L'INDUSTRIE FORESTIERE
L'exploitation forestière se fait sur une grande échelle dans ce comté.
C'est aussi l'une des régions les plus fortement boisées de la province, surtout en cèdre, en épinette et en merisier.
Pour peu que Ton parcourt cet immense comté, on est certain de rencontrer dans tous les villages qui bordent la baie des Chaleurs, des moulins en pleine opération.
A Maria, ce sont les moulins de MM. Z. Gagné, et "W. Bujold ; à Carleton, celui de M Mansfield Stewart.
Dans le canton Angers, en arrière de Maria, de grands moulins à scie et à bardeau ont fonctionné jusqu'à ces dernières années, mais la compagnie qui les exploitait ayant liquidé, les moulins ont dû être fermés.
Sur les rives de la Cascapédia, les frères Nadeau ont érigé, il y a quatre ou cinq ans, un établissement des plus importants : scieries, moulins à bardeau et fabrique de cercles de barils.
Trois ou quatre milles plus à l'est encore, le long du chemin de fer, se trouvent le moulin à bardeau de M. Starck, de la Nouvelle- Ecosse, et des scieries appartenant à un syndicat montréalais.
C'est à New-Richmond cependant que sont installées les plus grandes scieries du comté. Elles sont exploitées depuis de longues années déjà par la New Richmond Lumber Co, qui charge actuellement, pour son compte quinze à vingt voiliers.
A Bonaventure, M. N. Leblanc, gère pour le compte d'une maison de Qaébec, des moulins à scie et à bardeau ; à St-Charles de Caplan, il y a les moulins de M. G-arant, à Musseleyville, l'on compte quatre scieries, et à Port-Daniel celle de M. Caldwell. Il y a aussi un grand moulin à Nouvelle,
Il ne se fait pas uniquement du bois de sciage et d*3 bardeau dans ce comté. On prépare encore des quantités énormes de dormants pour les chemins de fer.
Ce commerce de dormants a pris, surtout depuis quelques années, une grande extension. Une dizaine de négociants au moins de Nouvelle, de Caplan, de Maria, de Bonaventure et d'autres endroits chargent plusieurs vaisseaux, tous les ans, et fournissent, au dire de M, J. C. Langelier, la plus forte partie des dormants de cèdre qu'emploient les compagnies de chemin de fer de la Nouvelle-Angleterre.
Le cèdre du comté de Bonaventure est très recherché à cause de sa qualité. C'est à ce point que des maisons de Boston et d'autres villes américaines envoient des agents dans ce comté pour y acheter tout ce qu'ils peuvent trouver.
Aujourd'hui que le chemin de fer de la baie des Chaleurs est soudé à l'Intercolonial et se prolonge jusqu'à New Car-
lisle, l'on peut entrevoir une ère d'activité extraordinaire pour le commerce de bois dans cette région.
D'après la statistique officielle, la coupe du bois dans ce comté a donné au gouvernement de Québec en 1898 une recette de près de $24,000.
LES PniNCIPALES RIVIERES
EiviÈRE RiSTiGOUCHE. — Une des plus belles et des plus grandes rivières à saumon du monde.
Elle sépare notre province de celle du Nouveau-Brunswick, et débouche dans la baie des Chaleurs, après avoir suivi un cours de près de 110 milles. Ses sources se trouvent près de la rivière St-Jean
L'estuaire de la Eistigouche, à la tête de la baie des Chaleurs, a irois milles de largeur et neuf brasses de profondeur. La marée se fait sentir dans la rivière jusqu'à vingt-quatre milles, dont dix-huit sont navigables pour les gros navires océaniques.
Une bonne partie des terres qui bordent cette rivière sont concédées.
Cette rivière est affermée.
Rivière Matapédia — Cette magnifique nappe d'eau qui prend sa source dans le lac Matapédia, arrose les cantons de Milnikek et Matapédia, la seigneurie du Lac Matapédia, les cantons de Humqui, Lepage, Assemetquagan, Matalik, Causapscal et Ristigouche.
La Matapédia est une belle rivière à saumon qui a été affermée au Ristigouche Salmori Club.
Rivière Assemetquagan. — Traverse une bonne partie du canton Assemetquagan. Cette rivière débouche du côté gauche dans la Matapédia. Elle est renommée pour sa truite.
Rivière Bonaventure. — Cette grande rivière traverse les cantons Hamilton et Cox, et va se jeter dans la Baie des
Ph
Chaleurs, à cinq milles ea amout du village de New- Carlisle.
Le cours de ctte rivière est volumineux et sa largeur varie de 70 à 100 verges dans la partie avoisiuant son embouchure. Elle reçoit par ses deux rives les eaux de plusieurs affluents considérables, et prend sa source dans la région montagneuse de l'intérieur de la G-aspésie.
Exempte de chutes, les seuls obstacles qui arrêtent la navigation en canot sont les amas de bois de dérive.
Son cours est de 60 à 70 milles.
Cette rivière est fameuse par le saumon qu'on y prend. Elle a été donnée à bail.
Elle fut concédée pour la première fois en 1697 par Frontenac au Sieur de la Croix avec deux lieues de terre de front, mais en 1785, comme les concessionnaires primitifs n'avaient pas pris possession de leur seigneurie, la Couronne la confisqua. Cette seigneurie se trouve maintenant enclavée dans les cantons de Hamilton et de Cox.
KiviÈRE GRANDE Cascapédia.— Elle passe pour la plus belle rivière à saumon de la province. Le syndicat qui l'a affermée paie $6,000 par année pour les droits de pêche, ce qui est déjà respectabl .
Cette rivière sort du lac Cascapédia qui se trouve à environ 76 milles, et coule à travers des montagnes dont la beauté grandiose, disi nt les explorateurs, ne saurait être surpassée.
A deux milles du lac, la largeur de la Cascapédia n'est que de vingt verges, mais un peu plus loin cette largeur augmente jusqu'au point d'atteindre 500 verges à son embouchure
Le cours de la Cascapédia n'est obstrué par aucune chute, mais il forme un courant uniformément rapide.
De nombreuses îles, couvertes d; s plus beaux arbres du pays, tels que le frêne, l'orme, l'érable, le merisier blanc et le merisier rouge forment autant de paysages pittoresques.
aà^L^
Cette rivière se jette dans la baie des Chaleurs entre le» cantons Maria et New-Richmond.
Petite rivière Cascapédia. — Coule à l'est et parallèlement à la grande rivière Cascapédia, à une distance de six milles. Elle a sa source dans les monts Schickshocks et se partage en deux bras à 22 milles de son embouchure dans la baie des Chaleurs.
Son cours est d'environ *75 milles de longueur et elle est navigable pour les canots.
Cette rivière n'a pas l'importance de la Grande Cascapédia pour la pêche au saumon, mais elle^ ne laisse point d'avoir encore une certaine valeur.
Tout le canton New-Richmond est sillonné par cette belle rivière.
Dans la branche est, on remarque de riches épinettières et même une assez grande quantité de pin.
Rivière Nouvelle. — Traverse le canton Nouvelle et se jette dans la baie des Chaleurs, vis-à-vis de Dalhousie, N. B. Renferme de la belle truite.
Rivière Escumenac. — Voisine de la rivière Nouvelle et se jette comme elle dans la baie des Chaleurs. Cette rivière qui vient des Shickshocks, aux sommets couverts de neige, roule une eau fraîche comme la glace et claire comme le cristal.
La truite y est abondante.
Cette rivière traverse une partie du canton Mann, arrose le haut du canton Nouvelle, pour tomber ensuite dans la baie des <- haleurs.
Ses principaux affluents sont le Grrand Nord, le Petit Nord et le ruisseau Argument. >
Les rives de cette rivière et de ses affluents sont bien boisées, surtout en cèdre et en épinette.
Rivière Port Daniel. — Se jette dans la baie des Chaleurs à çuotre milles de son embouchure.
C'est une rivière considérable qui se scinde en trois bras.
Elle est formée de trois branches qui sont autant de rivières distinctes : la branche du nord ou rivière du Nord, la rivière du Milieu et la rivière de l'Ouest.
Ces trois rivières se déchargent dans la lagune formée par le barachois de Port Daniel.
Le cours de la rivière est généralement rapide et la profondeur jde l'eau est en moyenne de deux à trois pieds. Il n'y a qu'une seule chute sur la branche principale, et des chutes plus considérables sur les tributaires.
Le long de la rivière du Nord et de celle du Milieu, le "bois a été exploité depuis longtemps, mais dans la partie supérieure, il reste encore du beau bois. Les principales essences'sont l'épinette, le merisier et le cèdre.
Dans la rivière de l'Ouest, le pin est plus abondant qu'ailleurs.
La truite et le saumon fréquentent cette rivièra
EuissEAU Mann. — C'est un tributaire de la rivière Nouvelle. Il prend^sa source dans le canton Angers et se décharge dans la rivière Nouvelle à 19 milles de la ligne ouest du canton Angers.
Le cours de cette petite rivière est rapide. Les environs sont boisés d'épinette, de sapin, de cèdre et de merisier.
Ce ruisseau contient du saumon.
COMTE DE GASPE
La Graspésie est cette grande péninsule qui forme l'extrémité sud-est de la province de Québec.
Son étendue, eu y comprenant une partie du comté de Matane, est de 4,461 22 milles, équivalant à 2,854,540 acres.
Le littoral de la Graspésie, vu de la mer, oifre à l'œil une série presque continue de superbes paysages, -où le pittoresque le dispute au grandiose.
L'entrée des rivières — et elles sont nombreuses— fournit aux goélettes et aux petits navires d'un faible tirant d'eau des mouillages faciles. Le bassin dj Graspé constitue à lui seul un excellent port pour les vaisseaux de n'importe quel tonnage.
Un autre trait assez caractéristique de cette péninsule est la chaîne des monts Notre-Dame, L'extrémité occidentale de cette chaîne arrive à deux milles de la rive orientale de Matane. Les plus hauts pics de cette chaîne, en gagnant vers Cap Chat, atteignent jusqu'à 3,500 pieds de hauteur. La totalité de la chaîne, à l'ouest du mont Albert, est couverte par la forêt, excepté sur les extrémités des sommets des plus hautes montagnes, qui sont des rochers nus.
En général, la contrée située au nord de la grande chaîna des montagnes consiste en une série de rides, courant parallèlement l'une à l'autre et qui deviennent moins élevées à mesure qu'elles s'approchent des bords du Saint- Laurent. Ces rides sont entièrement couvertes d'une épaisse forêt, où Ton rencontre le sapin, l'épinette, le bouleau blanc, noir et jaune, le pin blanc et le cèdre blanc.
Ajoutons que le gibier abonde dans toutes ces forêts. On y voit en grande quantité l'orignal, le caribou, la martre, le
fil
pi; <
(fi
pékan, et aussi la loutre, le yipon et le castor. Ce dernier cependant tend à se faire plus rare à cause de la chasse excessive qu'on lui a faite.
Sous le rapport du climat et de la fertilité du sol, ce vaste territoire est des plus favorisés de la nature. Oa p3ut citer des cantons entiers, où tous les lots sont adaptés à la culture et où l'on pourrait fonder, avec peu de travail, de magnifiques établissements agricoles.
Nous avons entendu nn explorateur qui a traversé récemment dans toute leur étendue les cantons de Pabos, de Newport et de Port Daniel, parler avec enthousiasme de la qualité du sol dans ces différents endroits et proclamer avec force qu'on ne se faisait pas une idée de l'incompirable richesse des cantons de la Graspésie et de Bonaventure. Que de beaux et solides établissements l'on pourrait faire dans cette région, disait cet explorateur, si on les connaissait mieux !
Le blé et les autres grains mûrissent parfaitement bien dans la Gaspésie. Les légumes sont même plus beaux qu'en bien dos endroits, à cause de cette fraîcheur et de cette humidité qui régnent sur les bords de la mer.
Un autre appoint précieux pour le cultivateur gaspésien c'est l'engrais dont il a besoin pour ses terres et que la mer lui fournit avec une pr )fusion sans égale. Pendant que dans les autres parties de la province, l'on est le plus souvt^nt obligé de recourir à l'emploi d'engrais artificiels, ici la mer vient déposer sur les rivages, en quantités énormes, un excellent varech ou goémon qui ne coûte que le trouble de le recueillir. Il y a aussi les déchets de poisson qui constituent un engrais des plus fertiles.
La Graspésie est encore tenue par tous ceux qui l'ont explorée pour une région des mieux adaptée à l'industrie si lucrative de l'élevage. Les pâturages y sont presque partout d( qualité supérieure. Le sol produit l'herbe en
abondance et les prés sont traA'ersés presque partout par des rivières ou des ruisseaux où coule une eau des plus limpides.
LES PECHERIES DE GASPE
Ce que l'on connaît de mieux à l'extérieur, de la Gaspésie, ce sont ses pêcheries.
Celles-ci d'ailleurs ont une réputation justement méritée: ce sont les plus riches de la province de Québec et peutêtre de l'Amérique du Nord.
Exploitées depuis au-delà de deux siècles, ces pêcheries ont fourni au commerce des produits dont la valeur se chiifre par millions de piastres et font vivre encore à l'heure actuelle des milliers de personnes.
La maison Chas Robin & Cie, de Jersey, qui a d'importants comptoirs au bassin de Graspé, à Percé, à Paspébiac, à la Grande-Rivière et en plusieurs autres endroits de la Gaypésie, a réalisé autrefois, dans cette exploitation, une fortune de plusieurs millions. (1)
Avant que la maison Robin ne vint installer ici ses comptoirs, il n'y avait encore eu personne engagée dans le commerce de la morue, dans la Baie des Chaleurs. Les habitants de la Gaspésie péchaient bien la morue et l'expédiaient à Québec, mais ce commerce était des plus restreints.
C'est M. Charles Robin, habitant de l'ile Jersey, qui donna à cette indus'rie l'élan qu'elle a pris depuis. Il s'établit d'abord à Paspébiac, mais les affaires prospérant audelà de toute espérance, il fonda de nouveaux établissements de pêche aux endroits que nous avons indiqué.
D'autres maisons sont venues depuis qui se sont livrées à leur tour à ce commerc*^, sur une grande échelle. Les principales sont les maisons LeBouthillier & frère, J. & E, Collas, J. Le Bouthillier & Cie, Yalpy etLebas, Hyman.etc.
(1) Le premier établiesement des Robin à Paspébiac date de 1767.
Les poissons qui fout l'objet de cet'e exploitation sont la morue, l'aigrefiu, le hareug, le maquereau, le sau non et le homard- La pêche de la morue — qui est la plus productive — sa fait dans le voisinage des côtes, dans les anses et les baie» et sur les bancs, à vingt-cinq ou trente mille des côtes.
Les pêcheurs construisent généra ement leurs embarcations et pourvoient aux. frais de tous les appareils nécessaires. Un certain nombre pèchent pour leur compte et envoient leurs produits sur les marchés de Québec ou d'Halifax, mais la majorité des pêcheurs vendent leur poisson aux maisons Robin, Le Bouthillier et autres.
On estime que la pêche à la morue — lorsque celle-ci donne, ce qui n'a pas toujours lieu — peut rapporter de $300 à $500 par été à un pêcheur actif et laborieux.
La pêche du hareng qui dure depuis le mois d'avril aa mois de décembre et qui se fait avec des rets et des seines, donne aussi de bons résultats.
La pêche au saumon se fait au moyen de rets qu ) l'ort tend sur le bord de la mer, dans les anses et surtout à l'embouchure des rivières. Cette pêche subit des fluctuations. S'il y a de bonnes années il y en a de fort médiocres.
Pour avoir une idée exacte de la valeur des pêcheries du comté de Graspé, nous n'avons qu'à compulser la statistique officielle publiée par le gouvernement d'Ottavi'^a.
Cette statistique nous montre que l'on comptait en 1898, dans le comté de Graspé, 2,558 bateaux de pêche, d'une valeur de $61,374, employant 4,044 hommes.
La valeur des produits pour l'année a été de $568,012, alors que pour 1897, le rendement des pêcheries dans le même comté avait atteint $646,269.
Le commerce avec les pays étrangers, c'est-à-dire les neufdixièmes du commerce de poisson, se fait par des navires venant d'Europe. Ces navires prennent ordinairement leurs cargaisons au bassin de Gi-aspé, à Percé, à Grrande-Rivière^ à Newport et à Paspébiac, dans le comté de Bonaventure.
cS
"On a pu constater, il y a un instant, une diminution assez notable dans le rendement des pêcheries de Gaspé ;pour l'année 1898. Ce n'est pas là un fait anormal. Il se répète depuis plus de dix ans et se répétera encore. Nous i^ommes loin de vouloir nous réjouir de ce malheur, mais la Jeçon devrait profiter aux habitants de la Graspésie qui iaisstnt en friche d'excellentes terres pour s'adonner à une profei?sion dont les profits deviennent de plus en plus aléatoires.