‹ La colonisation dans les comtes de Temiscouata, Rimouski, Matane, Bonaventure, Gaspé, histoire sommaire des anciennes seigneuries; description des principaux centres de population et des cantonsChapitre 14 sur 45 · LA REGION DE LA MATAPEDIA · texte numérisé non relu

LA REGION DE LA MATAPEDIA

C'est une des régions dont on a le plus parlé en ces dernières années, et franchement elle est à la hauteur de la réputation qu'on lui a faite. Il en est même peu qui peuvent lui être comparées à raison des avantages de toute espèce qu'elle offre aux colons : richesse du sol, culture facile, et communications par chemins de fer avec les marchés de nos plus grandes villes.

Cette vallée de la Matapédia qui occupe aujourd'hui plus que jamais l'attention publique s'étend, à proprement parler, depuis les dernières concessions des comtés de

liimouski et de Mataue jusqu'à la rivière Ristigouche qui se jette dans la Baie des Chaleurs. L'étendue de ce territoire, arrosé par la rivière Matapédia et ses affluents, et traversé dans presque toute sa longueur par le chemin de fer Intercolouial, est d'environ 1,300 milles carrés

Mais nous n'avons pas à nous occuper, pour le moment, de toute cette vaste étendue de territoire. Ce serait déranger l'ordre que nous avons suivi jusqu'ici dans notre travail et qui consiste à noter la marche progressive de la colonisation par comtés et non par régions.

Il n'en est pas moins vrai cependant que le comté de Matane embrasse une bonne partie de cette vallée de la Matapédia, puisque l'on compte au moins dix cantons enclavés pour ainsi dire dans cette fameuse vallée. Ce sont les cantons Cabot, Awantjish, Nemtayé, Humqui, Lepage^ Matalik, Casupscull, McNider, Biais, Casault et la Seigneurie du Lac Matapédia.

Ces cantons réunis renferment 300,000 acres de terres disponibles et otFertes en vente au public.

Un autre canton, le canton Pinault, arpenté depuis peu, sera ajouté prochainement à cett- liste, et augmentera d'autant l'étendne des terres offertes à la colonisation. Ce dernier canton n'a pas même attendu que les officiels l'eussent mis en vente pour recevoir la visite des colons. Nous savons en eflet par un explorateur qui arrive de cette région que trente familles au moins sont installées dans ce nouveau territoire. Cela promet.

LES COMMiNCEMENTS DE LA MATAPEDIA

C'est dans la seigneurie du Lac Matapédia que la colonisation de cette partie du pays parait avoir débuté.

La concession de cette seigneurie remonte à une date déjà lointaine. Elle fut octroyée en 1694 à Louis Nicolas Joseph d'Amours.

En 1797, cette seigneurie comprenant le lac Matapédia, ses lies, avec une lieue de terre en profondeur autour du lac

fut vendue par autorité de justice et acquise par Patrick Langan. En faisant cette acquisition, Laugan déclara qu'il avait acheté un tiers de ce fief pour John McKindlay et qu'il gardait pour lui-même les deux autres tiers.

En 1831, les deux tiers de cette seigneurie sont légués par Patrick Langan à ses filles Charlotte Langan, femme de James Leslic, Maria Johnson Langan, femme d'Arohibald Kennedy Johnson.

L'autre tiers de la seigneurie de la Matapédia était encore en 1833 la propriété de John McKindlay.

Cette seigneurie fut revendue de nouveau par autorité ■de justice et un M. Bartholomew l'acheta. Depuis 1881, elle est la propriété de MM. King et frères, grands commerçants de bois.

Jusqu'à il y a quarante ou cinquante ans, la colonisation fut nulle dans cette seigneurie. Les anciens propriétaires ne voulaient concéder de terre à aucun prix et ceux des premiers colons qui s'avisèrent d'y fonder des établissements ne purent le faire qu'à leurs risques et périls.

Les messieurs King, en devenant propriétaires de cette seig-neurie qui embrasse toute la terre autour du lac, jusqu'à trois milles de profondeur, se montrèrent meilleurs princes que leurs devanciers. Tout en faisant une grande exploitation de bois dans la seigneurie, ils concédèrent des lots à qui voulait en prendre, et de suite le mouvement colonisateur prit une extension qui a complètement transformé cet admirable petit coin de terre.

Là, où on ne rencontrait, il y a à peine trente ans, que la forêt et sa morne solitude, des villages entiers ont surgi comme par enchantement. Citons : St-Moïse, Sayabec, Cedar Hall, St-Damase, etc.

ST moïse

Cette paroisse, située à 220 milles de Québec, se trouve sur lalroute de l'Intercolonial. On y compte 450 communiants.

La paroisse de St-Moïse est située sur le plateau d'épanchement, entre la vallée du Saint-Laurent tt la vallée de la Matapédia, une partie des eaux coulant vers le nord et l'autre partie vers le sud.

L'église de St-Moïse n'est située qu'à deux milles de la station de l'Iniercolonial et possède un curé résidant.

Cette paroisse doit ses premiers colons à la construction du chemin Matapédia. Ceux-ci partaient de Ste-Flavie, qui avait alors pour curé monsieur l'abbé Moïse Duguay, homme plein de zèle apostolique. Il fut le premier missionnaire de la vallée de la Matapédia. C'est lui qui fixa l'endroit de l'église actuelle de St-Moîse 1 1 donna son nom à la nouvelle paroisse. (1)

SAYABEC

Ste-Marie de Sayabec est '-^ne paroisse nouvelle, agréablement située à la tête du lac Matapédia etsur les rives de la rivière Sayabec.

La population actuelle est de près de 600 âmes.

Sa distance de Québec est de 227 milles.

L'église actuelle a été érigée en 1892, par les soins du curé de St-Moïse, et se trouve à quelques arpents seulement de la station du chemin de fer.

Le grand commerce de bardeaux que font MM. Sheel, MacPherson et Cie a considérablement contribué au développement de ce village. Celui-ci possède actuellement deux marchands, un bureau de poste, deux écoles.

C'est aussi à ce village que descendent les colons qui veulent prendre des terres dans la vallée de la Matapédia. Le siège de l'agence des terres est en effet installé ici depuis deux ans. (2)

(1) Mouvement de la population en 1898, d'après les registres de l'état civil :,

Naissances 52

Mariages 5

Sépultures > • t-* 16

(2) Le siège de l'agence vient d'être transféré à Amqui.".". ". . . . -

Si3

Il y a anx alentours de cette paroisse un champ des plus vastes pour les colons de l'avenir. Sur un parcours de dix milles[[de profondeur et de huit de largeur, on rencontre d'excellentes terres, riches en bois de toute espèce, traversées par de belles rivières et propres à constituer de magnifiques fermes. (1)

STDAMASE

A st^pt milles environ de St-Pierre du Lac. Le sol y est de bonne qualité. Il y a là une église avec un curé résidant. On a établi une fromagerie dans la paroisse.

La population actuelle est de Y*70 habitants- (2)

BEAURIVACE

Beaurivage est un village naissant, mais qui ne peut tarder à prendre de l'extension. Il se trouve situé dans le premier rang du canton Matalik. On 7 compte une vingtaine de familL s.

CEOAR HALL

Le nom canonique de la paroisse est St-Pierre du Lac.

Cet intéressant village dont la population n'est pas loin d'atteindre 1600 âmes, se trouve installé dans un magnifique paysage sur les bords mêmes du lac Matapédia.

î:r'aint-Pierre du Lac est le quartier général de la maison King, qui y a installé d'importantes scieries, procurant du travail à plus de 150 personnes.

Trois langs seulement composent cette paroisse. Les deux premiers sont entièrement occupés et le troisième à la veille d'être accaparé aussi complètement par les colons.

(1) Mouvement de la population en 1898 :

Naissances 37

Mariages 6

S<5pulture8 10

(2) Statistique de 1898 :

Naissances 40

Mariages 3

Sépultures 8

Fondée en 1888, son premier ciiré,*M. l'abbé M. P. Brillant, dessert encore cette paroisse.

Saint-Pierre du Lac possède l'organisation canonique et civile des paroisses. C'est aussi le chef-lieu^de la cour des Magistrats. (1)

Il y a aussi les villages de Hum qui et de Causapscal dont nous aurons l'occasion de parler au long en abordant l'étude des cantons de cette région.

ETABLISSEMENTS PROSPERES

C'est l'opinion de la plupart des explorateurs qui ont étudié à fond cette partie de notre pays, que la vallée delà Matapédia offre des avantages exceptionnels d'établissement et peut sustenter aisément une population de trois cent mille âmes.

800,000 âmes ! Comme le comté de Matane ne renferme actuellement qu'une population d'environ IV, 000 à 18,000 habitants, on peut juger, par cette estimation des explorateurs, de l'avenir de cette région, l'une des plus favorisées de la province de Québec.

Ce qui prouve au reste que nous sommes ici dans une belle et fertile région agricole, c'est que la plupart des colons qui y ont fondé des établissements ont acquis en peu d'années une aisance des plus enviables.

On a déjà cité le cas d'un M. Pinard qui arrivé à Causapscal, il y a huit ou neuf ans, avec toute sa famille, et s'étant mis énergiquement au travail avec ses enfants, est devenu en peu de temps le possesseur d'une ferme dont la valeur est estimée aujourd'hui à $1,800.

En 1895, un M. Morisset, descendu à Causapscal depuis cinq ans, refusait $1,200 pour sa terre qu'il avait défriché lui même seul.

(1) Statistique pour 1898 :

Naissances ' 69

Mariages 9

Sépultures 23

Un vieillard d'une soixantaine d'années, M. Paul Valois, des cantons de l'Est, étant venu visiter en 1894 la vallée de la Matapédia, fut frappé de la fertilité de son sol, et prit de suite un lot à Causapscal qu'il se mit à défricher et à cultiver. Au bout de deux ans, on offrait $1,500 à M. Yàlois pour sa terre. Celle-ci est cotée aujourd'hui à $5,000.

Deux jeunes frères, du nom de Plante, établis depuis quatre ou cinq ans, ont refusé $1,500 pour leur terre, au bout de deux années de travail. Leurs dépenses de défrichement ne s'étaient pas montées au-delà de $300. C'est donc dire qne $300 ont produit $1,5U0.

Ces faits et bien d'autres que nous pourrions relater, font comprendre que vu la facilité du défrichement, les colons, même les moins pourvus au point de vue financier, peuvent arriver assez vite à l'aisance. Il est indéniable en effet que si des colons ont refusé des sommes si considérables pour quelques arpents défrichés, c'est qu'ils comprenaient que leur terre était réellement bonne et qu'elle pouvait leur rapporter plus.

Page 1