L'INDUSTRIE LAITIÈRE
vient merveilleusement à la rescousse. Elle va constituer l'appât effectif pour entraîner le cultivateur à la bonne culture, Par elle il pourra devenir prêteur, d’emprunteur qu’ilest souvent ; par elle les fermes, dont l’habitation confiée à un voisin est au cadenas, vont trouver des occupants heureux et prospères ; par elle le désert fait dans quelquesunes de nos paroisses par la culture épuisante va se repeupler, la population devenir dense, là où elle est éparse, Notre sol partout nourrira abondamment une population heureuse. Et plus d’émigration. Dans les vieilles paroisses il n’y aura pas assez de bras, le travail sera mieux rémunéré qu’à l'étranger.
Bien plus, nos compatriotes reviendront des Etats-Unis ; ils trouveront de l'ouvrage ici, pendant qu’il manque là-bas,
L'expérience, des deux dernières années surtout, nous a démontré ce que pouvait faire pour notre agriculture, l'industrie du beurre et du fromage.
Un de nos grands financiers vient de nous déclarer qu’elle a mis notre Province à l'abri de la terrible bourrasque financière qui vient de balayer les états voisins de l’umon américaine, Pendant que les institutions financières croulaient là, les unes après les autres, au milieu de l’épouvante générale, les nôtres dans un milieu serein, continuaient païsiblement leur marche heureuse et prospère. Grâce à l'industrie laitière, le cultivateur, payé comptant pour ses
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produits, a pu solder comptant aussi les factures de son marchand fonrnisseur; celui-ci a rencontré efficacement toutes ses obligations ; la succursale prospère a pu payer la grande banque centrale, et ainsi notre agriculture a épargné à la Province les désastres qui ont sévi ailleurs,
Aussi nous nous proposons, mettant à profit les bons services des cercles, des missionnaires agricoles et de tous les hommes de bonne volonté, de pousser l'établissement de cette industrie, dès cette année, dans toutes les paroisses qui n’en sont pas déjà favorisées, * Nous pouvons le faire maintenant que l’école de St-Hyacinthe nous fournit des fabricants,
Quelques-unes de nos paroisses ont vendu, cette dernière saison, du fromage et du beurre pour au-delà de $60,000, Quel succès à mettre sous les yeux de nos agriculteurs qui ne bénéficient pas encore de cette industrie !
Le bétail existe dans chaque localité, Il s'agit d’avoir la coopération assurée d’un nombre suffisant de patrons. Le capital modéré nécessaire se trouve facilement : à l’école de St-Hyacinthe et dans les établissements qui réussissent le mieux, on peut faire le choix du meilleur matériel, Tout cela, dans un court espace de temps, peut s'organiser dans la paroisse et le cultivateur peut commencer à retirer tous les mois le fruit de son labeur, On est loin, là, du système de culture dont les résultats ne se faisaient sentir qu’au bout de trois ou quatre ans.
En produisant un bon article, en étendant pour cela notre système des syndicats de beurreries et fromageries, en le rendant même, s’il le faut, obligatoire, ainsi que l’étampage de nos produits, nous n’aurons, de sitôt, à craindre l’encombrement des marchés où nous écoulons aujourd’hui notre production.
Il y a aussi le beurre frais d'hiver pour lequel nous avons, dans pos grandes villes, un débouché que nous sommes loin d'exploiter comme nous pourrions le faire. En cela nous imiterions un pays aussi froid que le nôtre, le Danemark, qui vend pour $24,000,000 de beurre par année en Angleterre ; les vaches ont leurs veaux en septembre et octobre ; Le plus fort du rendement est ainsi en hiver,
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Maïs pour pratiquer cette industrie laitière äl faut la culture des fourrages verts. VOILÀ LE SECRET DE L’INDUS- TRE ULAITIÈRE, Que le champ soit bien fumé et bien labouré à l'automne, et qu'il soit de grandeur suffisante pour fournir au moment de la sécheresse de l'été un bon supplément aux pâturages. Les vaches resteront en lait; on les conduira ainsi jusqu'à l'automne, jusqu’à l’étable, Et dans celle-ci il faudra qu'il y ait la provision de fourrage verts pour l'hiver, Le champ sera assez étendu pour que la récolte du fourrage vert suffise à remplir le silo ou la tasserie par couches, entremêlé avec la paille en sus de ce qu'il faut pour la consommation pendant l'été.
Ainsi les vaches resteront dix mois en lait, ainsi elles seront toujours en bon état, soit pour prendre l’étable, soit pour se rendre au pâturage.
Qu'on se rappelle qu’il est toujours difficile sinon impossible, de ramener l'abondance du lait, une fois qu'elle a disparu.
Tout à côté de ce mot je veux mettre celui de repeuplement, Repeuplement de nos vieilles paroisses. Dans quelques-unes la désertion a passé comme un ouragan, comme un incendie, laissant des vides partout, Nombre de maisons sont fermées à clef, confiées à un voisin, Si celui-ci trouve l’occasion, ce qui n'arrive guère, il en tirera un parti quelconque, au profit des absents.
Combien de terres abandonnées avez-vous dans votre paroisse, demandais-je l’autre jour à un de nos bons curés qui se dépêchait de fonder un cercle agricole? Trente à quarante, me répondit-il, avec un soupir, Et les paroissiens ? Partis pour les villes.
Ne faut-il pas remplir ces vides désolants pendant qu’on est à faire de nouvelles trouées dans la forêt vierge.
Emparons-nous du sol répète-t-on souvent. Encore faut-il pouvoir le garder, Le général habile, après la victoire, laisse bonne garnison dans les villes conquises, Déjà dans notre cuiture nous avons beaucoup trop de
terre sous la charrue, Si nous en cultivions moins et la cultiviors mieux, le profit serait meilleur, dJ’ai lu un excellent livre sur l’agriculture par un auteur américain ; il avait pour unique titre : “ We farm too much land”. Nous cultivons une trop grande étendue de terre. Et tout le long avec pièces à l’appui, il prêche la condensation de la culture (1).
Il est aussi un fait que nous constatons à l'heure qu'il est, c'est qu'aussitôt l’industrie du beurre et du fromage efficacement implantée dans une paroisse, le manque de bras s’y fait de suite sentir, On importe les travailleurs. L'industrie laitière rémunérant le cultivateur lui fait de suite augmenter ses troupeaux et il a les ressources pour payer l’aide nécessaire,
Nos campagnes ne sont donc pas trop peuplées ; bientôt toutes les paroisses auront leurs fromageries et leurs fabriques de beurre. Malgré cet état de choses, il y aura toujours de la colonisation à faire, à diriger, à aider afin que le colon, ce tirailleur hardi de nos exploitations, ne se prenne pas à désespérer et n’abandonne pas, lui aussi, sa tâche à moitié faite,
Il y aura toujours des colons à suivre, à protéger au bord de la forêt, Ils y sont conduits par différents motifs : à un bon nombre on ne pourrait persuader d'aller occuper une de ces terres toutes défrichées et abandonnées dans nos vieilles paroisses. Non, c’est le père d'une nombreuse famille qui vend sa petite terre au village pour établir ses fils autour de lui, et leur donner à chacun une grande propriété, héritage de son travail et de sa prévision ; c'est le cultivateur qui, au vieux village, a eu l’infortune pour partage; il s'en va dans la forêt cacher son malheur, faire nouvelle provision d'énergie et de courage ; des jours prospères lui sont peut-être réservés là ; c’est le fils qui ne voit pas d’héritage sérieux, en vue, qui ne l'attend que de ses
(1) L'autre jour, au congrès agricole de Huntingdon, un excellent agronome, !{r D. M. MacPherson, de Lancaster, faisait monter sur l’estrade un cultivateur pour témoigner de l'excellence de cette condensation. Cet homme avait échoué dans l’exploitation d'une terre de cent cinquante arpents -ous charrue, et prospérait maintenant sur un lot de cinquante
nts ; il pouvait augmenter son troupeau et vendre d’avantage. Et il en rendait témoignage devant la grande assemblée,
bras vigoureux; quand il aura défriché, bâti maison et grange, il reviendra au village y prendre la compagne courageuse de ses travaux et de sa vie,