Voir supra les renseignements donnés par M. Serret
La United Fruit C° n’est pas la seule grande compagnie qui exploite le bananier : on peut citer aussi une Compagnie française, la Compagnie française immobilière et agricole de Colombie, dont les plantations s'étendent avec rapidité et les affaires ne cessent de s’accroître.
Le département de MacpaLENA n’est pas le seul où l'on cultive la banane. On en a recueilli 2.803.200 kilos dans le département d’Anrioquia en 1911, et on la cultive aussi dans le département de Bozivar.
Dans le département de CazDas, on recueille tous les fruits des climats froids et chauds de la zone intertropicale colombienne. Dans les terres de température moyenne, on cultive le bananier.
La fertilité du territoire représenté par le département du Cauca est incomparable : tout y pousse presque spontanément, notamment le bananier. Suivant Mosquera, dans la vallée du Cauca, 10.000 mètres carrés de bananiers fournissent 62.800 kilos de fruits, soit de quoi alimenter 57 personnes pendant un an, en supposant bien entendu qu’elles ne prennent pas d’autre nourriture.
Dans le département de Narifo, la zone dont la température varie entre 23 et 30 degrés, est propice à la culture du bananier. On le rencontre également dans le département Norte DE SanranDer et dans l’ancien département de Tundama (aujourd’hui Boyaca et Meta).
Dans le département de EL Vazce, la banane est la base de l'alimentation de la population. Le bananier pousse à l’état sauvage, sur beaucoup de points du département.
En 1908 l'exportation des bananes aux États-Unis par le port de Santa Marta a été de 52.285.935 kilos, représentant # 772.098,13. Il est probable qu'il ne s’agit que des bananes récoltées dans la région de Santa Marta. Cependant rien ne l'indique dans le Bulletin*.
Caoutchouc. Tout le monde sait qu’à l'heure actuelle l’utilisation du caoutchouc devient de plus en plus générale. L'industrie des transports, de l'électricité, de la chirurgie, des vêtements, de la toilette, la chimie, la physique etc., sont tributaires du caoutchouc et la production suffit à peine à la consommation. Comme celle-ci ne fera que s’étendre, il y a pour les pays producteurs de caoutchouc, au nombre desquels figure la Colombie, un intéressant avenir économique.
Un article bien documenté paru dans le Times financial and commercial supplement en 1906?, évalue le commerce du caoutchouc dans le monde à environ 65.000 tonnes par an. Dans ces sept dernières années il a encore beaucoup augmenté.
La Colombie se trouvant complètement dans la zone
1. Boletin de Estadistica de la Republica de Colombia, 1912, op.cit. 2, Times financial and commercial supplement, 26 février 1906.
équatoriale, entre le 12° dégré de latitude Nord et l'Équateur qui la traverse au Sud de part en part, à travers les départements de Nariño, du Cauca, de Huila, et le territoire du Caquetä, est située bien en dedans des limites extrêmes de la culture du caoutchouc qui sont les 25% degrés de latitude Nord et Sud.
L'Amérique équatoriale! est la contrée qui a fourni et continue à fournir au monde la plus grosse quantité et les meilleures qualités de caoutchouc brut.
Il existe 3 espèces principales de caoutchouc :
1° le Castilloa elastica.
2 le Manihot glaziovii.
30 dleres brasiliensis,
Le dernier donne le Para, le deuxième donne le Ceara et le premier donne le Nicaragua sheets, le Guayaquil, le Nicaragua scraps, ete.
C'est la classification généralement admise bien que défectueuse, parce que Para, Ceara, etc., ne sont que des lieux d’origine.
Les qualités de caoutchouc varient bien plus en raison du mode de préparation que par la diversité d’espèce des arbres producteurs. Quant aux qualités qui font la valeur des gommes, contrairement à ce que
l'on croit généralement, elles existent aussi réellement
4. Nous empruntons les détails qui suivent à l'ouvrage de Oswald Stuart Sloan, Étude sur le commerce et l’agriculture en Colombie. Londres 1901.
et au même degré dans les produits du Castilloa que dans ceux de l'Hevea. Or, le Castilloa est l’espèce la plus répandue en Amérique et surtout en Colombie. On y rencontre d'importants massifs à l’état sylvestre, mais assez loin dans l’intérieur. Malheureusement en Amérique comme en Afrique, les indigènes et les « concheros » (chasseurs de caoutchouc) de toutes nationalités détruisent les caoutchoutiers pour obtenir plus vite un plus grand rendement”. Aussi la fourniture du caoutchouc à l’industrie deviendrait-elle rapidement problématique si de nombreuses sociétés de culture ne se montaient maintenant un peu dans tous les pays.
Pendant des années on a procédé à l'exploitation par simple abatage, mais les forêts voisines des côtes ont été vite épuisées. En Colombie, l’indigène et particulièrement l’Indien ont fini par comprendre qu'ils se dépouillaient eux-mêmes et ont adopté la méthode par saignées, un peu tard malheureusement, car ils ne peuvent plus l'appliquer qu’à un nombre d'arbres restreint. Il faut dire aussi que les saignées trop fréquentes
et mal faites ne tardent pas à tuer l’arbre?.
1. Des faits analogues se sont produits pour les arbres à quinquina au moment où leur écorce a commencé à être très appréciée dans la thérapeutique. Les indigènes pour obtenir vite un gros rendement abattaient les arbres au lieu de se contenter d'en recueillir l'écorce.
2. 11 est absolument défendu maintenant d’abattre les arbres, de les saigner dans les racines ou de toute autre façon qui puisse les épuiser. Les incisions ne peuvent être faites que dans l'écorce, sans pénétrer dans le tronc.
L'Hevea peut être saigné dès l’âge de six ans, mais il est mieux d'attendre la septième année. Son latex: donne environ 30 pour 100 de caoutchouc pur.
Le Castilloa présente sur tous les autres arbres à caoutchouc des avantages considérables. Il s'arrange de conditions très dissemblables pourvu qu’il se trouve dans la zone climatérique favorable et ne demande aucun des soins que nécessite notamment l'Hevea. Il se contente de 15 degrés centigrades pourvu que la moyenne ne soit pas inférieure à 25 degrés et il supporte très bien 40 degrés.
Il peut être planté dans les terrains bas et jusqu’à 500 mètres dans les contrées à saisons bien tranchées. On le trouve également jusqu’à 800 mètres d'altitude dans la Basse-Colombie, région à pluies constantes.
Il vient par semis, transplantations et boutures. Le latex de Castilloa peut donner jusqu’à 35 pour 100 de gomme pure. Un arbre adulte peut produire 1 kilo de caoutchouc par saignée, soit 2 kilos par an. Son latex peut être coagulé par enfumage et donner la qualité dite Para. Les indigènes préfèrent employer les réactifs chimiques, ce qui est moins long et moins fatigant. Le Castilloa atteint jusqn’à 20 mètres de hauteur avec Om.50 de diamètre à la base.
L'étude des conditions générales du climat et du sol colombien, de la culture des arbres à gomme et du
1. Le latex est le suc qui coule de l'arbre par les saignées, comme la résine des pins.
marché caoutchoutier aboutissent en ce qui concerne la Colombie à cette triple conclusion :
1° Les conditions climatologiques sont très favorables.
2 L'existence à l’état naturel des caoutchoutiers aujourd'hui disséminés mais jadis nombreux, donne l'assurance de la parfaite convenance des terrains à leur culture.
3° Le placement des produits de cette culture à des prix rémunérateurs est assuré et le besoin absolu pour l’industrie de la création de grandes cultures lui assurant la production de la gomme nécessaire est un fait indéniable.
Avant de commencer une culture, la meilleure méthode est d'essayer quelques milliers de pieds dans des conditions tout à fait différentes, afin de se rendre un compte exact des besoins de l’arbre ou de la plante, etc. C'est le seul moyen d'éviter de coûteux échecs toujours pénibles ?.
Avec une équique de dix nègres, surveillés par un: chef de culture, on peut défricher et planter 25 hec«4 tares par an. Pour une dépense annuelle d’environ 15.000 francs, on peut planter tous les ans 50 hectares, défrichement, soins et entretien compris, soit approximativement 30.000 arbres dont 15.000 à demeure.
1. La même méthode devra être employée pour le vanillier qui ne peut manquer de fournir un excellent rapport lorsqu'on se sera fami= liarisé avec sa fécondation très facile et sa préparation plus délicate, pour le cocaoyer et pour un arbre moins connu, le landolphia.
Les arbres qui existent déjà sont en quantité suffsante pour assurer dès le début la fourniture des graines ou plants nécessaires à l'établissement d’une importante pépinière. Les caoutchoutiers ne se gênant qu'au moment :où leurs branches se confondent, on peut planter serré à deux mètres, et au bout de deux années Supprimer la moitié des arbres plantés, ce qui donne un intervalle de quatre mètres, permettant aux arbres de croître, et laisse déjà un produit au bout de deux ans. Si à quatre ans, les arbres se gênent encore, il sufiit d'en abattre d’autres.
Comme dans l'intervalle la surface de plantation s’accroîtra, on aura ainsi régulièrement chaque année un produit suffisant à lui seul pour exonérer l’exploitation de tous ses frais.
Ainsi comprise, une exploitation peut non seulement se suffire à elle-même, mais produire un bénéfice appréciable longtemps avant l’époque fixée pour la saignée des premiers arbres plantés.
À la deuxième année, l’abatage d’environ 15.000 arbres intermédiaires de deux ans, donnera un produit minimum de 5.000 kilos de caoutchouc; en l’estimant à Gfrancs le kilo*?, nous avons un rapport brut de 30.000 francs, dédommageant des frais entiers de ces
1. C’est ce qu’on appelle en langage forestier la coupe réglée.
2. Cette estimation n'a rien d’exagéré. On cotait à Marseille, en rovembre 1913, le Para fin de 9 fr. 10 à 9 fr. 20 le kilo (voir l’Économiste Français du 22 novembre 1913).
deux années. Pour n’être pas trop optimiste, admettons qu'avec l'imprévu, les dépenses annuelles atteignent 90.000 francs. Nous nous trouvons dès Ja deuxième année en présence d’un rapport annuel de 30.000 francs. Comme la saignée peut commencer à la septième année (mettons la huitième) on aura donc sur 8 années de dépenses à 20.000 francs par an, 6 années de rapport à 20.000 franes, soit 160.000 francs de dépenses et 180.000 francs de recettes. En mettant les choses au pis et en admettant que dépenses et recettes se balancent jusqu’à cette époque, l'intérêt du modus operandi que nous venons d'exposer n’en est pas moins très grand, si l’on considère qu'il permettra à la plantation de se suffire complètement en attendant l’époque de production réelle.
A la huitième année commencent les saignées. On peut alors compter sur une production moyenne de 500 grammes de caoutchouc par arbre pour les 50 hectares de première culture, soit 7.500 kilos de caoutchouc. (On peut même espérer le double). Avec les 5.000 kilos produits par l’abatage des plants intermédiaires de deux ans, cela fait un ensemble de 12.500 kilos à 6 francs, soit 75.000 francs.
La neuvième année produira :
1 kilo par arbre de 9 ans, soit 15.000 kilos pour l’ensemble.
0 k.500 par arbre de 8 ans, soit 7.500 kilos pour l’'en-
semble.
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Abatage des arbres de deux ans, intermédiaires, 5.000. kilos pour l’ensemble.
Total 27.500 kilos ou 165.000 franes.
La dixième année produira : ;
3 kilos par arbre de dix ans, soit 30.000 kilos.
1 kilo par arbre de neuf ans, soit 15.000 kilos.
0 k. 500 par arbre de huit ans, soit 7.500 kilos.
Abatage des arbres de deux ans, intermédiaires, 9.000 kilos.
Soit 57.500 kilos ou 345.000 francs, avec un accroissement annuel de 30.000 kilos ou 180.000 francs pour toutes les années suivantes. La onzième année produira donc 525.000 francs, la douzième année : 705.000 : la treizième : 885.000 ; la quatorzième : 1.065.000 francs. En admettant un accroissement de dépenses de 5.000 francs tous les ans à partir de la huitième année et d’autres frais, le bénéfice n’en sera pas moins considérable. En dehors du prix d'acquisition des terrains, 100.000 francs liquides, répartis sur deux ou trois ans, peuvent suffire à une plantation de cette importance.
Nous laissons bien entendu à M. Sloan l'entière responsabilité des chiffres qui précèdent, étant dans l'impossibilité, en présence d’une chose aussi technique, de les contrôler par nous-même. Cependant il est hors de doute qu’une culture bien conduite et bien surveillée, établie dans un terrain choisi après quelques expériences, et à la condition d’avoir à proximité des voies de communication relativement faciles
conduisant aux ports d'exportation, doit donner de très gros bénéfices. Ainsi que nous le disions plus haut, le marché du caoutchouc s’élargit tous les jours; les producteurs de cette résine n’ont donc pas à craindre de ne pas trouver de débouchés à leur production.
Les arbres à caoutchouc se rencontrent un peu partout dans la zone chaude de Colombie; sur les rives du Magdalena, ils poussent volontiers, ce qui est très appréciable, en raison des facilités de transport de la précieuse résine. Au-dessous des Cordillères, dans les immenses forêts du Sud-Est, de même que dans l’angle formé, en Colombie, par les frontières de l’'Équateur et du Brésil, le caoutchouc se trouve partout. Voilà donc une source de richesse qui n’est pas près de s'épuiser.
Les départements les plus favorisés sont les suivants : d’abord le Cnoco‘ où l’industrie du caoutchouc rivalise avec celle des mines d’or. Ensuite le Cauca, où, à Timbiqut, province de Buenaventura, le castilloa elastica, dont nous avons parlé plus haut, est dans son élément propre. N'’étant pas une essence d’acclimatation, il n’a pas besoin de soins spéciaux ; néanmoins la résine qu'il fournit est de qualité parfaite. Ainsi que le fait remarquer, M. Sloan?, cette région est arrosée par
quatre fleuves, les rios Bubney, T imbiqui, Pichinambo
1. On dit l'Intendance du Choco et non le département, mais c’est à peu près la même chose.