‹ La colonisation du nord-ouest de la province de Québec [microforme]Chapitre 4 sur 4 · IT · texte numérisé non relu

IT

Arrivant à la vallée de l’Ottawa, M. Langelier dit que cette région peut être divisée en trois zones : la zone septentrionale, la zone centrale ou des lacs et la zone méridionale, qui renferment toutes ensemble les circonscriptions suivantes :

CoMTÉs. SUPERFICIE.

Pontiac seu sonne soovooce socenvoce sovo0e » ovee soosoosee 20,798,27 milles OttAWB se ou00 sooncoo0e svov0e rovooones sonee osseuse vossoses 83706,59 ‘ Argenteuil messes vessee sonsooose sossoosee soouss sososssee 932,03 Deux-Montagnes soso sense ousous sosuse e ss osoes . 258,14 ‘‘ Terrebonne... sessseses vonoso nes vovocne

Laval... CCELLETELCEEE EE LRLELE CEE EEE EEEEIE EEE INENENIENNT TT 84,69 LA,

Montcalm …..... séouas snpoon dde sos 6090601 2008 reVoone + 4,027,59 ‘‘ L'Assomption... ..... Snnnon on ne ne covoee 1900000 00 00 248,00 ‘* Joliette... 0 ne nn nn donnons CLELLECR IEEE T] 2,669,00 LA

Parties de Berthier, Maskinongé et St-Maurice. 4,675,00 ‘‘

“ Nous comprenons dans cette étendue la partie nord-ouest des comtés de Berthier, Maskinongé et de Saint-Maurice située entre la ligne d'exploration tirée depuis le lac Kiamika jusqu’à l'embouchure de la rivière Flamand, dans le Saint-Maurice et la frontière nord-ouest de la province, Cette aire renferme tout le territoire

DU NORD-OUEST al

dont les eaux s'écoulent dans la rivière des Outaouais, qui la limite à l’est et au sud, à partir de la tête du lac Témiscamingue.”

Quant au climat, voici des données absolument certaines qui démontrent victorieusement que loin d'être inhospitalier il est tout à fait favorable à la culture des céréales, des légumes et des arbres fruitiers.

‘« Des observations faites avec soin durant l’année 1845-46 au lac Témiscamingue par le facteur de la compagnie de la baie d'Hudson, au lever du soleil, le midi et au coucher du soleil, donnent le tableau suivant de la température moyenne de cette localité ;

Janvier... … 9923 Juillet sous soso 67 ° 28 Février seesssoss o00000 18 ° 44 AOQÛt ssnssssse ossosses 65° 58 Mars .…..........…....24° 41 Septembre... 53 ° 39 Avril soescsse à sooouses 39 ° O4 Octobre... ........40 ° 83

Mai... esse 49 ° 35 Novembre 25 ° 97 Juinesssss sosososese 0.02 ° 75 Décembre .…..… ..17 ° 68 Moyenne pour l’année sers sssosnos sos sons cocosooee 38 ° 58

Moyenne pour les trois mois d'hiver... …......,... 15 ° 02 Moyenne pour les trois mois de printemps …........38 ° 58 Moyenne pour les trois mois d'été... .....05 Moyenne pour les trois mois d'automne... .….....…… 40 ° 07

Ces chiffres assurent une température moyenne qui diffère peu de celle de Québec et de Montréal, ainsi que l'atteste le tableau suivant :

Témiscamingue Québec Montréal 1845-46 1870-71 1870-71 Moyenne de l’année... 38 ° 58 10:93: , <46 98 Moyenne de l’hiver 15 ° 02 14°0 1240 Moyenne du printemps..37 ° 58 33°8 45° Moyenne de l'été... 65 ° 25 63°5 69 ° 2 Moyenne de l'automne ..40 ° 07 44°9 51°0

‘M. Symmes, explorateur du gouvernement, dit : L'on récolte

‘6 avec succès les légumes au grand lac Victoria, ainsi qu’au poste ‘ de la compagnie de la Baie d'Hudson près du lac Abbitibi.”?

Ce témoignage est confirmé par M. l'abbé Proulx, dans le récit de son voyage à notre extrême-nord, en compagnie de Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa, en 1881, et de Mgr Lorrain en 1887. Or, ilfaut remarquer que le lac Abbitibi se trouve entre le 4oème et 48ème degré de latitude tandis que la région qu'il s’agit de coloniser est entre le 47ème et le 46ème degré et même plus au sud.

Qu'on écoute bien ce qu'écrit, à la date du 9 juin dernier, cet observateur judicieux.

M. Proulx se trouvait alors au Grand Lac, c’est-à-dire plus près du 48ème degré que du 47ème degré de latitude, soit au moins 45 lieues plus au /ranc nord que ne sont situés les établissements en voie de colonisation du

curé Labelle sur la Rouge et la Lièvre.

‘ Avant de quitter les rives de l’Ottawa, dit-il, je me demande : seront-elles un jour peuplées par une population qui tirera sa vie des produits du sol ? les champs de blé remplaceront-ils la forêt ? les bateaux à vapeur sillonneront-ils ces beaux lacs, au lieu des canots d’écorce? Le sifflet de la locomotive se fera-t-il entendre à travers ces plaines sans montagnes ? Des villes naîtront-elles là où on ne voit aujourd'hui que des rassemblements passagers de wigwams? Et pourquoi pas ?

Le sol est excellent. Sans doute il y a des endroits rocheux, d’autres sablonneux, d’autres marécageux. Nommez-moi au monde le pays de Cocagne où la charrue peut mordre dans chaque pouce de terre? Au dire de ceux qui habitent ce pays depuis longtemps, les terrains propres à l'agriculture ne manquent pas ; ils comprendraient les deux tiers du territoire. La Bretagne, qui fait vivre six millions d'habitants, serait heureuse qu'on en pâût dire autant de ses cinq départements. Pour nous rendre au lac Barrière, sur un espace de vingt lieues de chemin, nous avons traversé six portages. L'un

était de rochers granitiques, un autre de sable stérile ; les quatre autres de terre jaune et de terre grise, très friable, riche, sans roche aucune ; et l’on sait que les grèves le long des rapides sont généralement pierreuses. Cette proportion entre les terrains rebelles à la culture et ceux qui y sont propres, par toute la contrée, nous a paru être celle que nous offraient les portages, deux à six, un àtrois. Le foin à feuille large et noire a la meilleure mine ; l’avoine est haute de trois pouces : l’année dernière, M. Edwardson, de six minots de patates en a recueilli cent cinquante; en supposant qu’une telle récolte soit une exception, il faut avouer que bon nombre de nos cultivateurs se contenteraient à moins. Navets, carottes, choux, tout est aussi avancé que dans nos paroisses, Depuis le vingt mai que nous sommes entrés dans ce pays nous n’avons pas rencontré une seule gelée, comme ilen arrive quelque fois tard au printemps : et en fait de chaleur, le soleil de par ici n’en cède pas au soleil de par chez nous. Je ne crois pas que ce climat soit beaucoup en arrière de ‘celui de Montréal. Pour conclure, je suis d’avis que la colonisation s’avancera, petit à petit, de ce côté, et que dans cent ans (et qu'est-ce qu’un siècle dans la vie d’un peuple ?) la race canadienne aura étendu ses rameaux jusque dans cette partie éloignée de ces domaines.

Le Nord, vuilà le champ ouvert à l’activité et au développement des Canadiens-Français. Eux seuls aimeront à y vivre. Les populations étrangères, que l'immigration transatlantique vomit tous les ans par milliers sur nos bords, préfèreront toujours se diriger vers les prairies de l’Ouest, où les premiers travaux de défrichement sont moins pénibles. La vigueur de nos colons ne recule pas devant les arbres de la forêt, le climat leur est salutaire, et leur tempérament est fait à la rigueur de nos hivers. Sachons profiter du mouvement colonisateur qui agite le pays ; que le gouvernement ouvre de bonnes voies de communication, même qu'il ne craigne pas de pousser des lignes de chemins de fer dans les régions de l'intérieur, et avant longtemps, le surplus de notre population aura remonté le cours de toutes les rivières, échelonnant des établissements continus sur les rives du Saint-Maurice, de la Rouge, de la Lièvre et de la Gatineau. Bientôt des colons courageux, après avoir pénétré la chaîne des Laurentides, parviendront aux larges plaines qui s'étendent le long de la hauteur des terres, et déroule-

ront une succession non interrompue de paroisses, depuis la vallée du lac Saint-Jean jusqu'aux rivages lointains du lac Témiscamingue.

Dans ce temps-là, comme le disait, il y a près de quarante ans, un conférencier prophétique, la patrie canadienne, restreinte au midi et au sud-ouest, s'étendra vers le nord, embrassant des espaces plus vastes que ceux qu’elle occupe aujourd’hui, Le nord sera le domaine, la forteresse de notre nationalité. Quelle puissance au monde pourrait anéantir ce peuple homogène, jeune et plein de sêve, défendu par cette position isolée, à l'extrémité d’un continent, position :nexpugnable qui fait ressembler le Canada français à une île, bordée de toutes parts par d'énormes banquises, redoutées de l'ennemi ?”

Et dire qu'il se trouvera des gens capables de pousser l'absurde assez loin pour prétendre que le climat de nos nouvelles colonies n’est pas tolérable, quand une région située à quarante lieues plus au nord possède et le climat et le sol qu’il faut pour se prêter à une active et florissante exploitation agricole !

Voilà pour la zone septentrionale de l'Ottawa jusqu’à la hauteur des terres.

Eh bien ! si cette région peut être si favorablement colonisée, que faut-il penser de celle qui est située plus au sud et qui forme la région centrale ou dite des lacs, dont nous nous occuperons un instant ?

On peut affirmer, d'après M. Langelier, que la contrée située immédiatement au sud du 470 45 de latitude pourrait ‘* être colonisée avec succès et faire vivre une ‘“ nombreuse population agricole si elle était reliée par ‘un chemin de fer aux grands centres de commerce les “ plus rapprochés.”

Et plus loin : ‘“ l’on peut dire sans crainte d'être dé- “ menti par l'expérience que des 15,000 milles ou

“© 9,600,000 acres de terrain compris dans cette zone, ‘au moins 10,000 milles ou 6,400,000 acres seront ‘“ établis et cultivés lorsque les terres situées plus au ‘“ sud auront été toutes livrées à la colonisation.”

Nous voici arrivés à la région méridionale qui est précisément celle quiest l’objet de la présente étude et qu'il s’agit de faire connaître avec soin et de livrer, en grande partie, à la colonisation.

‘“ La zone dans laquelle se trouvent ces terres, continue M. Langelier, est bien mieux connue que les deux régions que nous venons d'examiner. Elle comprend toutes les parties habitées et soigneusement explorées de la vallée de l'Outaouais, entre le cours de cette rivière, à partir de la décharge du lac Beauchêne, et la limite orientale de ce grand bassin, le long de la rivière de l’Assomption, et au delà jusqu’au lac Sapin, dans le comté de Berthier. La superficie comprise dans ces limites mesure à peu près 16,000 milles ou 10,240,000 acres carrés. De toute cette étendue, le recensement de 1871 constate qu’à cette époque 2,109,134 acres étaient occupés et 1,041,234 acres améliorés, en sorte qu’il restait 8,130,866 acres à occuper et 9,198,266 acres à améliorer, ou à livrer à la culture, Comme l'étendue moyenne occupée par chaque personne de la population de cette région était de treize acres, les 8,130,866 acres qu'il restait à occuper forment une aire suffisante pour établir encore 625,451 personnes dans cette région. Et ce chiffre n’est pas au dessus de la réalité.”

“ Observons de suite que dans les comtés d'Argenteuil et d'Ottawa, les terrains qui avoisinent la rivière sont loin d’être aussi avantageux sous le rapport du sol que ceux qui se trouvent plus loin, dans l’intérieur, c'est-à-dire qu'ils sont plus accidentés, plus montueux, plus rocheux et moins fertiles que les terrains situés en arrière et plus au nord. Cela s'explique facilement. C'est dans cette région que la principale chaîne des Laurentides est traversée ou plutôt coupée par la rivière des Outaouais, et par conséquent les terrains les plus rapprochés des bords de cette rivière appartiennent

au système laurentien et en ont tous les caractères, tandis que la région située plus au nord n'est pas atteinte par ces montagnes et offre naturellement un sol plus plan et plus fertile,”

‘4 Tous les explorateurs qui ont parcouru cette région située plus au nord s'accordent à dire qu'elle constitue sous tous les rapports une des plus belles contrées agricoles de la Province, Elle est accidentée par des collines de peu d’élévation, d’un sol léger mais fertile, et séparées les unes des autres par des vallées où l’on trouve beaucoup de terrain d’alluvion, de la glaise, parfois sablonneuse, de la terre franche et de la terre jaune de la plus grande richesse. Souvent ces terres sont recouvertes de débris végétaux, de terroirs qui forment un sol des plus propices aux exploitations agricoles. Aussi les colons recherchent de préférence les terres de cette espèce surtout dans les vallées des rivières Gatineau et du Lièvre, où il y a des établissements considérables à plus de soixante milles dans l'intérieur. L'excellente qualité du sol compense amplement l'éloignement des grands centres et la difficulté des communications.”

Après avoir cité les rapports de différents arpenteurs sur quelques cantons de cette contrée, M. Langelier ajoute :

“ Ces citations sont longues et nombreuses , mais nous les multiplions à dessein, pour établir d'une manière incontestable que la région située immédiatement au nord de la partie actuellement habitée de la rive gauche de l'Outaouais possède en général un sol de première qualité et couvert de forêts dont les bois attestent la douceur et l'excellence du climat dont jouit ce pays au point de vue agricole. Comme partout ailleurs, il se rencontre dans cette région quelques accidents de terrain, des parties un peu rocheuses, des collines et des terrains bas ; mais, en général, c'est un beau pays agricole, aussi avantageux sous ce rapport que les plus belles parties des cantons de l'Est, et la preuve que cette région offre des avantages incontestables à la colonisation, c'est que presque partout les colons s’empressent de prendre des terres dès que le gouvernement fait ouvrir des chemius pour y donner accès. Enfin, il ya suffisamment d'espace et de bons terrains dans cette région pour former une cenaine de belles paroisses, le long de la ligne que nous

avons indiquée en commençant l'étude de cette riche et fertile contrée,”

‘ Examinons maintenant la région qui s'étend plus au nord, jusqu’à la limite méridionale de la zone des lacs que nous avons étudiée en deuxième lieu, limite qui s'étend depuis l'embouchure de la décharge du lac Beauchêne, jusqu’au lac Sapin.

‘4 Cette région n'a été bien explorée que dans sa partie centrale, c'est-à-dire dans les limites du comté d'Ottawa ; mais s’il faut en juger par les résultats de cette exploration partielle, on peut dire sans crainte qu'elle constitue une des plus belles parties de l'Outaouais, Si on retranche, à l'extrémité nord-est, l'espace occupé par les hauteurs où la rivière Rouge et ses affluents du nord-est ent leurs sources, le reste de cette région peut être représenté en général comme un bon pays agricole et susceptible d'une exploitation facile et lucrative. L’étendue traversée par la rivière Rouge est moins bonne, mais possède néanmoins des avantages incontestables, ainsi que le constatent MM. L. Russell et H. Leber, dans leur rapport sur l'exploration de la contrée, Voici ce qu'ils disent en terminant :

#« Si les terrains sont propres à la colonisation, on ne doit cependant pas comprendre que je veuille les comparer aux terres si unies et si fertiles qui bordent le Saint-Laurent, dans la province de Québec ou dans Ontario, Cependant, les connaissances, que j'ai acquises par une longue suite d'années passées à explorer ces cantons dans toutes les directions, me justifient de dire que cette partie du pays renferme les meilleures terres de la Couronne qui soient offertes à la colonisation sur le côté nord de l'Outaouais, au-dessus de Grenville,”

On admettra que cette description est loin d'indiquer un pays stérile. Pourtant, la contrée ainsi décrite par MM. Russell et Leber est la partie la moins avantageuse de la région que nous étudions.

La vallée de la rivière du Lièvre, plus à l’ouest, renferme de bien plus beaux terrains, s’il faut en juger par les rapports des explorateurs qui l’ont parcourue. M. John Bignell, homme des plus compétents, en parle dans les termes suivants :

‘ Depuis Cheval Blanc jusqu'aux Fourches (de la rivière du Lièvre), le terrain, dans le voisinage de la rivière, est plan et le sol généralement bon ; on rencontre plusieurs terres là où le grain et le

fourrage sont récoltés pour alimenter les chantiers, Les bords de la rivière sont bas et le courant assez fort, brisé çà et là par des rapides. Les bois sont l’épinette, le pin, le sapin, le merisier, l'orme, le cèdre et le frêne.”

Ces essences, notamment l'orme, indiquent un excellent sol et leur existence simultanée atteste que dans cette région la vallée de la rivière du Lièvre offre à la colonisation un champ d'opérations

très avantageux, | La vallée de la rivière Gatineau, plus au couchant, est encore

plus riche, Les cantons Aumond, Kensington, Maniwaki, Egan et Lytton renferment des terrains de première qualité sous tous les rapports et sont déjà en partie établis, bien qu'ils soient éloignés et situés à plus de soixante et quinze milles au nord de la ville d'Ottawa.

‘“ A ces renseignements nous pouvons ajouter ceux que nous fournit le recensement de 1871 sur les produits agricoles des cantons Bouchette, Cameron et Kensington, qui se trouvent dans la région qui nous occupe en ce moment. Nous condensons ces renseignements dans le tableau suivant :

Bouchette. Cameron, Kensington,

Acres en Culture ss. 2,117 1,493 3314 Blé récolté, minots...… 887 502 2,220 Orge s.rsossse sosoosooe see 318 112 317 Avoine......…. oseoson s00600 6,557 5,284 23,511 Seigle .....ssessse soso 232 28 45 POÏS «+ 08500 s06anca08e à ee 947 969 1,647 FÈVES onssrs sosecso tooses 8 7 36 SATTASIN .........e sooooooco 102 54 221 Maïs. -sososs voo000 : 100000 58 3 104 Pommes de terre... 9,260 4,441 16,138 Navets. oser 3035 300 2,652 RACINE dcsssossscres ‘ 86 . 211 Tonneaux de foin... 565 416 1,183

C'est-à-dire que dans ces trois cantons, les 4, 543 acres de terrain, ensemencés en grains et plantes racineuses, ont produit 81,671 minots de grains et racines, ou une moyenne d'environ 18 minots à l'acre, et que les 2,381 acres cultivés en foin ont produit 2,164 tonneaux (le foin, ou un peu moins d'un tonneau à l’acre, C’est plus

que n’accuse le recensement pour certaines parties de la vallée du Richelieu, qui passe pour être la contrée la plus fertile et la mieux cultivée de toute la province. Cela prouve beaucoup en faveur de la vallée intérieure de l'Outaouais et montre clairement que cette vallée offre à la colonisation et au défrichement un des champs les plus vastes et les plus avantageux.

Nous n'avons pas de données bien précises sur la nature des terrains situés dans le comté de Pontiac et dans la même zone que celle que nous étudions ; mais, comme ils appartiennent aux mêmes formations génologiques et sont couverts des mêmes bois, nous devons naturellement en conclure qu’ils sont d'aussi bonne qualité, sans compter que le climat est plus doux et plus favorable aux opérations agricoles. Le blé-d’inde, qui ne mûrit que très diffcilement dans les environs de Québec et ne mûrit pas du tout plus loin, atteint sa maturité complète dans toute la partie du comté de Pontiac que nous étudions, même dans la vallée du cours supérieur de la rivière Noire. D'ailleurs, on sait que le climat s'améliore sensiblement à mesure qu’on avance vers l’ouest, et celui de la partie inférieure du comté de Pontiac bénéficie de cette loi de la nature. Le sol est bon, le climat est bon aussi, et ce qui manque à cette régiun lointaine pour attirer la colonisation et développer ses immenses ressources, ce sont les moyens de communication rapide, régulière et peu dispendieuse. Qu’on construise un chemin de fer pour relier ce pays éloigné aux grands centres du commerce et il se couvrira d'établissements prospères et fiorissants.

Enfin conclut M. Langelier :

“ Il ne nous reste plus qu’à résumer tout ce que nous venons de dire sur cette immense égion de l'Outaouais. En analysant les faits et les renseignements que nous avons puisés aux meilleures sources, nous trouvons :

“10 Que dans la province de Québec, le territoire formé par le bassin de l'Outaouais renferme une étendue de 39,948.53 milles où 25,567,060 acres carrés ;

‘“ 20 De ces 25,567,060 acres de terrain, 2, 109,134 acres étaient occupés et 1,041,234 acres étaient améliorés ou en état de culture en 1871, en sorte qu’à cette époque il restait encore 23,457,926 acres à occuper et 24,525,826 acres à mettre en culture ;

‘30 Aux différents points de vue des facilités d'accès, de la qualité du sol et du climat, ce territoire se divise naturellement en trois zones distinctes : la sone septentrionale, la sone des lacs où « sone centrale et la sone méridionale,

‘40 La zone septentrionale, comprise entie la limite occidentale de la province, au nord du lac Témiscamingue, la hauteur des terres,” une ligne tirée du nord au sud jusqu'au lac Eshwaham, et au sud une autre ligne tirée de ce dernier point à la décharge du lac Des-Quinze, renferme une aire de 8 948 milles, ou 5,727,060 acres carrés. À raison de son éloignement, de la qualité inférieure de son sol en beaucoup d'endroits, et de son climat un peu froid et humide, de l’absence à peu près complète des bois de commerce, cette zone n’est pas susceptible d'établissement dans toute son étendue et n'offre qu'environ un million d'acres de terrain susceptible de colonisation, c’est-à-dire de quoi établir une population d'environ 20,000 âmes qui devra surtout compter sur les pâturages et l'élevage du bétail pour por «voir à sa subsistance ;

‘“so La zone des lacs, située immédiatement au sud de la précédente et bornée au midi par une ligne tirée du confluent de la décharge du lac Beauchêne, dans l'Outaouais, au lac Sapin, dans le comté de Berthier, puis à l’est et au nord-est par une ligne partant du lac Sapin, passant par le lac Menjobagoos et se prolongeant vers le nord-ouest jusqu'à la hautenr des terres, à mi-distance entre les sources de la rivière Gatineau et celles du Saint- Maurice, renferme une aire de 15,000 milles, ou 9,900,000 acres carrés, dont les deux tiers, ou 6.400,000 acres, peuvent être établis et cultivés avec succès. Cette zone renferme tous les plus grands lacs du bassin de l'Outaouais et est traversée du nord au sud par tous les grands affluents de cette rivière, C'est là en grande partie que s’alimente le commerce de l'industrie forestière, qui offre tant d'avantages aux colons. Le climat de cette zone est assez chaud pour faire mürir tous les grains qui sont cultivés dans la vallée du Saint-Laurent. Les meilleurs terrains se trouvent, au centre, dans la vallée de la rivière Gatineau, et les plus mauvais au nord-est. La qualité du sol varie ; mais il est généralement bon, un peu sablonneux, rocheux en beaucoup d’endroits, et la surface du terrain est accidentée, formée par des collines qui alternent avec des bas-fonds qui seront cultivables, lorsqu'ils seront égouttés. Les

6,100,000 acres de terre arable que renferme cette zone peuvent supporter une population de 200,000 âmes, et les chantiers qui s'y feront pendant longtemps constituent une grande source de richesse pour les colons: car les forêts de pins, d’épinettes et certains autres bois d'exportation qui se trouvent dans cette région sont presque inépuisables ;

‘ 6o La zone méridionale, —située plus au sud et formant la partie supérieure du bassin de l'Outaouais, —a une superficie de 16,000 milles, ou 10,240,000 acres carrés, dont 2,109,134 acres étaient occupés et 1,041,234 acres étaient en culture en 1871, ce qui laissait 8,130,866 acres à occuper et 9,198,766 acres à livrer à la culture, Cette zone, notamment dans le centre, c'est-à-dire dans toute l'étendue du comté d'Ottawa, possè le un sol de qualité supérieure et jouit d’un climat favorable aux opérations agricoles. Elle est bien égouttée par un grand nombre de lacs et de rivières, plus rapprochée que les autres zones des grands centres de commerce, renferme des terrains comparativement plans, principalement dans l'intérieur, et renferme des mines de fer et de phosphate de chaux d'une grande richese, Les terrains les plus rocheux, les plus accidentés et les moins fertiles se rencontrent dans les parties déjà habitées, immédiatement en arrière des seigneuries et des anciens établissements, depuis Grenville jusqu’en arrière de Hull, Les 8,13°,866 acres qui restaient à occuper dans cette zone en 1871 peuvent faire vivre dans l’aisance et le confort une population d’au moins 325,000 âmes, en supposant une moyenne de vingt-six acres, par personne au lieu de treize acres, chiffre qui représente l'étendue occupée par chaque colon dans les établissements actuels ;

“70 En résumant tous ces chiffres, on constate que le bassin de l'Outaouais renferme encore, en sus de celles qui sont déjà occupées et exploitées par l’industrie agricole, 15,530,866 acres de terres susceptibles de culture avantageuse et capable de nourrir une population de 545,000 âmes.

“ Tel est l'avenir réservé à la colonisation dans le bassin de l'Outaouais, qui est déjà une des parties les plus populeuses, les plus riches et les plus florissantes de la province, et qui le sera bien davantage quand l’œuvre féconde et patriotique de la colonisation aura transformé ces solitudes en un riche pays agricole.”

A tous ces témoignages déjà peut-être trop longuement cités nous pouvons ajouter ceux de MM. Beaubien et Benoit, sur le territoire de la Rouge et de la Lièvre, du Rév. P. Gendreau, président de la société de colonisation d'Ottawa, et du P. Paradis sur celui du Témiscamingue, qui ne font que confirmer les notions générales que nous venons de développer et qui prouvent au delà de tout doute que la région méridionale de la vallée de l'Ottawa possède encore une étendue immense de terres fertiles et bien boisées, essentiellement propres à la culture, favorisée autant par son climat sain et tempéré que par ses ressources naturelles pour le commerce, l'industrie et surtout l’agriculture.

Voici, par exemple, ce que dit M. B. Benoit sur le bassin de la Lièvre :

‘“ La qualité du sol est très variable, Le long des rivières, sur une profondeur qui varie d’un arpent à une dizaine d’arpents et peut-être davantage, c'est de la glaise bleue sur la rivière Kiamika et de la glaise mêlée de sable sur la Lièvre. Sur les hauteurs, de la terre jaune et de la terre noire, de la terre de montagne. Les abords des rivières sont inondés quelquefois le printemps, mais l'eau se retire assez vite, excepté dans quelques marécages, pour le pacage et les prairies. Lors de mon premier voyage je suis arrivé à la Ferme Rouge au commencement de juin, et les bœufs de chantier de M. McLaren étaient à l'herbe depuis quelque temps dans d'immenses pâturages, dans le bois où jamais un coup de hache n’a été donné. Chaque colon peut, en général, avoir l’extrémité de son lot sur les rivières, en terre de même nature.

‘* Le long des rivières, on ne voit que l’aune, l’orme, le frêne, le noyer tendre et quelquefois la plaine, Dès que le sol s'élève, outre les bois ci-dessus qui diminuent en nombre, on trouve un peu d'épinette, le merisier et surtout le sapin,

‘{Je vous avoue que la vue du sapin m’a causé une certaine

appréhension relativement à la valeur du sol. Cependant il n’indique ici que de la terre glaiseuse. Il faut se rappeler que la région du lac Saint-Jean est couverte de sapins et cependant ces sapins abritent une terre grise, de deux ou trois pieds de profondeur, préférable même au sol si vanté de Manitoba.”

Ce que nous avons dit de la Gatineau est suffisant pour faire voir que c’est sur le cours supérieur de cette magnifique et grandiose rivière que sont les plus beaux cantons du Nord. L’arpenteur McArthur dit :

‘# Dans aucune autre partie de la région de l'Outaouais il y a une étendue de terre réellement bonne et fertile aussi grande que celle qui se trouve dans les cantons Maniwaki, Egan, Aumond, Sicotte et Lytton.”

Un mot sur la région du Témiscamingue, emprunté au Rév. P. Paradis, qui a visité minutieusement ce pays :

‘ Sol d'une richesse sans égale dans toute la vallée de l’Ottawa. ‘ Terre grise, noire et jaune ; pas une seule pierre sur des étendues ‘ de vingt à trente milles carrés. Des étendues semblables ne sont ‘“ que des prairies dénuées de bois et faciles à égoutter, ou bien ‘“ encore de vastes brûlés où les arbres sont déracinés et jetés à la ‘ renverse ; chose remarquable, en très peu d’endroits la terre parait ‘ avoir souffert des ardeurs de l'incendie ; l’humus y est parfaite- ‘ ment intact et d’une profondeur dépassant partout six à huit ‘ pouces ; cette riche couche de terre noire repose toujours sur une ‘ terre grise profonde très friable et douée elle-même d’une grande ‘ fertilité .. ..: Le fait est que la terre y est de première qualit, ‘ arrosée, ça et là, par de jolis petits ruisseaux, et exposée en pente * douce au soleil du midi.”

Et M. L. O. Armstrong, agent de la Compagnie du Pacifique qui a visité souvent le Nord-Ouest, n’est pas moins positif à faire l'éloge de cette contrée : ‘ Je n'ai & rien vu, disait-il, au Nord-Ouest de plus beau que ce “ sol, c’est une terre à blé et à pois des plus belles.”

Au tour maintenant du Père Gendreau qui est l’âme de la colonisation du lac Témiscamingue. Voici ce qu'il écrivait le 17 juillet 1885 : —

“11 n’y a donc plus rien qui s'oppose au succès de notre société de colonisation, Nous avons : 10 un sol très fertile et comparable aux prairies du Nord-Ouest ; 20 terre facile à défricher. M. Larouche, de Chicoutimi, arrivé à Témiscamingue le 4 juin derner, a eu le temps de défricher, sans laisser une souche, 6 acres de terre et ensemencer 10 minots de grains ; 30 climat favorable. Nous ne remarquons pas de différence notable entre Ottawa et Témiscamingue. Le 6 juillet, nous avions des bleuets mûrs et des patates nouvelles bonnes à manger ; 40 communication facile et économique ; 50 marché excellent pour la vente de nos produits. Les nombreux chantiers de bois, qui se font à quelques milles en arrière, offrent au colon un excellent marché pour ses produits et un travail rémunérateur pendant la saison de l'hiver.”

Et lc üuuze août 1887 il nous écrivait à nous-même :

‘“ Avec plaisir je vous donnerai toute information concernant Témiscamingue dans l'espérance que votre brochure fera connaître ce pays si plein d'avenir. Dans toute la Province de Québec, je ne crois pas qu'il y ait de place plus avantageuse pour la colonisation que le ‘lémiscamingue, à cause de la qualité du sol, de la facilité du défrichement et des moyens faciles de communication.”

En voilà assez, croyons-nous, pour fixer tout le monde sur la richesse agricole de la vallée de l'Ottawa. Veut-on savoir ce que valent ses ressources forestières, ce qu’elles procurent annuellement de revenu au trésor de la Province? En voici un tableau compilé depuis 1875 Jusqu'à 1886 :

RECETTES DE LA PROVINCE PROVENANT DU DÉPARTEMENT DES TERRES DE LA COURONNE :

Montant total perçu en 1875 $532,734.87 sur lequel le Territoire d'Ottawa fournit $349,272.70

€ 1876 386,774.18 “6 ‘6 261;939.17 ‘ 1877 391,618.85 .s 6 254,609.26 1878 351,323.16 “6 se 227:234144 6 1879 314,880.09 LL Li 205.755.82 se 1880 342,881.44 « A 238,309.40 ff 1881 543,518.76 “e dE 394555.60 4 1882 668,596.39 LL ‘4 384:084.84 ‘5 1883 684,743:3 " L 516,565.69 4 1884 660,757.13 5 6e 500,213.71 (6 1885 530,115.77 “ dE 40713486 LA 1886 528,574.80 se LL 397:411.76

Il est facile de voir que le territoire de l’'Ottawa a fourni à la Province beaucoup plus que les deux tiers de tous ses revenus provenant du louage de ses terrains forestiers.

Sous le rapport des mines, voyons ce que dit M. Langelier :

Puis, outre ses bonnes terres et ses belles forêts, cette région de l'Outaouais renferme aussi des mines d’une grande richesse. Le fer, le plomb, la plombagine, le marbre, le plâtre et le phosphate de chaux, sans parler de pierre à bâtir, du manganèse et d'autres minérais d’une moindre valeur se trouvent en quantités susceptibles d'une exploitation lucrative dans plusieurs endroits de cette région. Depuis quelques années, on a exploité les mines de fer, de plomb, de plombagine, et les mines de phosphate de chaux sont en voie de devenir l'objet d'opérations très importantes,

Donc, examiné au triple point de vue de la situation topographique, de l'étendue du territoire et de la richesse du sol, pour la culture, les forêts et les mines, le nord de la vallée d'Ottawa constitue une région éminemment

favorisée que nos gouvernants doivent se presser de livrer à la colonisation, s'ils ont vraiment à cœur l’agrandissement de notre jeune province et tiennent à lui procurer les avantages qui résultent de l'établissement des territoires encore inhabités ; avantages si précieux que les peuples les plus avancés les recherchent avec avidité, au prix des plus grands sacrifices d'hommes et d'argent, en traversant les mers et en s'adressant aux régions les plus lointaines et les plus inhospitalières. C’est que la possession et la culture du sol constituent les bases fondamentales des nationalités et que plus ces assises sont larges et développées, plus les nations ont de force, de puissance et de vitalité. Emparons-nous donc au plus tôt du sol de notre immense Nord pour y établir le plus possible de nos compatriotes. C'est là qu'est l’aisance, la fortune, l’avenir, le salut, car c'est là qu'est le territoire immense, riche, le plus à notre portée et qu'aucun changement, qu'aucune révolution politique ne pourra jamais sérieusement nous disputer,

LA MATTAWIN OÙ LA MANTAVAISIE.

Plusieurs personnes nous ont demandé des détails sur la vallée de la Mattawin, qui traverse le nord des comtés de Joliette, de Berthier et Maskinongé, le centre des comtés de Saint-Maurice et Champlain où elle se jette dans le Saint-Maurice.

Cette région n’est pas connue suffisamment, car elle renferme des terrains d'excellente qualité recouverts des plus précieuses essences de nos forêts.

Nous ne pouvons rien faire de mieux que de citer, sur cette vallée, l'ouvrage aussi agréable qu'instructif de M. l'abbé Th. S. Provost, Ptre, curé de Saint-Jean de

Matha, intitulé : ‘ La Bourse ou la vie,” ou RECUEIL DE RENSEIGNEMENTS UTILES ET D'INFORMATIONS EXACTES SUR LES CANTONS DU NORD ET EN PARTICULIER SUR LE TERRITOIRE DE LA MANTAWA.

Nous remarquerons que M. Provost dit Mantawa tandis que les autres auteurs disent Mattawin, que l’on confond quelquefois avec Mattawan, petite ville située sur la ligne du Pacifique, à l'embouchure de la Mattawan et de l’Ottawa.

Voici donc les notions générales que M. Provost donne sur la vallée de la Mattawin ou Mantavaisie :

Il est assez difficile de dire où sont les morceaux de préférence dans notre grande et belle Mantavaisie. Nous avons mentionné plus haut le plateau de Sources; un mot maintenant du lac Bourget et de ses environs. A six lieues plus haut que Saint-Michel des-Saints, en remontant la rivière Mantawa, au-dessus du rapide des Trois-Sapins, l’on voit arriver du sud un joli cours d'eau: c'est la décharge du lac Bourget, lequel se trouve à deux lieues en profondeur. Les deux côtés de cette rivière sont en maäiuts endroits couverts d’aulnages à une large distance, et tout ce terrain peut être facilement converti en prairie par le drainage et avec les précautions ordinaires, À deux lieues de l’embouchure de cette petite rivière, on rencontre le lac dont la partie nord-ouest est à peu près circulaire

Une pointe longue de deux milles et large de quelques arpenis, un peu rocheuse mais boisée d’une belle forêt, s’avance dans le lac ; cette pointe à elle seule peut former une très belle propriété, le site en serait charmant, Au delà du détroit qu’elle forme avec le rivage opposé, se développe une nappe d’eau longue d’au moins six milles et large d’un mille et demi. De jolies îles, comme autant de fleurs soulevées et fraîches se baignent avec agrément dans ces eaux limpides. Les rives de droite et de gauche sont des collines de médiocre hauteur couvertes tantôt de pur bois franc, tantôt de bois mêlé. Sur la rive gauche du lac, une autre langue de terre s’avance encore assez loin, dans les eaux ; elle est dépouillée de grands arbres et se termine par une magnifique grève de sable.

Je me rappelle qu'en 1864, nous avons choisi cet endroit que l'on aperçoit de toutes parts pour y élever une croix de cèdre sur laquelle nous avons cloué une planchette contenant une inscription relative au but de notre voyage et marquant la date de notre passage en ces lieux. Nous avons alors dressé ce signe de salut dans la profondeur des bois, en mémoire, comme je dis, de notre exploration, et pour nous rappeler aussi la manière dont nos religieux ancêtres prenaient possession des lieux qu'ils découvraient : ‘€ Jn hoc signo vinces.' Depuis l'établissement de la colonie, nous n'avons fait que vaincre sous cet invincible étendard. Qui sait si un avenir encore plus assuré n'est pas réservé aux futurs habitants de ces lieux ! Plus tard, dans mon passage de 1869, je célébrai au pied de cette croix même le saint sacrifice de la messe.

On le comprend, la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus- Christ sanctifiant ces lieux purs, solitaires et pleins de majesté, remplissait nos âmes de grandes émotions, cet endroit est pour ainsi dire consacré par la religion. Là sera l’église des nouveaux colons. On peut dire que le versant septentrional des Laurentides meurt à la tête du lac Bourget. A l'extrémité opposée, un terrain plan s'enfonce à perte de vue dans l’ouest et vers le nord. J'ai pénétré dans cette plaine de l'ouest jusqu’à la distance d'une journée de marche ; on y trouve généralement du boismêlé mais très long ; le sol paraît en être de première qualité, car, chose que l’on remarque assez rarement dans ces régions, l’on y voit beaucoup de terre grise, Un bois d'épinette rouge croît aux environs de la décharge ; le terrain est un peu humide, mais il n’est pas trop bas pour être assaini convenablement, Toute la rive sud de la Mantawa, sur une largeur d'environ deux lieues à partir du lac Bourget jusqu’au plateau des Sources, est une plaine dont le sol est excellent, recouvert d’une belle forêt et bien arrosé.

Il en ést ainsi de la rive opposée, avec cette différence que la plaine, de ce côté, n’est pas limitée par une mesquine distance de cinq à six milles, elle s'étend jusqu'aux grandes Laurentides, c'està-dire, on l’a vu, à vingt-cinq ou trente lieues de là. Prenons seulement ici, dans le but d'y tailler quelques établissements, une largeur correspondante à celle de l’autre rive, et nous aurons la piace de huit belles paroisses, Dans la lisière de bois francs qui monte vers les sources de la rivière du Milieu, on en pourrait installer facilement quatre autres,

Depuis le rapide Brûlé, où comme la vallée des Aulnets, jusqu’au lac Bourget, on compte trente milles de navigation, les bords de la rivière ont de cinq à douze pieds de hauteur; par endroits ils sont couverts de foin, ailleurs ils sont bordés d’aulnes ; de distance en distance la berge s’allonge et forme des points d’un aspect très fertile : il y a place dans ces trente milles pour au moins six paroisses qui se trouveraient ainsi sur les bords même de la Mantawa.

‘i maintenant nous descendons cette rivière jusqu’au lac des Pins et que nous nous rejetions en profondeur dans la direction de la rivière du Milieu, pour de là revenir à l’ouest joindre la plaine des Aulnets, nous trouverons une circonscription suffisante à l’établissement de quatre grandes paroisses, à part les deux qui sont déjà commencées dans les cantons Brassard et Provost. Poursuivons notre ligne de profondeur vers l’ouest et poussons notre examen jusqu’à la hauteur de la dernière branche de la rivière Rouge, prenant seulement trois lieues de nouvelles limites vers le nord, nous aurons encore la place de six autres paroisses. Il est ici à la connaissance de plusieurs personnes qu'en bas de la ligne du district des Trois-Rivières, sur les deux côtés de la Mantawa, et en remontant de quelques lieues dans la direction du lac Clair, on peut établir avec avantage quatre paroisses, Les environs du lac en permettraient facilement deux. Ainsi, dans à peu près la moitié de la vallée de la Mantawa, l’on pourrait, abstraction faite des terres improductives, placer avec profit, tant sur les bords de la rivière qu'à cinq ou six lieues en profondeur, près d’une quarantaine de paroisses, soit une population de plus de soixante mille âmes ! N'’ai-je pas eu raison de le dire : ‘* Quel vaste théâtre de colonisation n'avons-nous pas ici même à nos portes ? ”?

Page 1