ACTE TROISIÈME
ROQUEBRUNK.
Ou nous y périrons...
FOUCHÉ
En tout cas, colonel, vous pourrez rendre compte à Sa Majesté de ce que j'avais fait pour son service, avant même de vous voir... J'ai pressenti les chefs de l'armée, ranimé le zélé des libéraux, groupé les mécontents... Ils sont ici, vous allez les voir... Je conspire, monsieur, depuis un mois pour notre maître.
ROQUEBRUXE.
Eh! Monseigneur, si vous ne conspiriez pas, que feriez- vous donc?
FOUCHÉ
Et vous, qu'avez-vous fait depuis que vous êtes à Paris?
J'ai VU tous les chefs des sociétés bonapartistes, et je me suis entendu avec eux pour soulever les faubourgs si le Roi ne part pas.
FOUCHÉ
On se battra?
On se battra.
Et des armes?
FOUCHÉ
Trente mille fusils et dix mille pistolets. Des sabres et des piques pour le reste.
FOUCHÉ
Avec quel argent se les est-on procurés?
KOQUEBRUNE.
Avec l'argent du duc d'Orléans.
FOUGHÉ.
Vous dites?
Je dis : du duc d'Orléans... Vous le savez bien, puisque c'est vous qui l'avez donné... Oui, vous songiez alors à remplacer le Roi par un lieutenantgénéral du Royaume... un Bourbon qui serait libéral, les lys avec le drapeau tricolore... C'était une jolie conception... Mais l'Empereur y a mis bon ordre... Si bien que l'argent, qui était venu de la flûte s'en ira par le tambour.
FOUGHÉ.
Mais, colonel 1
Tout ceci, à titre de renseignement, Monseigneur, et sans l'ombre de récrimination de la part de Sa Majesté... Pendant que nous sommes seuls, avonsnous encore quelque confidence à nous faire? Non. Alors, si vous le voulez bien, entamons la grande affaire.
FOUGHÉ, à part.
Cet homme-là possède des secrets bien lourds à porter.
Il va au bureau et sonne, Saint- Jean paraît, il lui fait signe d'ouvrir la porte de gauche, au fond.