LES ETABLISSEMENTS DES LOYALISTES
M. Buies écrivait naguère que la baie des Chaleurs était la région la plus cosmopolite dri toute la province.
Il est de fait que l’on y rencontre des colons de toutes les origines : acadiens, jersiais, guernesais, américains, irlandais, écossais, canadiens-français.
Les premiers établissements dans ce comté datent du régime français, mais leur importance s’accrut surtout avec rapidité à la suite de l’exode des loyalistes américains. (1)
Un certain nombre de familles américaines ne voulant pas changer d'allégeance mais demeurer fidèles à l’Angleterre avait pressé le gouvernement impérial, vers 1780, de leur concéder des terres.
(1) Les villages échelonnés le long de la baie des Chaleurs étaient habités depuis de longues années lorsqu’intervint le traité qui céda le Canada à l’Angleterre. En effet lorsque l’on fit le recensement en 1765, on trouva groupée dans les villages bordant la baie une population de 209 personnes et 37 maisons.
En 1777, Pasijébiac comptait— d'après un état fourni par le lieutenantgouverneur Cox— 47 personnes, et Bonaventure 104 âmes. On releva en ce dernier endroit, dans la même année, 2 chevaux, 20 bœufs, 40 vaches, 12 veaux, 40 moût ns, puis 2 goélettes, 16 chaloupes et 12 petites embarcations.
Dans la correspondance du lieutenant-gouverneur Cramahé on lit qu’en 1774, 81 acadiens arrivèrent de France pour se fixer à la baie des Chaleurs. On les obligea à prêter le serment d’allégeance à leur arrivée dans le pays.
SAINT-ALEXIS DE MATAPÉDIA. — (Nouveaux établissements sur le 4ème rang.)
Leur demande fut agréée et c’est vers les comtés de Bonaventure et de Graspé que ces familles que l’on désignait sous l’appellation de ‘ Loyalistes ”, se dirigèrent de préférence.
Deux cents familles de ces “ loyalistes ” vinrent s’établir en 1784 à New-Carlisle, dans la baie des Chaleurs, et à Douglastown, dans la baie de Graspé.
Le gouvernement de l’époque alloua à chaque chef de famille un lopin de terre de deux cents acres et à chaque femme, fille et enfant cinquante acres.
A NeW'Carlisle, l’on traça une ville en lots d’un acre, qui furent distribués parmi les chefs de famille et les jeunes hommes de seize ans et au-delà.
L’arpentage de ces lots de terre commencé en l’automne de 1784 fut complété en 1786.
Un comité composé du lieutenant-gouverneur de Graspé, Nicolas Cox, de M Chs hobin et de M. Isaac Mann, riche marchand de Bistigouche, fut chargé de distribuer des billets de location aux loyalistes qui désiraient s’établir sur nos terres.
Jusqu’en 1786, époque à laquelle les terres furent octroyées régulièrement, la Couronne anglaise se chargea elle-même de subvenir à l’entretien des familles des loyalistes. On accorda des rations à chaque homme et à sa famille pour trois années. Le roi et la reine d’Angleterre firent encore plus Ils fournirent aux loyalistes établis sur les bords de la baie des Chaleurs les instruments a'^ri-
coles. les meubles, la literie, etc.
Ces loyalistes se mirent bravement à l’œuvre et créèrent en peu de temps des établissement- qui ne tardèrent point à prospérer. Ce sont les descendants de ces familles loyalistes que l’on retrouve encore aujourd’hui à New- C’arlisle, à New-Bichmond et eu quelques antres endroits du comté de Bonaventure.
Pendant de longues années, les loyalistes formèrent le gros de la population sur les bords de la baie des Chaleurs
et même dau^ tout le comté. Ils ont encore la majorité •dans les villages de New-Carlisle et de New-Richmond
Mais la situation s’est quehiue peu modifiée depuis cinquante ans. L’élément canadien-français commença alors à envahir peu à peu ce territoire si plein de ressources, et à l’heure actuelle, il s’est développé dans de telles proporqu’il forme la majorité de la population dans le comté.
Le ret eusement de LSOl donne au comté de Boiiaventure une population totale de 20,835 âmes. Sur ce nombre 13,287 habitants sont d’origine française.
Il n’est que juste d’ajouter que ces divers éléments vivent «nsemble dans la concorde la plus parfaite et que les différences d’origine ont rarement été la cause de froissements.