‹ La colonel RoquebruneChapitre 60 sur 130 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

FOUGHÉ.

Que nous nous débattons en pleine anarchie et que l'Empereur n'a plus qu'à arriver.

MOIGNEVILLE.

Quoi ! vous aussi vous croyez à une reconstitution de l'Empire ?

FOUGHÉ.

Doucement, mon cher, n'allez pas plus loin que ma pensée. Pour le moment je crois à la rentrée de l'Empereur. Quant à la reconstitution de l'Empire, c'est une autre affaire. Je n'y crois pas plus que je n'ai cru à la durée du règne de Sa Majesté Louis XVllI.

MOIGNEVILLE.

Et cependant vous lui avez offert vos services.

FOUGHÉ.

Et c'est sur le refus qu'il en a fait que je l'ai jugé... J'ai compris, en un instant, que ces gens-là n'avaient rien appris et rien oublié.

MOIGNEVILLE.

Et VOUS avez commencé à les battre en brèche...

FOUGHÉ.

Il fallait bien en contribuant à les renverser, leur prouver que j'aurais pu les maintenir.

Ils ont commis la faute de ne pas le comprendre...

FOUGHÉ.

Gela leur vaudra un nouveau séjour à l'étranger. Là, ils pourront réfléchir et, à leur retour, ils seront plus sages...

MOIGNEVILLE.

Espérez-vous donc pour eux une rentrée prochaine?

FOUGHÉ.

J'y travaille.

MOIGNEVILLE.

Napoléon n'est pas encore remonté sur sontrône...

FOUCHÈ.

Et je m'apprête déjà à l'en faire descendre. Il faut toujours prendre les choses de loin. Vous savez, Moigneville, comme j'ai agi franchement avec les princes... Vous avez été, vous êtes encore mon intermédiaire auprès d'eux... La comédie qui se joue, je veux que le roi la connaisse. C'est un amateur... Il appréciera mon jeu. Je désire passionnément conquérir sa faveur. Je dois donc mériter sa confiance... Demain, il me verra ministre de Napoléon... Qu'il ne doute pas que ce soit dans l'intérêt de la Monarchie... Je tiens dans ma main tout le parti libéral... J'étais prêt à le lui amener, moyennant quelques concessions. Les ultras ne lui ont pas permis de les faire... Après la leçon qu'il va recevoir, il sera plus conciliant... Napoléon, qui me hait, ne fera pas de façons pour me prendre avec lui, vous en aurez la preuve tout à l'heure... Je vous préviens pour que vous sachiez bien vers quel but je marche, et que vous ne vous étonniez, ni de ce que vous m'entendrez dire, ni de ce que vous me verrez faire.

MOIGNEVILLE.

Monseigneur, je crois bien vous connaître et cependant la profondeur de vos vues m'étonne toujours.

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