AFRIQUE ORIENTALE ALLEMANDE
Le commerce allemand avec Zanzibar date du milieu du dix-neuvième siècle. Dès 1844, la maison Hertz fils exportait de Zanzibar des cauris (petit coquillage univalve qui sert de monnaie dans l'Afrique centrale et en particulier au Soudan. En 1859, un consul hanséatique installé à Zanzibar conclut, au nom des villes hanséatiques, un traité d'amitié et de commerce dont en 1869 les dispositions furent étendues verbalement à la confédération de l'Allemagne du Nord et plus tard à l'empire allemand.
Les choses restèrent dans cet état jusqu'à l'époque où l'em-
pire allemand entra dans la voie des acquisitions coloniales. Il est remarquable de constater que le mode d'acquisition des établissements de la cote orientale de l'Afrique a été très différent de celui qu'on employa sur la côte occidentale. Sauf à Zanzibar, aucun Allemand n'était établi dans le pays. L'acquisition de ce qu'on appelle aujourd'hui l'Afrique orientale allemande est due, non à des colons résidant effectivement dans ces contrées, mais à des sociétés métropolitaines qui n'y avaient antérieurement aucune attache et qui s'étaient formées dans la métropole en vue de la colonisation.
A l'instigation du D1 K. Peters, une société allemande s'était formée à Berlin en avril 1884, en vue de fonder, dans des contrées non occupées par d'autres nations, des colonies propres à la culture et au commerce et de procurer à ces colonies les capitaux nécessaires à leur mise en valeur. Les promoteurs de cette société avaient accompli en secret de sérieux travaux préparatoires, car ils voulaient déterminer avec certitude le champ de leur future action. La plus grande discrétion fut observée pendant cette période d'étude, car les premiers essais de colonisation dans l'Afrique occidentale avaient déjà permis d'apprécier le danger des indiscrétions commises quelquefois sans but par une partie de la presse. Le Dr Peters avait su créer à Hanovre un courant particulièrement favorable à son œuvre ; mais d'autre part il rencontra une grande résistance chez le chevalier de Bennigsen qui, maître de l'Union coloniale allemande, combattit avec vigueur les plans du Dr Peters, déclarant qu'il fallait éviter toute dispersion des forces du parti colonial. Finalement M. de Bennigsen se prononça pour la fusion avec la société coloniale allemande bien qu'entre ces deux sociétés il y eût pourtant une différence essentielle. La société du Dr Peters avait un but pratique demandant une action énergique, l'Union coloniale se bornait à soutenir les théories d'expansion et ne cherchait pas à agir par elle-même, se proposant simplement de donner un appui moral aux entreprises coloniales.
Malgré de mutuelles concessions, une commission réunie à S
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l'effet de fusionner les deux sociétés, n'arriva qu'à des résultats négatifs. Si les choses étaient demeurées en l'état, l'action de la société de colonisation n'eût pas été entravée et le malentendu fût resté sans conséquences. Mais les divergences de vues des deux sociétés déterminèrent dans la presse allemande une polémique assez violente. Un parti se forma bientôt contre la société de colonisation. Il englobait tous les adversaires d'une politique coloniale active. Cette animosité d'une fraction de la presse créa bien des difficultés à la société de colonisation allemande, mais elle eut du moins l'avantage d'attirer l'attention publique sur l'œuvre du Dr Peters et de lui conquérir de chauds partisans même dans les rangs de l'Union coloniale.
Enfin, grâce à l'activité de son fondateur, la société coloniale allemande triompha de tous ces obstacles et se constitua à Berlin sous la présidence du Dr Peters, avec le concours du comte Behr-Bandelin et de quelques autres personnalités. Elle nomma un comité chargé de la direction des affaires et fixa à 5.000 marks l'apport minimum de ses actionnaires.
Le 6 août 1884, le comité adressa à toutes les sociétés s'occupant de colonisation et d'exportation une proposition analogue à celle qu'elle avait déjà adressée à l'Union coloniale à la suite des pourparlers de Hanovre, les invitant à former une union pour centraliser les efforts afin d'avoir ainsi en Allemagne et à l'étranger une action plus efficace. Entre temps, la société du Dr Peters s'était augmentée d'un certain nombre de capitalistes dont les apports lui permettaient d'agir immédiatement par elle-même.
Tout en continuant à s'occuper des achats de terrain dans le sud de l'Afrique, on avait en vue un autre territoire qui n'était peut-être pas propre à la culture ordinaire, mais qui paraissait favorable à la création de plantations : c'était l'hinterland de Zanzibar. Toutefois, pour réussir, il fallait agir en secret afin de ne pas attirer l'attention jalouse de l'Angleterre;
Dès que la société eut à sa disposition des moyens finan-
eiers suffisants, elle s'occupa sans retard d'exécuter ses projets. A la fin de septembre 1884, MM. le D' Peters, le référendaire Jûhlke et le comte Joachin Pfeil, voyageant sous de faux noms et comme passagers de troisième classe, se rendirent à Zanzibar par Trieste et Aden après avoir essayé, par des nouvelles inexactes répandues dans la presse, d'égarer l'attention de leurs concurrents éventuels. Ils arrivèrent à Zanzibar le 4 novembre 1884. Le Dr Peters eut aussitôt une conférence secrète avec M. Hansing, consul de l'empire allemand et représentant de la maison hambourgeoise Oswald et Hansing. Le 10 novembre, les voyageurs se rendirent à Sadani, sur la côte du continent, et de là, remontant le Wami, ils gagnèrent à marches forcées le plateau d'Ussagara. Ils y conclurent douze traités avec dix princes ou sultans indépendants des pays de Nguru, Useguha, Ussagara, Ukami , Lîmvomerro et Mkoudogwa. Ils acquirent ainsi pour leur société un territoire d'environ 2.500 milles carrés, cédé non seulement avec tous les droits privés y afférents, mais aussi avec les droits de souveraineté les plus absolus. • Le 7 février 1885, le Dr Peters rentra à Berlin, laissant en Afrique MM. Jûhlke et le comte Pfeil, qui poursuivirent sans bruit mais avec énergie l'exécution du plan arrêté. Certains journaux allemands répandirent même le bruit de leur complet échec, alors que le Dr Peters attendait d'un jour à l'autre la proclamation du protectorat sur les territoires nouvellement acquis.
Vers la même époque, en effet, s'accomplirent une série d'événements qui justifiaient les espoirs du Dr Peters.
En 1884, il avait été question d'envoyer en Afrique le conseiller aulique Gerhard Rohlfs avec une mission spéciale. Lorsque l'escadre allemande se dirigea vers la côte orientale d'Afrique, M. Rohlfs s'embarqua, en effet, avec le titre de consul général, à bord de la corvette Gneisenau. Le bruit courut qu'il portait au sultan de Zanzibar une lettre de l'empereur. Les Anglais s'alarmèrent, mais lorsque le Gneisenau se dirigea vers l'Afrique occidentale et de là vers le
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sud, leurs inquiétudes s'avivèrent encore, car ils redoutaient l'occupation delà côte sud-orientale par les Allemands. Enfin, de Gaptown arriva la nouvelle que le Gneîsenau était parti le 7 janvier 1885 pour Zanzibar ayant à bord M. Rohlfs, qui était chargé d'une mission spéciale du gouvernement allemand. Les journaux anglais répandirent aussitôt le bruit que Zanzibar allait tomber sous le protectorat de l'empire, ce que l'Angleterre ne devait permettre sous aucun prétexte. La presse britannique demanda à son gouvernement une action énergique, et réclama même la déclaration immédiate du protectorat sur Zanzibar afin de devancer les Allemands. Les exagérations les plus manifestes eurent libre cours ; l'influence allemande étouffait en Afrique l'influence anglaise, on avait remarqué une reprise du commerce des esclaves, etc. A tous ces maux, l'annexion anglaise était le seul remède, et, pour y procéder, il fallait se créer une situation prépondérante à l'égard du sultan de Zanzibar. Ces menées anglaises allèrent si loin que le sultan se vit forcé de démentir, dans un télégramme adressé à M. Percy, toutes les nouvelles d'après lesquelles il aurait recherché le protectorat allemand.
Le 27 janvier 1885, la corvette Gneisenau aborda à Zanzibar; le lendemain M. Rohlfs remit au sultan Seyid Bargasch, au milieu d'un important déploiement de forces allemandes, une lettre de l'empereur l'accréditant en qualité de consul général. Le sultan reçut l'envoyé du gouvernement de Berlin avec de grands honneurs et, malgré les intrigues anglaises, manifesta ses préférences pour l'Allemagne. Il offrit notamment à M. Rohlfs une villa en dehors de la ville. Les Anglais, dirigés par leur consul général Kirk, énergiquement appuyés par les Européens non allemands, notamment par le capitaine italien Gecchi, intriguèrentplus violemment quejamais contre les Allemands.
A son retour à Berlin, le Dr Peters avait soumis au gouvernement les traités qu'il avait conclus jusqu'au 14 décembre 1884; ils furent trouvés valables et approuvés. La compagnie de colonisation allemande demanda alors une lettre de pro-
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tection ( Schutzbrief) impériale pour lui permettre d'organi>ci sur son territoire une administration régulière, pouvant agi* sur les indigènes, en même temps qu'elle mettrait en valeur les ressources du pays. Cette lettre lui fut accordée le 27 février 1885.
Le protectorat fut notifié aux puissances étrangères conformément à l'acte du Congo. Le consul général Rohlfs fit cette notification aux représentants des puissances à Zanzibar et au sultan Seyid Bargasch et annonça à cette occasion que le Dr Jiihlke était placé sous les ordres du consul général à Zanzibar pour assurer le fonctionnement des services judiciaires.
Mais les acquisitions de la société de colonisation allemande étaient amoindries dans leur valeur par un grave inconvénient : elles manquaient d'une base maritime. Il s'agissait de l'acquérir. Le sultan, maître de la côte, y percevait des droits de douane et paraissait peu disposé à en faire le sacrifice pour satisfaire les Allemands. Les intrigues anglaises l'avaient d'ailleurs rendu plus méfiant à l'égard des Allemands. Déjà, lorsqu'en 1885 la corvette Gneisenau conclut, sur la demande des frères Denhard, un traité de protectorat et de commerce avec le sultan de Witu et essaya de nouer des relations avec les Somalis, les représentants du sultan Seyid Bargasch se montrèrent nettement hostiles. Le sultan de Zanzibar finit même par interdire à ses sujets d'accompagner aucune expédition européenne dans l'intérieur du continent, interdiction qui, en l'espèce, ne pouvait être dirigée que contre les Allemands. Ceux-ci furent d'autant plus sensibles à ces nouvelles dispositions qu'ils les virent se manifester sous la pression des conseillers anglais du sultan, qui prétendaient que la marine allemande était trop faible pour étendre son action jusqu'à Zanzibar et qu'en somme le sultan pouvait fort bien opposer la force aux projets allemands. Les Zanzibarites s'armaient, en effet, avec une activité extraordinaire. La conduite des Anglais était logique ; ils avaient des vues sur le pays du Kilimandjaro, ainsi que le prouvaient les voyages de Johnston
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et de Thomson vers le Victoria Nyanza. Leur consul général, M. Kirk, ayant intercepté des lettres et des dépêches venues d'Allemagne, découvrit dans cette correspondance que la société de colonisation allemande avait des intentions identiques. Le plus sûr était en somme d'exciter le sultan contre les Allemands.
Le Dl Rohlfs fît connaître ces intrigues à Berlin. La corvette Gneisenau reçut subitement, le 2 avril, la mission de se diriger vers Sydney et de porter aux quelques navires de guerre stationnés dans les eaux asiatiques et australiennes l'ordre de se concentrer sur la côte orientale de l'Afrique. Mais le départ du Gneisenau eut un effet inattendu; il laissa croire au sultan que les assurances des Anglais relativement à l'impuissance navale de l'Allemagne étaient bien fondées. L'orgueil du potentat zanzibarite en fut accru et se manifesta avec éclat. Bien que les acquisitions du Dr Peters aient été connues à Zanzibar dès le mois de décembre 1884, le sultan s'en était alors fort peu inquiété. Après le départ du Gneisenau , il éleva des prétentions sur ces territoires; le sultan Achmed de Witu le suivit dans cette voie, bien qu'il eût accepté en avril 1885 le protectorat allemand. Le souverain de Zanzibar adressa à l'Allemagne une protestation contre cette convention et la communiqua à l'Angleterre, à la France et aux diverses puissances qui avaient reconnu par traité son indépendance.* En même temps, il se mettait en mesure de faire valoir ses prétentions par la force. 11 envoya vers l'intérieur deux expéditions d'environ 300 hommes pour étendre sa domination effective sur les territoires de l'hinterland et pour engager les chefs à accepter son protectorat. Il dirigea également une force sérieuse sur Lamu, en face de Witu. Cette troupe viola aussitôt la frontière qui venait d'être établie.
Le gouvernement allemand s'adressa à la France ët à l'Angleterre. Il rencontra d'abord en France la plus vive opposition. Quant à l'Angleterre, le prince de Bismarck lui adressa le 2 juin une note dans laquelle il exposait que l'Angleterre et l'Allemagne avaient un intérêt commun à empêcher des
peuplades noires pacifiques de tomber sous l'action du fanatisme musulman et à faire reculer devant les progrès de la civilisation une tyrannie sanglante. Les deux puissances arrivèrent à une entente à la suite de laquelle la France déclara vouloir s'abstenir de tout rôle actif dans le conflit existant entre l'Allemagne et le sultan de Zanzibar. L'Angleterre communiqua au sultan son intention de ne le soutenir en aucune façon dans son action contre l'Allemagne et lui conseilla la modération.
Ayant aplani toutes difficultés diplomatiques, le gouvernement impérial donna l'ordre à son consul général Rohlfs, non seulement de repousser les prétentions du sultan, mais encore l'opposer une protestation énergique à toute attaque dirigée contre les territoires soumis au protectorat allemand.
Le sultan, enfin convaincu que toute résistance était inutile, se décida à rappeler les forces qu'il avait envoyées dans 1 intérieur.
Pendant que se réglaient ces questions internationales, la société de colonisation allemande ne restait pas •inactive et s'occupait de la mise en valeur de ses récentes acquisitions. A cet effet, le comité de la société chargé d'administrer les territoires annexés créa sous le régime du droit prussien un nouveau groupement de capitaux intéressés, qui prit la forme d'une société en commandite inscrite au registre commercial de Y.Amtsgerichi (L) de Berlin sous la raison sociale « Société de l'Afrique orientale allemande, Karl PctersetCie » (Deutsch- Ostafrikanische ' Gcsellsc/iafi). )
A la tète de la nouvelle société, complètement indépendante de la société de colonisation allemande, fut placé un
(1) Il est très difficile d'établir une concordance réelle entre les organisations judiciaires de la France et celles des États allemands. L' Amtsqericht : littéralement tribunal de bailliage s oc cupe à la fois d affaires civiles, commerciales et administratives ; il éonvsporidi ait, quoique de façon très imparfaite, à notre tribunal de première, instance., .mais avec .compétence restreinte quant à l'importance des affaires. Le Landes qerieht (littéralement ; tribunal du pays, de la contrée , s'ôÇr .rupé' 'd'affairés civiles; 'le Hândclsgêrichl tribunal de commerce), d'affaires commerciales. • ..-..>. ... . .
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comité directeur élu pour cinq ans, avec pleins pouvoirs, et composé de MM. le DrPeters, le Dr Fr. Lange, Jiihlke, W. Roghe, et le comte de Behr-Bandelin. Auprès de ce directoire fonctionnait encore un corps de contrôle composé de cinq membres.
La nouvelle société était organisée lorsque le gouvernement se décida à procéder à l'importante démonstration navale que l'impudence du sultan de Zanzibar avait rendue nécessaire et que réclamaient d'ailleurs les intérêts commerciaux de l'Allemagne.
Les gouvernements anglais et français ne s'opposèrent pas à cette démonstration. L'administration de la marine affréta, en mai 1885, deux vapeurs, YAdler et YEhrenfels, qui devaient servir à ravitailler l'escadre en charbon et en munitions; les navires de guerre Prinz Adalbert, Siosch, Elisabeth et Gneismauj qui étaient à Sydney sous le commandement du coramodore Paschen, furent rappelés à Zanzibar. La corvette Bismarck et quelques autres navires stationnés sur la côte occidentale d'Afrique reçurent en outre l'ordre de rejoindre la même destination. Tous ces vaisseaux devaient former une escadre suffisamment imposante pour prouver au sultan de Zanzibar que l'Allemagne était assez forte pour punir toute atteinte portée à ses droits. Le consul général Rohlfs fut rappelé en juin à Berlin et remplacé provisoirement par le consul Travers.
Le 7 août 1885, les navires du commodore Paschen, accompagnés de YEhrenfels, arrivèrent devant Zanzibar et jetèrent l'ancre face au palais du sultan. La vue des vaisseaux de l'empire produisit sur le sultan l'effet attendu. Il reçut les Allemands avec les plus grandes prévenances et déclara le 13 août au commodore Paschen qu'il reconnaissait sans conditions le protectorat de l'empereur d'Allemagne sur .'Us sa* gara, Ukami, Ngudu, Useguha et Witu; que d'ailleurs il avait rappelé ses fonctionnaires et ses troupes de ces territoires ainsi que les forces envoyées dans la région du Kilimand-
LA COL Û >i I S ATI ON A L L E M A IN D I :
jaro. Le 19 août, Y Adler et la corvette Bistnarck mouillèrent également devant Zanzibar, suivis bientôt par les croiseurs Môwe et Marte. L'amiral Knorr, qui était arrivé avec le Bismarck, prit le commandement en chef de l'escadre et la direction de l'action diplomatique près du sultan. 11 était assisté du consul général par intérim Travers ; tous deux employèrent toute leur énergie à obtenir une solution des questions pendantes et à conclure un traité de commerce destiné à remplacer celui qui existait depuis le 13 juin 1850 entre Zanzibar et les villes de la Hanse.
Les négociations furent d'ailleurs facilitées par l'attitude de la France et de l'Angleterre, qui offrirent leurs bons offices à l'Allemagne pour faire reconnaître à Zanzibar les principes de liberté commerciale adoptés par l'acte du Congo. Le sultan ne voulait pas admettre ces principes pour tous ses États; cependant, en septembre 1885, il autorisa l'amiral Knorr à choisir pour l'Allemagne un port dont elle aurait la complète jouissance d'après l'esprit de l'acte du Congo. Le commodore Paschen, chargé de ce choix, se décida pour le port de Dar-cs-Salam. La suzeraineté du sultan sur ce territoire fut maintenue, mais l'Allemagne eut la faculté d'y installer un dépôt de charbon.
Pour bien concevoir le développement des entreprises allemandes sur la côte orientale de l'Afrique, il faut suivre les progrès que réalisèrent peu à peu dans l'intérieur du pays les expéditions de la société du Dr Peters. En février 1885, le Dr Peters était rentré en Europe. Le Dr Juhlke était resté à Zanzibar. Le troisième membre de la première expédition, M. von Pfeil, restaàMuininsagara, résidence du prince d'Ussagara, et y fonda une première station; il créa un jardin et bâtit une maison. En avril, il se rendit dans la vallée du Sima, où il construisit également une maison et tenta divers essais de culture. En juin, il fit de nouvelles acquisitions dans l'Urosi , sur le Rufidschi supérieur et, grâce à ;dës traités signés le 10 juin avec le sultan Golongo et quelques petits princes, il apporta à là société le pays de Chatu. Il revint alors à Zan-
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zibar, où il se reposa pendant un certain temps des fatigues qui avaient altéré sa santé.
Après le retour du Dr Peters en Europe, une animation inusitée se manifesta à Zanzibar : presque chaque bateau arrivant d'Aden apportait de nouveaux envois de la société de l'Afrique orientale allemande.
Une seconde expédition organisée par le Dr Jiihlke, assisté du lieutenant en premier Weiss, quitta Zanzibar au commencement de mai pour conquérir le territoire du Kilimandjaro. Mais le général Matthews, opérant pour le sultan Seyid Bargasch, l'avait précédé en certains points et les deux expéditions se rencontrèrent au lac de Jipe. Jûhlke réussit pourtant à conclure des traités au nord-ouest de Pangani, jusqu'au 2° 5' de latitude sud avec neuf sultans indépendants, et à acquérir les pays d'Usambara, Pare, Aruscha et Dschagga. Huit de ces traités ne furent pas contestés, mais sur le territoire du chef signataire du neuvième traité, le sultan Mandarra, chef du Dschagga, de l' Aruscha, de l'Ugeno, etc., Mathews avait hissé le drapeau de Zanzibar. Mandara ne s'en inquiéta d'ailleurs pas; il offrit son alliance à Jûhlke le 18 juin.
Le sultan Sambaja, chef du Wassamba; résidant à Masinde et qui se considérait comme le représentant du sultan de Zanzibar, montra des dispositions moins favorables; mais son frère cadet finit par signer le traité que lui présentaient les Allemands. Le 6 juillet 1885, l'expédition revint à Zanzibar, où le D1 Jûhlke déposa immédiatement une protestation basée sur le traité conclu par Mathews. Le lieutenant Weiss rentrait le 31 août à Berlin ;il était porteur des neuf traités signés pal les chefs de l'intérieur et d'un autre acte de même nature conclu avec le sultan Tamba de Pangani. Le Dr Jûhlke resta à Zanzibar comme représentant de la société.
La troisième expédition partit de Berlin le 24 mars 1885 sous le commandement de l'architecte de l'État Hôrnecke, assisté des lieutenants von Anderten, von Garnap et de M. Kûnbzell. Elle arriva le 5 mai à Zanzibar et gagna bientôt le con-
tinent noir. Son objectif était, en partant de Lamu, de rencontrer le Tana vers les monts Kénia et, se dirigeant de là vers le sud, de donner la main à l'expédition de Jiihlke. A Lamu, M. Hôrnecke vit M. Denhard, qui y résidait, et se rendit ensuite à Witu. Dès le début, l'expédition se heurta à une sérieuse résistance des Zanzibarites, et ne put quitter Witu que le 9 juillet après des incidents regrettables. Des pluies terribles et des inondations retardèrent sa marche. Elle arriva avec peine dans le voisinage de Ngao, où elle fut dépassée, le 18 mai, par des Arabes zanzibarites. Ceux-ci s'opposèrent à la marche en avant de M. Hôrnecke, enlevèrent quelques-uns de ses hommes et poussèrent les autres à déserter, si bien que sa troupe fut réduite à vingt-deux hommes. Il fallut revenir en arrière; M. Hôrnecke s'était d'abord décidé à regagner Zanzibar, mais il changea d'idée et n'y envoya que MM. von Anderten et von Garnap. Comme l'hostilité croissante des Arabes avait amené un combat, où quelques uns d'entre eux avaient été tués, il construisit un camp retranché. Ainsi à l'abri des surprises, il reconstitua son expédition et essaya en septembre de remonter le Tana avec cinq bateaux. Les Arabes, troublés par la nouvelle de l'arrivée d'une forte escadre allemande devant Zanzibar, quittèrent alors leur attitude agressive. M. Hôrnecke put acquérir quelques territoires entre le Kilimandjaro et le fleuve Tana. Les possessions de la société de l'Afrique orientale allemande joignirent ainsi celles acquises par les frères Denhard.
De Zanzibar, Hôrnecke se rendit en septembre à Aden. Pendant son voyage il visita le grand Sultan de tous les Somalis, Osman de Halulé, et signa avec lui, le 6 septembre, un traité important qui fut accepté par les princes secondaires. L'Angleterre avait autrefois abandonné le droit d'épave au prince des Somalis ; celui-ci, moyennant une redevance annuelle de 1.000 dollars, s'engagea à respecter la vie des naufragés et céda ce droit d'épave à la société de l'Afrique orientale allemande. Il abandonna en outre à la même société une série de droits privés et de droits souverains sur toute la côte des Somalis,
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depuis la côte de Berbera jusqu'à Warscheich. Il accorda également à la société l'accès des ports d'Obbia et d'Halulé, le monopole du commerce, l'exploitation des carrières, des terres sans propriétaire, des forêts et des rivières, la pêche des huîtres perlières; enfin il autorisa l'établissement d'une garnison, la construction de fortifications, la perception de droits de douane, etc. Le 15 octobre, le Dr Hôrnecke arriva à Berlin avec ses traités.
M. von Anderten, après un séjour à Zanzibar, vint en août sur la côte des Somalis pour continuer les travaux commencés et, en octobre, il gagna Aden pour y faire son rapport. M. von Garnap au contraire fut envoyé vers la station de la vallée de Sima afin d'en préparer le développement.
L'horticulteur Schmidt, aidé du jardinier Morris, dirigea vers l'Lssagara une petite expédition qui quitta Zanzibar le 11 mai munie d'instruments de jardinage, de graines, de plantes, en vue de faire des essais de culture.
La quatrième expédition, sous le commandement du major von Devivere, assisté des lieutenants von Kleist et von Bulow, partit de Zanzibar le 4 juin 1885. Son objet était de conduire à Muininsingara quelques agriculteurs et le jardinier Liedke. Elle devait ensuite faire quelques acquisitions de terrains dans une autre direction, mais, par suite de la maladie du chef de la mission, qui dut revenir à Zanzibar et ensuite en Europe, la première partie de ce programme seule fut réalisée.
La cinquième expédition, conduite par le lieutenant Schliïter, accompagné du lieutenant von Klitzing et de l'ingénieur Ronde, arriva le 16 juin 1885 à Zanzibar. Au commencement d'août, elle gagna Ussagara. Elle rencontra en chemin M. Paul Beichard qui revenait d'un voyage d'exploration de plusieurs années; elle dut renvoyer à Zanzibar M. von Klitzing tombé malade. M. Rohde resta dans l'Ussagara pour lever la carte du pays. M. Schlûter au contraire se dirigea en septembre vers le sud et se joignit au comte Pfeil. Le 29 novembre, tous les deux conclurent de nouveaux traités avec les chefs du Lhehe
et réunirent cette région aux possessions de la société. Plus tard, ils conclurent d'autres traités avec les chefs d'Ubena, de Wamatschoude, de Mehenge et de Wangindo; grâce à ces traités, le territoire allemand atteignait le fleuve Rovuma et la partie supérieure du lac Nyassa.
Une sixième expédition quitta Berlin le 14 juin 1885. Elle se composait principalement déjeunes agriculteurs, auxquels s'était joint le D' Hentschel, ingénieur agronome. Il s'agissait d'étudier le terrain et de l'estimer au point de vue fluvial et économique.
La septième expédition fut conduite par le lieutenant Schmidt et le commerçant Sohnge. Elle arriva à Zanzibar le 17 août et en partit le 24. De Dar-es-Salam elle devait se diriger vers Ussagara. De ce point, elle comptait, en traversant des régions exposées aux incursions des guerriers Massai et d'autres peuplades, atteindre Pangani et y établir une station.
Le lieutenant Schmidt aborda à Bagamoyo; il y constata que, malgré les efforts du sultan Seyid Bargasch pour assurer son prestige et sa puissance dans cette région, l'autorité de ce souverain sur la côte jusque vers Dar-es-Salam était des plus précaires. M. Schmidt se rendit ensuite dans l'intérieur, conclut sept.traités et laissa M. Sohnge installer avec l'expédition un camp sur le Rufidschi. Lui-même, avec dix-sept hommes, pénétra plus avant dans les terres, conclut quatorze autres traités et acquit ainsi pour le compte de la société de l'Afrique orientale allemande tout le pays d'Usaramo avec tous les territoires situés entre Ukami et le Rufidschi. Il fit encore quelques acquisitions de terrains dans le Rufu et arriva fin septembre à Ussagara. Dans la suite de sa mission, la plus grande partie de son escorte déserta. Il eut de véritables combats à livrer aux guerriers indigènes et fut blessé gravement à la poitrine et à la cuisse. Un détachement débarqué par la Môwe, qui croisait le long de la côte, recueillit le reste de l'expédition et le conduisit à Zanzibar, d'où le lieutenant Schmidt rentra en Europe en janvier 1886.
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La huitième expédition quitta Berlin le 10 septembre 1885; elle se composait du mandataire de la société, l'assesseur Lucas, du géologue D' Schmidt, de l'agriculteur Schroder et du peintre Hellgrewe. Elle eut le malheur d'être mise en quarantaine à Alexandrie et par suite de manquer la correspondance pour Zanzibar; mais le charbonnier Adler, qui regagnait ce port, la prit à bord et elle arriva à destination le 12 octobre, mais pour se disperser immédiatement. L'assesseur Lucas resta, à Zanzibar comme représentant de la société; à la fin de Tannée 1885, le sultan de Gas lui céda ses droits de souveraineté, et au commencement de 1886 M. Lucas, assisté du lieutenant von Saint-Paul-Illaire, hissa sur le nouveau territoire acquis le drapeau allemand, que le sultan de Zanzibar fit bientôt enlever.
Une neuvième expédition partit de Berlin le 9 octobre. Un ancien chasseur de fourrures de Sibérie, Arnold Elz, l'accompagnait. Les membres de cette expédition se séparèrent à Zanzibar. M. Elz fut adjoint au Dr Schmidt, le géologue, avec lequel il se rendit dans l'intérieur et qu'il aida dans ses recherches sur le terrain.
La dixième expédition fut confiée à l'architecte du gouvernement Hôrnecke. Les lieutenants von Saint-Paul-Illaire, baron von Gràvenreuth et M. Kohler, qui avait été longtemps établi à Java comme planteur, l'accompagnaient.
Ils quittèrent Berlin le 24 novembre 1885 et emportèrent tout le matériel nécessaire à l'établissement d une grande station. L'action de M. von Anderten se confondit avec celle de cette expédition. Il conclut, le 26 novembre 1885, avec le sultan Jusef Ali Jusef de Hobija (Obbia) , un traité concédant à la société de nouveaux terrains sur la côte des Somalis. Le comte von Pfeil fut nommé représentant de la société de l'Afrique orientale allemande pour cette région.
Une onzième expédition, sérieusement organisée, quitta Berlin le 29 décembre sous le commandement du lieutenant en premier von Zelewski. Elle disposait de quatre canons et comprenait comme officiers lés lieutenants Krenzler, von
Brozowski et von Wittich. Cette expédition emportait toul le matériel nécessaire à l'établissement d'une forte station, et en outre six bibliothèques pour les établissements de la société en Afrique ; enfin, beaucoup d'autres objets nécessaires au confort et à l'hygiène des pays exotiques.
A la fin de 1885, première année de son existence, la société de l'Afrique orientale allemande pouvait considérer le but de toutes ses missions comme atteint; il ne restait qu'à déterminer les frontières de l'État de Zanzibar.
La société derAfriqueorientaleallemandecommuniquaalors au gouvernement l'état de ses nouvelles acquisi tions et demanda pour elles l'application de la lettre de protection impériale accordée en février. De Berlin, la réponse se fit attendre. Le gouvernement désireux d'éviter un nouveau conflit avec le sultan de Zanzibar, tenait auparavant à avoir la certitude de la validité des nouveaux droits de la société. A cet effet le gouvernement, de l'empire proposa en octobre 1885 de faire examiner par une commission franco-allemande les droits du sultan sur les territoires contestés de l'intérieur et sur les territoires de la côte du continent qu'il prétendait lui appartenir. Cette commission fixerait ensuite définitivement les limites de l'État de Zanzibar, reconnu par les puissances intéressées comme État indépendant. Le sultan acquiesça à ces propositions. Sur la demande du prince de Bismarck, les puissances nommèrent leurs commissaires. C'étaient : pour l'Angleterre, le lieutenant-colonel Kitchener; pour la France, M. Patrimonio ; pour l'Allemagne, M. Schmidt. Ils se réunirent à Zanzibar au commencement de 1885. Le gouvernement allemand réservait sa réponse à la nouvelle demande de la société de l'Afrique orientale allemande jusqu'à l'achèvement des travaux de cette commission.
Quant au traité de commerce, de navigation et d'amitié projeté entre l'empire allemand et le sultan de Zanzibar, les négociations furent entamées en octobre 1885. Après entente sur les préliminaires, l'ensemble du traité fut mené à bien par l'amiral Knorret le consul général Travers, d'une part, et,
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d'autre part, par le secrétaire du sultan, Mohamed ben Salem ben Mohamed. Le traité fut signé à bord du Bismarck le 20 décembre 1885; il contenait une série de dispositions très importantes et tenait compte en particulier des vœux de la chambre de commerce de Hambourg. On avait aussi pris en considération les intérêts nouveaux créés par les acquisitions de la société de l'Afrique orientale allemande : le charbon, les machines et le matériel de colonisation, le matériel destiné à la construction de vapeurs et de chemins de fer et toutes autres matières analogues destinées au développement des établissements placés sous le protectorat allemand devaient être exempts de droits de douane. Le traité parut propre à rétablir pour l'avenir les meilleurs rapports entre les deux États et à donner une base solide au commerce allemand ainsi qu'au trafic de la colonie d'Ussagara. Lorsque toutes ces questions eurent été heureusement résolues, les trois derniers vaisseaux de l'escadre allemande quittèrent la rade de Zanzibar dans les premiers jours de l'année 1886; les autres avaient déjà été rappelés.
Depuis l'apparition de l'escadre allemande devant Zanzibar, la presse anglaise était restée assez calme. Cependant le gouvernement de Londres fut blâmé par l'opposition de son attitude conciliante avec l'Allemagne. On pouvait difficilement se faire à l'idée d'abandonner un si beau territoire au jeune empire continental. Mais des causes locales de conflit subsistaient. Les intérêts particuliers des commerçants étaient opposés à ceux de la société de l'Afrique orientale allemande, et ceux-ci étaient contraires aux intérêts de la société de Witu. Afin de les concilier, le prince de Bismarck émit, dès juillet 1885, le désir de voir se fondre les trois groupes d'intérêts. Une convention dans ce sens fut signée, le 5 septembre 1885, par le Dr Peters et le Dr Kerstens, entre la société de l'Afrique orientale allemande et la société de Witu. D'après cet accord, la limite des territoires soumis aux deu,\ sociétés suivait le fleuve Tana, ou bien la ligne de partage des eaux des montagnes de Kenia et du Kilimandjaro. Le
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12 septembre, une conférence eut lieu au ministère des affaires étrangères sous la présidence de M. von Russerow. Elle aboutit à une convention satisfaisante sous tous les rapports, conclue entre les maisons de Hambourg W. Oswald et Haiising et C", dont les intérêts commerciaux à Zanzibar étaient fort importants, et la société de l'Afrique orientale allemande.
Enfin, en décembre 1885, en vertu d'un autre accord, les maisons de Hambourg W. Oswald et Haiising et G0 se chargèrent, moyennant un droit de commission, de la marche des affaires de Hambourg, tandis que la société réservait le commerce à l'intérieur de l'Afrique pour ses factoreries. Les maisons bambourgeoises devenaient ainsi les associées de la société de l'Afrique orientale allemande. Celle-ci songea aussi à assurer et à régulariser la situation financière de son entreprise. Elle y réussit dans une large mesure, en obtenant, dans l'été de 1885, la coopération de grands capitalistes ou de puissantes sociétés financières. La mission protestante allemande, établie depuis quelque temps dans la colonie et dont les membres avaient déjà recueilli de précieux renseignements en faisant des essais de plantation et de culture, prêta son précieux concours aux agents de la société
Il y avait également dans les territoires de l'Afrique orientale, des missions protestantes anglaises et une mission catholique française, cette dernière composée en grande partie d'Alsaciens et de Rhénans. Pour ne pas se montrer inférieure à ces œuvres, la mission allemande forma, vers la fin de 1885, à Hersbruck en Bavière, une société de missionnaires protestants décidés à consacrer leur activité à la nouvelle colonie. Cette œuvre bénéficia immédiatement de la protection de la société de l'Afrique orientale allemande.
L'ère des difficultés n'était pas close. La société de l'Afrique orientale allemande avait toujours à lutter contre les intrigues continuelles du sultan de Zanzibar, que l'Angleterre, jalouse des progrès de la nouvelle colonie allemande, excitait en sous-main, malgré l'accord intervenu. Bientôt éclata une
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révolte générale des Arabes. Elle était motivée en grande partie par le commerce des esclaves auquel se livrait la population arabe. La société de l'Afrique orientale allemande ne put réprimer le mouvement. L'empire dut combattre lui-même l'insurrection. Les Arabes ne voulaient pas se soumettre, car ils comprenaient clairement que l'établissement de l'administration allemande était la fin de leur négoce favori. Cet état de choses amena le gouvernement allemand à s'entendre avec le gouvernement anglais, qui consentit à une action commune. A partir du début de décembre 1888, toute la côte du sultanat de Zanzibar, y compris l'île Mafia et les autres îles comprises entre le 10° 28' et le 2° 10' de latitude sud, fut bloquée par une escadre allemande.
Afin d'opérer vigoureusement sur le continent, une loi d'empire du 2 février 1889, qui avait pour but de fixer les mesures propres à réprimer le commerce des esclaves et à assurer la protection des Allemands dans l'Afrique orientale allemande, mit à la disposition du gouvernement une somme de deux millions de marks. En un temps relativement court, le commissaire de l'empire arriva à être maître de l'insurrection et, au printemps de 1890, l'autorité allemande était rétablie. Une note du Moniteur de 1 empire du 22 octobre 1889 annonça que toute la partie de la côte située entre Witu et la station de Kismaya était placée sous le protectorat de l'empire.
Toutefois, une délimitation nouvelle fut établie par le traité du 1er juillet 1890 (voir page 101).
Le Ie- avril 1891, l'empire allemand acheta au sultan de Zanzibar la portion de côte qui lui appartenait encore ainsi que l'île Mafia. 11 devint ainsi possesseur de tout le territoire compris entre le fleuve Umba et le fleuve Rovuma, comme cela avait d'ailleurs été convenu avec l'Angleterre.
Les frontières de la colonie ont été fixées par un certain nombre de conventions et de traités conclus avec l'Angleterre, le sultan de Zanzibar, le Portugal et l'État libre du Congo.