MOUVEMENT DE LA POPULATION
Il semblerait à première vue qu’une région pour laqU'dle la^nature s’est montrée si prodigue de ses trésors, qa’une région où les ressources sont eu quelque sorte inépuisables, aurait dù bénéficier largement de tant d’avantages, et avancer rapidement dans la voie du progrès. Il n’en est rien. Depuis ving -cinq à trente ans, la Gfaspésie est demeurée à peu près stationnaire. Elle a même subi un mouvement de recul dans la dernière décade qui s’est terminée en 1891. En effet, en 1881, d’après le recensement officiel, sa population était de 25,001 âmes ; en 1891, elle tombe à 23,230 habitants.
Nous ne comptons pas dans cette statistique les Iles de la Madeleine, qui forment depuis deux ans un collège électoral distinct.
RIVIÈRE AUX RENARDS.— (Saint Martin),
A quoi tient ce mouvement rétrograde, ou si l’on préfère, cet état stationnaire d’une région qui pourrait aisément sustenter 150,000 personnes, et qui eu renferme moins de 25,000 ?
D’abord, à ce ver rongeur de l’émigration qui depuis p’us de trente ans enlève !.ux travaux de la terre des milliers de bras pour les précipiter dans les usines américaines ; puis à cette passion qui porte la majorité de la population à donner tous ses soins et ses efforts à l’industrie de la pêche, dont le rendement est cependant de moins en mois satisfaisant.
Il y a bien d’autres causes à ce mouvement stationnaire, et M. Buies nous les indiquait sommairement en 1898 dans une lettre ouverte à l’honorable M. Turgeon, Commissaire de la colonisation et des mines :
“ Ce pays, disait-il, n’a eu de communications régulières d’aucune sorte jusqu’aujourd’hui, par la vapeur, si ce n’est un petit service bi-hebdomadaire accompli par un seul ibateau dans la baie des Chaleurs.
“ On n’a do iné à la Oaspésie ni quais, ni ponts, ni routes suffisantes, parallèles à son développement.
“ L’éloignement de la Oaspésie, l’isolement féroce où l’a tenue l’absence des communications, les perfidies d’unn tradition obstinée qui enracinait de plus en plus tous les ans dans l’esprit public l’idée que la Oaspésie n’était et ne
serait jamais qu’un pays de chasse et de pêche ; . .
l’ignorance profonde, épaisse, où tout le monde était tenu au dehors sur la valeur et la nature réelle d’une contrée que l’on croyait presque inhabitable et qui jouit au contraire d’un climat remarquablement régulier et tempéré : ces quelques causes ei d’autres encore ont paralysé jusque dans leurs germes toutes les tentatives de colonisation et de culture . ”