AVANT-PROPOS IX
leur développement par la concession de privilèges ou de monopoles, ou par la franchise de droits, pendant plusieurs années, sur les matières premières destinées à l’industrie naissante. Trop pauvres et en nombre insuffisant pour exploiter eux-mêmes leurs richesses, les Colombiens ont besoin de bras et de capitaux.
Une amusante légende, rapportée par M. Antoine Redier', et très populaire au Brésil, nous montre d’une façon humoristique le mal dont souffrent l’'Amérique du Sud et la Colombie en particulier : l’insuffisance d'habitants : « Un homme habitait, dit la légende, une misérable hutte, faite de bambou et de terre glaise. Il aurait préféré se construire un palais et cela ne lui eut pas été impossible, car au fond d’une profonde citerne, située sous sa hutte, se trouvait un énorme lingot d’or, sa propriété incontestable. Il se croyait ainsi immensément riche, et pourtant il était obligé de rester dans sa pauvre cabane, car 1l ne pouvait pas, à lui seul, retirer son trésor. Il lui eut fallu l’aide de cinq personnes au moins, avec lesquelles il eut dû partager sa fortune, ce à quoi il ne voulait point consentir. Un jour, il crut avoir trouvé cinq compères assez sots pour lui rendre le service gratuitement. Déjà ils avaient élevé jusqu’au jour le bloc d’or, lorsque tout à coup l’idée leur vint de s’enquérir de leur salaire. Là-dessus
le désaccord se fit, et les cinq gaillards, ayant laissé
1. Le Correspondant, 25 septembre 1901. Antoine Redier, La Colombie et le Vénézuéla.
x AVANT-PROPOS
tomber le trésor au fond du puits, s’en allèrent. » Le lingot d’or, c’est la richesse non encore exploitée, au vrai sens du mot, de ces régions merveilleuses de
l'Amérique du Sud. Quant aux cinq compères, ce sont
les colons européens, qui veulent bien travailler pour
la prospérité des Républiques latines, mais à la condi-
tion de faire rapidement leur fortune. C’est là d’ail-, leurs chose bien légitime, et toute nation avisée se
garderait bien de s’en plaindre. Le gouvernement
colombien, pour sa part, ne demande qu’à encourager
l'immigration et le prouve en accordant aux étran-
gers des concessions gratuites de terres aux mêmes
conditions qu’à ses nationaux.
Depuis Le décret du 28 juillet 1860, nous ne pouvons plus obtenir en Algérie de cessions de biens domaniaux qu'à titre onéreux. Au Maroc, il n’y a encore pour le colon aucune sécurité. Il est vraiment regrettable de constater que nous nous obstinons à porter tous nos efforts en Afrique, alors qu’il existe dans l'Amérique du Sud des contrées particulièrement fertiles où nous pourrions coloniser, sans dépenser 300 millions par an et immobiliser 100.000 hommes! Avec les puissants steamers qui traversent aujourd'hui l'Océan, l’Amérique n’est plus pour nous un pays d’exil, et quelques jours de navigation de plus ne doivent compter pour rien dans le choix de celui qui veut réellement demander à la terre de lui procurer une vie facile. D'ailleurs
le mouvement d’émigration vers l'Amérique du Sud est
os dit ie CAGE =