SYN DICATS DES CULTIVATEURS
Avant de terminer, un mot des syndicats agricoles des cultivateurs, Ils sont appelés à être d’un grand secours. Courtiers honnêtes et dévoués, connaissant l’article à être acheté ou à être vendu, ils épargneront, et les dépenses de voyages et les recherches ou études pour bien connaître ce dont on a besoin, L'un, celui de Québec, a pour président honoraire et actif aussi Sa Grandeur Monseigneur Bégin, Sa Grandeur donne là une nouvelle preuve de son dévoue-
ment à la cause. L'autre syndicat, celui de Montréal, est :
présidé par l'honorable J, J, Ross, président du sénat et conseiller législatif,
Tous les deux sont composés d'hommes bien connus du public, et par leurs connaissances spéciales nécessaires, et par leur position dans la société,
Nos agriculteurs peuvent avoir confiance en eux et leur confier toutes leurs transactions pour achats ou ventes, Pas nécessaire de faire le sacrifice de temps ou d'argent pour se procurer les grains, graines, instruments, engrais artificiels, animaux reproducteurs dont on peut avoir besoin, ou vendre beurre, fromage, foin, etc., ete. Tout cela peut se faire à peu de frais par la poste, on peut se fier à ceux auxquels on s'adresse.
L'idée de ces syndicats nous est venue de Frarre où ce système a opéré des merveilles, Ce sont des associations de bons citoyens se contentant de* peu ou pas de rémunération, qui se mettent avec dévouement à la disposition des cercles agricoles et des cultivateurs, On conçoit facilement de quel secours ils peuvent devenir. Tel qui ne s’y connaît en rien dans l’article qu’il commande, pourra ordonner tout de même et se fier aux acheteurs. Il
* recevra le bon article, Par ces syndicats l’on achètera aussi
très souvent, mieux qu'en s'imposant les pertes de temps et d'argent que nécessite le voyage.
Les cercles et les sociétés peuvent bénéficier de ces syndicats en s’affiliant ; ce qui leur coûtera la somme de dix piastres. Les particuliers, une piastre.
Le département n’a absolument rien à faire avec ces associations qui se sont formées entièrement en dehors de son contrôle, Mais je crois de mon devoir de les recommander
Aus
organi l’exe:
héroïq Un duque sa vie part le de la même
Un Joly, t des pl
Plu
La nant !
RRK. P
L’'E jeunes val, L
Un Grises
Aussi, grûce à cette politique, avons-nous toute une organisation pour saisir le cultivateur, l'instruire par l'exemple, le guider sur les terres et lui aider à remplir son héroïque mission :
Un département d'agriculture et de colonisation, à la tête duquel est un commissaire, l’hon. Beaubien, qui a consacré sa vie à cette noble profession, et de vieux serviteurs qui, à part leur zèle reconnu, possèdent une connaissance profonde de la législation à ce sujet, Plusieurs d’entre eux possèdent même des fermes modèles des mieux tenues,
Un Conseil d'Agriculture, dont le président est l’hon. Joly, agronome distingué, et le Secrétaire, M. Barnard, l’un des plus fervents apêtres de l’agriculture,
Plusieurs écoles théoriques et pratiques :
L'Ecole d'agriculture de L'Assomption,
L'Ecole d'agriculture de Ste-Anne de la Pocatière,
La Ferme école de Notre-Dame du Lac, Oka, compre-
nant aussi une école d’arboriculture, sous la direction des RR. PP. Trapristes,
L'Ecole d'économie domestique et d’horticulture pour les jeunes filles, dirigée par les Rév. Sœurs Ursulines, à Roberval, Lac St-Jean,
Une même école à St-Benoit, tenue par les Rév. Sœurs Grises,
L'Ecole de beurrerie, à St-Hyacinthe,
La Station expérimentale de St-Hyacinthe,
La Compagnie du Haras National.
L'Ecole Vétérinaire McGill, Montréal,
L'Ecole Vétérinaire Laval, Montréal,
La Société d'industrie laitière de la Province 4e Québec, à St Hyacinthe.
Ferme expérimentale centrale, Ottawa.
Ferme de Compton.
Un syndicat de cultivateurs de la province de Québec.
or om DR à de
TD dm em rem a EP EE
Re mo “de 2
Un syndicat central des agriculteurs du Canada, Montréal,
Un Journal d'agriculture illustré.
Une littérature choisie propagée par les gouvernements d'Ottawa et de Québec.
Les lois concernant :
L'egriculture et la colonisation sont consignées aux articles 1583 et suivants des S. R, P. Q.
Sont aussi régis par des lois les sujets suivants :
Les terres de la couronne art. 1236 et suivants.
Les bois et forêts, art. 1368 et suivants,
La Pêche, art, 1374 à 1395.
La Chasse, art, 1396 à 1420.
Les Mines, art. 1421 à 1582.
Au nombre des sociétés de colonisation, il en bé une récente, qui attire plus particulièrement l'attention en ce que sou champ est vaste et qu’elle s'occupe aussi de repatriement, C’est la “ Société générale de colonisation et de repatriement de la Province de Québec,” fondée en 1894, sous le Haut patronage de Son Honneur le Lieut.-Gouverneur Chapleau et de Sa Grandeur Mgr Fabre, Archevêque de Montréal.
Elle est en pleine activité et tient ses bureaux temporairement au No 1546 de la rue Notre-Dame, Les officiers sont: Président, J. Damien Rolland; Vices-Présidents, le Recorder de Montigny et le Chevalier G. Drcist, Agentgénéral, le Dr J. À. Brisson; Secrétaire, L, £. de Carufel ; Trésorier, Jos. Blain. Sont Directeurs, MM. l’échevin J. Brunet, L. E. Beauchamp, le Chevalier de Bellefeuille, R, Bellemare, T. Berthiaume, Enile Merquette,
. J’erticle 2 du Règlement se lit comme suit :
“ Afin de mettre cette Société au-dessus des pusgicas âe la politique, elle adopte comme patrons “ Sou Honnewr le Lieutenant-Gouverneur de la Provinée de Quéoec ” et Sa Grandeur Mgr l’Archevêque de Mvxrél ” et se déclare prête à admettre comme membres ‘es. les citoyens sans distinction de parti.”
ents
aux
DO Ee
de OT
Art. 4. — “ Le but de la société est d'activer par tous les moyens possibles les progrès de la colonisation dans la province de Québec et plus spécialement dans la région de. Montréal, et de travailler avec énergie au repatriement des Canadiens émigrés aux Etats-Unis.”
Voici les œuvres déjà accomplies par cette société :
Durant l’année 1894, 1140 colons se sont inscrits au bureau de la société à Montréal pour y recevoir des instructions relatives aux régions à coloniser. De ce nombre, 717 personnes se sont définitivement fixées sur des lots dans les régions du Nord de Montréal, du lac Témiscamingue et du lac St-Jean. De plus, la société a procuré de l'ouvrage durant les neufs derniers mois à pas moins de 300 hommes. Elle a fuit circuler au sein de la population canadienne-française du Canada et des Etats-Unis plus de 100,000 brochures, traitant d'agriculture et de colonisation.
Durant les sept premiers mois de son existence, voici ce que la société susdite avait accompli.
NOMBRE DE COLONS ENREGISTRÉS AU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ GÉN ÉRALE DE COLONI- SATION DU 15 MARS AU 15 OCTOBRE 1894.
Du 15 mars au 15 avril :
Pour le Lac Saint-Jean........... ..... 5 colons “ Ja Région Labelle...............…. |. Se “ le Lac Témiscamingue............ {PA TOM rrneseseteneertons 30 Du 15 avril au 15 mai :
Pour le Lac Saint-Jean................. Nul “ Ja Région Labelle..…............……. 62 colons “ Je Lac Témiscamingue..….......... ne 27 Denise cr indie 69
Du 15 mai au 15 juin :
Pour le Lac Saint-Jean... 5 colons
“ Ja Région Labelle..…............... 65 L « du Saint-Maurice... 2 “ le Lac Témiscamingue..........… 3
Total neue toc DU Du 15 juin au 15 juillet :
Pour le Lac Saint-Jean... soso 12 colons “ Ja Région Labelle. Héut … 00
‘“ le Lac Témiscamingue............ 12 “ la Région du Saint-Maurice... 1
DO artenieniessresce UT Du 15 juillet au 15 août :
Pour le Lac Saint-Jean... 27 colons
“ ]a Région Labelle............…. … 134 “ le lac l'émiscamingue..…....... 7
Dolls nscnnrncresser ECG Du 15 août au 15 septembre :
Pour le Lac Saint-Jean... 25 colons
“ la Région Labelle................. . 132 “ le Lac Témiscamingue..…........ 21 “ Ja Région du Saint-Maurice... 14
TOtRE se sénscssnes resesrr LU Du 15 septembre au 15 octobre :
Pour le Lac Saint-Jean... 39 colons “la Région Labelle.............…. AE | SR “ le Lac Témiscamingue.........…, 19 “ Je Nord d'Ontario...........…. Does Te “ Je Manitoba...................… mue 0
Ro nanusescetes est QUE
Reconnaissons ici publiquement que la Compagnie du Pacifique Canadien a favorisé grandement ce mouvement
en offrant aux colons des facilités qui leur épargnent les ennuis de la route et les trop grandes dépenses de voyage.
Pour moi, humble officier de cette ‘escouade d'hommes de bonne volonté, j'ai voulu offrir mon contingent à-ce mouvement si patriotique ; et je l'offre volontiers à mes compatriotes sous la forme de récit de voyages que j'ai faits dans ces régions parfumées de l’essence des bois, et appelées, espérons-le, à être un jour peuplées d’une race vaillante et forte, pépinière toujours vivace d’où seront triés nos hommes de ceractère, qui maintiendront haut et ferme le drapeau de nos destinées providentielles.
Aussi ne soyez pas surpris, lecteurs, si dans ces pages notées à la hâte, je m’oublie quelquefois à m'amuser comme un écolier et si pour faire digérer les chapitres arides de mon récit, je badine comme à vingt ans.
Mais, j'en donne avis, je n’ai pas le temps de mettre des formes à ma narration, C’est un bouquet cueilli sur le bord de la route, à l'ombre d’un grand pin, sur la rive d’un lac, et dont les fleurs, pour être jetées pêle-mêle, n’en seront
- pas moins odorantes, je l'espère, pour ceux, bien entendu,
. qui ont conservé la délicatesse du sentiment. Sinivez-moi, je vous prie, |
Lo FŸ | FEN
nn ee
SOMMAIRE : OU AILER PASSER L'ÉTÉ. — SCÈNE DU DÉPART. — CE QU'IL FAUT POUR SE ME TRE EN ROUTE. — AVEU QUI FAIRE LE VOYAGE. — RÉFLEXIONS DE SALLE D'ATTENTE.
Voici l'été qui arrive au pas gymnastique. Il devient de mode et même de nécessité, pour les constitutions délicates, d'aller faire un séjour à la campagne. Ii y a de la distinction à y passer la belle saison. En vérité, c'est bien propre à se reposer du bruit des villes, du tracas des affaires et de l’atmosphère de l’industrie.
C’est encore une question de savoir où aller. Ne faut-il pas d’ailleurs consulter sa tendre moitié, qui doit, en cette matière, avoir voix au chapitre ? C’est bien légitime, certes ! Car sil y a quelqu'un qui ait besoin de respirer l'air pur, de s'inspirer au spectacle de la belle nature, c’est bien la femme, la mère de famille qui, durant toute l'année se consume aux soins de l’intérieur, se dépense au bonheur de ses enfants.
Mais j'ai peine à croire que les places d’eau soient de nature à reposer l'esprit, à calmer les nerfs et à faire jouir pleinement des délices que l’on cherche loin des soucis et des inquiétudes, Ce n’est pas là, ce me semble, que l’on peut se mettre à l’aise et laisser les marmots prendre leurs ébats dans les prés, dans les champs, dans les bois.
Comment se fait-il que tous les ans, les ersonnes qui vont aux eaux jurent, en bouclant leurs mailles pour revenir, qu'on ne les y prendra plus ?— Que de fatigues, en effet, pour aller tous les ans avec une famille se baigner... où il n’y a pas toujours de l’eau ; S'il faut surtout y amener, une demi douzaine de fillettes, ça devient une question d'état, Or on sait comment ces débats se terminent sous une
dc AR
monarchie tempérée comme celle du conjungo, où l’opposition est armée de toutes les forces de la faiblesse,
La scène du départ pour les eaux a ses avents pendant lesquels toute la maisonnée est sur le qui vive, depuis la prétentieuse modiste jusqu’à la modeste servante. Le chat même de l'établissement voit avec inquiétude s'éloigner souris et rats, faute d'aliments pour les y retenir.
Et le mari! le pauvre mari, qui court essoufflé chez le marchand de malles, chez le cordonnier, chez... à peu près tous les industriels de la ville. Ah! par exemple, c’est madame qui se charge des toilettes, et rendons-lui cette justice qu’elle ne laisse au mari qu’à en payer la note. Petite affaire pour celui qui, sous ce régime constitutionnel, joue le rôle de premier et de ministre des finances.
À ceux qui ne sont pas avides d'émotions vives. ..et qui n’ont pas de filles à marier, je conseille un voyage dans les cantons du Nord, où ils peuvent emmener femmes et enfants... à bon marché : ce qui ne nuit pas dans le paysage.
Pour aller là, il ne faut pas grand appareil, pas de valises gigantesques ; on n’y apporte pas la crainte de n'être pas à la mode, ni l'inquiétude d'y faire des gaucheries, ni surtout les soucis d’y faire contracter à ses enfants des habitudes regrettables de luxe et de dissipation. Par contre, on y goûte des délassements réparateurs et le spectacle grandiose de la nature vierge. Encore est-il que, pour jouir de ces excursions si salubres, pour profiter d’un voyage si pittoresque, il faut savoir lire dans ce grand livre de la nature et interpréter son langage si simple, mais si éloquent pour ceux qui y prêtent l'oreille et le cœur.
J'ai choisi pour théâtre de mes exploits les montagnes du Nord qui couronnent la vallée de l’Ottawa, et, parole d’honneur, durant ce temps, il n’y a eu qu’un nuage à l’horizon : c'était de ne pouvoir faire partager les jouissances que m'offrait ce spectacle, par tous ceux qui me sont chers. Je
KITS
De Sue nome
SO Dar E ET es VE RL
ds 42 —
le confesse, j'ai été attristé en m'éloignant de ces cantons incultes, de ces montagnes abruptes, de ces profondes vallées, de ces forêts vierges, de ces lacs limpides. Et j'y suis retourné, On voyage maintenant dans ces contrées accidentées, comme sur les chemins macadamisés des grand’ côtes. J'entends quand on voyage en voiture traînée par des chevaux et non par cette machine allumée qui sue de. la vapeur bouillante en soufflant tout haut, et qui vous fait filer un mille à la minute. Parlez-moi du bon temps de jadis où à chaque village échelonne sur le long de la route, on s’arrêtait à des hôtels bien et même très bien tenus, dans lesquels s’exerçaient les devoirs d’une aimable hospitalité. Et il faut le dire, l’amabilité est un assaisonnement qui sied très bien, même à la table d’un hôtellerie,
La première précaution à prendre avant de partir pour une excursion à la campagne, c’est de se choisir un bon compagnon, Et il ne sont pas si communs, ceux qui ont vos goûts, qui voient comme vous, qui apprécient comme vous, Et puis, pour s’enfoncer dans ces sentiers abrupts, il ne faut pas être trop douillet, Le dicton populaire: “Qui choisit prend pire,” a souvent son application, car pour faire ce voyage je n’eus même pas à choisir. Et pourtant je trouvai pour m'accompagner un ami qualifié sous tous les rapports.
Un matin du mois d'août 1884, je recevais une note bien courte pour une affaire aussi importante :
Lunp”, Je pars ce soir pour le Nominingue. Viens-tu ? LouIS BEAUBIEN.
Je vouius d’abord résister à la tentation, et toute la journée, cette satanée pensée du Nominingue me revint, L'imagination s’en mêla, et quand je vis que l'idée pre-
a CU Les
aait de l'empire, j'y fis consentir la raison: je n'avais pas pris de vacances l’année précédente ; l’air des montagnes me scrait favorable. ... j'allai jusqu'à croire que mon voyage . serait utile à la colonisation!!! Où les prétentions vontelles se nicher ?
Mais la raison déterminante, c'était l’occasion de faire le voyage avec un ami qui était avec moi en communauté d'idées, Ce fut le trait, comme disent les épiciers.
Je n'avais que quelques heures pour me préparer. C’est peu, car, on a beau dire, il faut, pour un voyage de quinze jours, se précautionner de petits riens qui contribuent à rendre l'expédition agréable, Et c’est singulier comme ces petits brimborions, en apparence insignifiants au Cepart, prennent de l'importance en. s’éloignant. On me l'avait prédit, et je conseille à ceux qui s'enrégimentent dans une escouade de touristes de consulter leur femme, s'ils en ont une, dans la préparation de leur équipement, Quand on part, on ressemble à un soldat qui lève le camp et qui se débarrasse de tout fardeau pesant,
C’est un autre refrain quand on dresse la tente. En faisant son sac on dit: Ah! bah! ceci est inutile, je m'en passerai bien. Mais quand on campe : “ Ah! si j'avais ceci} Ah ! si j'avais cela!”
Heureusement, mon camarade avait de tout, Quel arse- . nal! Fusils, munitions, appareils de pêche, toile de tente, couvertures, batterie de cuisine, garniture de table, articles de toilette, thé, café, biscuits, pommes sèches, jambon, saucisson et saucissettes, et patati et patata.
Je me moquais de ce lourd bagage d'anglais touriste, et je me vantais d’être réduit... à ma plus simple expression,
C'était à la gare que je faisais cette réflexion. Aussi ce jour-là, j'avais une dent contre les fils de la fière Albion, Je venais de constater que ces braves Anglais de la Compagnie du Pacifique n’avaient pas même eu la délicatesse de
mettre une seule affiche en francais, dans leur gare Dalhousie, alors appelée “ des casernes,” où les trois quarts et demi des voyageurs sont Canadiens-français, On est bien obligé d'entrer quand même dans leur train.
Il est juste de dire que depuis ce temps, ces messieurs ont reconnu qu’ils n'avaient pas raison de nous infliger cette ‘humiliation, car c'en est une, et que d’ailleurs ils ne peuvent faire exécuter leurs avis par ceux qui ne les comprennent pas,
Toutefois j'étais irrité de cette insulte à notre nationalité quand, jetant un coup d'œil sur les rues Notre-Dame et Saint-Paul, j'apercus les enseignes de plusieurs boutiques tenues par des Canadiens-français, écrites en jargon anglais. Alors je me suis dit : “ On a ce qu’on mérite, parbleu! Les Anglais, après tout, calculent sur notre indifférence ; ils exploitent notre apatuie… j'allais dire notre bêtise.” Mais à présent qe j'ai réfléchi à la chose, je constate qu’il y a pire que cela :.. c'est par calcul et pour plaire aux Anglais, que l’on consent ainsi à se donner un humiliant soufflet, et à faire voir aux étrangers que nous n’avons point ici d'importance. On donne par là à notre ville si française un cachet qui en déguise la physionomie.
Après ces réflexions de salle d'attente, en voiture. Tut, tut: Deux coups de sifflet et nous voilà partis, Et par un beau temps, je vous l’assure,
11 était cinq heures et demie du soir, (Cinq heures et demie, en été, à la ville, c’est l'heure où les bureaux se vident, où chacun court prendre le bateau, le train, l’omnibus pour se diriger, qui à Longueuil, qui à Laprairie, qui au Sault-aux-Récollets, qui à Ste-Rose, qui à Ste-Anne de Bellevue et à vingt autres délicieux endroits autour de Montréal. (Cinq heures et demie, c’est l'heure où le soleil prête ses derniers feux à la terre qui laisse échapper de ses traits timidement empourprés un expressif “au revoir.”
Cinq heures et demie, c’est l'heure où la brise fraîche sèche les sueurs de l’ouvrier qui se prépare à quitter le travail des usines ; c’est l'heure où l’eau se ride sous la roue des bateaux à vapeur et où les gouttelettes qui tombent de la rame du batelier rappellènt à ceux qu’il conduit que le temps s'échappe dans le gouffre de l'éternité.
Le coursier qui nous entraîne a la crinière en fumée et la gueule en feu. Il roule ses pattes cerclées sur la route ferrée. Nous sommes en croupe. Nous longeons le fleuve jusqu'à Hochelaga où les murs de granit des carrières de St-François de Sales, jetés sur le flanc des grands quais, contournent le site de la bourgade où Jacques-Cartier reçut la bienvenue de l'agouhanna huron, Nous quittons la ville, la face au soleil couchant, Nous traversons la gare d'Hochelaga, nous longeons les usines à gaz, nous traversons les carrières de St-Louis, et nous voilà hors de la cage,
‘SOMMAIRE : ST-JÉROME. — SON ORIGINE. — SA SITUATION. — SES RESSOURCES. — SES INSTITUTIONS. — RÉFLEXIONS SUR L'ÉDUCA- TION DJS FILLES, — OCTROIS AUX ONMMUNAUTÉS ENSEIGNANTES.— POPULATION DE ST-J ÉROME. — UNE TOURBIÈRE, — LES MINES. — LE BGIS, LA CHASSE. — SOUVENIRS DU JEUNE AGE. — LES noTA- BILITÉS. — LE OURÉ LABELLE. — SA SAINTE MÈRE, — EN ROUTE POUR ST-SAUVEUR. — LA BAROUCHE, — LE COLON B1IGr.A8.—LE COMMERCE DE FRAMBOISES. — RÉFLEXIONS SUR LES NOMS DONNÉS A NOS CANTONS,
. Le matin du 7 août nous nous réveillons à Saint-Jérôme,
Saint-Jérôme, c'était alors l’entrepôt du Nord, la base’ d’un triangle de routes se répandant dans les cantons de la vallée d'Ottawa, dans ce grenier où la Providence tient en réserve, pour l'industriel intelligent, des richesses incalculables, Oui, dans le flanc de ces collines, sur la crête de ces montagnes, dans les creux de ces vallons, au fond de ces forêts épaisses, dans les eaux profondes de ces lacs il y a d'immenses richesses,
Saint-J érôme, chef lieu du canton de Terrebonne, situé à 33 milles de Montréal, est une petite ville coquette. Il y a quelque soixante et dix ans, elle s’est assise souriant à l'avenir, sur les bords de la rivière du Nord, qui prend sa source dans les lacs de Doncaster et de Beresford, et qui se jette dans l’Ottawa. i
A cette époque où le Lt.-Colonel de Montigny, le premier colon du Nord, représentant depuis le comté de Terrebonne, établissait un comptoir pour la traite des pelleteries avec les Iroquois du Lac des Deux-Montagnes et de Oka qui venaient y faire la chasse. Il n’y avait sur les bords de cette rivière que des forêts épaisses. L'Indien y poursuivait l’orignal, le caribou et l'ours; il y traquait le castor, la
PP ape
martre et le vison ; et les colons qui survinrent durent faire acte de grand courage pour y planter leur tente.
St-Jérôme, incorporé en village en 1856, faisait autrefois partie de la paroisse de Ste-Anne, située dans la seigneurie de Terrebonne, seigneurie devenue plus tard la propriété de l’hon. Masson, père de notre ex-Lieutenant-Gouverneur, cidevant dans le comté d’Effingham, entre la seigneurie de Blainville et de LaChenaie, la rivière Jésus et les cantons d’Abercrombie et Kilkenny.
La première concession de la seigneurie fut faite à M. Dautier Deslandes, de deux lieues de terre de front sur la rivière Jésus autrement appelée la rivière des Prairies; à prendre depuis les bornes de la Chenaie, en montant, visà-vis l'Isle Jésus, sur deux lieues de profondeur, (Registre des Foi et Hommage, No 31, fol. 143, le 13 février 1731).
Le 10 avril 1731 y fut ajoutée une lande d’égale dimension appelée Desplaines ; et le 12 avril 1753, une autre terre d’égale étendue fut ajoutée à Desplaines : formant en tout la seigneurie de Terrebonne : un territoire de deux lieues de front sur six lieues de profondeur.
En 1834, par décret du 15 novembre, St-Jérôme fut érigé en paroisse canonique. La nouvelle paroisse se composait de l’augmentation de la seigneurie des Mille Isles et d’une partie de l'augmentation de la seigneurie du Lac des Deux Montagnes, comprenant une étendue de territoire d'environ six milles de front sur environ-di::-huit milles de profondeur.
La plupart de ses ressources sont aujourd’hui exploitées ; le chemin de fer la met en communication avec Montréal, Québec et Ottawa par le Pacifique, qui a absorbé le chemin du Nord et qui a fusionné le “ Montreal et Occidental.”
En jetant un coup d’œil sur le site exceptionnellement beau de cette ville naissante, en voyant le nombre de ses pouvoirs d’eau que nos montre la carte préparée par M.
Malsburg, et les artères qui y font couler les produits des cantons du Nord, on ne pouvait douter qu’elle fût destinée à devenir une des princesses de la Puissance,
Ces espérances étaient d'autant mieux fondées, qu’elle a développé graduellement ses forces physiques; mais son développement a toujours été contrôlé par l'influence morale et intellectuelle,
Aujourd’hui, c’est une grande fille aux formes vigoureuses, qui s’avance solidement sur le chemin de la prospérité, mais le regard au ciel,
A l’heure qu’il est, on y voit sur ses cours d’eau la manufacture de Papier Rolland, la plus grande de l’Amérique, des moulins à farine perfectionnés, des scieries de différents genres, des machines à préparer: le bois, des fabriques d’étoffes, des cardes, des. fonderies, des usines à pulpe, des manufactures de boutons, de cribles, de seaux et différents autres établissements d'industrie qui activent la vie et y attirent les habitants des localités environnantes, Aussi son marché est-il abondamment approvisionné de produits variés qu'offrent en vente les cultivateurs, en venant porter aux usines les matières premières propres à les alimenter, ou en venant faire des emplettes chez les marchands de la ville. Tout cela s’éclaire à l'électricité.
Mais du milieu de cette place d'affaires s'élève l’église devant laquelle le commerçant et l'industriel, le cultivateur comme le journalier, se découvrent respectueusement, et où tous les dimanches ils se rendent pour prier, rendre un hommage public à Dieu, chanter ensemble le Credo et recevoir les conseils de leur curé.
Ji squ'’aujourd'hui l’église a été le plus vaste des monuments de cette ville, mais le commerce commence à y élever des temples spacieux, et l’industrie y a de grands théâtres pour ses opérations. L'esprit chrétien ne permettra pas de laisser au second rang la maison de Dieu, et déjà les
® DE < QT
plans sont faits pour la construction d’une plus grande église, Comme l'exécution en sera coûteuse, on attend que la ville ait pris plus de développement et qu’un plus grand nombre de contribuables y apportent leur pierre. En faisant un emprunt à faible intérêt avec un fond d'amortissement on parviendrait au même but, C’est probablement ce à quoi on se décidera quand l'église actuelle sera insuffisante aux besoins et aux aspirations de la population.
Non loin de l'église, dans le domaine de la Seigneurie Dumont et de Bellefeuille, les Sœurs Grises ont érigé un hôpital en 1892. Elles sont là comme partout des mères pour les malades et des consolatrices pour les aflligés,
A côté de l’église s'élève un spacieux couvent fondé en 1864 et que fréquentent plus de trois cents jeunes filles dirigées par les Sœurs de Ste-Anne, dont la maison mère est à Lachine, Les filles de cette communauté, iondée par Messire Archambault en 1848, se dévouent principalement à l’instruction des jeunes filles, et s'occupent en même iemps de former des institutrices pour tenir les écoles élémentaires dans nos paroisses,
Le couvent de St-Jérôme a été construit sous les auspices du Rév. M. Gratton, mort plus tard curé de Ste-Rose, d’après les plans de M. Godfroi Laviolette, dont la conduite, lors de l’émeute des forçats du Pénitencier, lui a acquis l'admiration et la reconnaissance du public. Cet acte héroïque était d’ailleurs digne de son passé.
C’était un homme d'honneur et il fut pour les travailleurs de St-Jérôme une vraie providence, s'ingéniant sans cesse à créer des industries qui employaient une quantité considérable de mains. Il vient de mourir des suites de ses glorieuses blessures, et sa mort fut un deuil pour St-Jérôme, qui le réclame comme l’un des siens. De son mariage avec Mlle Globenski, fille du Lieut.-Col. Maxime Globenski, qui fut son admirable compagne dans la prospérité comme dans les
jours d’épreuve, 1l laisse une nombreuse et belle famille digne de recueillir un si beau nom.
Dans c2 couvent de St-Jérôme, trois cents jeunes filles, presque toutss destinées à devenir des mères de familles, reçoivent une éducation solide pour l’esprit et surtout pour le cœur!
Ah! qu'i est consolant, pour ceux qui s'intéressent à l'avenir de leur pays, de penser que les futures épouses, celles qui sercnt les mères des générations nouvelles de nos campagnes, sont formées sous les soins des religieuses. On peut le dire, à une telle école, ces jeunes filles seront autant de saintes pour l'Eglise, autant de femmes dévouées à la patrie. Sans doute elles seront moins fin de siècle que celles qui apprennent la danse, le patinage et qui suivent la mode ; mais elles sauront prier, aimer et tenir un ménage, écrire leur langue et bien élever leurs enfants, De ces sciences, les maris se trouvent bien. IL peut être très joli de voir une femme habillée comme une poupée, de l'entendre faire vibrer les cordes d’une harpe ou d’une guitare ; mais cela n'est pas toujours commode pour la ‘iasse des hommes obligés de trouver le pain de chaque jour et qui comptent sur leur femme pour les aider à gagner la vie de la famille, Cela peut convenir à certaines classes spéciales de la société, mais certainement pas à la classe industrielle, commerciale ou agricole, qui a besoin d'économie pour amasser une modeste aisance sou par sou. Pour un ouvrier qui arrive en sueur le mid: avec ia fringale, une bonne soupe doit être plus agréable qu'une pclka ou une mazurka. La faim est de nature à faire déprécier l'art. On a beau dire, rien ne remplace, dans les classes travailleuses, l'harmonie qui s'élève d’un ménage où il y a de l’ordre. Or il n’y a de l'ordre que quand chaque chose et chaque personne est à sa place, Vivent les couvents qui forment nos filles pour leur rôle! Aussi en voyant sortir du couvent de St-Jérôme ces