Vasquez Cobo, Pro Patria, op. cit
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Aussi, à la suite du refus par le Sénat colombien de ratifier l'acte Hay-Herran, les événements ne tardaient-ils pas à se précipiter.
Depuis longtemps déjà, les États-Unis exploitaient certains, mécontentements de la province de Panama et préparaient l'insurrection pour le cas où, la Colombie refusant de traiter à leur gré, elle deviendrait néces- ! saire à leurs intérêts. Le président de l’Union a avoué qu'il savait dès le mois d’août 1903 que la sécession de la province de Panama était secrètement fomentée. Il a déclaré ouvertement que, vers la fin d'octobre, la tentative « paraissait être d’une probabilité imminente. » Dans son message du 4 janvier 1904 au Congrès, il disait déjà : «Par suite de ces faits j'ai chargé le département de la Marine de donner des ordres à l'effet d’assurer que nos navires de guerre fussent à proche portée de l’isthme, au cas où cela pourrait devenir nécessaire.. » Le 2 novembre, les ordres suivants étaient transmis aux commandants du Boston, du Nashville et du Dirie : « Maintenez le passage libre. Empèchez le débarquement de toute force armée, soit de la part du gouvernement, soit de celle de l'insurrection, dans un rayon de cinquante milles à la ronde (80 k. 466) de Panama. » Ainsi, à un moment où subsistait toujours le traité de 1846, c’est-à-dire où la neutralité et la
souveraineté de la Colombie étaient toujours garanties,
1. Rapporté, ainsi que la suite, par Leander E. Chamberlain, op. cil,
la force fut employée par les États-Unis pour empêcher une nation amie de débarquer ses propres troupes là où elles étaient le plus nécessaires ! En d’autres termes, comme le dit fort bien M. Chamberlain, sujet américain non suspect de partialité, la réussite de l'insurrection, n'importe à quel moment elle aurait lieu, était fatalement décrétée. Le 3 novembre 1903, les États-Unis allèrent plus loin encore. Le commandant du Nashville à Colon reçut l’ordre suivant : « Dans l'intérêt de la paix, faites tout effort possible afin d'empêcher les troupes en ce moment à Colon de se rendre à Panama. Le libre passage de l’isthme doit être assuré et l’ordre maintenu. » Ainsi la Colombie se trouvait dans l’impossibilité de faire marcher ses propres troupes, par son propre chemin de fer, d’une ville lui appartenant à une autre ville lui appartenant ! Et la raison du libre passage de l’isthme n'était qu'un prétexte hypocrite, car, pas un seul instant le transit n’avait été interrompu.
Le docteur Amador, chef des mécontents, ou plus exactement des ambitieux de Panama, de retour de New-York où il avait été négocier avec M. Hay, secrétaire d'État, choisit le 4 novembre 1903 pour donner le signal de l'insurrection, qu’il agrémenta d’un acte de fourberie. Nouveau Judas, il accueillit à bras ouverts le général Tovar, de l’armée colombienne, et son étatmajor, fit semblant d’avoir banni de sa pensée toute idée
de révolte et convia à un banquet ses camarades de
l’armée nationale. Mais pendant le repas, il donna des ordres secrets, et quand, le festin terminé, le général Tovar et son état-major se rendirent aux fortifications de Panama pour les inspecter, ils trouvèrent une centaine de soldats qui les couchaient en joue, pendant qu'on les faisait prisonniers, pour leur enlever toute idée de résistance. Quant aux soldats colombiens, que leur général avait eu l’imprudence de laisser à Colon, ils voulurent partir en hâte pour étouffer la révolution. Mais ils n'avaient pas d'argent et la Compagnie de chemin de fer refusa de faire chauffer un train’. Les troupes du gouvernement se disposaient à passer outre, quand le Nashville, fort à propos comme (toujours, crut le moment venu d'intervenir et débarqua des fusiliers américains. Les Anglais ayant voulu faire débarquer des troupes à l’autre extrémité, à Colon (par imitation et par crainte de troubles, et non pour venir en aide aux insurgés), les États-Unis leur déclarèrent que c'était inutile, qu'ils « veilleraient à ce qu’il ne se produise pas d'accident? ». Trois navires américains surgirent comme par hasard à Panama, quatre autres à Colon. Quant au Nashville, il croisait sans répit devant la côte pour empêcher tout débarquement de soldats
colombiens. Les troupes du gouvernement qui se trou-
1. Il ne faut pas oublier, car cela explique mieux le refus que la question d'argent qui pouvait se régler ultérieurement, que le chemin de fer de Panama appartient à une société américaine.