements se font sentir, partant de deux « poumons marins », la baie de Howe au nord, l'Entrée de Puget au sud, et donnent comme résultante un courant nord-ouest qui suit la côte occidentale de Vancouver en sens inverse du courant permanent de Californie *.
Vers le sud-est, l'île Vancouver se termine par une pointe de terrains primaires et triasiques accidentés, mais peu élevés. Sur le détroit de Juan de Fuca, la côte, abritée par la haute presqu'île du cap Flattery (gravure p. 290, pi. XHI), est infiniment moins découpée que plus au nord. Les dentelures y sont simplement indiquées par des lagunes, de petits estuaires dont le principal est celui de San Juan,
1. B. C. Pilot, 1905, pp. 26-27, 86-91. — An, Rep. Victoria Board of Trade, i90ô, p. 48.
2. Yearbook o/B. C, 1903, p. 218. — B. C. Pilot, 1905, pp. 10-12.
des baies marécageuses où la mer découvre beaucoup, toutes régions de passage pour les oiseaux aquatiques. La pointe sud est marquée par Race Rock, masse hornblendique vert sombre.
A Test de Race Rock, toute la région côtière garde les traces du grand flot glaciaire qui couvrit jadis les détroits et leurs bords : arrondies, les hauteurs boisées qui moutonnent jusqu'aux estuaires rocheux capricieusement découpés évoquent dans les imaginations anglaises le souvenir du Devonshire avec les collines de la forêt de Dartmoor et les moiUhs de la côte '.
Entre les détroits de Fuca et de Haro s'ouvre, bien à l'abri, le groupe d'échancrures profondes où Ton a installé le port de commerce de Victoria et le port militaire d'Esquimalt. Ce ne sont plus des points de départ depuis que le port de Vancouver et ceux de l'Entrée de Puget ont été fondés, mais d'importantes escales sur une grande route. Toutes les lignes maritimes en effet, sauf celle de l'Alaska, sillonnent Juan de Fuca, et on peut affirmer que, par la grâce de la nature, le détroit ou, pour mieux dire, la mer intérieure de Géorgie, devait être le centre de la vie colombienne.
Ij' archipel de la Reine Charlotte.
L'archipel de la Reine Charlotte présente la forme d'un triangle dont la base, large de 95 kilomètres, serait au nord-ouest, la pointe au sud-est, et qui s'allongerait sur 290 kilomètres *. En partant de la pointe on distingue plusieurs îles de taille différente.
Au sud, la petite île Prévost se prolonge par une chaussée d'îlots et de récifs analogue à celle du Cap Scott à la pointe correspondante de l'île Vancouver.
Au centre, la longue île Moresby, montagneuse, très découpée, se réduit en deux endroits à moins de 3 kilomètres et demi, et serait mangée par la mer si elle n'était défendue par une arête de hauteurs; elle est flanquée, surtout à sa face intérieure, de plusieurs îles à peine séparées d'elle et qui sont des morceaux détachés de la masse principale.
La passe Skidegate, qui sépare les deux grandes terres, Moresby et Graham, s'ouvre en forme de baie (inlet) du côté du continent, puis se réduit vers l'est à moins de 3 kilomètres. Cet étroit défilé paraît
t. Alexander Bboo, oavr, ciL, 1890, p. 451. — B, C. Pilot, 1005, pp. 67-70.
2. GeoL Sun), of Ca, An. Rep,^ 1878-1879, B (G. M. Dawson), avec carte de rarchipel. — An, Rep, Mines B. C. for 1902, pp. 48-58. — B, C. Crown Lands Sarveys, 1001, pp. 3246. — B. C. Piloty 1005, pp. 512-541.
être une vallée submergée. Les navires peuvent s'y aventurer avec des précautions. Le chenal offre au moins 20 mètres d*eau^
Au nord s*étale Tile Graham, la plus large, la moins découpée. Graham est pourtant fendue vers le centre de sa côte septentrionale par l'étroit canal maritime de Masset qui pénètre à plus de 30 kilomètres, puis, dans ]e milieu de l'île, s'épanouit en une lagune salée très large oti se déversent des lacs, des marais, des rivières.
A l'angle nord-ouest de Graham, la petite île Nord marque la suite du soulèvement dans la direction de l'archipel alaskien, propriété des États-Unis.
L'étude géologique de la Reine Charlotte montre que les bords des terrains différents ne correspondent pas à la coupure de Skidegate, accident et non pas limite naturelle.
Au sud de l'archipel se continuent les schistes et les roches métamorphisées de l'île Vancouver, toujours traversés par des pointements éruptifs anciens; ils franchissent le chenal Skidegate à l'ouest et se terminent dans l'angle sud-ouest de l'île Graham.
Vers le centre de l'archipel apparaît une bande crétacée qui présente des étages plus anciens qu'à Vancouver, mais qui s'allonge dans le même sens que les fragments du crétacé vancouvérien. Elle commence à l'est dans l'île Louise, la plus septentrionale des satellites de Moresby, puis remplit l'angle nord-est de Moresby, franchit Skidegate et se termine à l'anse de Rennell sur la côte occidentale de Graham.
Elle présente des lits de charbon dont l'épaisseur varie de m. 50 à 1 m. 50; par endroits, le combustible est de l'anthracite. Au même étage appartient une argile avec traces d'oxyde de fer*. Pénétrés par des dykes éruptifs, les sédiments crétacés carbonifères apparaissent en fragments et leurs morceaux se redressent parfois verticalement.
Au nord de l'anse de Rennell, le reste, c'est-à-dire les 4/5 de l'île Graham, est couvert de terrains plus récents qui n'ont point leur analogue en l'île Vancouver, mais qui ressemblent à ceux du plateau intérieur colombien. Dans cette partie qui fait la masse large de l'île,