An. Bep, Mines B. C, for 190^, p
ils se trouvent dans les dépôts tertiaires qui remplissent les vallées creusées sur le plateau intérieur par les cours d*eau de Tépoque pré-glaciaire (pp. 7 et 10). Ces placers fossiles ont été découverts pour la première fois en Californie où ils firent la fortune de camps miniers portant des noms caratéristiques, par exemple Miocène City. Là ils occupent des lits abandonnés par les eaux actuelles et souvent cachés sous une couche épaisse et dure de laves pliocènes.
En Colombie, les vallées tertiaires sont suivies assez souvent par une rivière ou une crique, de débit fort inférieur à lancien cours d*eau; entre les deux époques fluviales les volcans n'ont pas joué un rôle aussi important qu'en Californie ; par contre , les glaciers cordillérîns ont couvert les alluvions d*une épaisse couche formée par l'argile à blocaux. On trouve donc, dans les vallées colombiennes, quand on creuse de la surface au fond : 1"* les alluvions modernes aurifères, les premières exploitées; 2* l'argile à blocaux, glaciaire, sans métal précieux; 3** les alluvions tertiaires, les plus épaisses et les plus abondantes en or; 4* la roche en place {bed rock) . Si les premières couches ont été érodées jusqu'à la roche par les cours d'eau actuels et les pluies, on a sur les côtés de la vallée des terrasses {benches) où l'on peut exploiter les alluvions fossiles ; alors les modernes s'étalent au fond de la vallée.
Tel est le cas du Fraser et des grosses rivières du sud, Columbia et affluents, alimentées par des glaciers et précipitées sur une forte pente; dans leurs couloirs, les gisements de surface ont été épuisés dès la première fièvre de Tor (1860). Les débris des placers fossiles ont été rapidement enlevés ou bien ont été négligés pour les dépôts analogues plus abondants du centre et du nord.
Là, dans le pays du Caribou, dans celui de l'Omineca et plus au nord dans la région qui touche au Yukon, Térosion n'a fait qu'entamer la superficie de l'argile à blocaux et les trois dépôts des vallées se superposent dans Tordre chronologique. Ces régions sont actuellement les plus exploitées. Sur 4 845 000 francs d'or extrait des placers colombiens en 1905, la division du lac Atlin (entre Skagway et le Yukon) en a fourni 2375000, le district du Caribou i 980000; vient ensuite et de très loin avec 150 000 le district de Lilloet comprenant plusieurs rivières qui descendent de la Chaîne côtière au moyen Fraser *.
Pour exploiter les placers miocènes ensevelis sous les alluvions postérieures, on commence par sonder à la tige toute la largeur de la
i. An, Rep. MineSy B, C. for î 905, p. 12.
vallée afin de savoir quel est le point où la roche en place est le plus loin de la surface ; il est évident en effet que le fond de la crique actuelle ne correspond jamais que par hasard à celui du premier cours d*eau. Quand on a ainsi obtenu le profil de Tancien t ravin en V », on creuse dans la roche bordière, à quelque distance de la limite des aliuvions, un puits vertical et de là on dirige une galerie horizontale vers le fond de la vallée tertiaire.
Alors on extrait Talluvion inférieure qui se présente habituellement en blocs comprimés et durcis par la chaleur et la pression ; on récrase à Taide de concasseurs et broyeurs mécaniques, puis on pro cède à Tamalgamation.
L'extraction par galerie {drifi mining) a Tinconvénient d'exiger beaucoup d'ouvriers dans un pays où la main-d'œuvre coûte cher. Aussi met-on à sa place partout où on le peut la méthode hydraulique (hydraulic sluicing) inventée comme les autres par les mineurs de Californie et perfectionnée par les ingénieurs des grandes compagnies américaines. En Colombie, elle fut inaugurée sur les placers du Caribou dans l'année 1870 par une société de San-Francisco. Son application la plus simple se fait sur le bord d'une terrasse de dépôts aurifères taillée par l'érosion dans la vallée d'un fleuve. On dispose au pied de la tranche exposée à l'air une longue série de sluices d'amalgamation perfectionnés au-dessus desquels on fait arriver un courant ou un jet d eau sur la terrasse '. L'eau entraine les dépôts aurifères qui s'échappent à gros fracas et s'écoulent en torrents boueux par le sluice : les gros cailloux s'en vont tout droit se perdre au débouché inférieur, les débris plus fins passent avec l'eau à travers des tamis disposés sur le trajet et circulent quelque temps dans des courants dérivés {under currenls) plus longs et de pente moindre', où l'amalgamation a le temps de se faire; puis ils sont rendus au canal principal où ils rejoignent les débris.
Quand il s'agit de vallées comblées, on commence par exposer les dépôts aurifères en pratiquant une tranchée; les sondages préliminaires révèlent le point favorable ; on enlève les alluvions meubles, on fait sauter la masse compacte d'argile glaciaire en la criblant {bulldozing) de coups de dynamite et on atteint de la sorte la couche exploitable.
Les opérations suivantes sont celles que j^ai déjà indiquées ; si l'on ne peut établir la pente du sluice à l'air libre, on l'installe dans un
i. D. LETAT.pp. 332 et soiv. —An. Rep. Minet B, C. p. ex. i9Qfi, p. 80(gT.)f ^^06^ p. 5d(coape). 2. D. Lbvat, pp. 365, 358. — Voir ici, p. 250, pi. XI, 1.
tunnel qui débouche en un point de la contrée environnante plus bas que le pied des travaux.
Dans tous les cas Texploitation hydraulique demande une grande quantité d'eau. Presque jamais, la crique dans la vallée de laquelle se trouve le front d'abatage n*en fournit assez. Il faut donc barrer son cours à Tamont de la mine» créer un réservoir, y amener d*autres ruisseaux et parfois on ne trouve l'emplacement favorable qu*à plusieurs kilomètres de distance. Autant que possible, la saignée se fait plus haut que le point d*attaque de manière que le liquide y descende par son poids et que la pression donne au jet une force suffisante; du bassin à la mine, Teau est amenée par des fossés pratiqués sur le flanc des montagnes; quand il faut traverser un terrain perméable, longer une muraille de rochers, franchir une vallée, on emploie des conduites {/lûmes) de bois brut portées par des jambages de bois ou de fonte. Leur longueur dépasse 20 kilomètres en plusieurs endroits.
Aux exploitations hydrauliques TÉtat laisse prendre de grands lots pour la même durée que les permis de dragage et avec des conditions et redevances analogues. De plus le concessionnaire peut être autorisé à creuser des tunnels et canaux hors de son lot moyennant le paiement d*un droit à TÉtat et d'une indemnité fixée par le représentant de rÉtat aux voisins dont il traverse le cldim. Le tout est accordé sous condition de travail continu, à moins que Texploitation ne soit arrêtée par un cas de force majeure ou par la nature; de ces cas, les représentants de TÉtat sont juges.
Deux saisons, dans ces régions, suspendent l'exploitation hydraulique, l'hiver par la gelée, l'été par la sécheresse; on commence habituellement en mai, pour se voir arrêté en août. L'automne et l'hiver ne sont pourtant pas des mortes scdsons complètes ; alors on se borne à réduire le nombre des ouvriers; on emploie une partie des hommes à couper du bois, puis, quand la neige est venue et que la gelée l'a durcie, on en profite pour transporter en les traînant les machines importées de la côte et du sud, les bois de la scierie, les minerais exportés.
L'hiver même n'arrête pas tout le travail des mines. L'extraction par galeries {drifting), dédaignée quand on a de l'eau, revient en faveur aux froids parce qu'elle reste la seule possible. Les compagnies ne l'entreprennent pas d'habitude ; elles la concèdent pour l'hiver à des sous-traitants (laymen) qui opèrent à leur compte moyennant une redevance, et qui, le printemps venu, redeviennent ouvriers. Ainsi se conserve pendant quelques mois un semblant d'exploitation indi-
viduelle qui réduit le manque à gagner des compagnies et qui leur assure des ouvriers permanents dans un pays presque désert ' .
Détournant les rivières» barrant les eaux» coupant le bois, vidant les vallées et comblant de leurs déblais les régions basses, on peut juger à quel point les compagnies hydrauliques bouleversent la géologie superficielle des zones où elles opèrent. En Californie, leur pays d'origine, elles ne sont plus à Taise depuis le peuplement ; les cultivateurs et les éleveurs intallés dans les vallées et les plaines ont protesté contre Tavalanche de boues et de cailloux parce que les sluices troublaient les eaux et ravagaient les cultures; pour leur donner satisfaction, une loi a été votée qui ordonne aux compagnies minières d'arrêter leurs déblais avant qu'ils atteignent la zone habitée, ce qui impose des frais énormes de barrage, pompe, dragage et canalisation. Dans le centre et le nord de la Colombie où les vallées ne sont pas habitées, rien de pareil : ces régions sont vraiment la terre d'élection de la méthode hydraulique. Tout au plus les Compagnies ont-elles quelques difGcultés, vite aplanies, avec le service d'inspection des pêches fluviales qui se préoccupe de conserver, à l'amont des fleuves, des bassins et biefs de frai pour les saumons.
Pénétrer dans la solitude avant qu'on y rencontre des compétiteurs, épuiser l'or des alluvions, abandonner le pays et se porter ensuite vers de nouveaux déserts dans les régions du centre et du nord, telle est la marche que suivent les exploiteurs de placers. Leur industrie temporaire et pérégrinante occupe peu de personnes relativement à l'étendue de son terrain ; derrière sa ligne de prospecteurs et de mineurs individuels, la population ne se groupe guère que sous forme de camps miniers. Ces camps s'animent plus que tous les autres pendant les bonnes périodes parce que nulle industrie ne donne de pareils gains et parce que les chercheurs aux mains pleines d'or, revenant d'une solitude où ils ont vécu dans les privations, sont plus dépensiers que les autres mineurs. Par contre, il n'en est pas qui se défassent plus vite, car les placers n'ont qu'un temps. On ne sait plus où étaient certains centres de la première fièvre de l'or vers les années 1860; tout récemment on a exhumé dans le coude de la Columbia un reste de billard et une paire de menottes, seuls monuments qui, par un hasard symbolique, marquaient la place d'un camp disparu.
La production de l'or alluvial se traduit par une ligne brisée très irrégulière suivant les hauts et les bas des placers.