EAUX POTABLES ET THERMALES
L’eau, en Algérie, n’est pas généralement pure; elle contient, dans des proportions assez fortes, des sels divers ayant pour bases la soude, la magnésie et la chaux, dont souvent on trouve à peine la trace dans l’eau de nos fleuves et de nos sources de France. Ainsi, l’eau de la Loire ne
contient que 0,088 milligrammes de sels divers par kilogramme d'eau ;
Celle du Rhône 0,106
Celle de la Seine 0,182
L’eau de la source d’Arcueil, près Paris. 0,467
Cette dernière eau est réputée beaucoup moins bonne que l’eau de Seine pour les usages domestiques.
En Algérie, M. Ville a constaté, d’après de nombreuses analyses faites à Alger et à Oran, que l’eau des terrains tertiaires contient en général 1,991 milligrammes de sels étrangers par kilogramme d’eau, et que celle des terrains secondaires en renferme encore généralement 0,325.
Telles sont les moyennes ; néanmoins, la qualité de l’eau varie beaucoup suivant les localités. Dans quelques-unes il y a peu de différence avec la France. Ainsi, à Tlemcen, l’eau ne contient que 0,262 de sels divers ; à Milianah, 0,249; à Mouzaïa-les-Mines, 0,240 ; à Blidah, 0,178.
L’eau de Blidah est la plus pure de toutes les eaux de l’Afrique. Comparable à celle de la Seine, elle pourrait servir à la fabrication du papier fin. A Alger, l’eau n’est point aussi bonne. Celle du Jardin-d’Essai, près de cette ville, contient 0,454 de sels divers. Il y a cependant, dans les terrains secondaires, bien des sources qui ne valent point celle-là. L’eau de la colonie agricole de l’Affroun, au pied de l’Atlas, contient 0,673 de sels divers. Cette eau est cependant préférable à celle de certaines autres colonies agricoles. Ainsi, l’eau d’Assi-ben-Amour, petit village situé dans les terrains tertiaires des environs d’Oran, contient 5 grammes 80 milligrammes de sels divers. L’eau de Tenez , qui contient 1 gramme 856 milligrammes de sels divers, est plus pure ; néanmoins, elle est très-purgative, mauvaise au goût, peu estimée pour la boisson, cuisant difficilement les légumes et lavant mal le linge. On conçoit coinbien la qualité de l’eau d’alimentation doit exercer d’iufiuence sur la santé des colons.
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C’est peut-être à cette cause qu’il faut attribuer les maladies fréquentes qui sévissent dans beaucoup de plaines du voisinage de la mer, appartenant aux terrains de formations tertiaires, où la qualité de l’eau est généralement moins bonne. Il est donc très-important de ne pas installer les colons au hasard, et de leur faire arriver de l’eau potable quand on n’en trouve pas dans les localités adoptées pour centre de population. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.
Constatons seulement ici que pendant la saison des pluies la composition de l’eau change : en général, elle est plus pure qu’en été. L’eau de puits elle-même est beaucoup meilleure en hiver, la quantité d’eau souterraine étant plus grande. Ainsi , tel puits à Arzew, dont l’eau en hiver n’a que 925 milligrammes de sels divers, en a 2,517 en été ; tel autre qui en a 3,790 en hiver, en a 7,374 en été.
Si l’Afrique n’a pas toujours des eaux potables excellentes , si, pour cette cause et pour d’autres encore inhérentes au sol ou au climat, on y est exposé à certaines maladies plus rares ailleurs, il semble que la Providence ait voulu mettre le remède à côté du mal. 11 y a peu de pays où l’on rencontre autant de sources thermales et minérales salutaires à la santé.
La province de Constantine est celle qui en possède le plus grand nombre.
En sortant de Constantine par 1a porte Valée, on rencontre d’abord, près du Rummel, la source thermale de Hamtnam- Sidi - Mimoun , d’une température de 26°. Les Romains avaient couvert ce bain d’une voûte en pierres de taille. On y pénètre actuellement par une entrée assez étroite qui regarde le Nord. Aucune ouverture n’éclaire l’intérieur, où l’on ne peut se diriger sans être muni d’une lampe.
Non loin de là, toujours près du Rummel, on trouve une source thermale qui sort d’un rocher creusé tout à la fois par la nature et par la main de l’homme. L’enceinte a la forme
d’une salle circulaire recouverte d’une voûte sphérique.
Au delà de la porte d’El-Kantera, sur la hauteur de Sidi- Mécid, on trouve encore une source d’eau chaude sulfureuse, d’une température de 34° et même de 40° à son origine. La piscine naturelle dans laquelle on se baigne peut contenir 30 ou 40 personnes.
Il y a encore, aux environs de Constantine, la source chaude du jardin de Salhah-Bey, où les indigènes vont se baigner.
Enfin, à 1 2 kilomètres de cette ville, la route de Philippeville traverse les sources du Hamtna, peut-être d’une efficacité thermale légère, mais néanmoins assez fréquentées par les Européens. Elles sont au nombre de 1 6, et débitent ensemble près de 1,000 litres d’eau par seconde.
Dans le cercle de Constantine on trouve encore la source sulfureuse de El-Garsa, de 32° ;
Le Uammam-Groms, source également sulfureuse de 47°;
Et le Hammam-Beni-Ilhéchia.
Du côté de Sétif, entre Milah et Djimilab, on trouve la source ferrugineuse de Ma- Allah.
Plus près de Djimilah est celle de Hammam-Bou-Haüouf. Cette source est légèrement sulfureuse, d’une température d’environ 40°. Le bassin carré qui l’entoure est de construction romaine.
A mi-chemin de Djimilah à Sétif on rencontre la source de Kasbdü.
A 19 kilomètres de cette dernière ville sont les sources de Hammam-Bou-Sellam. Elles sortent de plusieurs bassins avec un grand dégagement de gaz. Les moins chaudes marquent 40° 1 /2, les plus chaudes 49°.
A quelques kilomètres de Tozer est la source de Hammam- Tozer
Enfin, dans le cercle de Sétif se trouve encore la source de Uammam-Bou-Thaleb, de 50°;
Et celle de Hammam-Msilusan.
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Dans le cercle de Bordj-Bou-Aréridj est celle de Hammam- Mta-el-Biben, source sulfureuse de JO";
Et le Hammam-Omd-el-Kessob.
Près de Biskara est la source sulfureuse de Kourbeizet, de 40°.
Dans le Bordj-el-Mak, à l’est du Sahara, se trouve la source El-Hammam-Kabes. Elle est également sulfureuse et marque 47°.
Près de Bône est la source sulfureuse de Hammam-Mta- Djendel, de 40°.
Dans le cercle de La. Galle il y a.trois sources sulfureuses: Hammam-Ouled-Messaoud, de 42° ;
Hatnmam-Sidi-TraaÂ, de 37°;
Et Kef-el-Hammam, de 35°.
On rencontre, sur la route de Guelma à Tifech, à un kilomètre de rOued-Rhiba, une magnifique source entourée de constructions romaines : ses eaux marquent 22° ; elle sort d’une large fente ouverte dans la roche, dont la partie inférieure forme une véritable baignoire. — Dans le cercle de Guelma on trouve encore plusieurs sources thermales :
Hammam-Breda, sur le territoire d’Héliopolis, de 29°;
Hammam-lIta-Àchaich, de 60° ;
Hammam-Rellaïa, de 40° ;
Hammam- Nbaïls, de 37°;
Hammam-Ouled-Zeïd, sur la tribu des Hanencha.
Les plus remarquables de toutes sont les sources de Bammam-Meskhouline. Elles sont à 18 kilomètres de Guelma, dans la direction de Constantine. Des colonnes de vapeurs, qui s’élèvent du pied des hautes montagnes qui les entourent, les signalent de loin à l’attention des voyageurs. Leur température s’élève jusqu’à 95° centigrades. Le sol du petit mamelon où elles se trouvent résonne sous les pas, et l’on entend à l’intérieur comme le bruit sourd d’une ébullition. Cette ébullition se manifeste encore lorsque les eaux apparaissent au jour. Comme elles sont très-chargées de carbo-
Date de chaux, dès que leur température s’abaisse au contact de l’air, des dépôts se forment autour des sources, des couches calcaires successives se déposent et élèvent peu à peu une enceinte circulaire dans laquelle la source monte pour se déverser par-dessus les bords. A mesure que l’enceinte s’exhausse, la base s’élargit ; car plus les couches descendent , plus l’abaissement de la température les rend épaisses. Quand le tube que le mouvement de l’eau réserve à l’intérieur du cône est assez élevé pour que la colonne d’eau tpi’il renferme fasse équilibre à la force motrice d’ascension de la source, l’ouverture supérieure se rétrécit peu à peu, finit par se fermer, et le tube lui-même se bouche complètement. L’eau cherche alors une autre issue. Le mamelon d’où s’échappent les sources est ainsi couvert d’un grand nombre de cônes blanchâtres, qui de loin ressemblent à des burnous. L’imagination des Arabes ne pouvait manquer de s’exercer sur ce singulier phénomène. Voici comment ils l’expliquent :
« Un frère et une sœur voulaient se marier. Après d’in- « fructueuses démarches auprès d’un bon nombre de cadis, « ils finirent par en trouver un plus complaisant qui con- « sentit à célébrer le mariage. Mais le ciel ne permit pas « qu’une semblable impiété restât impunie. Son juste cour- M roux se manifesta bientôt. A peine les instruments de mu- « sique avaient-ils donné le signal de la cérémonie, que le « cadi, les témoins, les époux et tous tes invités de la noce, « restèrent pétrifiés sur place. Le temps a altéré leurs traits; a mais l’on distingue encore la forme de leurs burnous. « D’ailleurs, comme témoignage permanent de sa vengeance, « Dieu irrité permit l’éruption d’une source d’eau bouil- « lante à l’endroit même où le conscoussou avait été pré- « paré. »
Quoi qu’il en soit , il paraît qu’Hammam-Meskhoutine , sous le nom d’Aquœ Uerculis, a été occupée par les Romains avant de l’être par les marabouts arabes. Les ruines que l’on y trouve encore attestent que les Romains avaient là des éta-
LES RICHESSES MLNÉRALES. HT
blissements très-importants. On voit encore quatre bassins construits par eux ; ils ont 1 mètre de profondeur ; l’un d’eux n’a pas moins de 55 mètres de longueur. Aujourd’hui les sources ont disparu des points les plus élevés du monticule ; les vieux cônes y sont à sec, et presque toutes les eaux sortent avec abondance à fleur du sol, pour descendre en gracieuses cascades sur les gradins qu’elles ont formés, et tomber dans un petit ruisseau , l’Oued-Ched-Tkhra, qui les conduit à l’Oued-Zenàti. Les dépôts formés par les cascades changent de couleur à mesure qu’on s’éloigne de la source , et à mesure que la température de l’eau s’abaisse. Ainsi, à la source même, ces dépôts sont un peu gris ; plus bas, ils sont d’un blanc de neige; plus bas encore, ils sont rougeâtres. Ils forment de petits dessins comme des festons, et brillent avec éclat au soleil. Lorsque la température de l’eau n’est plus qu’à 60°, il s’y développe en effet une grande quantité de matières organiques , qui se mêlent aux dépôts pierreux sous toutes les formes.
Les eaux d’Hammam-Meskhoutine sont de nature saline , avec odeur sulfureuse. Elles sont salutaires à la suite des fièvres intermittentes; elles guérissent des rhumatismes, des ulcères, des maladies de peau. Elles se rapprochent, par leur composition chimique, des eaux européennes de Balaruc, de Plombières, de Bagnères-de-Bigorre, et peuvent les remplacer ; aussi l’administration militaire s’est-elle empressée de construire près d’Hammam-Meskhoutine un petit hôpital. Il est placé au delà de la rivière, à proximité de quelques touffes d’arbres et de l’eau potable. Des eaux où cuisent des œufs, et où on peut faire bouillir des poules, ne pouvaient seules convenir pour un établissement de ce genre. On observe, toutefois, avec étonnement, des barbeaux qui vivent très-bien dans les parties de la rivière où l’eau est encore à 40° centigrades.
La province d’Alger ne laisse pas d’avoir aussi des sources minérales et thermales assez efficaces.
rnAPiTRE 11.
ns
On a trouvé dernièrement au Frais-Vallon, près Alger, une source ferrugineuse, très-rafraîchissante, (jui a quelque analogie avec celle de Saint-Galmiers ; elle est salutaire aux maladies d’entrailles. Mais ce sont les propriétés ferrughieuses de la source du Frais-Vallon qui la rendent plus particulièrement précieuse pour l’Algérie. V Annuaire des eaux de France résume ainsi l’action de ces eaux :
« Elles conviennent principalement aux individus à libres molleSj et en général dans la plupart des afl'ections du système lymphatique ; elles sont salutaires contre les engorgements passifs du foie et de la rate, contre les fièvres intermittentes rebelles coutractées en Algérie, les diarrhées anciennes, les hémorragies passives, la chlorose, etc.
O Les eaux minérales sont une ressource précieuse dans les affections lentes où il faut relever le ton des organes et donner plus de plasticité au sang appauvri. Un grand nombre d'individus, épuisés par des excès ou par des traitements mercuriels mal dirigés, ont été rendus à la santé à l'aide des eaux ferrugineuses utilisées en boissons et en bains. »
M. le docteur Millon, du Laboratoire central d’analyse d’Alger, s’exprime ainsi sur l’eau du Frais-Vallon :
« Prise avec mesure, en remplacement de l’eau commune, elle formera une boisson hygiénique rafraîchissante, très-salubre surtout pendant les chaleurs de l’été d’Afrique ; elle restaurera l’organisme sans l’irriter; elle contribuera, sans secousses, à relever les organes digestifs, à rétablir l’équilibre des fonctions, et, sous ce rapport, elle rendra d’inappréciables services aux gens du monde, aux hommes d’affaires et à tous ceux en qui sévissent les fatigues de l’intelligence et les fatigues du plaisir. En l’envisageant au point de vue de ses applications les plus restreintes, il est permis de dire que, placée au voisinage d’Alger, à une distance de trois kilomètres environ, elle offre désormais à cette ville l’usage d’une source dont l’action hygiénique et thérapeutique est incontestable. C’est une richesse, ne fûtelle que locale, que toutes les villes ambitionnent, et qui manquait à la première ville de l’Algérie. »
A dix lieues d’Alger, un peu au-dessus du village de Rovigo, dans la gorge de l’Harrach, on trouve les eaux ther-
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LES RICHESSES MINERALES. 1 19
males de Hammam-Méloiian, de 35° à 40° ; elles ont les mêmes vertus que les eaux de Bourbonne , avec cette différence qu’elles agissent plus efficacement. Les indigènes en usent pour guérir les maladies de la peau. Ils y ont construit deux bassins pour les baigneurs : l’un est destiné à recevoir les eaux, l’autre les boues dans lesquelles les malades se plongent également. Un établissement français s’y est formé et attire depuis quelques années les habitants d’Âlger. M. le docteur Bertherand , dans la Gazette médicale de l’Algérie *, a enregistré beaucoup de cures merveilleuses opérées déjà par ces eaux. Tantôt ce sont des personnes atteintes de goutte ou de rhumatismes, qui, au bout de quelques bains, peuvent jeter leurs béquilles ; tantôt ce sont des sourds qui recouvrent l’ouïe ; tantôt des femmes qui sont guéries d’infirmités qui les rendaient stériles.
Près de la petite rivière de Mouzaîa , dans l’Atlas, on a trouvé une petite source dont l’eau, s’il faut en croire les industriels qui l’exploitent déjà, est préférable à celle de Vichy. Sa température, mesurée à divers instants du jour, varie de 17 à 18 degrés centigrades. L’acide carbonique qui s’en dégage la rend apéritive, et sa composition générale en fait un auxiliaire de la digestion plus puissant que l’eau de Seltz artificielle. Cette eau se vend maintenant à Alger 25 centimes la bouteille.
A quatre kilomètres de Mouzaîa- les-Mines , sur la rive droite du Bou-Roumi, on trouve une autre source minérale. Elle est sulfureuse et froide , avec une odeur de poudre, ce qui la fait appeler par les Arabes Aïn-Baroud (source de poudre).
Sur la route de Blidah à Milianah, six lieues avant d’arriver à cette dernière ville, on aperçoit sur un plateau qui domine la vallée de l’Oued-Djer de vastes ruines couvrant une étendue de plusieurs kilomètres : ce sont les restes de l’an-
> Voir le numéro du SS mai 1656.
cienne ville romaine Aquœ Calidœ. La source d’eau chaude qui lui avait donné son nom et que les Arabes appellent aujourd’hui Hammam-Righa , est sur le versant de la montagne; sa température est de 45°. Les indigènes font un grand usage de ces eaux thermales. Elles sont toniques et stimulantes ; elles agissent sur tout l’organisme , en même temps qu’elles sont excellentes pour la guérison des blessures et des affections articulaires. Comparables aux eaux de Barrége , dans les Pyrénées, elles peuvent avantageusement les remplacer. L’admmisirïilion militaire a fait construire sur leur emplacement un beau bassin et des logements assez spacieux. A deux kilomètres des bains il y a une source minérale ferrugineuse de 20° ser\ant à la boisson des malades qui fréquentent cet établissement.
Une autre source ferrugineuse appelée Àin-Rammana est située à 3 kilomètres de Milianah. Sa température est de 29°. Elle sert de boisson ordinaire aux Maures qui habitent les nombreux jardins des environs.
A la même distance de Teniet-el-Haâd, en entrant dans la forêt de cèdres, on trouve plusieurs filets d’eau ferrugineuse, dont le plus important vient se rendre dans un réservoir carré qu’abrite un toit. Celte eau est claire, limpide, d’une saveur qui rappelle fortement le goût d’encre. Depuis quelques années un petit nombre de convalescents vient près de cette fontaine chercher un remède à la faiblesse extrême que déterminent les lièvres intermittentes invétérées et les diarrhées chroniques. 11 serait facile d’amener ces eaux ferrugineuses à Teniet-el-IIaâd même, et d’y envoyer beaucoup de militaires pour y achever leur convalescence.
A deux lieues de la maison de commandement du kaïd de l’Ouarenscenis sont situées les sources thermales deHammamelrBamé. Elles sont au nombre de cinq. La plus forte débite environ 400 mètres cubes par jour et est d’une température de 42°. Le Bureau Arabe d’Orléansville a fait construire auprès de celte source une piscine recouverte par une baraque
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en maçonnerie. Une légère dépression du sol sert de baignoire aux Arabes. Ce bain, connu sous le nom de Bain du Lépreux, est fréquenté par ceux qui sont affectés de maladies cutanées.
D’autres sources thermales sulfureuses, celles de Berouaguia, sont à 22 kilom. S.-E. de Médéah. Leur température est de 35° à 41°, et leur débit d’un litre environ par seconde. Les Arabes y viennent, dit-on, de très-loin; une grotte naturelle leur sert de piscine commune pour prendre des bains.
Enfln, il y a encore dans la province d’Alger :
La source thermale de YOued-Taguin , du cercle de Boghar;
Celle d'Atn-Hammam, à 32 kilom. du caravansérail de Guelt-el-Settel ;
Celle des environs de Djelfa, d’une température de 29° ,
Celle de VOued-Hadjia, à 6 kilom. du village de Cherf, de 33 à 36° ;
Et celle du Vieux Ténès, située dans le lit de l’Oued-Allelah, d’une température de 30°. Sur cette dernière les indigènes ont construit un bain maure.
La province d’Oran a une bonne part des richesses thermales de l’Algérie. La plus renommée de ses sources est celle des Bains de la Beine, située entre Mers-el-Kébir et Oran, à deux kilomètres au plus de cette ville. Ses eaux ont une température de 47°, 50 : elles sortent de la roche et tombent dans un bassin creusé dans une grotte où sont disposées onze baignoires. Très-limpides, avec une saveur franchement salée, elles sont bonnes contre un grand nombre d’affections, telles que les débilités d’estomac, les rhumatismes simples et goutteux, et pourraient remplacer les eaux de Plombières. On a construit sur les bords de la mer, près de l’ancien bassin, un établissement destiné à la population d’Oran et aux malades de l’intérieur qui viennent y rétablir leur santé. L’hôpital militaire d’Oran y fait transporter ses malades.
Les autres sources de la province d’Oran sont :
AtrineUHammam, à 20 kilomètres de Mascara, d’une température de 50® à la sortie du rocher, et de 44® dans l’intérieur des piscines où elle se déverse ; ‘
Hammam-Sidi-Aït, groupe de sources d’eaux thermales d’une température variable de 52 à 55®, situé sur la rive droite de l’Oued-Soughaï, près de son confluent avec le Rio- Salado ;
Hammam-Bou-Uadjar (le père des pierres), autre groupe de sources thermales d’une température variable de 48 à 61®, non loin de l’extrémité orientale du Sebkha d’Oran ;
Sidi-Obdliy source d’eau thermale d’une température de 38®, sur la rive gauche de Tisser, à 7 kilomètres des précédentes ;
Aïn-Merdja, sur la rive gauche de la Tafna, à 1,300 mètres au sud du rocher de Takembrit, d’une température de 23® ;
Hanmam-Bou-Ghrara, également sur la rive gauche de la Tafna, à 12 kilom. de Lalla-Maghrnia, d’une température de 40® ;
Hammam-S idi-Bel-Khreir, à 10 kilom. de ce poste, d’une température de 36® ;
Üammam-Sidi-Chighr y à 4 kilom. du même poste, d’une température de 34®.
Il existe encore une source de 30®, à 8 kilom. de Lalla- Maghrnia, et deux autres de 25®, à 6 kilom. N.-O. deSebdou, sur la rive gauche de la Tafna.
On a découvert aussi à 2 kilom. d’Arcole et à 10 d’Oran, au pied du revers occidental de la montagne des Lions , une petite source d’eau minérale froide acidulée par de Tacide carbonique. Celte eau est expédiée à Oran en bouteille et se vend 35 c. le litre : elle sert aux mêmes usages que Teau de Seltz.
En résumé, une cinquantaine de sources minérales et thermales sont déjà signalées en Algérie et on en découvre tous
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les jours de nouvelles. Les Romains, comme l’attestent les ruines que nous voyons de toutes parts, n’avaient pas manqué d’utiliser ces précieux trésors de la nature si libéralement offerts aux habitants de ce pays. Les Arabes eux-mêmes ont su en profiter. Serons-nous moins empressés que les uns et les autres?
Laissons, pour terminer ce chapitre, la parole à M. le docteur Millon, que nous venons de citer tout à l’heure :
« Ce qui manque, dit-il, aux eaux minérales de France, pourtant si riches et si variées, ce que rien au monde ne saurait leur donner, c’est un climat tempéré durant les mois de l’hiver. Dès que l’été finit, on les déserte : la fraîcheur des nuits, l’abondance des pluies en troublent les effets : septembre arrive et la saison est close.
« Le médecin lui-même prescrit aux malades de partir ; c’est en vaiu que la cure est heureusement entamée ; le bai^eur sent (jue le mal s’affaiblit graduellement, que les forces et la sainté lui reviennent, qu’il est à mi-chemin de la guérison; deux ou trois mois encore d’usage couronneraient l’œuvre des eaux ; mais comment faire jusqu’à l’été prochann? 11 faut partir; la décision est inexorable. Il faut reprendre l’air, l’habitation, et, plus ou moins, les habitudes, les relations, les affaires, le travail, le plaisir et toute l’existence qui est, en quelque sorte, le foyer même où le mal a pris naissance. En un mot, on abandonne le remède et l’on retourne à la madadie.
« Une lacune aussi considérable dans la thérapeutique des eaux n’a pas échappé à quelques observateurs ; Lallemand, un des médecins les plus savants de notre époque, a contribué de tout son pouvoir à fonder au Vemet un établissement thermal dans lequel les malades continueraient l’usage des eaux durant l’hiver. On a faiit im essai pareil aux eaux d’Amélie les Bains. Les résultats qu’on y obtient sont généralement favorables, mais ils ne sont pas décisifs. La faute en est au climat du Vemet et d’Amélie les Bains. Quoi qu’on y ait fait, les malades n’y échappent pas au froid ; qu’il y a loin de là à certaines contrées méridionales voisines de la mer, et dans lesquelles règne, durant toute la période hivernale, une inaltérable douceiu" de température et d’atmosphère! Là, l’hiver n’existe pas; c’est évidemment là qu’on doit réaliser l’idée bienfaisante et logique de continuer la cure des eaux minérales, sous un climat tempéré, entièrement exempt de neiges, de gelées et de frimas. Signaler ces contrées, c’est désigner l’Algérie, et plus particuliérement tout ce littoral délicieux où ellq
développe plaines et côteauï, entre l'Atlas et la Méditerranée. Dans aucune direction on ne saurait se transporter plus rapidement au Sud, pour échapper aux rigueurs de la saison. On laisse bien loin Nice, Hyères, et jusqu’aux dernières côtes de l’Espagne et de l’Italie. La transformation du climat est complète, et grâce à l’achèvement de nos grandes lignes ferrées, grâce à la vapeur, en trois jours on se rend â Alger des points les plus extrêmes de la France.
« L’Algérie sera en mesure de satisfaire aux vœux des malades les plus exigeants que l’Europe lui aura légués; la richesse et la variété de ses eaux minérales ne laissent rien à désirer. Ici des eaux alcalines, là des eaux salines, froides ou thermales, ailleurs des eaux gazeuses, ferrugineuses, sulfureuses. Cherchez un peu dans ces gorges délicieuses de l’Atlas , vous y trouverez les succursales de Barrége , de Bagnères, de Vichy, de Plombières, de Spa, de Sedlitz, de PuUna; débarquez à Alger, passez la Mitidja, et vous y êtes.
« 11 ne faudrait pas beaucoup d’imagination pour tracer autour de ces sources, sur des ruines romaines, à côté de la tente de TAralie et de l’Israélite aux costumes bibliques, un joli groupe de maisons parisiennes, dans le style d’.Auteuil et de Neuilly. On encadrerait le tout de la végétation magique des llespérides et de roches dignes du vieil Atlas. Mais ce sujet ne m’appartient pas : c’est le tableau de l’avenir. »
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Nous avons parlé des richesses minérales de l’Algérie et de ses ressources agricoles. Les plantes s’y développent, les animaux s’y multiplient, mais l’espèce humaine peut-elle y prospérer? C’est là le point capital à examiner; car à quoi bon un sol riche et fécond que l’homme ne pourrait habiter? Nous ne craindrons pas d’entrer dans quelques détails à cet égard : cette question de clithat est la plus intéressante pour le colon ; toutes les autres lui sont subordonnées, et, avant de l’avoir résolue, l’on ne peut sérieusement songer au peuplement.
11 paraît que du temps des Romains l’Afrique n’a jamais passé pour un pays insalubre. « Les hommes, dit Salluste, y sont sains, agiles, résistent à la fatigue. La plupart arrivent à une extrême vieillesse, à moins que le fer ou les bêtes féroces n’abrégent leurs jours ; car les maladies mortelles y sont aussi rares que les animaux malfaisants de toute espèce y sont multipliés. » Ce fait nous est encore confirmé ,par les investigations des archéologues modernes. M. Berbrugger raconte qu’en 1850, allant de Constantine à Tunis par terre, il trouva sur les bords de la route une épitaphe romaine d’une personne décédée à l’àge de cent onze ans. L’honorable conservateur du musée d’Alger a publié en 1846 un travail assez
curieux sur les pierres tumulaires d’Aumale : sur 58 épitaphes recueillies par lui en cet endroit, il en comptait 27, c’est-à-dire près de la moitié, appartenant à des individus ayant dépassé la cinquantaine. M. Cherbonneau, professeur d’arabe à Constantine , a relevé dans les environs de cette ville quatre inscriptions : d’une femme ayant vécu 125 ans, d’un homme ayant atteint l’àge de 131 ans, et de deux autres âgés de 120 ans. M. le colonel Foy, en prenant la moyenne des âges exprimés dans 370 épitaphes recueillies à Lambèse, en déduit que le chiffre de la vie moyenne des Romains de cette partie de l’Afrique était d’un peu plus de 43 ans et 7 mois. Des observations analogues recueillies sur tous les points de l’Algérie prouvent également la salubrité de cette contrée à l’époque romaine.
Nous ne trouvons nulle part dans l’histoire que le climat de l’Afrique ait à aucune époque empêché son peuplement. Il n’y a même peut-être pas de pays qui ait subi plus d’invasions ; qui offre un plus grand mélange de toutes les races humaines et aucune n’y dégénère. Nous avons trouvé des hommes aux yeux bleus et à la blonde chevelure dans les montagnes de la Kabylie comme dans les oasis du Sahara.
L’incurie des Arabes, en multipliant les marais, a pu rendre certaines portions du territoire insalubres ; le déboisement a pu aussi un peu modifier les conditions atmosphériques ; mais il serait tout à fait faux de dire, en thèse générale, que l’Algérie est devenue \m pays malsain. On s’y porte tout aussi bien et même souvent mieux qu’en France ; seulement, comme le climat est autre, les maladies affectent d’une majiière différente.
Dans les pays du Nord, en raison de la température plus basse, l’air est plus vif, plus condensé et fournil par conséquent plus d’oxygène sous un même volume. Par suite d’une respiration plus active, le sang devient plus riche ; mais aussi il se coagule souvent dans ies iveines ; en outre les poumons s’usent davantage et avec eux tous les organes supérieurs
tendent à s’affaiblir. 11 en résulte des maladies inflammatoires, des rhumes, des fluxions de poitrine et de plus grandes difficultés pour la guérison des blessures.
Au contraire, dans les pays chauds, la dilatation plus considérable de l’air rend la respiration moius active, le sang tend à s’appauvrir, le système nerveux, plus en jeu, est plus exposé à des perturbations ; de là des malaises et des fièvres intermittentes. Puis, comme la respiration est moins efficace, il faut y suppléer par une nutrition plus abondante ; alors les organes de la digestion se fatiguent et il en résulte des dyssenteries ou des diarrhées.
Les fièvres et les dyssenteries sont en effet des maladies fréquentes en Afrique ; mais d’un autre côté, les affections de poitrine et toutes les maladies qui s’y rattachent, comme les fièvres typhoïdes, y sont rares.
En changeant de climat, on s’expose donc à de nouvelles maladies, mais on en évite d’autres; il y a compensation. Toutefois, il ne faut pas se le dissimuler, les colons qui arrivent dans un pays, tant qu’ils n’y sont pas acclimatés, sont beaucoup plus exposés aux maladies de ce pays que les indigènes, et iis doivent prendre des précautions hygiéniques particulières. C’est pour avoir négligé de le faire que la plupart de nos colons ont été atteints de maladies , et qu’un si grand nombre ont succombé dans les premiers temps. La faute n’en est pas au climat, mais bien plutôt à eux-mêmes et à ceux qui les ont dirigés, et qui ont négligé de leur donner des conseils, qui n’ont pas pris pour leur installation nouvelle les soins qu’elle réclamait.
Pour excuser ces impardonnables négligences on a tout rejeté sur l’insalubrité du pays, sur les marais et, à défaut de marais, sur les défrichements. Le remède au mal, il faut en convenir, serait assez difficile, s’il fallait de grands travaux d’assainissement pour rendre l’Algérie habitable ; si le seul fait de la cultiver exposait à de cruelles maladies ; si plusieurs générations devaient succomber avant qu’on pût profiter de
la fécondité du sol :on conçoit qu’ alors l’appât des plus beaux gains et la perspective de la plus brillante fortune ne suffiraient pas pour attirer des colons ; car généralement on n’aime pas à sacrifier sa vie pour des biens dont on n’est pas appelé à jouir. Plaçons-nous à un point de vue plus impartial, et après avoir constaté le genre de maladies auxquelles le climat expose, voyons les véritables causes qui les déterminent : dès lors, les moyens de les éviter pourront devenir très-simples.
Beaucoup de maladies viennent des refroidissements; c’est à cette cause qu’il faut attribuer souvent, en France, les maladies les plus graves, non-seulement les fluxions de poitrine, mais aussi toutes les autres affections aigües auxquelles le climat peut prédisposer. Il en est ainsi dans tous les pays, et il en a été de même dans tous les temps : l’histoire d’Alexandre nous en offre un mémorable exemple. Ce grand conquérant fut atteint d’une maladie mortelle pour s’être jeté, tout en sueur, dans les eaux d’un fleuve. En effet, lorsque le corps est privé brusquement du calorique qui lui est nécessaire, toute l’économie animale est inévitablement troublée. Si les Russes , en sueur, vont se rouler dans la neige sans nuire à leur santé, c’est qu’aussitôt ils se couvrent de fourrures qui rétablissent la transpiration avant que le corps ait eu le temps de se refroidir tout à fait. Mais les conditions changent lorsque le bain est prolongé jusqu’à la perte complète du calorique intérieur, jusqu’au malaise qui en est le signe. C’est en vain qu’ensuite on cherche à rétablir l’équilibre, les frissons continuent malgré les meilleurs vêtements. Les vêtements peuvent bien conserver la chaleur, mais lorsque cette chaleur a disparu et que les organes qui la produisent intérieurement ne fonctionnent plus, ils ne peuvent avoir plus d’efficacité sur notre corps que sur une statue de marbre.
Sans recourir à la science médicale, les moindres observations ne suffisent-elles pas pour prouver que les refroidissements sont la cause de la plupart des indispositions dont nous
sommes atteints, de la plupart des rechutes de maladies que nous éprouvons? Si les refroidissements ne sont pas toujours la cause première de tous les maux qui nous affligent, ils ne manquent jamais de les réveiller alors qu’ils étaient le mieux assoupis. Comme aussi, après avoir longtemps et inutilement usé de toutes les potions et de tous les médicaments des docteurs, nous sommes souvent étonnés d’être tout d’un coup guéris par le seul effet d’une transpiration survenue. Du reste, ces observations n’ont pu échapper au bon sens populaire : ne connaissant pas le plus souvent les maladies qui les atteignent, ni même le siège de leur mal, les paysans croient avoir tout dit en déclarant qu’ils ont attrapé chaud et froid.
11 semble, au premier abord, que les pays chauds comme l’Algérie soient ceux où les refroidissements sont le moins à craindre. Un homme venant du Nord, où les froids de plusieurs degrés au-dessous de zéro ne sont pas rares, ne croit pas avoir à redouter une température de 10 degrés et même une température peu inférieure. Après les chaleurs insupportables des jours d’été, il croira rentrer la nuit dans des conditions atmosphériques pour lui très-salutaires et il ne songera nullement à se préserver d’un froid qui ne le fait pas souffrir, d’un froid qui lui est presque agréable. Il n’en aura pas moins éprouvé un refroidissement considérable : sans doute il ne s’enrhumera pas, mais il s’exposera aux maladies du nouveau climat où il se trouve, à la lièvre et aux dyssenteries.
Il y a peu de pays où l’on soit plus exposé qu’en Algérie aux refroidissements : les variations de température y sont très-fréquentes et surtout très-brusques. Nous avons vu que l’Algérie était traversée par de hautes montagnes séparées par des plateaux très-élevés eux-mêmes. Cette position donne naturellement à l’atmosphère une température un peu fraîche. Eu été, quand le soleil darde ses rayons avec intensité, il neutralise le froid qui peut résulter de l’élévation des lieux ; mais aussitôt qu’il s’est retiré de l’horizon, le froid revient et
la transition est d’autant plus prompte que l’aridité du sol est plus grande. On a constaté dans certaines localités de l’Algérie des variations de 27 degrés centigrades : le thermomètre, qui s’était élevé le jour à 33 degrés, est descendu la nuit à 6 degrés. Les vallées ne sont pas plus malsaines souvent que les plateaux ; mais dans les bas-fonds l’humidité est plus grande; la nuit les vapeurs se condensent, et les brouillards sont d’autant plus épais que la chaleur du jour a produit une évaporation plus considérable. Or, il est beaucoup plus difficile de se préserver des atteintes d’un air humide que de celtes d’un air sec ; les meilleurs vêtements sont quelquefois insuffisants, et il est aisé de comprendre les effets peniicieux que doivent produire des bains quotidiens de vapeur froide au milieu des chaleurs de l’été. Voilà pourquoi on n’est nulle part plus exposé à la lièvre que dans les contrées marécageuses. Il peut y avoir d’autres causes qui la déterminent en viciant par des exhalaisons putrides et azotées le principe de l’air; mais la raison principale est la variation de l’atmosphère. La preuve en est qu’indépendamment des lieux , les fièvres en Afrique sont beaucoup moins fréquentes dans certaines saisons que dans d’autres.
Si l’on consulte le mouvement général des hôpitaux dans les tableaux statistiques publié's par le Gouvernement, on voit de la manière la plus évidente que ce sont les chaleurs qui amènent les fièvres.
Voici quelle
a été chaque mois l’entrée des malades dans les
hôpitaux dans les années 1 846
Janvier. . . .
Février. . . .
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet. . . .
Août
Digilized by Googl
Septembre 11,003 12,576 13,096 12,268
Octobre 10,004 12,151 11,485 12,113
Novembre 5,593 10,518 8,496 8,318
Décembre 4,916 6,517 6,711 5,914
Ainsi, c’est pendant les trois mois d’été que les fièvres sévissent avec le plus d’intensité. Elles diminuent pendant les mois d’automne, précisément dans les mois que les miasmes devraient rendre les plus malsains, puisque les pluies alors viennent dégager tous les détritus qui recouvrent le sol et dont les grandes sécheresses avaient arrêté les putrides émanations. Ce ne sont donc pas les miasmes qui sont la cau^ principale des maladies ; et si pendant les mois d’automne les fièvres sont encore nombreuses, c’est sans doute qu’à cette époque, quoique la chaleur soit moins forte, les variations de l’atmosphère exposent à des refroidissements beaucoup plus fréquents qu’en hiver et au printemps. Mais, pour dissiper toute espèce de doute à cet egard , aux chiffres joignons quelques faits.
« Le S3‘ régiment de ligne, dit le docteur Armand, médecin militaire, fut employé à la route de Médéah pendant les mois de juillet et d’aoùt. Sur près de l,"700 hommes, ce corps, après six semaines, avait envoyé 1,030 hommes aux hôpitaux et aux ambulances. Bientôt, dans la gorge de la Chiffa, 4,000 hommes prennent part aux travaux de la route pendant les mois d’août et de septembre; 1,800, en 47 jours, entrent à l'hôpital de BUdah. D'un autre côté, ajoute le docteur Finot, dans l’hiver de la même année, 4,000 hommes aussi viennent travailler aux fossés d’enceinte de Blidah, au milieu des marais de la Mitidja, et le nombre des entrants à l'hôpital est à peine augmenté. Quatre cents hommes, dit encore M. Bonnefont, employés du 13 mars au 27 avril aux travaux de dessèchement des marais de la Mitidja, plongés dans la boue jusqu’à la ceinture et passant la nuit dans ces lieux, et 310 hommes occupés aux mêmes travaux depuis cette époque jusqu’au 31 mai, n’ont fourni que 15 maladies développées sous l’intluence des localités. Et cela, il faut le remarquer, à une époque où le sol était détrempé de manière à favoriser la putréfaction des détritus végétaux.
« Le point de l’Algérie le plus maltraité, dit M. Carette, est la commune d’El-Arrouch, située sim la route de Pliilippeville à Constantine ; cependant point de mai-ais ; le pays est magnifique ; le village occupe un mamelon qui domine une jolie plaine entourée de montagnes boisées. Toutes ces circonstances favorables n’ont pas empêché El- Arrouch de voir j)érir, en 1843, 14 p. cent de sa population.
« Pendant que la fièvre ravageait épidémiquement la province d’Oran à la fin de Tête et dans l’automne de 1848, dit le docteur Jacquot, tout le monde eut la lièvre à Saïda, qui est sim le monticule coupé à TEst par un ravin au fond duquel coule un ruisseau rapide , et qui n’a aucun marais type dans ses environs. »
Ainsi, en hiver, les marais eux-mêmes engendrent peu de jrialadies, tandis (ju’en été la fièvre sévit jusque sur les montagnes. Il ne faut donc pas attribuer à l’insalubrité des lieux des maux qui tiennent à des causes purement accidentelles, aux imprudences des colons et à leur malheureuse ignorance. La plupart, dans les commencements, ne tenaient aucun compte de la différence du climat, et leur tempérament devait naturellement en être affecté davantage en été, alors surtout qu’ils ne prenaient aucune précaution pour se prémunir et ne changeaient leurs habitudes qu’à contre-sens. Mais les hommes sont ainsi faits, plutôt que d’avouer leurs torts, ils aiment mieux s’en prendre à des témoins quelquefois très-innocents.
C’est ainsi qu’on prétend que les lauriers-roses, par les miasmes asphyxiants qu’ils exhalent, donnent la mort à tous ceux qui se laissent endormir à leur pied. Comme il n’arrive jamais d’accidents aux personnes éveillées qui parcourent pendant des journées entières des buissons de lauriersroses, il serait peut-être plus rationnel d’attribuer ceux qui surviennent quelquefois à ceux qui vont dormir dans le lit des rivières, au refroidissement qu’ils éprouvent sous le rideau de ces plantes. Les feuilles des lauriers-roses , en effet , très-épaisses et chargées de suc, interrompent parfaitement les rayons du soleil : à leur ombre la fraîcheur de la terre doit donc réagir sur le corps avec intensité et lui soustraire
bientôt son calorique, pendant le sommeil surtout qui engourdit tous les membres. Il n’est pas moins dangereux de s’endormir dans tout autre endroit frais et sous l’ombrage d’arbres touffus ; si l’on n’y trouve pas la mort, on a grande chance d’y rencontrer la fièvre.
Beaucoup de personnes pensent aussi que le défrichement est une chose très-malsaine, et qu’il s’échappe beaucoup d’exhalaisons pernicieuses des terres que l’on remue pour la première fois. Quand donc des maladies sévissent dans un village de nouvelle formation, on ne manque jamais de les attribuer aux défrichements. Sans contredire ce que cette assertion peut avoir de vrai dans certaines circonstances, on peut encore prouver par des faits combien cette opinion est fausse en thèse générale. Ainsi, tous les premiers villages du Sahel, autour d’Alger, avaient été ravagés par les maladies ; beaucoup de colons étaient morts ; la plupart avaient abandonné leurs concessions déjà à moitié en ruine, qu’ils n’avaient pas même songé à mettre la pioche dans les terres les plus voisines. L’administration civile, attristée de cette désolation aux approches d’Alger même, appela l’armée à son aide.
« De décembre 1841 à mars 1843, dit M. le docteur Armand, c’es1>à-dire pendant la saison des pluies, les bataillons du 34® de ligne iFurent éparpillés dans les villages de Douéra, de Crescia, de Baba- Hassen, de Sainte-Amélie et de Maelma pour défricher les terres vierges du Sahel*, généralement couvertes de broussailles, ou envahies dans les points découverts par les bulbes de scille et surtout par le palmier nain. Des étendues très-considérables de ces terres, détrempées et couvertes de la couche végétale que des siècles y avaient amassée, furent retournées en tout sens et disposées pour la cultiue. C’était là le cas où jamais de voir les effets pernicieux des remuements de terre. Or, jamais notre visite, sous le rapport médical, ne fut aussi simplifiée. En dehors de quelques blessures que nous avions accidentellement à panser, notre tournée n’était qu’une promenade à travers les cantonnements occupés. Quant aux fièvres, il n'y en avait pas. »
Le docteur Armand ajoute que, d’après son collègue le
docteur Prieur, l’élat sanitaire du 38®, placé dans les mêmes conditions, était pareillement excellent.
Pendant longtemps on a très-peu cultivé dans les colonies nouvelles, pour des causes que nous expliquerons plus tard. Un élan sérieux vers l’agriculture ne s’est guère manifesté qu’en 1851 ; la population des villes s’est portée alors sur les campagnes; une métamorphose complète s’est opérée; toutes les grandes plaines, depuis vingt ans laissées incultes, se sont couvertes de riches moissons. Or, si les remuements de terre et les défrichements avaient des influences funestes, comment expliquer que, depuis qu’on cultive, le nombre des malades aille en décroissant pour la population civile, bien qu’elle augmente elle-même dans de notables proportions.
La mortalité qui s’était manifestée parmi les premiers colons tenait donc à d’autres causes que les défrichements ; elle provenait uniquement de leur mauvaise installation et des imprudences commises par eux, contrairement à toutes les lois de l’hygiène.
La position et les autres conditions du logement ont, en Algérie, une très-grande importance. Il faut y chercher les abris protecteurs qui arrêtent le brouillard ou le sirocco : on peut ainsi rendre quelquefois très-habitables des lieux ordinairement malsains. Cela est tellement vrai, que, quoique les hauteurs soient en général beaucoup plus saines à habiter que les bas-fonds, on remarque qu’à Rome ce ne sont pas les collines de l’ancienne ville qui sont préservées des fièvres, mais bien, au contraire, les quartiers bas occupés quelquefois par une population compacte et malheureuse. Pourquoi cela? C’est que ces derniers quartiers sont couverts de hautes maisons, et que le mauvais air, aere cativa, trouve partout des obstacles dans leurs rues tortueuses, qu’il ne rencontre plus maintenant sur les collines désertes et occupées seulement par les villas patriciennes ou les couvents. 11 est même à remarquer qu’à Rome le quartier de la place d’Espagne, un peu plus élevé que les autres et sillonné de
larges mes désertes, est moins sain que les autres ; aussi les Romains Fabandonnent-ils volontiers aux étrangers qui y affluent, parce qu’il est mieux aéré et mieux habité.
Les Romains, par leurs constructions et leurs plantations avaient rendu salubre une bonne partie de la campagne romaine. Beaucoup de petites cités et même de villas y formaient de délicieuses oasis non moins recherchées que celles du Sahara. Plusieurs grandes villes, comme Ravenne, ont pu s’établir dans des endroits marécageux.
Les Maures se portaient autrefois très-bien à Bône dans leurs maisons mauresques entassées au milieu des remparts. En perçant des rues, en otivrant extérieurement les maisons à tous les vents, il est bien possible que nous ayons obtenu un résultat diamétralement opposé à celui que nous cherchions ; et les anciennes maisons mauresques que nous méprisions comme des prisons indignes des chrétiens , étaient peut-être tout arssi bien accommodées au climat qu’aux mœurs musulmanes. Leurs cours intérieures, s’élevant sur des caves jusqu’au premier étage, étaient préservées de l’humidité du sol ; puis tous leurs appartements donnant sur ces cours abritaient mieux des chaleurs que les nôtres et conservaient une température plus égale *.
Quoi qu’il en soit, l’habitation des maisons neuves est une chose réputée malsaine en France; il doit en être ainsi à plus forte raison en Algérie. Ne nous étonnons donc point que les premiers colons dans ces fraîches habitations aient été plus exposés à des maladies que ceux venus quelques années après. D’ailleurs, dans les nouveaux centres de population où on les installait, la plupart des concessionnaires arrivaient avant la construction de leurs maisons : obligés de camper dans des baraques en planches, ils restaient quelquefois des années
■ Les maisons mauresques des villes de l’Algérie ne sont plus maintenant dans les mêmes conditions ; entourées comme elles le sont à Alger de nouvelles maisons de quatre à cinq étages, il devient aussi difficile d’y respirer qu'au tond d'un puits.
entières sous un abri tout à fait insuffisant, lorsque le changement de climat les rendait plus impressionnables que jamais à toutes les vicissitudes atmosphériques.
Les soins à apporter au vêtement sont peut-être encore plus importants en Algérie que ceux réclamés pour le logement : la première des précautions hygiéniques à prendre dans ce pays est celle de se bien couvrir. 11 est essentiel surtout de le faire à l’entrée de la nuit ; c’est une chose que savent du reste assez bien observer tous les habitants des pays méridionaux. Les Romains poussent même la précaution beaucoup plus loin ; ils ont l’habitude de rentrer chez eux une heure avant le coucher du soleil ; ils ne sortent, le soir, que couverts de leurs manteaux et lorsque le refroidissement de la température devient insensible. Il faut se couvrir en Afrique, non-seulement pour éviter de se refroidir, mais aussi pour se préserver des rayons brûlants du soleil. L’action trop vive et trop continue de la chaleur apporte les mêmes perturbations à l’intérieur qu’un froid subit et prolongé ; elle ébranle tout le système nerveux et détermine souvent la fièvre. Aussi voit-on les Arabes sc couvrir beaucoup la tête et porter en plein été des vêtements aussi épais et aussi multipliés qu’en hiver. Ils le font pour se rafraîchir : l’effet des vêtements doit être inverse quand l’atmosphère embrasée dépasse la chaleur intérieure du corps.
Dans les pays chauds, moins les poumons sont actifs, plus le rôle de la peau est important : on sait que c’est à travers ses membranes que le sang puise une partie de son principe vivifiant. La peau doit donc être entretenue en contact avec l’air; et pour qu’il en soit ainsi, il faut des vêtements qui ne compriment pas trop fortement. C’est du reste le moyen de donner un libre essor à une transpiration insensible et d’empêcher la formation de la sueur. Or, en encombrant les pores d’une matière grasse, la sueur diminue leur perméabilité. Il importe donc aussi d’entretenir la peau dans la plus grande propreté. Voilà sans doute pourquoi Mahomet avait prescrit
à ses disciples de se purifier par de fréquentes ablutions, et pourquoi nous voyons les Maures dans leurs bains de vapeur se soumettre à une espèce de tannage.
De ce que les peuples méridionaux se nourrissent moins que ceux du Nord, il ne faudrait pas conclure qu’on doive se mettre, en arrivant en Afrique, à une diète sévère. Les nouveaux venus y ont besoin d’un régime d’autant plus substantiel, que les poumons y ont une part moins active à la nutrition, et qu’une chaleur plus forte les expose à de plus grandes déperditions cutanées. Du reste, il ne faut pas s’exagérer la sobriété des Arabes ; nous avons précédemment fait remarquer qu’elle n’était que le résultat d’une très-grande avarice. D’un autre côté, avec des habitudes de paresse, la privation de âourriture n’a pas les mêmes inconvénients qu’avec le travail sans trêve auquel un habitant du Nord est accoutumé. Mais si l’alimentation joue un rôle important dans les pays chauds, les organes qui servent à l’opérer sont plus exposés à se fatiguer, et l’on doit plus que partout ailleurs éviter ce qui peut les compromettre. On doit donc en Algérie se nourrir avec des aliments de facile digestion , et quand des embarras gastriques surviennent, il faut bien se garder de combattre par des excitants la débilité qui peut en résulter.
En été, les pertes abondantes qui s’opèrent par les sueurs sont une des principales causes de la soif qui tourmente les Européens. Dans ce cas, le meilleur moyen de se soulager est de boire une tasse de café bien chaud. L’homme en sueur qui, pour se désaltérer, se met à boire de l’eau ou tout autre liquide rafraîchissant, ne fait que s’altérer davantage ; plus il boit, plus la transpiration est excitée, plus son estomac devient rebelle à toute espèce de nourriture. Une tasse de café chaud, au contraire, en rétablissant la chaleur à l’intérieur, arrête la transpiration et prédispose tous les organes de la digestion à une nourriture substantielle. Tous ceux qui ne mettent aucune modération à boire, en débilitant leur esto-
mac, s'exposent bientôt à des dérangements intérieurs. C’est la principale cause des diarrhées et des dyssenteries ; c’est très-souvent aussi la cause des fièvres auxquelles on est d’autant plus accessible qu’on est plus affaibli.
Si les boissons les plus innocentes occasionnent des dérangements en Afrique, que doit-il en être des mauvaises boissons? Les vins falsifiés de France, altérés par les négociants à leur arrivée, altérés encore par tous ceux qui les transportent et les débitent, ont, il ne faut pas se le dissimuler, exercé une influence très-fâcheuse sur la santé des colons. Il en est de même de beaucoup de boissons alcooliques et notamment de l’absinthe dont un trop grand nombre ont abusé. L’Administration a cherché, autant qu’elle a pu, à atténuer ce mal par une surveillance sévère. Malheureusement le vin et les liqueurs ne sont pas les seules boissons pernicieuses.
Nous avons précédemment constaté que dans bien des localités de l’Algérie, dans celles surtout qui avoisinent la côte, l’eau n’est pas excellente. Aussi les Arabes prennent-ils un soin extrême à choisir celle dont ils font usage ; campés au milieu des plaines, ils vont quelquefois s’approvisionner avec des outres aux sources des montagnes. L’Administration n’a pas toujours été aussi prévoyante pour les colons, et bien des endroits où ils ont été installés se sont trouvés malsains, beaucoup plus à cause de la mauvaise eau qu’à cause du mauvais air. Ainsi, dans l’origine, les habitants du Fondouk n’étaient alimentés que par les eaux d’une petite source du voisinage. Ces eaux devenant insuffisantes l’été, ils étaient obligés d’aller s’approvisionner dans les flaques d’eau croupissante du lit de rOued-Khamis, qui ne coule plus en été. On conçoit l’influence qu’une telle boisson a dû exercer sur l’état sanitaire de la population. Le village du Fondouk passait pour l’un des plus malsains de l’Algérie. Aujourd’hui que des eaux abondantes y coulent en toute saison, les colons s’y portent aussi bien et même mieux qu’ailleurs.
jl suffirait souvent de bien peu de travaux pour assainir
4insi beaucoup de localités. Sur la route d’Oran à Tlemcen, plusieurs aubergistes se sont installés près du pont de Tisser, bravant l’insalubrité du lieu. Elle était telle que pendant plusieurs années, chaque deux mois, le personnel des auberges était obligé de se renouveler. Cependant, les aubergistes, fatigués de boire Teau verdâtre qui coulait dans Tisser, eurent l’idée de creuser un puits : un peu au-dessous du niveau de la rivière , ils rencontrèrent une roche assez difficile à perforer; mais à peine fut-elle creusée de quelques mètres, qu’il s’en échappa une eau limpide et pure. Depuis ce moment le climat est devenu très-sain au pont de Tisser, et personne n’y est plus malade.
D’après ces faits, il parait hors de doute que la qualité des eaux est une des choses qui influent le plus sur la santé des colons. Nous avons fait observer que leur composition était moins bonne à la fin de Tété et qu’elles se chargeaient davantage de sels étrangers. La recrudescence des maladies dans cette saison est une coïncidence digne de remarque à l’appui de cette assertion.
L’homme, dans les pays chauds ayant besoin d’une nutrition plus abondante , et, d’un autre côté, le climat exposant les organes de la digestion à de plus fréquentes perturbations, il en résulte qu’il y est moins facile que dans les pays du Nord de compenser par un régime plus nutritif une plus grande activité ; il faut donc éviter plus que partout ailleurs des excès de fatigue, qui seraient plus difficilement réparables. Ici encore il faut suivre l’exemple des Arabes et en général des peuples méridionaux qui , au milieu du jour, ont l’habitude de suspendre leur travail pendant quelques heures. Les sens, alors reposés de leur activité fébrile, acquièrent de nouvelles forces, tandis qu’autrement tous les organes finissent par s’énerver.
Notons un phénomène curieux et bien propre à déconcerter les personnes qui s’imaginent que le climat d’Afrique est plus malsain qu’un autre. Assez souvent des personnes
qui se portent très-bien en Algérie, tombent malades en arrivant en France, et l’on ne peut pas dire qu’elles y ont apporté le germe d’une maladie, car la plupart du temps elles ne se rétablissent qu’au retour. L’air de France ne leur est pas plus pernicieux que celui de l’Algérie ; mais, acclimatées à ce dernier pays, la différence de température affecte bien davantage leur organisation intérieure déjà modifiée.
En tous cas, il est à remarquer que le climat de l’Algérie est préférable à celui de l’Europe pour les personnes dont la poitrine est délicate. La phthisie pulmonaire, qui, en Europe, et notamment en Angleterre, cause plus du tiers des décès, est au contraire, dans la population indigène de l’Algérie, une maladie tout exceptionnelle. Dans la ville d’Alger on ne la rencontre guère que parmi les nègres originaires du midi de l’Afrique, et qui, par conséquent, ont échangé leur climat très-chaud contre un qui l’est moins. Cette affection est même assez rare parmi les Européens qui habitent l’Algérie. Les relevés fournis par M. le docteur Guyon sur la mortalité de la population civile d’Alger pendant une période de six ans (de 1836 à 1842), ont donné, en moyenne, 1 décès par phthisie sur 40 par maladies diverses. Or, à Paris cette moyenne est de 1 sur 5. D’où il suit que les poitrinaires ont huit fois moins de chance de succomber à Alger qu’à Paris. Des observations analogues ont été faites sur différents points de l’Algérie. A Bône on n’a constaté qu’un décès par phthisie sur 41, mais à Constantine, et surtout à Teniet-el-Haâd, la proportion a été plus grande en raison de la plus grande élévation de ces localités.
Du reste, pour bien nous rendre compte d’une manière générale de la mortalité en Algérie, consultons les relevés officiels des décès et des naissances qui ont eu lieu dans la population civile.
Depuis 1830 jusqu’au 31 décembre 1853, on a constaté 81,762 décès et 62,587 naissances. Le nombre des décès a été de 19,175 plus considérable que celui des naissances.
mais il faut tenir compte des épidémies qui à diverses reprises ont exercé leurs ravages. D’ailleurs, en prenant le relevé des six dernières années, on voit que, malgré une augmentation de 39,084 âmes dans la population, les décès diminuent d’une manière notable, et que le chiffre annuel tend à se rapprocher de celui des naissances.
En effet, les décès et les naissances ont été :
Décès.
Naissances.
En 1849 —
Si la dernière année le choléra a un peu augmenté les décès, on voit que déjà en 1853 le chiffre des naissances avait dépassé de 188 celui des décès.
Du reste, il ne faut pas croire que partout en France il y ait plus de naissances que de décès. Ainsi, en 1834, pour une population de 35,783,059 habitants, il y a bien eu 817,449 décès et 979,907 naissances, ce qui fait en plus, pour ces dernières, une différence de 152,458; mais cette même année, dans plusieurs départements, le nombre des décès a excédé celui des naissances :
Le Calvados a eu une diminution de 1,122 âmes.
La Charente 241 —
L’Eure 1,566 —
L’Ille-et-Vilaine 87 —
La Manche - 425 —
En moyenne, on compte en Algérie 178 décès d’hommes pour 117 de femmes. Cette proportion dans les décès des deux sexes s’explique facilement, puisque la population mas-
culine est plus considérable que la population féminine. Toutefois, il est à remarquer que, même en tenant compte de cette différence, la mortalité est encore plus grande parmi les hommes : la cause en est probablement dans les fatigues plus grandes auxquelles ces derniers sont exposés.
Bien que les étrangers aient été longtemps aussi nombreux que les Français, la mortalité cependant a été double pour ces derniers. Le changement de climat est sans doute, en grande partie, la cause de cette différence.
Du reste, la mortalité qui varie suivant les temps, n’est pas le même dans chaque localité.
Elle a été :
En 1852.
En 1853.
Alger, de. . . .
Blidah
Ténès
Cherchell. . . .
Médéah
Milianah
Bouffarik. . . .
Aumale
Oran
Mostagauem. . .
Tlemcen
Constantine. . .
Bône
Philippeville. . .
Bougie
En moyenne, depuis quelques années, la mortalité en Algérie est de 4 p. 0/0.
11 y a des pays où les conditions de l’existence ne sont pas meilleures. Dans la plupart des colonies anglaises, au cap de Bonne-Espérance, aux Indes, aux Antilles, la mortalité frappe, en moyenne, 7 colons sur 100. A Parb même, la
mortalité est de plus de 3 p. 0/0. H n’y a donc pas lieu de s’effrayer beaucoup des chances de mort que l’on court en Algérie. Toutefois, d’après des faits mal interprétés, on accuse généralement en France le climat de l’Algérie d’être particulièrement nuisible aux enfants d’origine européenne. M. le docteur Cazalas, médecin principal de l’armée, a réfuté victorieusement cette assertion erronée.
« Pour rassurer les personnes intéressées à la question, nous n’avons, diUil, en comparant les faits qui ont entre eux de la ressemblance, qu’à voir, par exemple, quelle est, en France et en Algérie, la mortalité annuelle des enfants dans les établissements publics se trouvant à peu près dans des conditions semblables.
Colonie agricole de Mettray en
Colonie agricole de Mau^ille en
Orphelinat de Ben- Aknoun (près d’Alger).
Maison du Bon- Pasteur (près d’Alger).
1 846, 7 décès sur 42o enfants.
1846, 16 décès sm 245 enfants.
1846, 4 décès sur 157 enfants.
1846, 3 décès sur 108 enfants.
« D’où il résulte que la colonie agricole de Marseille a perdu, chaque année, de 1846 à 1848, un enfant sur 10 ; la colonie de Mettray, 1 sur 13; l’Orphelinat de Ben-Aknoun, 1 sur 53, et la maison du Bon-Pasteur 1 sur 74 ; et que la mortalité annuelle des deux établissements de France est à la mortalité annuelle des deux établissements de l’Algérie comme 55 est à 20.
« Ces quelques chiffres parlent plus haut que toutes les assertions sans fondement des détracteurs de l’Algérie, et prouvent, d’une manière formelle, que si la mortalité a été excessive en ce pays parmi les enfants d’origine européenne, cela tient exclusivement à des conditions exceptionnelles dépendant des lieux, des temps ou des individus et nullement à l’influence générale du climat.
« Quand on sait, ajoute le docteur Cazalas, le faible nombre de femmes relativement au chillre total de la, population européenne que
possédait l’Algérie dans les premiers temps de l’occupation ; quand on sait la position sociale de ces femmes, pour la plupart dans la misère et la débauche, quelquefois forcées, pour subvenir à leur propre existence, d’abandonner leurs enfants à une mort certaine, et généralement plus disposées à les laisser mourir de faim qu’à les entomer des soins affectueux et assidus qu’exigent leur âge, la conservation de leur santé et la guérison de leurs maladies ; quand on sait, disonsnous, toutes les conditions fâcheuses au milieu desquelles a vécu jusqu’à présent la population européenne en Algérie, conditions si favorables à l’abaissement du chiffre annuel des naissances et à l’élévation du nombre annuel des décés parmi les Européens de tout âge et surtout parmi les enfants, doit-on et même peut-on s’étonner d’un excédant annuel des décès sur les naissances? Assurément non ; et si Ton devait s’étonner d’une chose, c’est que cet excédant n’ait pas été plus considérable. »
Remarquons aussi que si eu Algérie le nombre des décès dépasse celui des naissances, les naissances cependant y sont proportionnellement plus nombreuses qu’en France. En 1854 on a constaté en Algérie 40 naissances sur 1000 habitants européens, tandis qu’en France la moyenne des naissances n’est que de 27 sur le même nombre d’babitants.
Nous terminerons ces considérations sur la mortalité en disant a\ec le docteur Gazalas :
« En Algérie, comme partout ailleurs, les immigrants fournissent, dans les premiers temps, plus de décès que de naissances, mais aussi, en Algérie comme ailleurs, à mohis de conditions exceptionnelles, à mesure que l’acclimatement s’effectue , qu’à l’aide de la culture, des plantations et des travaux particuliers d’assainissement, les terres perdent leim insalubrité spéciale, et que l’intluence du climat se dégage des hitluences accidentelles propres à chaque lieu; que la morale, la civilisation, l’industrie et le bien-être général font des j>rogrès ; à mesm'e, en un mot, que les lois de l’hygiéne , mieux eonnues et mieux appréciées, reçoivent une application plus conforme aux exigences du climat et des localités, les maladies, de moins en moins fréquentes, deviennent plus aisément curables et plus rarement mortelles, et les naissances, primitivement inférieures, puis égales, ue tardent pas à devenir supérieures aux décès. De sorte que, d’après l’enseignement du passé, on peut aflinner, sans s’exposer à èti-e démenti par les faits à venir, qu’en Algérie, une fois peuplée par d'anciens habitants d’o-
rigine européenne, cultivée, assainie par l’agriculture et le dessèchement des endroits marécageux , les décès annuels n’atteindront pas, en temps ordinaires, le chiffre des naissances, et l’accroissement de la population y sera au moins aussi rapide qu’en France et dans la plupart des contrées de l’Europe. »
Bientôt peut-être l’Algérie , décriée pour sou insalubrité par beaucoup de personnes qui ne se rendaient pas bien compte des causes de mortalité des premiers temps de l’occupation, l’Algérie, ce tombeau de noire armée et de nos colons, va devenir le rendez-vous de toutes les santés délicates de l’Europe. Déjà les médecins français conseillent à leurs malades le climat d’Alger comme celui de Nice. La plupart de ceux qui ont suivi ces conseils s’en sont bien trouvés. Que sera-ce lorsque, la colonie se développant, on eu viendra à tirer parti des eaux minérales et thermales dont nous avons parlé au chapitre précédent !
LES COLONS