SCÈNE VI MOIGNEVILLE, ÉMILIENNE
MOIGNEVILLE.
Qu'y a-t-il donc, chère Émilienne? N'avez-vous
pas reçu la réponse que jai donnée ce matin à Déborah?
ÉMILIENNE
Et OÙ VOUS me disiez que vous viendriez ce soir... Si, je l'ai reçue, mais dévorée d'impatience, folle de douleur et de colère, je n'ai pas eu la force d'attendre... J'ai voulu vous voir, sur-le-champ, me plaindre, parler, crier... Car la contrainte où je suis m'étouffe, et si elle devait durer j'en mourrais!
MOIGNEVILLE.
V'^oyons, calmez-vous, rassurez-vous... Je suis votre ami, prêt à vous servir.
ÉMILIENNE
Et aussi à me venger, n'est-ce pas?
MOIGNEVILLE.
De qui?
ÉMILIENNE
De ce misérable Roquebrune ! De ce soldat grossier et féroce qui m'a outragée, blessée, oh ! blessée jusqu'au fond du cœur.
MOIGNEVILLE.
Dites-moi ce que vous voulez, je l'exécuterai.
Ce que je veux?
MOIGNEVILLE.
Oui, commandez, quoi que ce soit, ce sera fait. Mais il faut que vous vous expliquiez... Je ne saurais deviner vos griefs... suppléer à vos intentions...
ÉMILIENNE, assombrie.
Mes griefs? Ils sont mortels!... Mes intentions...
un silence.