DE LA
On peut dire de la Colombie que la mise en valeur y précède Fétude scientifique et que la géographie y Ggure comme la suivante de Téconomie.
Si Cook y parait en explorateur des côtes, la relation de ses découvertes attire les acheteurs de fourrures et leurs querelles avec les Espagnols amènent la mission officielle de George Vancouver (p. 137) qui découvre le détroit séparant Tlle Vancouver du continent et achève de dessiner les grands traits du rivage colombien (1792-94). L'Angleterre prend possession de la côte et l'amirauté britannique fait procéder à toute une série de reconnaissances et de sondages dont elle consigne les résultats sur ses cartes marines et dans ses instructions nautiques (Bibliographie n*** I et II). Excellent dans l'ensemble, le travail continue d'être amendé, rectifié, mis à jour pour les détails. Reste à entamer une étude orogénique et bathymétrique des fiords sur lesquels nous sommes loin d'avoir des données aussi précises et complètes qu'en Alaska (p. 21, note 1).
Quant à l'intérieur, ce sont des chasseurs de fourrures qui l'ouvrent avec le voyage initial de Mackenzie (1793), ce sont eux qui, pendant plusieurs années, continuent à l'explorer. Un naturaliste comme David Douglas, le parrain du sapin magnifique de la côte, préoccupé surtout de découvrir et déterminer des plantes nouvelles, apparaît
LA, COLOICBIX BRITAKHIQUI. ^
comme une exception au milieu de tous les agents de Compagnie qui fondent des forts et tracent des itinéraires.
Cependant la première société de commerce, celle du Nord-Ouest, prit à son service comme « astronome et topographe * David Thompson, qu'elle chargea de plusieurs explorations (p. 142). Avant Thompson, la Compagnie n'avait laissé publier que peu des rapports faits par ses explorateurs. Thompson étudia tous ceux qui existaient, en recueillit les résultats, les compléta par ses relevés personnels dans la région du fleuve Columbia et publia une Map of the North West Territory of the Province of Canada from actual Sui^eys during the years 119^ to iSiS, première carte sérieuse d'ensemble qui servit de base aux études géographiques pendant un demi-siècle*.
Aux Compagnies succéda, pendant la période de l'or, l'administration directe de la métropole qui se préoccupait, elle aussi, de fins pratiques. Ce fut alors que le gouvernement britannique envoya du Canada laurentien la mission du capitaine Palliser*, chargée de chercher une route à travers les montagnes pour aller de la Prairie au Fraser et d'étudier un tracé de voie ferrée sur ce parcours (1857- 1860). Publié en 1863, le rapport définitif de la mission Palliser et la carte qui l'accompagne donnèrent une représentation plus exacte des deux grandes chaînes Selkirk et Rocheuses; c'était le résultat du plus grand eflbrt d'ensemble fait depuis D. Thompson. Si l'on veut mesurer le progrès des connaissances à partir des voyages de Mackenzie, on n'a qu'à comparer la première et la dernière des grandes cartes de l'Amérique septentrionale éditées par les Arrowsmith de Londres et parues l'une en 1795, l'autre en 1863.
Après Palliser, les progrès de la connaissance géographique sont dus principalement aux services canadiens. Ayant accordé l'autonomie à ses possessions de l'Amérique septentrionale, la Grande- Bretagne leur abandonne le soin d'étudier leurs ressources naturelles, se réserve uniquement les affaires diplomatiques et par suite ne publie plus guère de documents, si ce n'est sur les contestations de frontières avec les États-Unis.
Devenue colonie autonome en 1865, la Colombie britannique organise un ministère des terres et travaux publics dont les agents commencent à faire arpenter les parties utilisables qui ne l'ont
1. A. 0. Whbeler. The Selkirk Range, 1905 (Bibliogr. n» 20), t. I, pp. 120-125 et 183-187 (indic. bibliogr.). Reproduit dans la pochette de cartes et croquis formant le tome II, la partie sud-est de la carte de D. Thompson, celle qui est due aux découvertes de l'auteur.
2. Les résultats en ont paru dans les Parliam. Papers, 1859, 1860 et surtout 1863, The JountalSy Detailed Reports and Observations relative to the Exploration by Gaptain Palliser,..
point été sous le régime de la Compagnie ; mais ce service demande beaucoup de temps et d*ai^ent et ne peut procéder que par étapes. Il n*a pas encore atteint de grands résultats quand la Colombie adhère à la Fédération en 1871, par l'effet d'un nouveau pacte économique. Désireuse alors d'obtenir une ligne transcontinentale, la Province promet de céder à la Puissance une bande continue, large de 64 kilomètres, ayant pour axe central le futur tracé sur toute sa longueur dans la Province. C'est ce que l'on appelle la ceinture du chemin de fer ou Railway Belt. La pose du rail s'achève en novembre 1885; aussitôt la Puissance s'mstalle sur son domaine, recueille les résultats des explorations faites par la Compagnie de la voie Canadienne Paciflque, par le service géologique fédéral et met en campagne son excellent service topographique {Surf)ey) à partir de 1889. Aujourd'hui le Railway Belt est relevé, cadastré, et la carte en est publiée (Bibliographie, n"" XXI), depuis la Prairie jusqu'au bas Fraser.
La partie des Selkirk comprise dans cette zone a été spécialement relevée à partir de 1893. Les services fédéraux géologique et topographic[ue, appelés à étudier la région minérale frontière des Selkirk sud-ouest et de la Chaîne de l'Or, ont publié des cartes régionales, la première en 1897, les plus complètes en 1904 et 1905 *.
Pour les Rocheuses, si l'on met à part la section du chemin de fer, la topographie est plus avancée sur le versant de la Prairie, région de terres fédérales, que sur celui de la Colombie où le sol appartient à la Province; attaquées par la base de l'Alberta, entièrement cadastrée, les Rocheuses ont été relevées sur la face orientale depuis la passe Crows Nest jusque vers le 52' parallèle nord et les feuilles de la carte sont publiées régulièrement (Bibliographie, n**' XXIII-XXV). Ascensions et mesures d'altitude se multiplient depuis que le Canadien Pacifique donne accès au cœur des montagnes. Les hôtels de la Compagnie à Banff, Laggan, Stephen et Field dans les Rocheuses, à Glacier dans les Selkirk deviennent des centres de tourisme et d'exploration scientifique : des guides suisses installés par la Compagnie depuis 1899 prêtent leur concours aux amateurs et gens d'étude. Vers le temps où le transcontinental allait être achevé, se fondait un Club alpin canadien (1883). Des alpinistes étrangers, surtout des Suisses, apparaissent dès 1887. Le Sierra Club de San Francisco rivalise avec eux, et depuis 1890 les membres de VAppalachian Mountain Club de Boston viennent prendre leur part dans
1. C'est Tœuvre racontée par son auteur le topographe A. 0. Whbblbr, The Selkirk Fange, 1. 1, pp. 223-241. Bibliogr., n* XXVI. Pour le S.-E. minier, voir p. 49,. n. 1.
le plaisir de faire des ascensions inédites. Peu à peu les montagnes sont cataloguées et prennent les noms de savants comme Douglas, Thompson, Hector, Geikie, Dawson, d*alpinistes comme Fay, qui aborda les Selkirk dès 1887, le révérend Green, qui vint en 1888 gravir les Selkirk après les Alpes de Nouvelle-Zélande, comme Coleman, Coliie, Wiicox, spécialistes des Rocheuses *.
L*étude des glaciers a été, elle aussi, entreprise; plus longue, plus difficile, elle se trouve moins avancée, surtout dans les Selkirk. Pour la Chaîne côtière et celle des îles, d'accès malaisé, elle reste à faire; nous sommes loin d'être ici renseignés comme pour le Washington au sud, T Alaska au nord*.
C'est qu'en cet immense pays les employés de la Puissance et de la Province courent au plus pressé, étudient les zones d'attrait, mines à exploiter, régions à cultiver, abandonnant aux particuliers science pure ou tourisme. Cependant les services fédéraux ne laissent pas de recueillir et de compléter les renseignements de toute origine, témoin la mission de A. 0. Wheeler dans les Selkirk et son ouvrage que j'ai déjà cité en note. Je suis loin d'avoir énuméré tout ce que nous avons reçu des services fédéraux.
Pour la géologie, nous leur devons les principales monographies, les cartes locales et les essais de cartes d'ensemble (Bibliographie, n*** XXXII-XXXIX et 11-20). Il n'en faut pas moins rendre justice à l'excellent et très complet Rapport annuel du Département des mines de Colombie qui donne des études de détail, fort poussées, surtout économiques, des croquis et nombre d'intéressantes photographies (Bibliographie, n** 21).
Feu G. M. Dawson, chef du service géologique fédéral, a fait pour l'ouest canadien un travail de synthèse comparable à celui qu'accomplit son prédécesseur Selwyn pour l'est. Son œuvre est dignement continuée soit à Ottawa, soit dans la Province.
La climatologie est affaire fédérale et les rapports du service qui en est chargé ne laissent à désirer qu'un plus grand nombre de moyennes et de cartes spéciales (Bibliographie, n*" 22-23 et page 81 du présent ouvrage).
i. W. D. WiLCox. The Rockies of Canada, New- York, 1900, in-S", raconte les excursions et donne la liste des ascensions de montagnes supérieures à 2000 mètres, dans les Rocheuses, depuis 1887 (le mont Stephen) jusqu'à 1899, pp. 301-302. — A. 0. Wheeler, The Selkirk Range, t. I, donne Thisloire de toutes les ascensions avant 1905, pp. 274 et suiv., une liste des montagnes avec date des premières ascensions, pp. 213-222, et Torigine des principaux noms (voir aussi les renvois de la table alphabétique de cet ouvrage.
2. A. 0. Whbeler, oavr. cit., 1. 1, pp. 144-185 et 233. — An. Rep. Mines B, C. for 1903, pp. 79, 83; /or iOO^, p. 266. -- Note des pp. 28-29 et 97-99.
Toutes les publications d'ensemble relatives au recensement et aux Indiens se font à Ottawa (Bibliographie n" 45-58).
Quant aux renseignements économiques, il faut les demander aux documents de Tune et de Tautre administration.
Le gouvernement provincial s'efforce de poursuivre la reconnaissance et la cartographie du pays; mais ses ressources ne lui permettent pas d'entretenir un corps spécial du cadastre : les opérations, peu régulières, sont faites quand la découverte d'une région utilisable ou quand un projet de voie ferrée les rend nécessaires; d'habitude on les confie à des membres du service fédéral mis à la disposition de la Province et travaillant à son compte (Bibliographie n*** 5 et 76). Dans la partie sud, comprise entre la ligne transcontinentale et la frontière des États-Unis, les découvertes minières à partir de 1886, la construction de la ligne ferrée du Crows Nest, la concession à la Compagnie Canadienne Pacifique d'énormes lots qu'il a fallu localiser au moins approximativement, ont eu pour effet de faire explorer et cadastrer tant bien que mal tout ce qui n'est pas trop montagneux ou trop boisé. Ensuite, la Province a envoyé ses arpenteurs dans le nord de l'île Vancouver, dans la région houillère de l'archipel de la Reine Charlotte, dans le couloir de Bella Coola qui ouvre un accès de l'Océan vers le plateau, dans deux vallées cultivables de l'intérieur, Bulkley et Nechaco, où l'on songe à poser les rails du Grand Tronc (Bibliographie, n^' XL VII et XL VIII). Sur tous ces champs a été accompli un travail provisoire qui permet de concéder la terre aux colons et qui sera remis au point dès que le peuplement deviendra assez dense pour rendre nécessaire un cadastre définitif. A ces îlots relevés récemment s'ajoutent les deux zones qui furent les premières colonisées, le sud et le sud-est de l'île Vancouver, dont le cadastre a été commencé sous la Compagnie, enfin le delta et le bas Fraser, qui touchent à l'extrémité du Railway Belt et qui ont été repérés entre la fondation de New Westminster (1859) et celle de Vancouver City (1886).
Comme on n'a pas encore de cartes exactes de lout le territoire colombien, la superficie n'en peut être donnée que par à peu près. Un cinquième à peine est cadastré ; deux cinquièmes, la bande littorale, le centre et les zones minérales des diverses montagnes connu passablement; un cinquième, les déserts du Cassiar et du Stikine au nord, une grande partie des îles et de la Chaîne côtière, à peine sondé par des itinéraires.
Qui prend contact avec la colonie par l'avenante capitale de Victoria ou par tout autre port du détroit de Géorgie trouve singulier
d LA COLOMBIE BRITANNIQUE
d'apprendre que derrière ce ruban de civilisation déjà ancienne s'étendent de grandes régions où se poursuivent les découvertes, mais Tétonnement cesse dès que Ton connaît les obstacles qu'opposent aux explorateurs les montagnes et la forêt.
Autant qu'on peut l'affirmer d'après les observations acquises, les bandes de terrains et les soulèvements courent en général du sud-est au nord-ouest; mais les lignes de relief ne coïncident pas toujours avec les zones géologiques.
Dans la partie méridionale et centrale, les zones de sédimentation paraissent avoir été séparées en deux, dès les temps les plus anciens, par un butoir de terrains archéens * qui fait suite à celui des monts Bitter Root, limite entre Idaho et Montana, puis se dirige au nord-ouest en forme de coin allongé et à peu près suivant un axe mené du point où le fleuve Columbia franchit la frontière, c'est-à-dire coupe le 49' parallèle, dans la direction du coude nord du Fraser jusqu'à la rencontre de 52» 30'.
A l'est, dans les Rocheuses, dominent les calcaires de l'époque paléozoïque avec quelques recouvrements de crétacé inférieur, presque sans éruptions volcaniques anciennes ou modernes.
A l'ouest, les périodes primaire et secondaire sont représentées par d'autres dépôts et les roches ignées se sont fait jour à diverses époques; ces caractères se retrouvent, en partie du moins, jusqu'aux îles.
Dans toutes les régions étudiées, les sédiments les plus anciens — qui vont de l'étage cambrien au jurassique — apparaissent ployés, brisés, complètement métamorphisés par les actions mécaniques et par celle des roches éruptives qui les traversent soit en larges nappes, soit en < bosses » et en coulées ou dykes; les argiles sont devenues, tantôt des schistes argileux sombres avec des veines de quartz blanc, tantôt des schistes semi-cristallins ou des schistes chloriteux à reflet soyeux et à teinte verdâtre qui ressemblent assez aux € schistes lustrés » des Alpes; les calcaires sont transformés en cipolins ou en marbres; les fossiles ont disparu ou sont devenus méconnaissables. Aussi la classification de ces roches ne va-t-elle pas sans de grandes incertitudes que reconnaissent les auteurs des études géologiques les plus récentes.