La Gazette du Travail, avril 1905, p
LA COLOMBIS BRITAMNIOUB. 18
ment, le salaire réel reste fort aunlessus du niveau européen et que le pouvoir d achat de la classe ouvrière y est plus considérable que chez nous.
En dehors des mineurs, on compte au premier rang des travailleurs favorisés ceux du bâtiment; c'est le cas de tous les pays neufs et prospères, où, pour cette catégorie, la demande dépasse l'offre, ce qui permet aux maçons, charpentiers, plombiers et similaires de dicter leurs conditions aux entrepreneurs *.
En Colombie, les ouvriers du bâtiment gagnent de 2 i 3 francs rheure, à peu près le triple des salaires parisiens'.
Pour les métallurgistes, pour les imprimeurs, le taux de rémunération se compare à celui des mineurs '.
Quant aux salaires ruraux, j'en ai parlé plus haut, pages 228-229. Au total, les conditions du travail sont les mêmes que dans l'Ouest américain, pays minier à main-d'œuvre rare et cette assimilation s'applique à la durée du travail comme à son tarif.
Tandis que dans l'Est canadien et américain la journée est d'au moins neuf heures, dans l'Ouest américain et canadien elle tend, vers huit heures pendant cinq jours avec repos le samedi après-midi et le dimanche, soit quarante-quatre heures par semaine et une journée et demie de vacance. Tel est le cas dans le bâtiment : les imprimeurs, eux, donnent huit heures pour les travaux ordinaires, sept heures et demie pour les journaux. C'est l'effet d'arrangements collectifs imposés par les syndicats ouvriers aux patrons.
En ce qui concerne les mines, ces traités ont reçu la consécration du Parlement provincial. Une loi de 1904 limite à huit heures la durée du travail souterrain dans les houillères et prescrit toute une série de précautions relatives â la sécurité et i l'hygiène.
Des propositions soumises â l'Assemblée législative de Victoria étendront, si on les adopte, le bénéfice de ces mesures à tous les ouvriers de la houille, à ceux des mines métalliques, à ceux des fours de fusion et de la métallui^ie, toutes professions où la pratique de la journée de huit heures s'introduit rapidement par accords privés. Enfin les employés de magasin bénéficient d'une loi sur la fermeture de bonne heure {Early Closing) qui leur assure la liberté tous les soirs de semaine i six heures, sauf le samedi, principal jour d'achat,
!. Même situation en Australasie. Voir Office du Travail. Législation ouvrière et sociale en Australasie et Nouvelle-Zélande, Paris, I. N., 1901, in-8*, pp. 71-73.
2. La Gazette du Travail, 1905, février, pp. 877 et 889, avril, p. 1137, mai, pp. 1250-51 et 1287-93, juillet, pp. 79, 89; 1906, mars, pp. 1010-1021.
3. /d., 1905, janvier, pp. 727-729, septembre, pp. 317, 338-340.
mais qui leur donne en compensation une après-midi par semaine ^
De tels résultats sont dus principalement à Tassociation ouvrière qu'on ne s*étonnera point de trouver forte et entreprenante dans un pays où les travailleurs manuels sont instruits et reçoivent des salaires élevés. Ses cadres, comme dans tout le Canada, sont empruntés aux États-Unis; dans chaque ville importante siège un Conseil des Métiers et du Travail {Trades and Labour Councit) analogue i nos Bourses du Travail et réunissant comme elles les divers syndicats d'un même centre; dans chaque métier, les syndicats sont groupés en Unions ou fédérations professionnelles. Enfin conseils et fédérations adhèrent à une organisation centrale. Au Canada, les Unions sont assez souvent des branches de Fédérations qui ont leur siège aux États-Unis et qui, s'étendant sur les deux côtés de la frontière, prennent le titre d'internationales : de même l'organisation centrale siège au sud du 49* parallèle.
Ainsi toute l'impulsion vient des États-Unis, qui envoient les statuts, les organisateurs, agents appointés de propagande syndicale, assez souvent des subventions pour les syndicats naissants ou les grèves. Ce n'est point la frontière, mais la Prairie qui divise les zones d'agitation ouvrière.
Dans l'Est des États-Unis ont leur centre de gravité plusieurs unions internationales et la Fédération américaine du Travail, capitale Washington, président Gompers, qui défendent les intérêts professionnels mais ne se montrent jamais révolutionnaires ni socialistes.
Dans l'Ouest opèrent des groupements plus récents dans lesquels on reconnaît l'influence des mœurs rudes pratiquées dans ces régions de mineurs et de cow boysy et aussi celle des idées apportées par des immigrés socialistes et anarchistes. Telles sont la Western Fédération of Miners * dont le centre est Denver, Y United Brotherhood ofRailway Employées fondée 1901 à San Francisco, toutes deux en lutte contre des Unions similaires de l'Est qu'elles jugent trop modérées. Telle est encore V American Labor Union ^ capitale Butte City en Montana, érigée en 1895 à Sait Lake City en Montana, contre la Fédération américaine du Travail que préside Gompers, à Washington.
A ces sociétés se rattachent une grande partie des « loges », € divisions i ou < branches i d'ouvriers qui existent en Colombie.
1. La GazetUdu Travail, 1904, mars, p. 933; 1905, janvier, p. 704, février, pp. 787-889 (b&timenl)» mai, pp. 1251 (métallurgie), 1268-69, 1270 (fours de fusion); 1906, janvier, p. 729 (imprimeurs), 765, novembre, p. 512 (fours de fusion).
2. /d., 1905, février, pp. 902-908 (mineurs, quelques groupes appartiennent aux United Workers of America, président Mitchell, union plus modérée de TEst), juin, p. 1384 (peintres).
L*action des organisateurs américains vient se faire sentir chez elles surtout au moment des grèves.
Un rapport officiel * publié en 1903 raconte Thistoire de tout un mouvement très intéressant : il commence par une grève des employés de la compagnie Canadienne Pacifique, adhérents kY United Brotherhood of Railway Employées. Cette jeune association venait de former une section en Colombie et la puissante compagnie lui avait déclaré la guerre. Ainsi donc, la lutte, s'engage d'abord sur la question du syndicat et elle ne tarde pas à s'étendre.
Un organisateur américain. Estes, de Y United Brotherhood^ vient en prendre la direction et tâche d'amener les équipages et les dockers à refuser de travailler pour la compagnie qui possède tout un service de paquebots. Le gouvernement fait arrêter Estes sous prétexte qu'il empêche le service des Postes, mais il doit le relâcher.
Alors se déclarent toute une série de grèves sympathiques, très compréhensibles dans ce pays où les relations économiques se voient si aisément. Les mineurs de la Wellington Colliery Company, qui fournit le charbon à la compagnie du chemin de fer Canadien Pacifique, cessent le travail sur l'injonction de la Western Fédération dont ils forment une division : il faut remarquer que les syndicats peu nombreux, adhérents à des unions modérés de l'Est, continuent à travailler sur le conseil même de ces sociétés. La grève générale ne réussit point parce que les États-Unis envoient des subsides trop insuffisants : sollicitée d'avancer 25 000 francs, la Labor Union n'en donne que 2 500. Enfin tout s'apaise à la suite d'arrangements particuliers. Le rapport officiel dénonce l'action d'Américains, déclare que certaines associations de l'Ouest ne sont pas des syndicats légaux, en donne pour preuve leur c littérature incendiaire i et réclame en termes vagues des mesures de répression ^. Aucune suite pratique ne lui a été donnée.
L'organisation ouvrière se poursuit comme auparavant : elle est forte et des grèves ont lieu fréquemment parmi les bouilleurs qui forment les groupes les plus nombreux et les plus concentrés et qui savent que de leur travail dépendent les chemins de fer et les usines de fusion. Après les grands mouvements de 1903* qui ont affecté presque tous les puits, Nanaimo a connu une forte grève en 1905, les mines du Crows Nest, une autre en 1906. Le différend de Nanaimo a pris fin grâce à l'intervention du ministère fédéral du travail agis-
1. Report of the Boyal Commission on Industrial Disputes in.„ B, C. (Bibliogr. n*" 84).